A PROPOS D’UNE PHOTO DE DONALD TRUMP

TROISIEME PARTIE

 

 

 

 

 

LE REGIME DES COLONELS EN GRECE

 

 

 

 

 

Le gouvernement américain a aussi été compréhensif avec le régime des colonels en Grèce.

 

En 1967, le régime démocratique fonctionnait de plus en plus mal en Grèce et risquait, selon les milieux conservateurs, de favoriser la prise de pouvoir par les communistes. Le climat de tension de l’époque est marqué par l’assassinat du député Lembrakis en 1963 (qui fait l’objet du roman et du film Z).

 

Les élections de mai 1967 étaient redoutées par les conservateurs car elles risquaient de ramener au pouvoir le vieux politicien du centre-gauche George Papandreou (ancien premier ministre à plusieurs reprises dans l’après-guerre). Plus que Georges Papandreou, on redoutait l’arrivée au pouvoir de son fils Andreas, plus à gauche que lui, et de leur allié d’un parti de gauche suspecté d’être pro-communiste (le parti communiste lui-même étant toujours illégal depuis la fin de la guerre civile)

 

Un groupe de militaires (généraux et colonels), qui a le soutien d’une partie des forces armées, s’empare du pouvoir en avril 1967. Les trois principaux dirigeants du coup d'état sont le colonel Georges Papadopoulos, le colonel Nicolaos Makarezos et le général Stylianos Pattakos.

Le premier ministre du moment, et plusieurs hommes politiques dont les Papandreou père et fils sont arrêtés et mis en résidence surveillée.

Le roi Constantin Ier est d’abord maintenu dans ses fonctions par les putschistes, dont il approuve l’anticommunisme. Les membres de la junte prêtent serment devant lui. Un premier ministre civil sans pouvoir réel est nommé.

 

 

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 Le roi Constantin de Grèce (le plus grand, au centre) et les membres de la junte militaire qui viennent de prêter serment devant lui (avril 1967).

 Le Figaro

 http://www.lefigaro.fr/histoire/2017/04/20/26001-20170420ARTFIG00291-il-y-a-50-ans-la-dictature-des-colonels-s-installait-en-grece.php

 

 

 

Puis le roi finit par partir en exil avec sa famille et le premier ministre après avoir tenté un contre-coup d’état raté, qui devait s’appuyer sur des éléments fidèles de l’armée (décembre 1967).

 

La junte n’abolit pas la monarchie et nomme alors un régent (choisi parmi les membres de la junte).

 

Les « colonels » comme on les appelle mettent un place un régime autoritaire qui suspend les libertés (les articles s’y rapportant de la constitution sont suspendus), interdit tout ce qui se rapproche des idées de gauche et exerce un contrôle étroit sur la population.

 

Des militants de gauche ou des opposants sont arrêtés, parfois exécutés ou détenus dans des camps (notamment sur des îles) où la torture est pratiquée.

 

Le régime désigne ses ennemis comme « anarcho-communistes ».

 

Paradoxalement, le régime promeut le tourisme (c’est de cette époque que date l’essor touristique grec) et fait appel aux investisseurs étrangers (dont Coca-Cola).

 

Il ne s’oppose pas aux influences culturelles extérieurs, du moment qu’elles n’ont pas d’incidence politique. Des communautés hippies qui vivent en Grèce ne sont pas inquiétées.

 

Le régime, à la différence d’autres dictatures, était collégial et les membres de la junte étaient plutôt discrets.

 

Le colonel Papadopoulos qui est le principal dirigeant de la junte  dans les premières années du régime, essaie de gouverner sans mécontenter les classes moyennes urbaines. Il est donc discret sur le programme idéologique et s’efforce d’obtenir des avancées économiques. Il veut aussi protéger l’agriculture et met en avant ses origines paysannes.

 

 

 

 

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Giorgios Papadopoulos, le principal dirigeant de la junte jusqu'en 1973, dansant le sirtaki avec des evzones de la garde royale puis présidentielle, lors des fêtes de Pâques 1972.

 http://www.thejournal.ie/from-the-photo-archives-easter-sunday-through-the-20th-century-830739-Mar2013/

 

 

 

Après quelques années où la fiction d’un royaume sans roi a été préservée, les colonels  proclament la république en 1973.

