LA CORSE, LA FRANCE ET QUELQUES AUTRES

PREMIÈRE PARTIE

 

 

 [ Nous utilisons dans ce message des photos trouvées sur internet, que nous créditons. En cas de contestation, nous les supprimerons à la première demande des ayant-droit ]

 

 

 

Corsica is France, but it is not French

(La Corse fait partie de la France, mais elle n'est pas française)

Paul Theroux,*

A Circuit of Corsica, The Atlantic Monthly, 11/1978

https://www.theatlantic.com/past/docs/issues/78nov/corsica.htm

                                                                                  * Paul Théroux, romancier et auteur de livres de voyages américain, auteur notamment de Patagonie Express,  La Chine à petite vapeur, Les colonnes d'Hercule.

 

Ce n’est pas flatter prodigieusement les Corses, que leur rappeler qu’ils appartiennent à la grande nation [la France]. Ils veulent être un peuple à part, et cette prétention, ils la justifient assez bien pour qu’on la leur accorde.

Prosper Mérimée,

Colomba (1840)

 

 

 

 

 

Le titre est un peu choc. On pouvait ausi dire "Les Corses, les Français et quelques autres", mais je crois que c’est plus parlant ainsi.

Au passage, inutile de s’indigner que la Corse passe, dans mon titre avant la France : l’ordre alphabétique suffit pour justifier l’ordre des mots. Quant aux « quelques autres », on verra de qui il s’agit.

Cette modeste étude n’a certainement pas pour but de présenter un panorama exhaustif des relations entre la Corse et la France, ce que certains appellent « le problème corse ». Ce sont seulement quelques réflexions partielles, avec de multiples éclairages. Mais qu’on espère utiles quand même.

 

 

 

LE COUPLE CORSE-FRANCE

 

 

Jean-François Bernardini le chanteur du groupe I Muvrini, a publié récemment (2019) un livre L'Autre enquête corse;  nous y avons fait allusion dans un précédent message http://comtelanza.canalblog.com/archives/2019/10/15/37714044.html

 

En même temps que ce livre, Bernardini publiait un article dans Le Monde diplomatique (juillet 2019), intitulé  En Corse, « il y a un éléphant dans le salon ». L’auteur donne l’explication du titre :

« Dans le monde anglo-saxon existe une métaphore : « There is an elephant in the room. » « Il y a un éléphant dans le salon », et tout le monde fait des efforts pour le contourner, comme si de rien n’était. Entre la Corse et la France, il y a sans doute un éléphant gigantesque, dont nous nous évertuons à nier l’existence. »

Nous extrayons de cet article les passages suivants :

«  Y aurait-il un trauma dans l’histoire croisée de la Corse et de la France ? La première menace pour les Corses comme pour les continentaux est de ne pas connaître ni reconnaître leur histoire commune.

Il y a entre la Corse et la France un irréconcilié, un réservoir de violences, de souffrances qui se transmettent dans les inconscients, de génération en génération. »

«  Aujourd’hui, il ne s’agit pas de désigner victimes ou coupables, mais de nous reconnaître tous concernés par ces questions. (…). S’il doit y avoir une victoire, ce ne sera pas celle des Corses sur les Français ni des Français sur les Corses : ces batailles-là, on ne peut les gagner qu’ensemble. (…) Voir un jour s’incliner devant la mémoire de Ponte Novu [bataille qui marque la fin de l’indépendance corse en 1769] et celle d’Aléria [confrontation violente des premiers autonomistes, retranchés dans une cave viticole qu’ils occupent, avec les forces de l’ordre, deux gendarmes sont tués dans la fusillade], devant la mémoire du préfet Érignac et celle de toutes les victimes les représentants officiels corses et continentaux réunis, nos consciences réunies : est-ce imaginable ? »

« Le couple Corse-France capitule tous les jours devant les défis du présent. Incapables d’être lucides, inventifs, passionnés par les solutions et les réponses que nous pourrions construire, nous nous réfugions dans les symboles, les postures, le bras de fer avec Paris, le bras de fer avec la Corse, au lieu de miser sur nos forces communes, notre intelligence collective. Nous ratons notre chance d’aller ensemble en démocratie, vers tous les fronts brûlants qui nous attendent. »

https://www.monde-diplomatique.fr/2019/07/BERNARDINI/60019

 

  

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 Commémoration de la bataille de Ponte Novu (8-9 mai 1769) en 2017.

https://www.corsenetinfos.corsica/Ponte-Novu-L-ora-di-u-ricordu_a27231.html

 

 

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 Commémoration de la bataille de Ponte Novu en 2017, Gilles Simeoni, président de l'exécutif et Jean-Guy Talamoni, président de l'assemblée de Corse, assistent à la cérémonie sur le pont. L'abbé Mondoloni récite les prières.

https://www.corsenetinfos.corsica/Ponte-Novu-L-ora-di-u-ricordu_a27231.html

 

 

 

Comment réagir à ces lignes ?

Elles soulèvent deux interrogations. On parle d’incompréhension entre Corses et Français – mais, sans nier qu’il puisse exister une telle incompréhension, qui existe même en-dehors de tout aspect politique, le texte de Bernardini évacue curieusement la question politique, ou géopolitique, du statut de la Corse dans l’ensemble français ou à l’extérieur de l’ensemble français.  

Le seconde interrogation tient à l’opposition (d’abord au sens neutre du mot : distinguer deux réalités) entre la Corse et la France, et entre les Corses et les Français.

Cette opposition est tellement évidente ou intégrée par la plupart des gens, qu’elle est utilisée même par ceux qui nient qu’il existe un peuple corse ou qui sont le plus opposés au nationalisme corse.

Nous venons d’utiliser le mot «nationalisme» : il faut lever une équivoque que beaucoup entretiennent volontairement : le mot nationalisme désigne communément deux réalités distinctes: 1) dans une nation déjà existante et constituée en Etat, c’est l’idée que tout doit être subordonné aux intérêts et à la grandeur de la nation, notamment dans les relations internationales ; 2) dans le cas d’une population soumise à une domination jugée étrangère, c’est le souhait de s’en séparer pour former  une nation autonome.

Le nationalisme n’est donc pas la même chose lorsqu’on parle de l’Ecosse, de la Catalogne etc et lorsqu’on parle de la France, des USA, de la Russie. Le nationalisme régional ou périphérique tend généralement à l’indépendance, mais pas forcément : l’indépendance peut être inapplicable au moins dans un premier temps, ou un statut d’autonomie peut apparaître comme la meilleure solution, ou encore un arrangement fédéral. On reparlera de ces notions un peu plus loin.

 

Si on se place du point de vue des nationalistes corses (que ceux-ci soient autonomistes ou indépendantistes), l’adversaire est effectivement l’Etat français (dans la mesure où ce dernier sacralise l’unité nationale et fait obstacle à leurs revendications). Mais l’opposition entre Corses et Français (la partie et le tout) est plus discutable, ou plutôt elle dissimule une situation plus complexe.

Si on regarde la situation dans des pays où existent des tendances nationalistes (au sens des nationalismes régionaux ou périphériques) l’opposition entre les groupes en présence s’exprime dans chaque cas différemment.

 

 

 

 FLAMANDS ET QUÉBÉCOIS

 

 

 

 

En Belgique, l’opposition n’est pas entre les Flamands et les Belges (la partie et le tout), mais entre Flamands et Wallons, c’est-à-dire entre les deux principales composantes de la population *. Une partie importante des Flamands** conteste son appartenance à la nation belge et souhaite, pour certains l’indépendance ou au moins une évolution institutionnelle donnant à la Flandre le maximum de compétences. Lors des dernières élections législatives et régionales (2019), les nationalistes flamands(tous mouvements confondus) représentaient un peu moins du tiers des électeurs nationaux et un peu moins de la moitié (43%) des électeurs régionaux. Compte tenu de la grande dispersion des partis belges (favorisée par le scrutin proportionnel), leur poids est considérable.

                                                                                                * « Les Flamands sont environ 6,25 millions, soit à peu près 60 % de la population belge » (Wikipedia, art. Flandre). Il existe aussi une minorité germanophone qui représente moins d’1 % de la population belge. 

                                                                                                  ** Le principal parti flamand, qui est aussi le premier parti en Belgique, la Nieuw-Vlaamse Alliantie (NV-A), Alliance néo-flamande, est statutairement favorable à l’indépendance de la Flandre. Aux élections de 2019, ses résultats sont en baisse. Il existe d'autres mouvements flamands comme le Christen-Democratisch en Vlaams (Chrétiens-démocrates et flamands, CD&V), qui ne se déclare pas nationaliste; le CD&V a dirigé des gouvernements fédéraux de coalition (avec Yves Leterme et Hermann Van Rompuy) . Le Vlaamse Belang (Intérêt flamand) est classé à l'extrême-droite et tenu à l'écart par la classe politique, mais aux élections de 2019, avec 11% des voix, il devient le 2ème parti de Belgique.

 

La Belgique est déjà un Etat fédéral (son évolution vers le fédéralisme, engagée à partir des années 70, découle de la pression des partis flamands). « L'État fédéral (ou « Autorité fédérale »), les communautés et les régions disposent chacun de « compétences exclusives » : seule l'institution investie d'un domaine d'action peut y intervenir (y compris dans les relations internationales) et y édicter des législations. La Belgique est en effet le seul État fédéral à appliquer aussi strictement le principe de l'équipollence des normes, qui donne aux lois fédérées le même niveau hiérarchique que les lois fédérales » (Wikipedia, art. Répartition des compétences dans la Belgique fédérale). En cas de contradiction entre une loi fédérale et une loi d’une entité fédérée dans un domaine, aucun mécanisme n’existe pour résoudre la contradiction, sinon le « compromis à la belge ». Certes, en théorie, aucun conflit ne peut exister si chaque entité intervient dans son domaine de compétence (il appartient à la cour constitutionnelle de vérifier si c'est bien le cas), mais toute situation de conflit insoluble ne peut être exclue.

