VENISE ÉTERNELLE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bon, le titre ne brille pas par l’originalité… C’est d’ailleurs le titre d’un livre de Philippe Sollers sur les photographies de voyageurs du 19ème siècle à Venise.

Mais il dit bien ce qu’il veut dire : la fascination de Venise est éternelle – en tous cas universelle, comme le montrent les masses de touristes qui s’y déversent, au point de constituer la source de nouvelles nuisances, comme  si l’attraction de Venise se retournait contre elle.

Quand on envisage les nuisances causées par les phénomènes aquatiques, d’origine naturelle (aqua alta, même si des facteurs humains interviennent) ou seulement humaine (ressac propagé par les bateaux à moteurs et navires de croisière), qui ébranlent les bâtiments de Venise, on peut se demander si la ville durera encore longtemps avant de devenir un champ de ruines à demi immergées …

Mais nous n’en sommes pas encore à ce constat mélancolique que d’autres feront peut-être un jour devant une lagune qui aura tout recouvert: ici, autrefois, il y avait Venise.

Pour l’instant, Venise est offerte à nos regards et un nouveau séjour permet de faire le plein d’impressions.

 

 

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 Le pont de la Constitution, ou pont Calatrava (du nom de l'architecte espagnol qui l'a conçu) est l'un des 4 à traverser le Grand Canal et le plus récent.

Inauguré en 2008, il relie les quartiers de Cannaragio à Santa Croce, au nord-ouest de la ville, à proximité de la gare (Piazzale Roma).

Le pont fut inauguré de nuit pour éviter les manifestations, en raison des nombreuses polémiques qu'il a suscitées (style trop moderne pour Venise, situation excentrée par rapport aux besoins, inadaptation aux personnes à mobilité réduite, coût excessif).

 

 

 

 

 

 

LA VENISE DES GENS CULTIVÉS

 

 

 

Dans un livre paru pour la première fois il y a pas mal d’années (je pense à la fin des années 50), En observant Venise, l’écrivain américain Mary Mc Carthy donne un exemple de ces  gens cultivés d’autrefois et de leur relation à Venise.

Mary Mc Carthy fut célèbre pour ses romains présentant les milieux intellectuels américains dans les années 40 à 70 (l’un des plus connus, Le groupe, montre l’évolution d’un petit groupe de jeunes filles de la classe supérieure qui se sont rencontrées à l’université et qui prennent des orientations différentes dans la vie).

Plutôt à gauche (libérale comme on dit aux Etats-Unis), adversaire de la guerre du Viet-Nam, Mary Mc Carthy fut aussi une visiteuse assidue de Venise.

Elle faisait partie de ces touristes à leur aise financièrement qui louaient des appartements à Venise (dans un vieux palais de préférence) et pouvaient ainsi rester plusieurs semaines ou mois et approfondir leur connaissance aussi bien de la vie quotidienne à Venise que des aspects purement historiques et culturels de la ville.

Elle pouvait ainsi observer ces curieux animaux qu’étaient (pour un Américain de la classe supérieure) les Vénitiens (de l’époque), représentés par sa loueuse, une bourgeoise désargentée et passablement désinvolte : elle et ses enfants utilisent sans vergogne les produits de beauté de Mary McCarthy, fouillent dans ses affaires quand elle n’est pas là et ne s’en cachent même pas.

Il est probable que pour Mary Mc Carthy, les Vénitiens étaient l’image à peine exagérée des autres  Européens dans les deux décennies suivant la fin de la seconde guerre mondiale , vus avec des yeux américains : ruinés mais toujours arrogants, ayant conscience de représenter une civilisation supérieure, sauf que celle-ci n’était plus qu’un décor de palais, d’églises et de musées et que les héritiers des bâtisseurs vivaient désormais aux crochets des Américains.

Depuis l’époque de Mary Mc Carthy on peut supposer que les touristes de luxe comme elle (peu nombreux mais représentatifs d’une certaine époque) ont quasiment disparu : aujourd’hui, qui a le temps et le goût, même chez les personnes qui ont les moyens, de passer plusieurs semaines à Venise, sinon plusieurs mois –et cela sans doute plusieurs années de suite ?