Papadopoulos fut proclamé président de la république et fit appel à un politicien libéral comme Premier ministre.

 

En 1973, un complot pour renverser la junte, organisé par des officiers de marine plutôt fidèles au roi, fut découvert.

 

Mais la tentative de libéralisation de Papadopoulos se heurta à la ligne dure des colonels, représentée par le général Ioannidis.

 

Ioannidis prend  prétexte d’un mouvement d’occupation de l’Ecole polytechnique d’Athènes, par les étudiants hostiles au régime (novembre 1973) pour s’emparer des leviers du pouvoir. Il réprime durement l’occupation des étudiants (il y a peut-être une centaine de morts) et écarte du pouvoir Papadopoulos.

 

Le régime se durcit en 1973-74 sous l’autorité de Ioannidis.

 

Il organise une tentative de coup d’état à  Chypre (juillet 1974) pour établir un  gouvernement pro-grec, qui provoque une crise internationale : la Turquie fait débarquer des troupes à Chypre (occupant le nord de l’île) ; ces troupes se heurtent aux forces grecques sur place. Les Nations-Unies  interviennent  tandis que les USA essaient d’empêcher deux pays membres de l’OTAN de se faire la guerre.

 

Cette crise provoque chute du régime des colonels.

 

Ceux-ci, incapables de maîtriser les implications internationales de la crise cypriote, cessent de soutenir Ioannidis et appellent des politiciens des partis démocratiques pour former un gouvernement d’union nationale.

 

La décision est prise de faire revenir en Grèce l’ancien premier ministre en exil Caramanlis qui est nommé premier ministre et organise des élections.

 

Dès 1975, la démocratie restaurée fait juger les membres de la junte qui sont condamnés à mort, puis leur peine est commuée en détention à perpétuité.

 

Le putsch des généraux de 1967 fut-il organisé avec l’approbation des USA ?

 

On l’a affirmé, sans preuve. Mais les responsables locaux de la CIA paraissent avoir été proches des colonels et leur ont donné des conseils, une fois ceux-ci au pouvoir.

 

Sous les présidents américains (Démocrates puis Républicains) Johnson, Nixon et Ford, les USA continuèrent à apporter leur aide à la Grèce et à coopérer militairement avec elle, d’autant que le régime affirmait être fermement  partisan de l’OTAN et des valeurs occidentales.

 

La Grèce continua donc à faire partie de l’OTAN. Les pays européens se partagèrent sur la conduite à suivre : les pays nordiques accusèrent la Grèce devant le Conseil de L’Europe pour ses violations des droits de l’homme (le gouvernement grec réagit en se retirant du Conseil) alors que les autres pays, tout en déplorant ces violations, restaient soucieux de ne pas rompre avec elle.

 

Après le retour de la démocratie, des mouvements d’extrême-gauche violents apparurent en Grèce. L’un de ces mouvements, appelé Mouvement du 17 novembre (en référence à la date de l’écrasement des étudiants de l’Ecole polytechnique par la junte) se signala en abattant des responsables de la police et de l’armée, souvent déjà en fonctions lors de la dictature, mais aussi des responsables des pays occidentaux dit impérialistes, liant ainsi à la manière d’autres mouvements d’extrême-gauche, le combat antifasciste et le combat anticapitaliste et anti-impérialiste.

 

La première victime fut le chef de la CIA à Athènes, tué en 1975, la dernière, en 2000, l’attaché militaire britannique. Ce n’est qu’au début des années 2000 que les membres du groupuscule furent arrêtés et condamnés.

 

En 1982, le premier ministre grec Andreas Papandreou (socialiste, fils de Giorgios – après lui, son fils prénommé également Giorgios est un homme politique important de la Grèce actuelle) autorisa le retour en Grèce des anciens communistes qui avaient fui à l’étranger après la guerre civile.

 

En 1999, Bill Clinton exprima des excuses pour l’aide apportée par les USA à la dictature.

 

En 2002, 20% des personnes interrogées déclaraient que le régime des colonels avait été une bonne chose, plus de 56% qu’il avait été une mauvaise chose et environ 20% ne se prononçaient pas.