 

Les nationalistes flamands souhaitent modifier les règles fédérales en faveur de la Flandre (et donc, indirectement, de la Wallonie) au détriment de l’Etat fédéral, voire aboutir au confédéralisme (quasiment l’union de deux entités souveraines), mais seule une minorité des Flamands sont pour une rupture complète avec la Belgique.

 

Dans cette conjoncture, les Wallons sont plutôt partisans du statu quo et donc du maintien de l’Etat fédéral belge tel qu’il est, et affirment souvent leur appartenance à la nation belge. Pour autant, personne ne dirait qu’en Belgique, il existe une opposition entre Belges et Flamands (quoiqu'elle ait été faite, par plaisanterie): cette formulation ne serait pas pertinente, puisque les Flamands sont la majorité des Belges.

La division du pays en deux communautés principales a comme conséquence que tous les partis politiques qui ne sont pas explicitement nationalistes  se définissent aussi selon une logique "nationale" : « Depuis les années 1970, suite aux nombreuses tensions communautaires et à la fédéralisation de la Belgique, la majeure partie des partis nationaux ont éclaté entre leur aile flamande et leur aile francophone ; aujourd'hui, il n'existe quasiment plus aucun parti national en Belgique et on trouve des tendances régionalistes et nationalistes dans quasiment tous les partis » (Wikipedia, article Partis politiques belges   https://fr.wikipedia.org/wiki/Partis_politiques_belges).

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Dessin de Kroll paru dans le journal belge Le Soir ,15/01/2019. Les dessins de Kroll sont oujours très drôles et bien inspirés. Celui-ci montre clairement l'importance des nationalistes flamands dans la vie politique belge.

 Au moment de la parution du dessin, les ministres du grand parti flamand Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA) - notamment Jan Jambon, ministre de l'intérieur - avaient quitté le gouvernement fédéral de coalition de Charles Michel (c'était la première fois que le N-VA participait à un gouvernement fédéral), en désaccord avec le premier ministre qui avait décidé de signer le Pacte de Marrakech sur l'immigration. Le gouvernement Michel avait démissionné mais était resté chargé d'expédier les affaires courantes.

On avait prêté au chef du N-VA, Bart De Wever, bourgmestre d'Anvers, l'idée de former une nouvelle coalition qui permettrait à Jan Jambon de devenir premier ministre fédéral, tandis que lui-même deviendrait ministre-président (chef du gouvernement) de Flandre. Les deux chefs du N-VA sont représentés par Kroll en chevaliers médiévaux avec leur bannière au lion des Flandres. Bart de Wever expose son plan : moi, je prends la Flandre pour en faire une grande nation, toi (Jambon) tu prends l'état (belge) pour y foutre le bordel. Un personnage, en cape et couronne sur la tête, plutôt miteux et les pieds dans l'eau, demande : et moi, je fais quoi ? C'est le roi Philippe.

Le dessin illustre le fait qu'il ne  serait pas impossible que le parti flamand, à la fois théoriquement indépendantiste et plus important parti belge, gouverne un jour l'état fédéral (mais nécessairement dans le cadre d'une coalition). En fait, aux élections fédérales de mai 2019, le N-VA était passé de 20% à 16% des voix sans clarifier la situation,  tandis que le Vlaamse Belang montait à 11%. Charles Michel (centre-droit francophone) resta premier ministre "démissionnaire" à peu près jusqu'à ce qu'il prenne les fonctions de président de la commission européenne (1er décembre 2019). Jan Jambon est devenu ministre-président de Flandre après les élections régionales de mai 2019. "Il a fallu 127 jours pour former ce gouvernement, ce qui pour la Flandre est un record"  [de longueur] (Wikipedia). Les tractations pour la formation d'un nouveau gouvernement fédéral se poursuivaient en décembre 2019 avec au centre des interrogations, la participaion du N-VA.

 Le N-VA est souvent considéré (notamment en France, mais ce reproche existe aussi en Begique) comme d'extrême-droite en raison de ses positions sur l'immigration. En fait, c'est un parti de centre-droit, membre de l'Alliance libre européenne (regroupement des partis autonomistes ou indépendantistes européens), laquelle exclut tout mouvement raciste ou xénophobe. Le gouvernement flamand de Jan Jambon comporte d'ailleurs une ministre issue de l'immigration. Mais pour une partie de l'opinion, être critique sur l'immigration revient à être raciste et d'extrême-droite.

Le dessin de Kroll montre aussi une amusante différence culturelle entre la France et la Belgique : les "gros mots" sont écrits avec l'initiale et des points de suspension, comme autrefois en France...

 http://www.presscartoon.com/en/auteurs/cartoons/pcb_kroll_2/0/14384/0

 

 

Par contre l’opposition Québec/Canada et Québécois/Canadiens parait pertinente, dans la mesure où les Québécois se présentent comme une population différente du reste des Canadiens (anglophones) ; tous les partis au Québec, même ceux qui rejettent l’option indépendantiste, affirment défendre l’identité propre du Québec (il existe bien des minorités francophones dans d’autres provinces, mais ce facteur joue modérément dans l’opposition Québec/Canada).

 

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Fête nationale du Québec, le 24 juin, jour de la Saint-Jean Baptiste (saint patron des Canadiens français). Photo sur le site Maudits français, destiné aux expatriés français (!)

 https://mauditsfrancais.ca/2019/06/21/festivals-et-fete-nationale-5-activites-gratuites-a-tester-a-montreal-ce-long-week-end/

 

 

 

 

L'ESPAGNE OU LES ESPAGNES : LA CATALOGNE ET LES BONS ÉLÈVES

 

 

 

S’agissant de la Catalogne, spontanément, on admet que le couple Catalans/Espagnols est pertinent.

Pourtant il existe d’autres minorités en Espagne comme les Basques. Ces derniers semblent se satisfaire de leurs situation (c’est parce que le gouvernement central espagnol a refusé d’étendre à la Catalogne les mêmes droits qui sont reconnus au Pays Basque que la situation s’est envenimée en Catalogne). Il semble même que le gouvernement central soit prêt à des concessions pour maintenir le Pays basque dans une attitude conciliante et éviter d’avoir un antagoniste de plus.*

                                                                        * L’action terroriste d’ETA (indépendantisme d’extrême-gauche) a cessé ; le Pays basque est dirigé à peu près continuellement par les nationalistes modérés du Parti national basque (PNV, de centre-droit) depuis l’entrée en vigueur du statut d’autonomie, à l’exception de la période 2009 à 2012.

. Quant aux autres « nationalités » présentes en Espagne*, elles semblent avoir choisi pour le moment d’être discrètes, voire d’appuyer le gouvernement central dans la crise catalane ; le Pays valencien et les îles Baléares qui parlent catalan, ne souhaitent pas être intégrées dans une grande Catalogne et c’est paradoxalement leur particularisme qui fait que ces provinces sont généralement solidaires du gouvernement central.

                                                                       * La constitution espagnole de 1978 reconnaît que l’Espagne est composée de plusieurs « nationalités ». La constitution organise l’autonomie des régions : les spécialistes appellent l’organisation territoriale espagnole el Estado autonómico ou Estado de las autonomías, Etat autonomique ou Etat des autonomies.

Il est également remarquable que récemment, un parti politique d’extrême-droite (Vox) qui se présente comme opposé aux autonomies régionales (entre autres points de son programme*), soit apparu d’abord en Andalousie, avant de progresser dans l’ensemble du pays : or l’Andalousie a été aussi l’une des régions pionnières de l’autonomisme et on se souviendra que Blas Infante Pérez de Vargas, le fondateur du parti nationaliste andalou, fut exécuté par les franquistes en 1936.

                                                                   * Vox veut les réduire considérablement – mais veut-il les supprimer ? Son discours sur le sujet est prudent et fluctuant car une grande partie de la population est attachée aux autonomies

                                                                     **Le Parlement d'Andalousie a reconnu à l'unanimité, en 1983, Blas Infante comme « Père de la Patrie Andalouse ». Il lui est rendu hommage chaque année le Jour de l’Andalousie (28 février, date anniversaire du statut d’autonomie) et à la date anniversaire de son assassinat le 10 août (Wikipedia). Vox souhaiterait déplacer le jour de l’Andalousie au 2 janvier (prise de Grenade marquant la fin de la Reconquista chrétienne contre les Maures) et en faire une célébration de ce que l’Andalousie a apporté à l’Espagne…

 

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Timbres de la poste espagnole (2009) avec les drapeaux des communautés autonomes (il existe 2 autres séries). On reconnait notamment le drapeau et la carte de la Catalogne, du Pays basque et de l'Andalousie (2ème, 3ème et 4ème à partir de la gauche, rangée du bas). Evidemment le drapeau espagnol est plus grand que celui des communautés autonomes. Les noms des régions sont écrits en assez petits caractères. Le Pays basque est désigné par son nom basque, Euskadi.

Site Sellos de Filatelia de España

 https://www.sellosfilatelicos.com/search/label/autonomias

 

 

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Le lehendakari (président du gouvernement basque autonome) Iñigo Urkullu, montre le bâton, insigne de son autorité, après voir prêté serment devant le chêne de Gernika/Guernica pour son entrée en fonction en 2016 (élu pour la première fois en 2012, réélu lehendakari en 2016).

(photo Jon Bernardez/Europa Press), 26 novembre 2016

 https://www.tuotrodiario.com/noticias/2016112664519/jura-cargo-urkullu-euskadi/

 

 

 

Il existe donc bien en Espagne un puissant nationalisme espagnol, mais l’opposition Catalans/Espagnols est réductrice dans la mesure où d’autres nationalismes « minoritaires » existent quasiment partout – actuellement moins visibles que le nationalisme catalan. L’instauration des régions autonomes a tendu à faire diminuer les revendications des nationalismes locaux – mais ceux-ci seront peut-être sur la défensive si des atteintes sont portées aux institutions, comme le souhaite Vox, qui se place sur une ligne très nationaliste espagnole, qui peut influencer les conservateurs du parti populaire (de droite), créé au départ par d’anciens franquistes : le franquisme était au moins autant adversaire des nationalismes régionaux que du communisme, ce qu’on a tendance à oublier fréquemment en France.