Or seul un séjour prolongé permet évidemment d’approfondir les impressions, d’accroître et de comparer les connaissances, de parvenir à une compréhension intime des lieux et des choses. C’était la façon de procéder des visiteurs cultivés du 19ème siècle, Ruskin ou Henry James.

Venise aussi, envahie par le tourisme de masse a changé. Quant aux Vénitiens, il en reste doit encore, mais moins nombreux qu’à l’époque de Mary Mc Carthy, la ville n’ayant pas cessé de perdre des habitants.

Les Vénitiens qui restent louent leur appartement aux touristes comme à l’époque de Mary Mc Carthy, mais ces touristes séjourneront trop peu de temps pour partager (même si c’est forcément avec une certaine distance) la vie quotidienne des habitants ou jouer les spécialistes de l’histoire de l’art en visitant tout ce qu’il y a à visiter, comparant avec subtilité Carpaccio et Bellini, ou Veronese et Tintoret, réfléchissant à la psychologie des Vénitiens d’autrefois …

Il est d’ailleurs probable que beaucoup des appartements à louer à Venise appartiennent à des nouveaux Vénitiens, venus d’un peu partout, qui ont investi dans l’immobilier pour profiter de la manne touristique.

 

 

 

 

 

 

 

 

QUI SE SOUVIENT DU FRÈRE SARPI ?

 

 

 

 

 

Quand on lit Mary Mc Carthy, on est frappé par sa connaissance étendue de la civilisation vénitienne – et on peut se demander s’il existe encore beaucoup de touristes cultivés à sa façon, capables par exemple de situer Fra (Frère) Paolo Sarpi dans l’histoire et d’aller visiter son monastère situé dans un endroit retiré : ce moine fut le conseiller religieux de la république de Venise au début du 17ème siècle, au moment où celle-ci engagea une épreuve de force avec la Papauté – Fra Paolo fut même victime d’une tentative d’assassinat probablement par des sbires à la solde du Vatican, alors qu’il regagnait sa gondole. Il fut grièvement blessé mais il ne perdit pas son sens de l‘humour et à ceux qui lui portaient secours, il dit qu’il avait reconnu le style de Rome (il stilo, le style mais aussi le poignard).

Fra Sarpi savait prendre du recul et expliquait ainsi sa conception de la franchise :

De mensonge, je n'en dis pas. Mais la vérité, je ne la dis pas à tout le monde.

Au moment de sa mort, Fra Paolo Sarpi aurait prononcé les paroles suivantes : Esto perpetua (en latin, sois éternelle). On pense qu'il voulait parler de la répblique de Venise. On peut être étonné qu'en mourant un moine n'ait eu à l'esprit que la destinée de sa patrie et non des pensées plus religieuses. On peut aussi penser que son souhait n'a pas été exaucé, mais comme on le verra, la république de Venise, disparue en 1797, pourrait renaître - sous une forme différente bien sûr.

Mary Mc Carthy note que Fra Sarpi fut autrefois célèbre chez les touristes anglo-saxons et protestants, car il pouvait être considéré comme le représentant d’une tendance vénitienne –qui ne s’est pas concrétisée – à rompre avec l’autorité pontificale. Mais les Vénitiens restèrent catholiques et leur conception plutôt ostentatoire de la religion ne les rapprochait pas vraiment de l’austérité protestante.

Fra Sarpi a sa statue sur une place vénitienne (Campo Santa Fosca) : c’est une statue de la fin du 19ème siècle. A ce moment, le gouvernement italien avait des relations tendues avec le Vatican depuis la prise de Rome par les troupes du royaume d’Italie en 1870, qui avait mis fin au pouvoir temporel du Pape ; ce dernier se considérait depuis comme prisonnier au Vatican. La municipalité vénitienne, qui devait être sur la même longueur d‘ondes que le gouvernement,  honorait du même coup un grand personnage du passé vénitien, mais aussi un opposant au Vatican.

 

 

 

 

LA GLOIRE DE VENISE

 

 

 

On peut se borner à admirer l’architecture ou la peinture vénitienne  - et surtout leur insertion dans l’environnement d’une cité construite sur l’eau - sans être un admirateur du régime politique qui a dominé Venise jusqu’à la chute de la république en 1797.

Mais on doit admettre que la gloire de Venise doit presque tout au régime politique qui a gouverné la cité, devenue à force de conquêtes, la capitale d’un état continental s’étendant jusqu’aux Alpes et d’un empire colonial méditerranéen.