 

En 2012, interrogés pour un sondage dans le contexte de la crise économique, 30% des Grecs déclaraient que la vie était meilleure sous le régime des colonels.

(source : Wikipedia en anglais)

 

 

 

 

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 Georgios Papadopoulos, à droite en jaquette, est investi président de la république en 1973.

Dames en chapeaux et messieurs en tenue de cérémonie, mais pas d'uniformes. Le clergé orthodoxe préside la cérémonie comme toujours en Grèce, où l'Eglise et l'Etat sont liés encore aujourd'hui.

Getty Images.

 

 

 

 

 

 

 

LES AMERICAINS AU CHILI

 

 

 

 

 

Le gouvernement américain a aussi soutenu le régime du général Pinochet au Chili (si tant est qu’il ne l’ait pas installé au pouvoir).

 

Le président socialise Allende, élu en 1971, avait entrepris des réformes économiques et sociales importantes mais qui mobilisaient contre lui une partie du pays.

 

Pour les milieux des possédants, Allende menait le Chili au chaos et eux-mêmes à la ruine.  Un groupe d’officiers, sûr de l’obéissance de la plus grande partie des forces armées, décida de mettre fin au gouvernement d’Allende.

 

En septembre 1973, les unités militaires s’emparèrent de tous les points  stratégiques de la capitale, Santiago, et bombardèrent le palais présidentiel.

 

Il semble qu’Allende se soit suicidé voyant qu’il n’avait pas d’autre issue que la mort.

 

Une répression féroce s’abattit sur les Chiliens  sympathisants de la gauche: emprisonnements, tortures, exécutions furent pratiqués en masse.

Selon les estimations, toujours difficiles en pareil cas, le régime serait responsable de 3200 morts et « disparus », autour de 38 000 personnes torturées et de 130 000 détentions.

Le régime conclut avec d'autres pays autoritaires d'Amérique latine des accords pour traqueret éliminer les oposants réfugiés à l'étranger (plan Condor).

Puis le gouvernement se chargea de la remise en ordre du pays selon ses conceptions. Les militaires au pouvoir, dirigés par le général Augusto Pinochet, firent appel à des technocrates formés par le célèbre économiste Milton Friedmann à la Business School de Chicago  pour appliquer un programme ultra-libéral.

 

Celui-ci donna quelques résultats et on parla de miracle chilien, mais les fruits de la croissance furent (on s’en doute) très inégalement répartis.

 

L’’inégalité sociale (déjà considérable au Chili) fit un bond considérable puis l’économie recommença à stagner.

 

Le gouvernement présidé par Pinochet comprenait essentiellement des militaires. Lui-même se présentait, non comme un dictateur omniprésent, mais  comme un militaire parmi d’autres, ayant accepté de sortir de la légalité pour sauver son pays. Il est d'abord président de la junte, puis chef suprême de la Nation, puis dès 1974, président de la république, fonction qu'il conserve jusqu'en 1990.

En 1980 une nouvelle constitution, approuvée par referendum (évidemment sous contrôle de la junte) prévoyait un calendrier de retour à la démocratie. Les partis politiques (sauf le parti communiste ) furent autorisés à partir de 1987.

En 1988 un referendum est organisé pour décider si le général Pinochet sera le prochain président de la république.

Le referendum donna la majorité aux adversaires de Pinochet qui, selon ce qui était prévu, organisa alors la transition démocratique. Les élections présidentielles et législatives furent organisées en même temps; le démocrate-chrétien Alwyn candidat commun de l'opposition au régime, fut élu président.

Pinochet quitta le pouvoir en mars 1990 comme prévu par la constitution.

 

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Le général Pinochet, chef des forces armées, salue le président des USA George W. Bush senior, après le rétablissement de la démocratie au Chili. A droite du président Bush, le nouveau président du Chili démocratiquement élu, Patricio Alwyn. Vers 1990.

Wikipedia.

 

 

 

Il restait chef des forces armées. A ce poste, il joue un rôle modérateur quand les premières inculpations de militaires pour violation des droits de l'homme ont lieu. En 1998, atteint par la limite d'âge, il quitte son poste de commandant en chef et devient sénateur à vie en tant qu'ancien président de la République, bien que sa nomination suscite une opposition.