 

 

 

 

ÉCOSSE, PAYS DE GALLES

 

 

 

On peut aussi évoquer l’Ecosse, où l’opposition avec la Grande-Bretagne est pertinente (en termes institutionnels), mais l’opposition Ecossais/Britanniques n’a pas grand sens, puisque les Ecossais sont eux-mêmes une des quatre home nations* du Royaume-uni (avec l’Angleterre, le Pays de Galles, l’Irlande du nord). 

                                                                                                                                   * Nations intérieures

 

Si on considère qu’une partie des Ecossais veut cesser d’être des Britanniques (d’appartenir au Royaume-Uni), cela ne signifie pas qu’en face, tous les Britanniques seraient un bloc homogène : chacune des home nations a son identité et ses préoccupations propres.

L’Irlande du nord est elle-même divisée en deux fractions dont l’une est, dans l’idéal, en faveur de la réunification avec la république d’Irlande. Un arrangement constitutionnel permet aux unionistes et aux « nationalistes » (partisans de la réunification) de gouverner ensemble l’Irlande du nord, non sans difficulté.

Depuis la mise en place de la loi dite de dévolution en faveur de l’Ecosse (Scotland Act de 1998, suivant le référendum de 1997), le Parlement écossais dispose d’une compétence législative pour tous les sujets qui ne sont pas explicitement réservés au Parlement du Royaume-Uni... Par exemple, la police et les tribunaux écossais relèvent de la compétence du Parlement écossais. Au moment du Scotland Act, le Parti national écossais (Scottish national party, SNP), indépendantiste, était minoritaire. Il est aujourd’hui majoritaire au Parlement écossais et dirige l’Ecosse depuis 2007.

Le référendum sur l'indépendance de 2014 voulu par le premier ministre écossais Alex Salmond - en accord avec le gouvernement britannique - a vu la victoire du non et a coûté sa place à Alex Salmond, remplacé par Nicola Sturgeon, également du SNP, qui voit dans l'opposition au Brexit une nouvelle opportunité pour les nationalistes écossais (les nationalistes sont en faveur de l'Union européenne et l'Ecosse a voté majoritairement contre le Brexit). Les nouvelles élections générales prévues en décembre 2019 en raison difficultés du gouvernement britannique d'aboutir à un accord de sortie de l'Union européenne doivent permettre au SNP de mobiliser ses troupes et Nicola Sturgeon a annoncé qu'elle  organiserait un nouveau référendum sur l'indépendance en 2020.

 

 

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Nicola Sturgeon, premier ministre d'Ecosse (first minister et non Prime minister, titre réservé au premier ministre de Grande-Bretagne) a lancé la campagne électorale en annonçant un nouveau référendum pour 2020, d'où la banderole yes qu'elle tient sur la photo, prise lors d'un meeting à Glasgow le 2 novembre 2019 . Des meetings pour l'indépendance se tiennent désormais fréquemment en Ecosse. On remarque à gauche un drapeau catalan (estrellada).

Site Eurominority

https://www.nationalia.info/new/11269/between-brexit-and-independence-the-home-countries-and-the-uk-election

 

 

 

 

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Photo du meeting pour l'indépendance à Glasgow le 2 novembre 2019. Le journal Daily Mail parle d'une "mer de bleu" pour les drapeaux écossais. 

https://www.dailymail.co.uk/news/article-7642539/Nicola-Sturgeon-urges-crowds-nation-Boris-Johnsons-hands-thousands-join-rally.html

 

 Ajout : aux élections législatives  britanniques du 12 décembre 2019, le SNP a obtenu 48 sièges sur 59 en Ecosse, avec 45% des voix (soit 8,1% de plus qu'aux élections de 2017 et 13 sièges de plus).

Symboliquement, une jeune candidate du SNP a battu la leader du parti libéral-démocrate Jo Swinson. Olivia Sturgeon a déclaré que ces résultats justifient un nouveau référendum sur l'indépendance.

 

  

Au Pays de Galles, le parti indépendantiste Plaid Cymru (en gallois : parti du Pays de Galles) n’atteint pas les scores de son homologue écossais le SNP. Mais le sentiment national gallois est largement partagé par les branches locales des grands partis, représentés dans l’Assemblée nationale pour le Pays de Galles (au nom significatif, mise en place en 1999), dont le nom deviendra en 2020 Parlement gallois.

Les matières transférées au Pays de Galles et ses compétences législatives ont été précisées par des actes successifs, de 1999 à 2017. Depuis un referendum de 2011, l’Assemblée nationale galloise peut faire des lois dans ses domaines de compétence sans consulter le parlement de Westminster. En 2011, la loi de l'Assembée galloise sur la langue reconnait  le gallois comme langue officielle qui ne peut pas être moins bien traitée que l'anglais. Cette loi renforce la position du gallois, déjà reconnue par une loi du Parlement britannique de 1993.

Il existe actuellement une résurgence du nationalisme gallois, propulsée - comme en Ecosse - par l'opposition au Bexit. Le thème de l'indépendance fait un retour en force.

Dans un article du journal The Guardian, Brexit is giving Welsh nationalism a new popular appeal le Brexit donne au nationalisme gallois un nouvel appui populaire, 28 septembre 2019 https://www.theguardian.com/commentisfree/2019/sep/28/wales-nationalism-brexit-welsh-language). l'auteur note "the independence movement has gone mainstream" (le mouvement pour l'indépendance est devenu grand public).

En effet le Brexit l'avait emporté de peu au Pays de Galles et les partis nationalistes étaient partisans de rester dans l'Union européenne. L'article cite un sondage selon lequel un tiers des Gallois seraient en faveur de l'indépendance, si celle-ci signifiait rester dans l'Union européenne, et le pourcentage est de 42% chez les 18-24 ans. Certes on est encore loin de la majorité, mais la question est : dans les 70 ou 60% qui ne sont pas pour l'indépendance, combien sont les opposants décidés et combien sont les indifférents ?

Des rassemblements indépendantistes ont eu lieu à Cardiff, Merthyr Tydfil et Caernarfon, rassemblant 10 000 personnes.

Les hommes politiques gallois, même non-indépendantistes, observent le mouvement.  

 L'ancien premier ministre du Pays de Galles  Carwyn Jones, au pouvoir de 2009 à 2018 (travailliste), invité à participer à un débat sur l'indépendance, déclarait qu'il n'avait pas d'attachement sentimental pour la Grande-Bretagne, mais qu'il n'était pas pour l'indépendance:

" Je suis fièrement Gallois, mais je pense que le Pays de Galles a plus intérêt à rester dans l'union avec le Royaume-uni - mais  pas l'union actuelle, je pense qu'il y a beaucoup de travail pour la rendre plus égale." L'article de BBC News ajoutait : les propos de Mr. Jones peuvent être considérés comme un avertissement au gouvernement britannique que sans une actualisation de l'accord de dévolution, les opinions en faveur de l'indépendance ne feront qu'augmenter (unless the devolution settlement is modernised calls for independence will only grow).

 (The "shambles" in Westminster is driving curiosity in Welsh independence, former first minister Carwyn Jones has said, la pagaille à Westminster [sur le Brexit] provoque l'intérêt pour l'indépendance galloise, dit l'ancien premier ministre Carwyn Jones, BBC News, 18 June 2019 https://www.bbc.com/news/uk-wales-politics-48662655

 

 

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 Rassemblement en faveur de l'indépendance au Pays de Galles, juin 2019. Les drapeaux rouges Yes Cymru (oui, pays de Galles) sont ceux d'un nouveau mouvement en faveur de l'indépendance, en-dehors des partis politiques.

https://www.bbc.com/news/uk-wales-politics-48662655

 

 

   

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 On voit de plus en plus au Pays de Galles des inscriptions "Cofiwch Dryweryn” (Souvenez vous de  Tryweryn, en gallois). L'inscription rappelle l'histoire du village gallois de Capel Celyn, englouti pour la construction d'un réservoir d'eau pour Liverpool dans la vallée de Tryweryn, en 1965. L'opposition au réservoir fut un jalon de la cause nationaliste (comme d'autres catastrophes industrielles) et la première inscription, due à un poète, souvent vandalisée (par qui ?) est maintenant protégée comme un monument historique. La multiplication récente, après le Brexit, des inscriptions reprenant la formule du combat de 1965, montre le  regain du nationalisme gallois. Elle signifie qu'aujourd'hui comme hier, le Pays de Galles n'a rien de bon à attendre de la Grande-Bretagne.

Article de The Guardian, Brexit is giving Welsh nationalism a new popular appeal, le Brexit donne au nationalisme gallois un nouvel appui populaire, 28 septembre 2019.

https://www.theguardian.com/commentisfree/2019/sep/28/wales-nationalism-brexit-welsh-language

 

 

 

Indépendantistes ou seulement autonomistes, les Ecossais et Gallois ont évidemment comme objectif d’élargir leurs compétences par rapport au Parlement et au gouvernement britannique et donc de faire évoluer leur statut.

Enfin, on peut citer les Cornouaillais qui ont été officiellement reconnus « minorité nationale» en 2004, avec quelques prérogatives. Mais les activistes cornouaillais espèrent obtenir un statut plus avantageux, comparable à celui de l’Ecosse et du Pays de Galles.

Quant à Jersey, Guernesey et l’île de Man, on sait qu’elles ne font pas partie de la Grande-Bretagne mais sont des « dépendances de la couronne » (le gouvernement britannique assure leur défense et en partie, leurs relations internationales, mais n’a pas de compétence interne sur ces trois territoires).