Au moment de sa chute, en 1797, et malgré la perte de territoires au fil du temps par rapport à sa période de plus grande expansion, la république de Venise s’étendait encore du lac de Garde aux îles Ioniennes en passant par l’Istrie et la Dalmatie.

La classe dominante vénitienne réunissait en même temps les défauts de l’aristocratie de naissance et de l’oligarchie financière. Les Vénitiens furent des colonisateurs parfois adroits (et parfois pas, comme en Crète où ils mécontentèrent tellement la population qu’elle préféra encore accepter la domination turque) mais ayant toujours en vue principalement leur intérêt – leur intérêt en tant qu’individus et l'intéret de l’Etat vénitien, qui pour eux se confondaient largement.

Venise avec sa concentration unique d’œuvres d’art, est  le résultat d’une société inégalitaire où la place de chacun dépendait étroitement de sa naissance, plus encore que de sa fortune (si on réunissait les deux, c’était mieux).

 

Mary Mc Carthy souligne ce qui pourrait passer pour un paradoxe : les dirigeants vénitiens étaient des hommes d’affaires et ils ont construit une cité de conte de fées.

 

Mais elle montre que le paradoxe n’est qu’apparent : Venise représente tout-à-fait, compte tenu des moyens et des goûts de l’époque, l’idéal que pouvait rechercher un homme d’affaires amoureux du luxe et collectionneur de beaux objets. Les contes de fées sont en général fondés sur l'attrait de la richesse.

 

Venise est finalement l’équivalent des propriétés baroques des milliardaires américains vers 1900.

 

 

 

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Le Grand Canal,un peu avant d'arriver au Bacino di San Marco, lorsque le Grand Canal rejoint le canal de la Giudecca; à droite, l'eglise de la Salute, chef d'oeuvre baroque de Baldassare Longhena et derrière elle, le bâtiment de la Douane de Mer (Dogana da mar ou Punta della Dogana), aujourd'hui  annexe de la Fondation d'art contemporain de François Pinault, principalement installée au Palazzo Grassi.

Une des vues les plus caractéristiques de Venise.

 

 

 

 

LÉGENDE NOIRE ET LÉGENDE ROSE DE VENISE

 

 

 

 

Il est difficile  de séparer l’admiration pour Venise en tant que civilisation, des aspects politiques et sociaux de l’ancienne république : car une civilisation est un ensemble qui comprend aussi la forme de gouvernement et l’organisation sociale.

Mais faut-il se montrer trop sévère pour « l’ancien régime vénitien » ?

Les défauts des régimes et des sociétés disparus ont tendance à prendre des couleurs plus acceptables que les défauts des régimes et des sociétés dans lesquels nous vivons.

Mary Mc Carthy, peut-être en raison de ses origines américaines, a tendance à présenter les Vénitiens avant tout comme des hommes d’affaires et à minimiser les prétentions nobiliaires de la classe dirigeante, sous prétexte qu’ils se qualifiaient simplement de « Nobilis homo » (Noble homme en latin, ou N. H. devant leurs noms de famille), et ne portaient pas de titres (même si aujourd’hui les membres des familles nobles portent tous des titres, depuis la période d’occupation autrichienne qui en a répandu l’usage).

Mais avec le temps, comme c’est bien connu, les marchands devenus aristocrates abandonnèrent le commerce et se consacrèrent aux propriétés foncières acquises dans l’arrière-pays. Ils ne furent d’ailleurs pas perdants économiquement car à partir du 16ème siècle, le rendement agricole dépassa le rendement commercial, lorsque Venise perdit son rôle de premier plan au profit d’autres villes commerçantes.

Les immenses villas de certaines familles donnent une idée de leur fortune.

A l’actif des gouvernants, le peuple n’y était pas malheureux, du moins globalement (sans doute moins malheureux que dans beaucoup de pays).