Fin 1998, de passage à Londres, Pinochet est mis en état d'arrestation et assigné à résidence sur la réquisition de deux juges d'instruction espagnols, saisis de plaintes de parents de victimes de la dictature. Il s'ensuit plus d'une année de tergiversations juridiques sur la suite à donner - tandis que le gouvernement chilien fait pression pour son retour. Pinochet rentre libre au Chili en mars 2000.

Finalement, à partir de 2000, Pinochet est inculpé au Chili dans plusieurs affaires en lien avec l'époque de la dictature (dont des affaires d'enrichissement personnel) et assigné à résidence, mais il ne sera jamais jugé. Il meurt à 91 ans en 2006.

 

 

On s’est demandé si la décision de renverser Allende provenait des autorités américaines (ou au moins le feu vert donné aux putschistes) et si la CIA (l’agence de renseignements américaine) y a été impliquée.

 

Le secrétaire d’Etat (ministre des affaires étrangères) des présidents  Nixon et Gerald Ford, Henry Kissinger, a tenu des propos qui pourraient le laisser penser (révélés en 1999 seulement) mais aucune preuve formelle n’a jamais été fournie.

 

 

 

 

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 Le général PInochet accueille le Secrétaire d'Etat américain Henry Kissinger (1976)

Wikimedia Commons

 

 

 

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 Le général Pinochet rencontre le président américain Jimmy Carter à Washington (1977)

iconic Jimmy Carter meeting Omar Torrijos,  Alfonso Lopez and Augusto Pinochet, capture d'écran.

You Tube

https://www.youtube.com/watch?v=CLkFBrNsU0k

 

 

 

On a aussi mis en cause le rôle d’importantes sociétés américaines comme ITT ou IBM implantées au Chili dans la réalisation du coup d’état. La politique de Salvador Allende menaçait directement les intérêts de ces sociétés.

On retrouve là un comportement récurrent des sociétés américaines implantées dans les pays d’Amérique du Sud depuis au moins le début du 20ème siècle, qui exerçaient un contrôle sur la politique locale qui devait être conforme à leurs intérêts.

Dans tous les cas, loin d’imposer des sanctions au gouvernement militaire, les USA le traitèrent en allié.

Par contre, l'ONU condamna à plusieurs reprises la dictature chiliennne

Avec le temps et pour tenir compte de l’opinion internationale très mal disposée envers le régime chilien en raison de sa violence policière, les USA prirent leurs distances.

Jimmy Carter, président (Démocrate) de 1977 à 1980 (bien qu'il ait reçu Pinochet à Washington en 1977) mit fin à certains avantages commerciaux reconnus au Chlili par les USA.

Ronald Reagan (président Républicain à partir de 1981 et jusqu'en 1988) fit d'abord l'éloge de Pinochet pour avoir stoppé le danger communiste, puis il critiqua le régime pour sa lenteur à revenir à la démocratie. 

Néanmoins les USA restèrent des soutiens critiques du régime militaire jusqu'à sa fin, refusant de s'associer aux condamnations du régime et sanctions votées par l'ONU.

Les USA, l'Allemagne, l'Autriche et le Royaume-Uni continuèrent de vendre des armes au Chili de Pinochet.

D'autres pays européens furent bien plus critiques

Mais Margaret Thatcher, Premier ministre britannique, apprécia l'aide logistique fournie par le Chili au moment de la guerre des Malouines/Falklands en 1982 (bien que l'Argentine ait été aussi, à l'époque, une dictature, les relations étaient mauvaises entre l'Argentine et le Chili).

Mme Thatcher exprima jusqu'au bout son soutien à Pinochet. Quand Pinochet fut pendant presque un an en résidence surveillée en Grande-Bretagne, en 1999, elle lui écrivit :

 "... je suis bien consciente que vous êtes celui qui a amené la démocratie au Chili, vous avez établi une constitution appropriée à la démocratie, vous l'avez mise en œuvre, des élections ont été tenues, et enfin, conformément aux résultats, vous avez quitté le pouvoir." 