 

 

 

 

L'ITALIA NON ESISTE (L'ITALIE N'EXISTE PAS)

 

 

 

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 Il y a tout un courant de pensée pour dire que l'Italie n'existe pas. Bien sûr, elle existe bien en tant qu'Etat, mais dans lequel les citoyens ne se reconnaissent pas. C'est la thèse du livre du professeur Salvi (1996, nouvelle édition 2019)*.

                                                                * En 2011, un autre auteur Fabrizio Rondolino, écrit : L'Italia non esiste: per non parlare degli Italiani (l'Italie n'existe pas, et les Italiens encore moins).

Selon un commentateur, rares sont ceux qui osent crier comme Salvi que le roi est nu. "Salvi analyse la conception artificielle de l'Etat qui s'est réalisée dans la péninsule et aujourd'hui rassemble la classe dirigeante dans un culte fétichiste de la patrie qui unit droite et gauche, libéraux et communistes, prêtres et francs-maçons". L'Etat italien est né "comme un monstre de Frankenstein, composé du cadavre des Etats pré-unitaires cousus ensemble", inspiré par le mythe révolutionnaire de la nation une et indivisible. L'auteur signale que la Ligue du nord a été la tentative la plus audacieuse de contester le statut actuel de l'Italie, mais qu'elle a trahi sa mission. Pour autant, les mots autonomie, fédéralisme, indépendance, continuent à être d'une extrême actualité (commentaire sur le site indépendantiste Miglioverde https://www.miglioverde.eu/litalia-non-esiste-nuova-edizione-torna-disponibile-il-libro-di-salvi/).

Bien entendu, on ne peut contester qu'il existe, aujourd'hui comme hier, des "nationalistes italiens" - ils ont même à un moment dirigé le pays de façon dictatoriale avec Mussolini (on ne rappelle jamais, surtout en France, que Franco et Mussolini étaient des adversaires des nationalités minoritaires). Mais une minorité décidée peut imposer n'importe quelle autorité à une majorité divisée, hésitante ou passive.  Ces nationalistes agressifs sont d'ailleurs à distinguer du patriotisme conformiste représenté par l'élite dirigeante. Certains observateurs considèrent que l'Italie évolue institutionnellement vers le fédéralisme (cf. la réfome constitutionnelle de 2001 - plus ou moins contrariée par la Cour constitutionelle -  voir plus loin, et justement les tentatives de réformes proposées - sans résultat tangible il est vrai - par  la Ligue quand elle faisait partie des gouvernements Berlusconi et encore récemment, mais obérées par le discrédit portant sur la Ligue et pas seulement depuis l'ère Salvini). Mais il est probable, comme l'écrit Salvi,  que la classe dirigeante (dont la haute administration), présente le plus fort degré d'identification à l'Etat unitaire. C'est sans doute vrai ailleurs qu'en Italie.

 

 

 

 

Si on regarde certaines régions italiennes, on arrive à un constat similaire à celui fait pour la Belgique, l'Espagne ou à la Grande-Bretagne : opposer la partie au tout n'est pas pertinent.

En Vénétie (Veneto), une région où les pourcentages en faveur de l’indépendance dépassent généralement les 50%, l’opposition avec l’Italie est pertinente (comme le montrent les slogans Veneto is not Italy), mais l’opposition Vénètes/italiens n’a pas grand sens car les « autres Italiens » comportent aussi de nombreuses populations qui revendiquent une identité distincte : en Sicile, Sardaigne, région napolitaine, Trentin-Haut Adige*, Val d’Aoste etc.

                               * Un exemple de l’état d’esprit régnant localement : lors d’une cérémonie dans la province du Haut Adige (ou Sud-Tyrol) en 2017, où le président italien Mattarella recevait son homologue autrichien, les schützen, milices locales armées, en tenue folklorique, qui devaient faire la garde d’honneur, ont refusé que soit joué l’hymne italien et ont annulé leur présence. Peu auparavant, lors de la visite du président de l’Union européenne J-C. Juncker, seul l’hymne européen avait été joué.

 

Même des régions aussi clairement identifiées à l’Italie que la Toscane et la Lombardie possèdent plusieurs mouvements indépendantistes ou autonomistes*. Ces mouvements sont comparativement puissants en Lombardie, alors que la capitale de la région, Milan est la capitale économique de l’Italie.

                                                                                         * On pouvait considérer comme autonomiste la Lega Nord Toscana, branche toscane du parti nordiste. Mais celle-ci n'a, significativement, décollé (avec environ 18% des voix en 2018) qu'après le virage "national" de la Ligue.

 

En 2017, la Lombardie et la Vénétie ont voté à plus de 95% pour obtenir un statut d’autonomie (référendum non contraignant), avec toutefois une plus faible participation électorale en Lombardie qu’en Vénétie *. Ce référendum suivait le refus en 2015 par la Cour constitutionnelle d’autoriser la tenue d’un référendum sur l’indépendance, proposé par le conseil régional de Vénétie, et un référendum (d'initiative privée) par internet de 2014 où 89% des votants avaient voté pour l'indépendance, mais sans véritable fiabilité.

                                  * Lors de la campagne électorale pour le référendum de 2017, des affiches dans le Veneto présentaient le drapeau italien qui diminuait par rapport au drapeau vénitien, avec le slogan « moins d’Italie, plus de Veneto » (affiches du mouvement indépendantiste Siamo Veneto). La Ligue du nord faisait aussi campagne pour le oui (le referendum était organisé par le président de la région Luca Zaia, membre de la Ligue), mais avec des affiches plus neutres. En fait, tous les partis étaient pour le oui, sauf les communistes !

 

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 Inscription sur un mur en Vénétie: L'Italie, hors du Veneto.

 

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Affiches dans le Veneto lors du référendum sur l'autonomie d'octobre 2017. A gauche, affiches de la Lega Nord/Liga Veneta (auquel appartient le président de la région Luca Zaia) pour le oui, et à droite affiches pour le oui du mouvement indépendantiste Siamo Veneto (nous sommes le Veneto) avec son slogan: Più Veneto e Meno Italia (plus de Veneto et moins d'Italie). Photo sur le site BBC News, Italy referendums: Lombardy and Veneto 'back greater autonomy', 23-10-2019.

 https://www.bbc.com/news/world-europe-41712263

Depuis, le parti Siamo Veneto a fusionné en 2019 avec plusieurs autres partis et groupes pour former le Partito dei Veneti (http://www.padovaoggi.it/politica/sabato-padova-nasce-partito-veneti-giancarlo-gentilini-critica-padova-17-ottobre-2019.html )

 

 

 

La politique versatile de la Ligue du nord (devenue Ligue tout court dans le discours politique*), depuis sa création (1989-1991, par fusion de divers mouvements régionalistes) rend difficile l'analyse de sa politique comme relevant en totalité du nationalisme périphérique: c'était indubitable au début de son action, malgré la participation fréquente au pouvoir de la Ligue depuis 1994. Ça l'est beaucoup moins depuis le recentrage récent de Salvini vers des positions plus « nationales italiennes ». La Ligue du nord est née d’une fusion de divers mouvements régionalistes, dont la Ligue lombarde créée par Umberto Bossi : ce dernier fut pendant longtemps le charismatique (et controversé pour ses outrances) dirigeant de la Ligue du nord.

                                                                    *Le changement de nom de la Ligue n’est pas acté dans les statuts du parti dont le nom officiel est toujours Ligue du nord pour l’indépendance de la Padanie.

 

Il faut rappeler que le fondateur de la Ligue, Umberto Bossi, refusait et ridiculisait les symboles de l’Etat italien. Ses tentatives de réformes, quand il appartenait aux gouvernements Berlusconi, n'ont pas donné des résultats majeurs (sauf sans doute la réforme de la Constitution de 2001). La réforme de 2006, inspirée par la Ligue,  qui devait orienter l'Italie vers une organisation plus fédérale, fut rejetée par référendum - organisé il est vrai, après la chute du gouvernement Berlusconi qui était l'auteur du projet. Le gouvernement de centre-gauche qui lui avait succédé avait maintenu le référendum, mais il était peu intéressé à obtenir un vote favorable pour un projet qui n'était pas le sien.

Salvini, à l’époque où il était sur la ligne séparatiste de la Ligue, avait déclaré « nous sommes en guerre avec l’Italie » ; dans une interview de 2011, il disait que le drapeau italien n’était pas le sien, etc. Devenu chef du parti en 2013, il amena progressivement la Ligue sur des positions nationales, avec un programme valable pour toute l’Italie, mais avec une ligne toujours plus ou moins fédéraliste, tandis que ses soutiens dans le nord, les puissants présidents régionaux de Lombardie et de Vénétie, rejoints par l’Emilie-Romagne, réclamaient la mise en place de l’autonomie conformément aux référendums locaux de 2017.