Même dans l’Europe non démocratique d’avant les idées révolutionnaires, où le peuple, hormis de rares exceptions, n’était pas consulté et n’avait pas de poids sur le gouvernement, l’image de la république de Venise était ambigüe : pour les uns, Venise représentait un état de droit, appliquant scrupuleusement des lois servant l’intérêt général ; par conséquent, Venise valait mieux que les monarchies absolues. Son titre de république impliquait que l’action de l’Etat s’exerçait dans l’intérêt commun, il est vrai défini par un petit groupe (théoriquement tous les membres de la noblesse, inscrits au Livre d’Or,  exerçaient collectivement le pouvoir dans le Maggior Consiglio, le Grand Conseil, mais en pratique le pouvoir était dans les mains de cercles de plus en plus restreints, le Sénat et les Conseils de gouvernement).

Pour d’autres, c’était une sorte de tyrannie, exercée non par un seul homme mais par une minorité d’aristocrates, gouvernant dans son seul intérêt, prenant des décisions dans le secret, faisant exécuter les coupables ou prétendus tels sans procès public.

Ce genre d’action existait mais était rare et les gouvernants vénitiens se servaient de la peur suscitée par  les procédures secrètes et expéditives pour faire régner l’ordre et défendre l’intérêt de l’état.

 

 

Les membres des rouages de la république étaient constamment renouvelés pour éviter que les mêmes groupes ne monopolisent le pouvoir ; la complexité des rouages devait aussi concourir à réguler leur action, chacun se surveillant mutuellement.

Mais encore au 18ème siècle, pour la plupart des observateurs et pour les citoyens de la république, ce qui définissait le mieux la république, c’était le Conseil des Dix, dont faisait partie le Doge et ses conseillers et surtout les trois Inquisiteurs d’Etat (également membres du Conseil des Dix) : cet organe collectif, dont les membres ne restaient en charge que trois mois avant d’être renouvelés, agissant comme un tribunal secret et sans appel, capable de s’occuper aussi bien des grands intérêts de l’Etat que de petite délinquance, inspirait un respect salutaire. Lorsqu’ils sortaient de charge, les Inquisiteurs d’Etat redevenaient ce qu’ils avaient toujours été, des aristocrates courtois et souvent affables, du moins à la fin de la république.

Quant au Doge, à la fin de l’existence de la république c’était généralement un homme élu (à vie) sur le double critère d’être suffisamment âgé et suffisamment consensuel, et dépourvu de pouvoirs propres.

 Jean-Jacques Rousseau, qui avait séjourné à Venise, remarquait : le souverain peut-être le plus respecté d’Europe est un vieil homme sans pouvoirs, le Doge de Venise.

 

 

 

 

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 Le monument funéraire du Doge Giovanni Pesaro, dans l'église (basilique) Santa Maria Gloriosa dei Frari, plus connue sous le nom de Chiesa dei Frari (les Frari sont les Frères franciscains qui édifièrent l'église), illustre bien la pompe qui environnait les hauts dignitaires vénitiens. Beaucoup d'entre eux sont inhumés dans l'église des Frari. Au 20 ème siècle, le comte Volpi, industriel et mécène, eut aussi le privilège d'être inhumé dans l'église des Frari.

 

 

 

 

 

CHANGEMENTS ET PERMANENCE DE L’ARISTOCRATIE,

 

 

 

Dans un état qui a duré dix siècles, la personnalité des gouvernants a forcément évolué. En 1350 ou même vers 1600, les dirigeants vénitiens étaient certainement des hommes énergiques et capables d’actions impitoyables, cumulant leurs fonctions gouvernementales avec leurs activités de marchands et exerçant les unes et les autres avec détermination et âpreté.

Vers 1780, c’étaient des gentlemen-farmers, passant plus de temps dans leurs propriétés sur la rivière Brenta qu’à Venise même, et se laissant aller à la douceur de vivre.

 

 

Venise a  accordé très rarement la noblesse pour services rendus (donc le droit de prendre part aux décisions politiques dans le cadre du Maggior Consiglio), et aussi rarement, à quelques moments de son histoire,  contre de très fortes contributions financières, bien plus considérables que dans d’autres pays, ce qui montrait l’importance qu’on accordait à la noblesse; à la fin du 18ème siècle toutefois, des "ventes" de noblesse vénitienne à destination de la noblesse des possessions de Terre-Ferme, qui n'était pas considérée comme l'égale de la noblesse vénitienne, restèrent sans résultat, preuve que l'inscriptin au Livre d'Or vénitien n'excitait plus l'envie, dans une république en déclin.