 

 

 

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 Le général Pinochet et Margaret Thatcher à Londres en 1999.   .

 teifidancer-teifidancer.blogspot.com

 

 

 

PAS DE LIBERTE POUR LES ENNEMIS DE LA LIBERTE

 

 

 

Comme on le voit par ces exemples, des démocrates occidentaux ont pu soutenir non seulement des régimes supposés démocratiques engagés dans une lutte dure contre le communisme (cas du régime grec durant la guerre civile) mais des régimes que d’autres qualifieraient de « fascistes » (au sens de régimes dictatoriaux de droite – ou d’extrême-droite ?), du moment que ces régimes étaient inoffensifs pour les pays démocratiques occidentaux et, au contraire, se proclamaient leurs amis.

En soutenant des régimes qui justifiaient leur autoritarisme par la nécessité de combattre le communisme, les pays occidentaux appliquaient, à leur façon, la maxime « pas de liberté pour les ennemis de la liberté », due, semble-t-il, à Saint-Just, un des principaux acteurs, avec Robespierre, du régime de la Terreur sous la Révolution française.

Ce qui ressort de cette phrase, c’est qu’elle peut justifier à peu près n’importe quelle politique de répression de vos adversaires politiques, à condition de les définir comme ennemis de la liberté – de la liberté conçue selon vos propres critères, bien entendu…

On voit aujourd’hui des gens bien intentionnés déclarer qu’il faudrait utiliser cette maxime – et prendre les décisions politiques qui en découlent – contre un parti politique français qui leur déplaît – qui est donc pour eux ennemi de la liberté, même s’il serait difficile d’en apporter la démonstration juridique.

Le même raisonnement était autrefois tenu par les régimes démocratiques qui soutenaient des dictatures de droite.

Réprimer le communisme et tout ce qui pouvait y conduire (et la liste était large) était était une façon de défendre la liberté, non seulement pour le bien des démocraties elles-mêmes, mais aussi pour le bien du pays gouverné par une dictature de droite, celle-ci étant considérée comme un moindre mal qui disparaitrait un jour – quand l’évolution économique et sociale du pays permettrait l’instauration d’une démocratie libérale excluant la menace communiste.

Qu’il y ait eu dans cette application du principe pas mal de mauvaise foi et qu’il ait aussi servi à défendre avant tout les intérêts des possédants et ceux des grandes entreprises occidentales (en Amérique du Sud par exemple), n’est pas étonnant.

Evidemment cette position ne s’attardait pas sur ce qui choque le plus aujourd’hui dans la plupart des régimes concernés : les violations des droits de l’homme, surtout les atteintes physiques (tortures, exécutions, emprisonnements), jusqu’à ce que l’ordre des priorités s’inverse et que les violations des droits de l’homme deviennent plus intolérables que le danger communiste.

Ce danger (réel ou supposé) n’existe plus et il ne reste plus aujourd’hui de dictature conservatrice ni en Europe ni en Amérique latine.

Après la fin du communisme comme alternative crédible à la démocratie libérale, les règles du jeu ont changé et de nouveaux dangers sont apparus, en contradiction avec l’optimisme des années 1990 qui croyait au triomphe définitif des valeurs libérales.

Les pays occidentaux soutiennent parfois encore des régimes dictatoriaux (qui ne se classent pas forcément en termes de droite ou de gauche) en Afrique, au Moyen-Orient ou en Asie pour des raisons diverses (intérêts économiques et stratégiques notamment) ou entretiennent de bonnes relations avec des pays qui ne respectent pas les droits de l’homme mais qui sont des partenaires incontournables.

 

 

 

 

 

UN PARADOXE POUR CONCLURE

 

 

 

 

 

 

Dans ce sujet, j’ai essayé de juxtaposer deux univers qui n’ont pas grand-chose en commun :

-       la puissance américaine, étudiée à partir du moment où se constitue en puissance mondiale, vers 1900 ;

-       l’extrême-gauche européenne et notamment française dans sa mouvance dite antifasciste.

Ces deux univers n’ont rien en commun sauf l’hostilité mutuelle –et encore de façon asymétrique. L’extrême-gauche européenne déteste la puissance américaine, mais la puissance américaine se soucie sans doute très peu de l’extrême-gauche européenne.