 

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Partisans de la Ligue du nord favorables à la sécession, lors du rassemblement traditionnel de la Ligue du nord à Pontida, en 2016. Il fatto quotidiano, 18 septembre 2016 https://www.ilfattoquotidiano.it/2016/09/18/lega-a-pontida-secessione-nel-cuore-e-manicaretti-del-sud-in-pancia-ma-litalia-e-sempre-di-merda/560933/

 Les partisans de la ligne indépendantiste de la Ligue sont devenus minoritaires tandis que le parti se ralliait à 80 % à la ligne "nationale" (mais toujours fédéraliste) défendue par Matteo Salvini (dirigeant de la Ligue depuis décembre 2013). Pourquoi "I-talia" sur la banderole ? Peut-être pour  éviter, plus ou moins habilement, d'encourir une condamnation pénale ? Depuis 2013, plusieurs jugements confirmés par la Cour de casation ont jugé que dire "Italia (paese) di merda" est un délit passible d'amende ("il classico  "Italia paese di merda", per quanto liberatorio, non può essere tollerato. E' reato, in quanto vilipendio alla nazione", commentait en 2013 La Repubblica, journal pourtant respectueux des institutions, mais qui jugeait l'expression "classique" et "libératrice" et semblait regretter qu'elle devienne reato (délit)  https://www.repubblica.it/cronaca/2013/07/04/news/cassazione_vilipendio_italia_paese_di_merda-62389254/

 

 

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 La Vénétie n'est pas l'Italie, en anglais pour être compris des touristes nombreux dans la région, avec en vénitien, Semo na nasion, nous sommes une nation.

 https://www.miglioverde.eu/veneto-e-italia-un-rapporto-tormentato-da-sempre/

 

 

 

Il existe de très nombreux partis nationalistes/autonomistes/séparatistes dans le nord de l’Italie, mais ils restent souvent dans l’ombre de la Ligue qui dirige les grandes régions de Lombardie et Vénétie.

 

La région autonome du Val d’Aoste est dirigée par des alliances entre les différents partis autonomistes dont le principal est l’Union valdôtaine.

La région autonome du Trentin-Haut-Adige (ou Trentin-Sud-Tyrol dans l'appelation allemande) est composée de deux provinces autonomes (Trentino et Bolzano/Bolzen/ Südtirol), l’une majoritairement italophone, l’autre majoritairement germanophone. Les trois entités travaillent dans un esprit d’étroite coopération. L’essentiel du pouvoir appartient aux provinces. « Les actes pris par les deux provinces ou la région ont un caractère législatif ». « En définitive, seules les principales fonctions régaliennes -la justice, la monnaie, les affaires étrangères et la défense- demeurent encore de la compétence nationale. » 90 % des impôts prélevés par l'Etat dans le Trentin-Haut-Adige sont réattribués à la région et aux provinces (Le Trentin Haut Adige : au carrefour d'identités européennes plurielles, un modèle de cohabitation harmonieuse, rapport du Sénat, 2007) https://www.senat.fr/ga/ga79/ga792.html.

Sur le plan lingustique, on résumera ainsi une situation passablement complexe :

" Bref, l'allemand est une langue co-officielle avec l'italien pour la Région, mais uniquement pour la province de Bolzano et dans les localités germanophones de la province du Trentin. Quant au ladin, il est co-officiel, avec l'italien, dans les localités ladines des deux provinces." (cf. Le Trentin-Haut-Adige, sur le site L'aménagement linguistique dans le monde, hébergé par la CEFAN de l'université Laval, Québec http://www.axl.cefan.ulaval.ca/europe/italietrentin.htm)

Les Ladins sont une population très minoritaire, parlant une langue proche du romanche (langue du canton des Grisons en Suissse).

 

La région et les provinces sont généralement dirigées par les mouvements autonomistes locaux notamment le Südtiroler Vollkspartei, SVP et le Partito autonomista trentino tirolese, PATT, mais en 2018, le Trentin a élu comme président un membre de la Ligue allié aux partis du centre-droit national et à divers partis locaux, tandis que dans la province de Bolzano/Bolzen, le SVP a mis fin à son alliance traditionnelle avec le Parti démocrate (centre-gauche) pour contracter un "mariage de raison" avec la Ligue. Au Parlement, lors de la formation du gouvernement Conte II (alliance du Parti démocrate et du Mouvement 5 Etoiles) en août 2019, le SVP s'est abstenu (et n'a donc pas voté contre, malgré son alliance locale avec la Ligue).

La région est globalement calme mais les préoccupations nationalistes ne sont jamais très loin (par exemple, certains considèrent que la ville de Trente devrait faire partie du Sud-Tyrol et non du Trentin, il y a des manifestations de Sud-Tyroliens partisans du rattachement à l'Autriche), il existe des désaccords réguliers avec le gouvernement central (actuellement le gouvernement provincial du Sud-Tyrol estime que les médecins qui sont uniquement germanophones ont le droit d'exercer, alors que le statut prévoit le bilinguisme des médecins, des polémiques ont eu lieu après une loi  du parlement provincial d'octobre 2019 qui supprimait unilatéralement les mots Haut-Adige du nom de la province : menacé d'un recours devant la Cour constitutionnelle par le gouvernement italien, le gouvernement provincial a abandonné l'idée pour le moment etc)*

                                         * La modification du nom avait été proposée par le Süd-Tiroler Freiheit, parti partisan de la réunification avec le Tyrol autrichien, et soutenue par le SVP. 

Néanmoins le statut d'autonomie fonctionne plutôt bien. Lors d'une cérémonie pour le centième anniversaire du traité de Saint-Germain-en-Laye et le 50ème anniversaire du second statut d'autonomie, en présence des présidents italien et autrichien (23 novembre 2019), le président de la région et président de la province de Sud-Tyrol Arno Kompatscher ( du Südtiroler Volkspartei) déclara que l'originalité de l'autonomie du Trentin-Haut-Adige était de ne pas d'être une autonomie territoriale, mais une autonomie de protection des ethnies tedesca e ladina (allemande et ladine) et que le statut devait être amélioré et approfondi ( https://www.ilnordestquotidiano.it/2019/11/23/celebrazioni-a-castel-tirolo-i-100-anni-del-trattato-di-pace-di-saint-germain-e-i-50-anni-del-secondo-statuto-di-autonomia-del-trentino-alto-adige/ ).

 

 

 

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Le Sud-Tyrol n'est pas l'Italie. Le fond de l'affiche reprend les couleurs traditionnelles de l'Autriche qui sont aussi celles de la province du Haut-Adige ou Sud-Tyrol. On trouve aussi l'affiche en allemand (Süd-Tirol ist nicht Italien), et souvent l'affiche est taguée par des partisans de l'Italie pour faire disparaître  le "non" ou le "nicht"...

 

 

Le Frioul-Vénétie Julienne constitue également une région autonome « jouissant d’une large autonomie administrative, législative et financière : 60 % de la plupart des impôts restent à disposition du gouvernement régional ». « En vertu de la loi n. 482/1999 le frioulan, le slovène et l’allemand sont reconnus comme langues minoritaires. » (Wikipedia). La région est actuellement dirigée par un membre de la Ligue allié au centre-droit. Le statut régional actuel parait satisfaire la population. Un mouvement indépendantiste est présent dans la ville de Trieste, qui fait partie de la région.

 

Quant à la Sicile et à la Sardaigne, bien qu’ayant le statut de régions autonomes, leur autonomie est certainement moins poussée que dans les régions autonomes alpines. Les deux régions insulaires ont besoin des redistributions de l’Etat central. La Sicile est actuellement gérée par une coalition dirigée par un parti régionaliste, qui porte le nom curieux pour un parti de Diventerà bellissima (tu deviendras très belle, prophétie faite à la Sicile par le juge Borsellino, assassiné par la mafia) ; ce parti est associé au centre-droit national*.

                                                                             * Son dirigeant, Nello Musumeci, a autrefois fait partie du parti néo-fasciste italien MSI, puis de l’Alleanza nazionale qui lui a succédé, avant de fonder Alleanza siciliana, « un movimento autonomista di destra a carattere regionale » (Wikipedia). C’est donc un nationaliste italien régionaliste bien plus qu'un nationaliste sicilien.

 

La Sardaigne a depuis 2018 un président issu du Partito sardo d’azione/ Partidu Sardu (Psd’az), théoriquement indépendantiste, mais élu dans le cadre d’une coalition avec la Ligue et les partis nationaux de centre droit (Forza italia et Fratelli d’Italia -ce dernier pourtant très opposé aux nationalismes régionaux – il est parfois qualifié de post-fasciste).

 

Comme on l'a vu, en 2001, lors d’une modification de la Constitution, toutes les régions ont reçu une compétence législative de principe, sauf matières réservées à l’Etat (avant, c’était le contraire), réduisant ainsi l’écart avec les régions autonomes. Chaque région est compétente pur fixer ses règles de fonctionnement .

Cette réforme voulue par le gouvernement Berlusconi (auquel participait la Ligue du nord) a été faite, pour certains, dans un esprit d’évolution vers le fédéralisme. On peut se reporter à l'article passablement hostile à la réforme  de Carlo Iannello La réforme du titre V de la Constitution italienne douze ans après son entrée en vigueur, Revue française de droit constitutionnel 2013  https://www.cairn.info/revue-francaise-de-droit-constitutionnel-2013-4-page-879.htm; l’auteur qui parle de la réforme comme d'une « exaltation des différences » et de dévaluation des exigences unitaires, se réjouit de ce que la Cour constitutionnelle ait corrigé dans sa jurisprudence les tendances fédéralistes de la réforme ! On retrouve ici l'idée que la corporation des magistrats et juristes (donc une partie de l'élite dirigeante) est fondée à faire prévaloir sa conception de l'intérêt général, intervention discutable mais généralement baptisée du nom élogieux "d'Etat de droit".

Comme on sait, le gouvernement Conte-Salvini avait entrepris de créer un statut d’autonomie pour la Lombardie, la Vénétie et l’Emilie-Romagne (en théorie, les autres régions devaient suivre quand elles seraient en situation de le faire). Avant sa démission (août 2019), le gouvernement avait abouti à un projet qui était jugé tout-à-fait insuffisant par les présidents des régions concernées (l'un d'entre eux parla de  fumisterie).

 

 

 

 

AUTONOMIES DES ÎLES DU NORD

 

 

Avoir un statut d’autonomie étendue ne dispense pas d’aspirer à l’indépendance.