Les nouvelles maisons nobles reconnues moyennant finances étaient connues avec condescendance comme case  fatte per soldi (maisons faites contre argent).

 

 

 

Mais sans la fortune, que valait vraiment la noblesse ? Aussi chaque famille noble, avec plus ou moins de succès, tâchait de réunir naissance et fortune, notamment par des mariages avantageux.

 

 

La république cessa d’exister en 1797, quand ce représentant des temps nouveaux qui s’appelait le général Bonaparte, dans le cours de la campagne d’Italie, exigea la dissolution des institutions vénitiennes, épisode parmi d’autres dans la recomposition de la carte géopolitique de l’Italie à laquelle Bonaparte procédait de sa propre autorité, mettant le gouvernement français du Directoire devant le fait accompli.

Symboliquement, les Français brûlèrent le Livre d’or de la noblesse, mais ce n’était qu’une copie. Tandis que les possessions territoriales de Venise étaient démembrées, la ville elle-même devenait pour quelques mois une municipalité protégée par les Français.

Comme le lion de Venise, la noblesse fit le gros dos et attendit.

Quelques aristocrates pauvres (on les appelait les Barnabotti car ils vivaient essentiellement dans le quartier San Barnabo) s’engagèrent bruyamment du côté des démocrates pro-français, espérant retrouver un rôle de premier plan dans une Venise révolutionnée. La fin de la république aristocratique fut quand même catastrophique pour les nobles pauvres car du jour au lendemain, ils se retrouvèrent sans les aides de l’état qui constituaient l’essentiel de leurs moyens de subsistance.

Puis après quelques mois d’existence autonome sous contrôle français, Venise fut cédée à l’Autriche au traité de Campo-Formio qui répartit aussi les anciens territoires vénitiens entre la France, l’Autriche et la nouvelle république cisalpine, sous protection française.

En une quinzaine d’années, Venise passa sous le contrôle des Français, puis des Autrichiens, puis de nouveau des Français (dans le cadre du royaume d’Italie dont Napoléon était roi en même temps qu’empereur des Français), puis de nouveau des Autrichiens après l’abdication de Napoléon. L’ensemble de la Vénétie fut aussi rattachée à l’Autriche, formant avec la Lombardie un territoire sous la même administration autrichienne.

Après des soubresauts révolutionnaires en 1848-49, et le rattachement de la Lombardie au royaume d’Italie nouvellement créé en 1860, ce fut le tour de Venise et la Vénétie d’être enfin incorporés en 1866 au royaume d’Italie, une fois les Autrichiens expulsés.

Pour récupérer la Vénétie, les Italiens s’étaient alliés à la Prusse qui avait déclaré la guerre à l’Autriche en 1866 ; les Italiens n’arrivèrent qu’à se faire battre mais leurs alliés prussiens victorieux inclurent dans le traité de paix la cession de la Vénétie à l’Italie.

Sous les régimes et les occupations successifs, les aristocrates continuèrent leur existence plutôt oisive, parfois studieuse et parfois frivole, ne manquant pas de prêter serment de fidélité à l’empereur et roi Napoléon ou aux empereurs Habsbourg, et de remplir, comme toujours, les fonctions civiques et représentatives attendues par les souverains du moment. Des familles s’appauvrirent, d’autres disparurent et les palais et propriétés passèrent souvent à des nouveaux riches, Vénitiens ou pas.

A la fin du 19ème siècle et jusqu’aux années 30 du 20ème siècle, des hommes d’affaires adroits reçurent des titres donnés par le royaume d’Italie et ajoutèrent leurs noms à la noblesse locale, sans pouvoir rivaliser évidemment avec l’ancienneté des familles qui avaient autrefois été inscrites au Livre d’or.

Le comte Volpi (créateur du complexe pétrochimique de Porto-Marghera et du festival du cinéma la Mostra) et le comte Cini furent les meilleurs représentants de cette nouvelle aristocratie.

On peut se demander si le fait que Venise a très peu changé depuis deux siècle dans sa configuration matérielle n’a pas quelque chose à voir avec le fait que l’aristocratie a toujours continué (malgré les inévitables extinctions de famille ou les déclassements) à tenir un rôle social de premier plan dans la ville, du moins jusqu’à une époque récente.