Toutefois, depuis quelques années, la mouvance antifasciste est présente aux Etats-Unis et au Canada avec les mêmes combats et les mêmes symboles.

Puis il m’a paru intéressant de regarder comment des démocraties (notamment anglo-saxonnes) ont toléré ou même soutenu des régimes que non seulement l’extrême-gauche mais même la gauche, qualifient souvent de fascistes (même si le lien avec le fascisme historique est inexistant), et d’expliquer pourquoi ce soutien a été possible et même raisonnable, du point de vue des dirigeants des démocraties à l’époque.

Mais le monde change et il serait naïf de penser que les camps ne se recomposent pas, même si certaines structures comme les oppositions de classe sont invariantes.

Il y a 60, 50 ou même 30 ans, les antifascistes étaient en lutte non seulement contre les résurgences du fascisme mais aussi contre la domination exercée par les classes possédantes. Dans l’idéologie d’extrême-gauche de l’époque, les classes possédantes ( « la bourgeoisie ») se servaient alternativement de la démocratie libérale ou des régimes autoritaires pour conserver leur domination sur les masses.

Or il s’est produit une évolution qui fait qu’aujourd’hui l’antifascisme et la bourgeoisie ne sont plus dans des camps opposés, notamment en France.

Le sociologue Christophe Guilluy décrit ainsi cette convergence qui se fait au détriment des classes populaires :

" Parce que l'aveuglement face aux revendications des classes populaires se double d’une volonté de se protéger en ostracisant ces mêmes classes populaires. La posture de supériorité morale de la France d’en haut permet en réalité de disqualifier tout diagnostic social. La nouvelle bourgeoisie protège ainsi efficacement son modèle grâce à la posture antifasciste et antiraciste. L'antifascisme est devenu une arme de classe, car elle permet de dire que ce racontent les gens n'est de toute façon pas légitime puisque fasciste, puisque raciste. La bien-pensance est vraiment devenue une arme de classe. Notons à ce titre que dans les milieux populaires, dans la vie réelle les gens, quels que soient leurs origines ne se parlent pas de fascisme ou d'antifascistes, ça, ce n'est qu'un truc de la bourgeoisie.

(...)

...toutes ces questions ; mondialisation, protectionnisme, identité, migrations etc. On ne peut pas traiter ces questions derrière le masque du fascisme ou de l'antifascisme.  "

Interview sur le site Atlantico, Christophe Guilluy : "La posture anti-fasciste de supériorité morale de la France d'en haut permet en réalité de disqualifier tout diagnostic social"

 http://www.atlantico.fr/decryptage/christophe-guilluy-posture-anti-fasciste-superiorite-morale-france-en-haut-permet-en-realite-disqualifier-tout-diagnostic-social-3031677.html

 

Ainsi, l’antifascisme contemporain, y compris celui qui s'exprime dans les mouvements  militants  sous des façades contestataires, révolutionnaires et toujours anti-impérialistes (folklore venu des années 70, essentiellement anti-américain mais aussi anti-israélien – les autres impérialismes ne sont pas concernés !), serait, objectivement, au service de la classe dominante en cherchant à disqualifier sous le terme de fasciste, tout ce qui s’oppose aux politiques de mondialisation et aux évolutions de la société approuvées et voulues par la classe dominante (qui est aussi la classe possédante).

Nous n’insistons pas sur ce point, soumis à la réflexion de chacun et qui exigerait des analyses bien plus complexes pour développer l’argumentation

 

Quant à savoir si Donald Trump, dont la photo nous a suggéré ce sujet, fera une carrière qui l’amènera à avoir son effigie au Mont Rushmore, il n’a pas l’air bien parti.

Il y a pourtant encore de la place disponible puisqu’y placer l’effigie de Franklin D. Roosevelt ou de John F. Kennedy avait été envisagé, puis abandonné…

 

 

 

 

 

 

 ANNEXE

 

 LA DOCTRINE TRUMAN

 

 

La nécessité pour les pays démocratiques d'aider les pays menacés par le communisme fut exprimée par le président de USA Truman dans son célèbre discours au Congrès le 12 mars 1947.