C’est le cas des îles Féroé, autonomes depuis 1948, où plus de 50% de la population souhaite l’indépendance par rapport au Danemark : celle-ci a d’ailleurs été votée par une première fois en 1946, puis en 2004, mais est restée sans effet en raison de l’opposition du gouvernement danois. L’opposition Danois/Feroïens est fondée car les Danois forment un ensemble homogène et les Féroïens un autre ensemble, minoritaire. Il est fréquent d’entendre des Féroïens se plaindre d’être « occupés par les Danois ». Le ministre des affaires étrangères du gouvernement féroïen déclarait récemment que rien ne pourrait le transformer en Danois https://www.lepoint.fr/monde/goodbye-copenhague-les-feroe-face-a-l-appel-du-large-19-06-2018-2228370_24.php

Malgré cela (on y reviendra), les relations sont plutôt cordiales entre les deux peuples et les Féroïens font toujours un accueil chaleureux à la famille royale danoise ; en cas d’indépendance, les îles Féroé pourraient conserver une monarchie commune avec le Danemark. Un nouveau référendum sur l’indépendance, prévu en 2018, a été reporté. Au demeurant, les Danois doivent aussi composer (ils y arrivent très bien) avec le nationalisme groenlandais*, bien moins pressé d’arriver à l’indépendance que le nationalisme féroïen, car les deux territoires n’ont pas du tout le même niveau d’avancement économique et culturel.

                     * 6 partis sur 7 au Groenland sont en faveur de l’indépendance, comme la coalition au pouvoir, mais il reste beaucoup de difficultés à résoudre.

Le fair-play du Danemark fut signalé par Carlos Puigdemont, le président déchu de la Generalitat de Catalunya, qui avait été un court moment arrêté en Allemagne à la suite du mandat d’arrêt européen lancé par l’Espagne. Il revenait à ce moment de Copenhague, où il avait été invité par les députés des îles Féroé. « Le Danemark montre encore une fois qu’il comprend la démocratie», avait loué le Catalan. » Le Temps 25 4 2018 https://www.letemps.ch/monde/groenland-iles-feroe-nord-lindependance-petits

Est-il besoin d’ajouter que les îles Féroé ont leur drapeau, leur hymne national et une équipe de football membre de la FIFA (fédération mondiale) ?

On reparlera des îles Féroé.

 

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Le nouveau gouvernement des îles Feroe,entré en fonctions le 18 septembre 2019. Bien que présidé par un unioniste (avec le Danemark), le gouvernement de coalition de 7 membres comprend 4 indépendantistes, dont le ministre des affaires étrangères. Les indépendantistes appartiennent au Parti du Peuple - Fólkaflokkurin et au Parti du centre - Miðflokkurin. Les autres membres dont le premier ministre Bárður á Steig Nielsen, appartiennent au Parti unioniste - Sambandsflokkurin.

https://www.faroeislands.fo/the-big-picture/news/new-faroese-government-takes-office/

 

 

Le statut des îles d’Åland, considérée dans certains cas comme un « Etat libre » associé à la Finlande, ou comme une province autonome, est également intéressant :

« La seule langue officielle d'Åland est, selon l'article 36 de la loi sur l'autonomie, le suédois. »

« Le statut d’autonome d’Åland de 1920 fut confirmée au fil des années par de nouvelles lois, notamment l'octroi d'un droit de veto à l'application dans l'archipel des lois promulguées par le pouvoir central. Dans presque tous les domaines, sauf la politique extérieure, les douanes (ce qui inclut l'appartenance au marché unique européen), la monnaie (donc l'euro depuis 1999) et la justice, le conseil d'Åland dispose d'un pouvoir législatif autonome (qui lui permet de continuer à fixer librement la politique économique et la fiscalité locale, dans les limites permises par l'Union européenne). »

« Les habitants d'Åland sont des citoyens finlandais. En raison de la loi sur l'autonomie, il y a parallèlement un droit patriotique (Hembygdsrätt) qui ressemble, dans les faits, à une citoyenneté ålandaise. Lors des élections au parlement régional et dans les communes, seules les personnes disposant de ce droit patriotique peuvent voter et être élues. Ce droit ne peut être acquis par un citoyen finlandais qu'après cinq ans de résidence sur les îles sans interruption et à la condition d'être capable de parler le suédois. »

(Wikipedia, art. Åland)

Par référendum, Åland a approuvé l’adhésion à l’Union européenne, au moment de l’adhésion de la Finlande (1995), Åland signe alors un protocole spécifique confirmant les dispositions spécifiques relatives à son statut vis-à-vis de la Finlande et de l'Union européenne.

(Wikipedia, art. Référendum ålandais sur l'adhésion à l'Union européenne)

 

 

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Drapeau des îles d’Åland.

Photo sur un site finlandais qui explique:

The Åland example: Autonomy protects a minority

The autonomy of the peaceful Åland archipelago west of Finland could also serve as a model for resolving conflicts elsewhere. (L'exemple d'Åland : l'autonomie protège une minorité. L'autonomie du pacifique archipel à l'ouest de la Finlande pourrait servir de modèle pour résoudre des conflits ailleurs).

Site This is Finland

 https://finland.fi/life-society/the-example-of-aland-autonomy-as-a-minority-protector/

 

 

 

 " NOUS QUI NE SOMMES RIEN"...

 

 

Dans le cadre français, l’opposition Corse/France et Corses/Français serait donc une opposition minorité/majorité, ou partie/tout. On ne peut donc pas la comparer à ce qui existe dans des pays avec deux groupes principaux (cas de la Belgique) ou plusieurs groupes « nationaux » importants, mais plus ou moins revendicatifs (Espagne, Italie, Grande-Bretagne).

Cette vision des choses semble en quelque sorte acceptée aussi bien par les Corses que par l’ensemble des Français : pour les Corses les Français du continent sont (parfois) qualifiés de « Gaulois ». Pour une grande partie des Français du continent, les Corses ne sont pas considérés comme un peuple à part entière (ce serait contraire à l’idéologie dominante en France), mais seulement comme des gens déraisonnables qui n’acceptent pas le cadre commun de la nation française. Les esprits pondérés aiment à faire le distinguo entre ces Corses turbulents (une minorité) et la majorité des Corses, supposés adhérer à la nation française. Un distinguo que beaucoup, « sur le continent », n’ont pas envie de faire : les Corses sont considérés dans leur ensemble comme des perturbateurs chargés de tous les défauts et tares, comme l’exprime l’écrivain corse Marc (Marcu) Biancarelli dans un passage célèbre d’une de ses chroniques :

«  …nous les déviants, nous les racistes, nous les fainéants, nous les parasites, nous qui coûtons cher, nous qui n'avons pas la reconnaissance du ventre, (…), nous qui ne sommes rien, et surtout pas un peuple, (…), nous les tribaux, nous qui nous croyons le centre du monde, nous les arrogants, nous les violents, les terroristes, les complices adeptes de l'omerta, (…°) la sale engeance primitive, sournoise, archaïque, repliée sur elle-même, ne possédant aucune ouverture sur le monde, ni reconnaissance pour les bienfaits de la Nation … » (Vae Victis)

Dans les sites de journaux, chaque article sur la Corse, (quel que soit le sujet : politique, faits divers) suscite immanquablement les réactions de lecteurs indignés, à croire que les articles n’ont pas d’autre but. Certes il ne s’agit pas d’un raz de marée, mais il existe une frange permanente du lectorat qui estime utile, à chaque fois, de remette à leur place « les Corses », qui, sans la France, crèveraient de faim. D’autres exigent un référendum sur l’indépendance de la Corse, mais ouvert aux Français : nul doute que la majorité expulsera avec plaisir ces ingrats qui refusent la communauté nationale. Enfin la culture et la langue corse donnent lieu à des commentaires méprisants, souvent rédigés n’importe comment.

 

Ce face-à-face des Corses avec les Français est donc un lieu commun et on le retrouve dans les propos de Bernardini que nous citions.

On peut comprendre les formulations « humanistes »de l’auteur, mais il est pour le moins curieux qu’il ne mentionne aucune considération géopolitique, comme si la question se réduisait à une mauvaise relation entre les Corses et Les Français, sans parler des revendications nationalistes qui existent en Corse (même si elles ne concernent pas tous les Corses, ou tous les habitants de la Corse), revendications qui ont pour base l’existence d’une population distincte, qu’on l’appelle peuple ou nation corse.

Sur tous les territoires où existent des revendications « nationalistes » (au sens d’un nationalisme centrifuge, régional ou périphérique), la donnée de base qui explique ces revendications est l’existence d’une population qui a conscience de posséder une identité propre et qui considère que son identité n’obtient pas de l’Etat la forme de reconnaissance qui lui parait souhaitable. Peut-on imaginer de réduire les revendications nationales des Québécois, Flamands, Ecossais, Vénètes, Catalans, Féroïens, etc etc à de « mauvaises relations » avec le reste de la population du pays auquel ils appartiennent ? Les « mauvaises relations », si mauvaises relations il y a, sont inséparables des revendications nationalistes ou identitaires, celles-ci étant elles-mêmes la conséquence de l’existence de plusieurs populations distinctes sur un même territoire étatique et du caractère subordonné de certaines d'entre elles.

 

On objectera qu’aujourd’hui, il n’existe pas de subordination effective d’un peuple à un autre, du moins en Europe, mais des situations dans lesquelles un peuple n’a pas la reconnaissance symbolique qu’il souhaite et qui n’a pas la maîtrise des décisions le concernant (puisqu'elles relèvent d'un ensemble plusgrand). La doctrine qui prétend, comme en France, qu’il n’existe qu’un seul peuple sur l’ensemble du territoire, ne change rien à la situation de subordination, au contraire elle est pire que ce qui existe par exemple pour le peuple écossais ou gallois , puisque c’est l’existence même d’un ou plusieurs peuples distincts du peuple français qui est niée (et sans ménagement) au niveau des représentations publiques.

 

En imaginant qu’un jour les Corses et les Français « feront la paix », Bernardini ne nous dit pas ce qu’il adviendra des revendications nationalistes en Corse à ce moment. Seront-elles satisfaites ou enterrées ? il me semble que c’est le cœur du problème.