Comme Venise est éternelle (à vue humaine !), certaines grandes familles semblent l’être aussi et leurs descendants existent toujours, fiers de remonter à dix siècles (sinon plus) de fonctions publiques au service de Venise.

 

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 Un palais illuminé sur le Grand Canal.

 

 

 

 

 

PSYCHOLOGIE VÉNITIENNE

 

 

 

Mary Mc Carthy note que les Vénitiens de son temps sont curieux, attentifs, vaguement tristes, et elle suppose que leurs ancêtres l'étaient autant.

C'est un peuple plein de vie, mais pas joyeux.

Comme les Vénitiens de Mary Mc Carthy datent d'une cinquantaine d'années, on peut se demander s'il en est toujours de même. Mais  pourquoi pas, si on admet la validité de la psychologie collective d'une population .

Elle note que Venise n'est pas une ville romantique, pas une ville de passion, mais une ville de froide raison. Autrefois,Venise fut une ville de libertinage.

D'ailleurs - selon elle- il n'existe pas une seule chanson d'amour traditionnelle vénitienne.. Les chansons d'amour que chantent les gondoliers sont ... napolitaines!

Les Vénitiens d'autrefois étaient avides de biens matériels, leur idéologie était une idéologie de logique et de bon sens. Malgré leurs appétits conquérants (touours l'avidité) c'étaient finalement des citoyens casaniers, d'où l'amour du décor, où le luxe s'allie toujours avec l'utilitaire.

Il n'est pas étonnant que ce peuple ait donné tant de peintres, car la peinture cherche à reproduire les richesses du monde (elle note que la peinture vénitienne est une "orgie de chiffons", un étalage de tissus somptueux et de toilettes élégantes). La peinture est un art fondé sur l'oeil, un oeil "avide de biens matériels, de  bonnes affaires, mais aussi juste que la loupe du joaillier".

Amoureux de la vie et des richesses, les Vénitiens détestent l'idée de la mort, de même que les Américains, selon Mary Mc Carthy.

Elle observe que malgré l'apparat pompeux de la vie publique vénitienne, l'histoire de la république fut plutôt incolore.

En effet à peine une ou deux tentatives de coups d'état en mille ans (si on passe sur l'agitation chaotique des siècles obscurs) - rien  à voir avec ce qu'on imagine souvent, des intrigues, des complots permanents.

A la place, une gestion d'entreprise à l'ancienne mode, avec une méfiance bien ancrée pour les individualités qui auraient pu détourner à leur profit la république. Doges, provéditeurs, patriciens, procurateurs, généraux et amiraux, tous ces personnages s'effaçaient derrière la république, n'étaient en quelque sorte que des employés de la firme.

Et si les Vénitiens sortaient masqués, ce n'était pas pour comploter mais pour s'amuser et se détendre, parfois en libertins, le plus souvent en bons pères de famille.

 Venise, dans les derniers siècles de son existence en tant qu'état, et même par la suite, sembla se complaire dans une sorte d'immobilisme qu était aussi une façon de défier le temps et la mort.

A Venise, c'était une maxime d'état ou presque que rien ne devait jamais changer.

D'où l'idée exprimée par Mary Mc Carthy, sans qu'on sache si elle parle de Venise autrefois ou de Venise de son époque, ou probablement des deux, que "A Venise, rien n'arrive, que des aventures fugaces".

Finalement, il y a un peu d'ironie à ce que, pour les touristes du monde entier, Venise soit devenue "la ville de l'amour" , la ville romantique par excellence, alors que du temps de son histoire politique et de sa splendeur, c'était une ville pragmatique d'hommes d'affaires avisés, devenus avec le temps des dignitaires altiers et imbus de leur prestige.

 

 

 

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 L'animation du Grand Canal.

 

 

 

 

 

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 Les palais Loredan et Farsetti (Palazzo Corner Piscopia, Loredan ou simplement Corner-Loredan etCa' Farsetti ou Palazzo Dandolo Farsetti) sont deux palais voisins qui sont aujourd'hui le siège de la mairie de Venise, sur le Grand Canal.

 Les palais vénitiens ayant souvent appartenu successivement à des familles différentes, ils portent des noms qui réflètent ces changements et ils sont fréquemment devenus le siège d'institutions publiques.