Quelques extraits  permettent de comprendre le contexte dans lequel il situait cette intervention:

 (...)

No government is perfect. One of the chief virtues of a democracy, however, is that its defects are always visible and under democratic processes can be pointed out and corrected. The Government of Greece is not perfect. Nevertheless it represents eighty-five per cent of the members of the Greek Parliament who were chosen in an election last year. Foreign observers, including 692 Americans, considered this election to be a fair expression of the views of the Greek people. 

The Greek Government has been operating in an atmosphere of chaos and extremism. It has made mistakes. The extension of aid by this country does not mean that the United States condones everything that the Greek Government has done or will do. We have condemned in the past, and we condemn now, extremist measures of the right or the left. We have in the past advised tolerance, and we advise tolerance now.

(...)

At the present moment in world history nearly every nation must choose between alternative ways of life. The choice is too often not a free one. 

One way of life is based upon the will of the majority, and is distinguished by free institutions, representative government, free elections, guarantees of individual liberty, freedom of speech and religion, and freedom from political oppression. 

The second way of life is based upon the will of a minority forcibly imposed upon the majority. It relies upon terror and oppression, a controlled press and radio; fixed elections, and the suppression of personal freedoms. 

I believe that it must be the policy of the United States to support free peoples who are resisting attempted subjugation by armed minorities or by outside pressures. 

I believe that we must assist free peoples to work out their own destinies in their own way. 

I believe that our help should be primarily through economic and financial aid which is essential to economic stability and orderly political processes.

(...)

 

Disours complet sur le site :

Yale Law School

Lillian Goldman Law Library, The Avalon project

 http://avalon.law.yale.edu/20th_century/trudoc.asp

 (...)

Aucun gouvernement n'est parfait. Une des vertus principales de la démocratie, en tout état de cause, est que ses défauts sont toujours visibles et peuvent ête identifiés et corrigés dans un processus démocratique. Le gouvernement de la Grèce n'est pas parfait. Néanmoins, il représente 85% des membres du Parlement grec qui ont été élus l'année dernière. Des observateurs étrangers, parmi lesquels 692 Américains, ont considéré que cette élection était l'expression sincère des volontés du peuple grec.

Le gouvernement grec opère dans une atmosphère de chaos et d'extrémisme. Il a fait des erreurs. L'aide accordée par notre pays ne signifie pas que les Etats-Unis approuvent tout ce qui a été fait par le gouvernement grec ou tout ce qu'il fera. Nous avons condamné par le passé et nous condamnons maintenant les mesures extrémistes de gauche et de droite. Nous avons conseillé la tolérance par le passé et nous conseillons la tolérance maintenant.

 

 (...)

Dans le moment présent de l'histoire du monde, presque chaque nation doit choisir entre deux modes de vie incompatibles. Trop souvent, ce choix n'est pas un libre choix.

Un de ces modes de vie est basé sur la volonté de la majorité, et se distingue par des institutions libres, un gouvernement représentatif, des élections libres, la garantie des libertés individuelles,  la liberté de parole et de religion et la protection contre l'oppression politique.

Le second de ces modes de vie est basé sur la volonté de la minorité, imposée de force à la majorité. Il se fonde sur la terreur et l'oppression, le contrôle de la presse et de la radio, des élections arrangées et la suppression des libertés individuelles.

 Je pense que ce doit être la politique des Etat-Unis de soutenir les peuples libres qui résistent aux tentatives de domination par des minorités armées ou des pressions extérieures.

Je pense que nous devons aider les peuples libres à suivre leur propre voie et à forger leur propre destinée..

Je crois que notre aide devra être en premier lieu une aide économique et financière, essentielle à la stabilité économique et aux processus politiques bien réglés. 

 (...)

 

 

 

Bacall-Truman-Piano-1945

Une photo célèbre de deux célébrités américaines : Harry S. Truman, à l'époque vice-président de Franklin Roosevelt, au piano en février 1945 à la cantine du National Press Club, en compagnie de l'actrice Lauren Bacall.

Magazine Life, 26 février 1945

Wikimedia Commons

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Bacall-Truman-Piano-1945.jpg