 

 

 

CORSES/FRANÇAIS : UNE OPPOSITION MOINS SIMPLE QU'EN APPARENCE

 

 

Revenons d’abord sur cette opposition Corses/Français qui parait satisfaire tout le monde – y compris quand on s’en indigne.

Il est peut-être un peu plus difficile qu’il n’y parait de définir les Corses : s’agit-il des habitants de l’île (quelle que soit leur origine – mais certains d’entre eux ne se définiraient pas comme Corses) ou des personnes qui descendent de familles installées en Corse depuis un certain nombre de générations, voire « depuis toujours », définition qui inclut ce qu’on appelle « Les Corses de la diaspora » (qui résident sur le continent ou n’importe où ailleurs qu’en Corse) ?

Il semble intéressant de citer ici une réflexion de Marina Casula, qui demandait comment définir la « corsitude » : «Notre postulat de base sera donc que la corsitude ne peut passer par un droit du sol, pas plus que par un droit du sang. La corsitude tient de l'auto-identification : un individu se définit comme Corse car il adhère à un ensemble de comportements, d'attitudes, de références, à une langue aussi, dans lesquels il se reconnaît, et il se réfère à un territoire particulier, dans des proportions variables et qui lui sont propres. »

Casula, Marina. (2006). L’identité corse : une relation récursive entre identités et territoires vécus, Nouvelles perspectives en sciences sociales, 2 (1), 9–67.
https://doi.org/10.7202/602454ar

Mais les Français ? A priori la définition est simple, ce sont les Français « du continent », l’ensemble de la population française moins les Corses (ne chipotons pour savoir si on doit compter les étrangers présents en France dans la population française). Cette définition a le grand avantage, pour certains, d’opposer une multitude de plus de 65 millions de personnes à un assez petit nombre d’individus (qu’on aura du mal à dénombrer puisque toutes les personnes résidant en Corse ne sont pas forcément Corses (quel que soit le critère retenu pour définir l’appartenance corse) et qu’il existe aussi des Corses de la diaspora*. Dès lors, malgré la difficulté d'avoir des chiffres précis, l'incertitude des chiffres, la disproportion saute aux yeux.

                                                           * En 2019, il y a 339 178 habitants en Corse. Selon le décompte (un peu incertain de l’article Corses sur Wikipedia, qui ne cite pas ses sources), les Corses de la diaspora seraient environ 2,1 million de personnes, dont à peu près 800 000 en France continentale et 1, 4 en Italie (?), plus quelques milliers dans le reste du monde.

 

Cette disproportion nourrit pour une part le mépris « continental » pour les Corse et aussi le mépris (dans un sens un peu différent) des revendications corses par l’Etat français : si les Corses étaient quelques millions de plus, leur voix porterait un peu plus, évidemment.

Pour les Corses, il est presque évident que la masse des Français du continent forme une population autre, ne serait-ce qu’en raison de la géographie. De même, l’insularité est souvent invoquée comme étant à la base du sentiment d’identité corse. Or, même si l’insularité renforce le sentiment d’identité, il ne faut pas en faire un marqueur prépondérant : des territoires très engagés dans des processus d’indépendance comme l’Ecosse, la Catalogne, la Flandre, le Québec, ne sont pas des îles : le sentiment national qui pousse certains territoires à vouloir se séparer du pays qui les englobe n’a pas besoin du support ou du prétexte de l’insularité.

L’insularité est souvent mise en avant par ceux qui, sans invoquer des aspirations nationalistes, souhaitent seulement des mesures dérogatoires aux règles générales ; elle sert aussi de justificatif à l’Etat français pour n’accepter que des mesures purement techniques, jugées raisonnables « compte tenu de l’insularité » et sans caractère nationaliste. En 1975, le Dr. Edmond Simeoni avait déclaré, dans les instants qui avaient suivi sa reddition après le drame d’Aléria, qu’il ne faudrait plus à l'avenir « envisager un problème d’identité comme un problème économique ». C’est ce que l’Etat français continue à faire, délibérément.

Certes les insulaires se sentent fréquemment incompris des gens du continent mais ce serait une erreur de voir tous les continentaux comme formant un seul groupe plus ou moins hostile, comme si ces continentaux n’avaient pas aussi leurs divisions et leurs peuples dominés. Cette croyance spontanée que les continentaux forment un seul bloc fait l’affaire de l’Etat français.

Ainsi chaque fois qu’il est saisi d’une revendication particulariste, l’Etat français peut la traiter par le mépris et la minorer, car il suffit de l’opposer à l’indifférence de la masse des Français, alors que dans cette masse, il existe d’autres populations qui elles-mêmes peuvent présenter des revendications particularistes.

 

 

 

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 Carte des "nationalités" en France.

Cette carte est présentée sur un site breton (Agence Bretagne Presse https://abp.bzh/index.php) comme carte des régions ethniques. Le mot à ne pas prononcer pour certains. Mais le plus souvent ethnie signifie culture ou nation non reconnue. La carte aurait été élaborée par l'Alliance libre européenne (ALE), fédération de mouvements nationalistes régionaux. S'il est difficile de discuter l'existence des groupes nationaux représentés (qui correspondent à des études, notamment de chercheurs étrangers), il est encore plus difficile de penser que toute la population des régions concernées se définit comme appartenant au groupe correspondant, notamment en raison des migrations et modifications de populations, ainsi que de l'indifférence de ceux qui pourraient revendiquer une appartenance à un groupe national minoritaire. Selon certaines études, les nationalités minoritaires en France ne représenteraient que 15% de la population (cf .https://fr.wikipedia.org/wiki/Groupes_ethniques_en_France)

 https://abp.bzh/la-carte-interdite-ou-la-france-en-9-regions-ethniques-33839

 

 

 

Certes on ne fera pas l’erreur de considérer qu’il existe de nombreux mouvements « nationalistes » périphériques suffisamment puissants et structurés pour faire « reculer » l’Etat français : en effet, en «métropole*, seule la Corse est dirigée depuis 2015 et encore plus depuis 2017 par les élus nationalistes au sens large (autonomistes et indépendantistes), qui détiennent les postes de président de la collectivité territoriale et de président de l’assemblée de Corse.

                                                    * Dans les territoires d’outre-mer, en 2019, le président du conseil exécutif de Martinique est indépendantiste, la majorité de l’assemblée de Martinique est autonomiste/indépendantiste. En Nouvelle-Calédonie, le président du Congrès est indépendantiste (mais le Congrès est exactement partagé entre indépendantistes et anti-indépendantistes, plus quelques non-inscrits). En Polynésie française, le président de l’assemblée et le président de l’exécutif appartiennent à un parti dit autonomiste, mais en fait affilié à la droite française et qui ne se présente pas comme nationaliste.

 

 

Mais des mouvements autonomistes existent dans beaucoup de régions (Alsaciens, Bretons, Basques, Occitans etc), permettant de considérer que le face-à-face n’est pas (ou ne devrait pas être) entre les Corses et les Français mais entre les Corses et une partie (certes la plus importante) des Français, ou dit autrement, que les Corses sont face-à-face avec les Français, mais qu’ils ne sont pas les seuls : c’est le cas de toutes les minorités nationales en France. Il s’ensuit que dans ses relations avec l’Etat français, la Corse pourrait invoquer la solidarité avec les autres minorités nationales et développer systématiquement avec elles une action commune, bien au-delà de ce que constitue un groupe comme Régions et peuples solidaires (voir annexe).

On dit ici « la Corse » comme si tout le monde y était favorable aux thèses nationalistes. On sait bien que ce n’est pas le cas. Mais on peut penser que les nationalistes y ont acquis une légitimité démocratique qui leur permet de se présenter comme porte-paroles de la Corse, et que beaucoup des revendications des nationaliste sont maintenant acceptées par une part importante de la population, au-delà du strict cadre des partis nationalistes.

 

 

 

UN PEUPLE INDIVISIBLE NE PEUT PAS COMPORTER DE MINORITÉS

 

 

Les nationalismes périphériques sont loin d’avoir en France le poids et l’importance qu’ils ont dans d’autres pays. A ce constat, il y a plusieurs explications : soit, en effet, les populations périphériques qui pourraient se reconnaître dans une aspiration nationaliste, sont satisfaites d’appartenir au peuple français ou à la nation française (ici ces termes sont interchangeables) Soit, l’Etat français qui a tout fait pour déraciner le sentiment d’appartenance régionale et inculquer le sentiment d’appartenance à la France, y a réussi presque complètement.

Le résultat est peut-être identique, mais le mécanisme intellectuel à la base est différent. L’historien du nationalisme (le mot est pris ici dans son sens le plus simple : sentiment d’appartenance à une nation), Ernest Gellner disait de façon plaisante que la formule de Renan « la nation est un plébiscite de tous les jours » était vraie à condition d’ajouter que ce plébiscite avait lieu à chaque rentrée des classes - donc que le rôle de l’Etat et de l’éducation dans ce plébiscite était prépondérant. L’Etat non seulement inculque le nationalisme officiel, en se défendant de l’appeler nationalisme, et marginalise et ringardise les nationalismes concurrents, de sorte que la doctrine officielle est qu’il n’existe pas en France de minorités nationales, ni d’autre peuple que le peuple français. Cette position est exprimée par des décisions du conseil constitutionnel ou par le refus par la France de ratifier la convention de l’ONU de protection des minorités nationales – au motif qu’il n’y en a pas en France : mais était-ce une raison de refuser de signer en ce cas ?*

                                                 *  Le constitutionnaliste Guy Carcassonne déclarait en 1998 : « [L’ONU] a promu en 1966 le pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont l’article 27 reconnaît les minorités en même temps qu’il protège les droits de leurs membres.
Et c’est ce même article que la France a refusé, tant il est contraire à la tradition d’un peuple indivisible, dont tous les citoyens ont des droits strictement égaux. Toutes les nations n’ont pas la même histoire. Il faut donc à la fois se résigner à ce que certaines d’entre elles recherchent dans le droit des minorités la garantie d’une égalité réelle, et se réjouir que la France n’en ait pas besoin. », cité par Ronan Le Coadic. Les ” minorités nationales ” : vers un retour du refoulé ?, 2009.

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00648733/document

 

 

 

QUELQUES NOTIONS THÉORIQUES

 

 

Sans entrer dans des débats théoriques, on peut indiquer ici que les aspirations nationales centrifuges dans les Etats actuellement existants peuvent être décrits de plusieurs façons, ou donner lieu à des distinctions : minorités nationales, nationalismes régionaux, nationalismes périphériques, nationalismes dormants, nationalismes laminés.

« Pour le géographe Richard Griggs, les régions, villes-États et nations qui ont des aspirations territoriales, forment un « quart-monde », qui partage le sentiment d’une culture commune basée sur une revendication territoriale historique mais non reconnue au niveau international et un discours revendicateur commun (Griggs, 1995). Arguant que seuls l’Islande, l’Irlande, Monaco, Andorre, Saint-Marin, Malte, la Pologne et la Slovénie sont de véritables États-nations en Europe [au sens de : une seule nation présente sur le territoire d’un Etat], il recense 101 nations, au sein, ou à cheval des 35 États multiethniques européens, comme le Pays Basque partagé entre la France et l’Espagne* »

Frank Tétart, Les nationalismes « régionaux » en Europe, facteur de fragmentation spatiale ?, revue L’Espace Politique 2010-2,

https://journals.openedition.org/espacepolitique/1647

On trouvera d’autres définitions dans l’article de Ronan Le Coadic. Les ” minorités nationales ” : vers un retour du refoulé ? dans. Bretons, Indiens, Kabyles.. Des minorités nationales ?, Presses universitaires de Rennes, , 2009.fhttps://hal.archives-ouvertes.fr/hal-00648733/file/2009_Les_minorites_nationales.pdf.

Pour cet auteur, les Bretons constitueraient une « nationalité laminée », plus qu’ils ne constituent une nation sans Etat, puisque, généralement, ils acceptent l’Etat français.

Le concept de minorité nationale est parfois réservé aux groupes appartenant à une nation répartie sur plusieurs pays, que cette nation forme le groupe principal ou non d’un autre pays (par ex. minorité nationale slovène en Italie), mais ce n’est pas toujours le cas. R. Le Coadic cite la définition de Will Kymlicka : «  Les “minorités nationales” désignent [ …] les groupes qui constituent des sociétés complètes et fonctionnelles situées sur leur terre d’origine avant d’être intégrées (incorporated) à  un État plus important

On remarquera à la lecture des deux articles cités, la tonalité plus soupçonneuse du premier, sous le masque de l’objectivité du chercheur (attitude typique de certaines élites), mettant en garde sur les risques d’une inflation de nouvelles souverainetés, comparé à la tonalité plus militante du second (qui est Breton).

 

Le même F. Tétard écrit : « Dans son ouvrage Containing Nationalism, paru en 2000, le sociologue Michael Hechter, professeur à l’Université de Washington, distingue un « nationalisme périphérique » (Peripheral nationalism), qui correspond aux aspirations nationales des régions. Ce nationalisme périphérique émerge en effet, lorsqu’un territoire culturellement distinct résiste à l’incorporation dans un État expansionniste, ou tente de faire sécession pour mettre en place ses propres institutions, comme la Catalogne, le Québec ou l’Écosse (Hechter, 2000). Il est, selon lui, une réponse au nationalisme inclusif des anciennes nations européennes, comme la France ou de la Grande-Bretagne (State-building nationalism), dont la construction étatique a d’abord eu pour objectif d’assimiler ou d’incorporer des territoires culturellement distincts au sein d’un même État, afin de rendre, selon la volonté des gouvernants, culturellement homogène une population multiculturelle » (art. cité).

Le fait que dans tous les grands Etats européens les plus anciens (Espagne, Grande-Bretagne, France), qualifiés d'Etats-nations, vivaient plusieurs ethnies différentes, a été observé par le grand historien Eric Hobsbawn. Ces ethnies n’obtenaient pas forcément une reconnaissance, sauf assez récemment  : reconnaissance des « nationalités » constituant l’Espagne dans la constitution de1978, reconnaissance que le Royaume-uni est composé de quatre « home nations », dans le langage courant de l’Etat britannique, puis création d’institutions particulières (à la suite des lois de devolution de l’Ecosse et du Pays de Galles).

Mais seule la France s’est vraiment efforcée de supprimer les cultures et identités régionales et a maintenu jusqu’à présent la doctrine selon laquelle il y a un seul peuple ou nation en France - parce que l’Etat l’a décidé ainsi.

 

 

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Un Anglais (ou  Britannique ?) recouvert des pieds à la tête de l'Union jack, avec le drapeau et sa tasse de thé, traite de bloody nationalists (foutus nationalistes) un Cornouaillais un Gallois et un Ecossais (de gauche à droite) ébahis et piétine le drapeau de Cornouailles. Ce genre d'attitude n'existe pas qu'en Grande-Bretagne...

Message Twitter en 2018 https://twitter.com/rapsiencyn/status/1000703537595154432

avec le titre : Welsh Civic nationalism is about seeking equality with other nations! British nationalism is about seeking superiority over other nations. (le nationalisme civique gallois veut l'égalité avec les autres nations, le nationalisme britannique cherche la supériorité sur les autres nations). On trouve le même dessin plus ou moins modifié sur d'autres sites dont le blog

http://lallandspeatworrier.blogspot.com/2013/06/the-positive-case-for-union-british.html

 

 

CONCLUSION DE LA PREMIÈRE PARTIE

 

 

Au terme de cette première partie, on a compris le sens de l’expression « et quelques autres » dans le titre « La Corse, la France et quelques autres » : il s’agit tout d'abord de comparer le nationalisme corse à d’autres nationalismes régionaux dans les autres pays (comparer ne veut pas dire poser en équivalence, cela veut dire regarder les différences et les ressemblances).

De plus, nous voulons suggérer qu’il n’y a pas d’un côté la Corse et de l’autre « toute la France », mais des Corses, des Basques, des Bretons, des Savoisiens, des Occitans (peut-être faut-il dire des Languedociens et des Provençaux), des Catalans du sud, des Flamands, des Alsaciens, et que les autres nationalismes régionaux, plus ou moins organisés et divisés, ont, vis-à-vis de l’Etat français, le même type de difficultés que le nationalisme corse. Nous voulons aussi suggérer que ce dernier ayant obtenu des succès, il pourrait être la locomotive qui tire les autres wagons, à condition de faire les efforts d’organisation nécessaires. Après tout, « l’union fait la force »…

 

Dans une seconde partie nous poursuivrons la comparaison du nationalisme corse avec les divers nationalismes régionaux, en France et dans d’autres pays.

 

 

 

 ANNEXE

 

 

RÉGIONS ET PEUPLES SOLIDAIRES

 

 

(D'après Wikipedia)

Régions et peuples solidaires (RPS ou R&PS) est un parti politique qui fédère, à l'échelle de la France, des organisations politiques régionalistes ou autonomistes de France. Les courants politiques qui y sont représentés vont du centrisme au socialisme démocratique avec une certaine sensibilité écologiste. Son président est Gustave Alirol, du Parti occitan (R&PS-POC).

Cinq députés élus en 2017 se rattachent financièrement [?] à Régions et peuples solidaires (Paul Molac, Jean Lassalle*, Jean-Félix Acquaviva, Paul-André Colombani et Michel Castellani).

                                                                                                            * Le site de RPS ne donne pas le nom de Jean Lassalle.

 Pour les élections européennes, R&PS participe fréquemment à une liste commune avec les  écologistes (EELV - AEI - R&PS),  fournissant six candidats à la liste en 2019. En 8ème position [autres sources : 9ème position], François Alfonsi est à nouveau élu eurodéputé, siégeant au groupe des Verts/Alliance libre européenne.

 

Partis affiliés à R&PS (selon Wikipedia, sous réserves)* :

 

Le Parti des Mosellans / Partei der Mosellothringer PDM Autonomisme, centrisme

Abertzaleen batasuna (Union des patriotes), AB, Pays basque Nord, Autonomisme, social-démocratie, écologie

Tamazgha et sa diaspora Congrès mondial amazigh CMA Organisation non gouvernementale internationale Membre associé

Dauphiné démocratique - Confédéralisme, démocratie directe, écologie (Observateur)

Eusko alkartasuna (Solidarité basque) EA, Pays basque Nord,  Autonomisme, social-démocratie Membre fondateur 1994 

Gauche républicaine de Catalogne ERC, Catalogne nord,  Autonomisme, social-démocratie 

Inseme per a Corsica** (Ensemble pour la Corse) Autonomisme

Mouvement région Savoie MRS Autonomisme, régionalisme, démocratie participative, écologie Membre fondateur 1994 

Oui au pays catalan OPC Autonomisme, centrisme

Parti de la nation corse PNC Autonomisme, social-démocratie, écologie 

Parti nationaliste basque EAJ-PNB Autonomisme, centrisme

Parti occitan POC Autonomisme, social-démocratie Membre fondateur 1994 

Union démocratique bretonne UDB Autonomisme, social-démocratie, socialisme démocratique, écologie Membre fondateur 1994 

Unser Land (Notre pays) - Alsace

 

                                              * Le site R&PS ne comprend pas de liste des membres.

                                              ** Inseme per a Corsica est un parti constitutif de Femu a Corsica

On observe que plusieurs partis nationalistes ne font pas partie de la fédération R&PS.  Le positionnement de R&PS comme allié des écologistes n'est pas une option partagée par tous, y compris parmi les militants des partis adhérant à R&PS.