 

 

 

 

 

LES TROIS VISAGES DE VENISE

 

 

 

 

Finalement, bien plus que d’autres lieux de tourisme culturel dans le monde, Venise offre un triple visage indissociable :  tout d’abord celui de la Venise quotidienne, qui est un endroit unique ; les canaux, même bordés de demeures ordinaires, forment un environnement étonnant.

Le second visage est l’omniprésence du passé : les bâtiments modernes sont très rares à Venise ; presque tout le bâti est ancien, d’où l’impression de marcher dans un autre univers, dans le passé. On est surpris quand on voit, sur l’île de la Giudecca, quelques petits immeubles avec leur balconnet qui ont l’air assez récents. Le très grand nombre de palais ou d’églises accentue évidemment cette impression qu’on est hors du temps : alors que dans les grandes capitales, les monuments anciens sont en général isolés et entourés d’un tissu urbain plus récent, parce que les immeubles d’habitation n’ont pas cessé d’être reconstruits, ici tout est resté dans son jus.

Enfin, pas forcément perceptible pour tous, le sentiment de la civilisation vénitienne qui est à l’origine des lieux et des monuments reste présent.

Ou dit autrement, l’art est inséparable des conditions historiques qui lui ont donné naissance.

Nous voyons les lieux et les ouvrages des architectes et des peintres,  mais nous nous évoquons aussi en même temps le souvenir des personnages d’autrefois : les doges en dalmatique, abrités par une ombrelle tenue par un page, les patriciens en grande robe, les provéditeurs, tous affichant l’orgueil de leur fonction et de leurs origines familiales anciennes, le Sénat, le conseil des Dix, les Inquisiteurs d’Etat, tout cet appareil compliqué et prudent, fait pour éliminer tout risque de pouvoir personnel, les marchands et banquiers, les aventuriers portant blason et ceux maniant habilement les cartes, les ecclésiastiques sagaces et amateurs d’art, les acteurs masqués de la Commedia dell’arte, les nobles dames et les courtisanes… enfin le peuple réputé bon enfant et rieur, qui paradoxalement, a toujours fait corps avec sa classe dirigeante, ce peuple chez qui se recrutaient les artistes peintres, les architectes et les sculpteurs.

 

Lors du Carnaval, qui durait 6 mois de l’année, dans les derniers siècles d’existence de la république, toute la population vénitienne ou presque portait le masque et vaquait à ses occupations dans une sorte de réalité virtuelle comme on dirait aujourd’hui. Même le Doge, masqué, s’échappait de son palais pour aller, sagement il est vrai, au théâtre et si on le reconnaissait, on faisait mine de ne pas le remarquer, car c’était la règle de ne jamais montrer qu’on avait reconnu quelqu’un portant le masque.

Le Carnaval actuel, pour touristes et quelques esthètes baroquisants, n’a plus grand-chose à voir avec le carnaval à la fois étatique et populaire qui imposait son rythme et ses habitudes codifiées à la cité entière pendant des mois, à mi-chemin entre la fête et le devoir civique, l’individuel et le collectif.

Tout cet univers qui  pendant plusieurs siècles a suscité chez les autres peuples européens et dans les autres cités d’Italie autant d’admiration que d’envie, reste présent à chaque détour de ruelle ou de canal, malgré l’invasion touristique et la bimbeloterie aux devantures.

 

 

 

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 Sur la Place Saint Marc, devant l'aile napoléonienne (édifiée à l'époque où Venise faisait partie du royaume d'Italie de Napoléon, pour rejoindre les Procuraties Neuves et les Procuraties Vieilles, les deux ailes de bâtiment qui délimitent la Place), des jeunes gens en tenue du 15ème ou début du 16ème siècle reconstituent l'atmosphère de la Venise de la Renaissance.

 

 

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 Sur la Place Saint Marc au café Florian, qui date du début du 18ème siècle, mais dont les célèbres peintures de personnges exotiques datent des années 1820.

 

 

 

VENISE 1900

 

 

 

 

Si vous voulez sortir de la Venise médiévale et Renaissance, ou de la Venise baroque, pour vous retrouver dans un décor moins ancien, vous avez deux possibilités : aller à l’est de la cité, du côté des Jardins de la Biennale et du quartier Sant’Elena ou  aller sur le Lido.

Vers 1900, la municipalité de Venise créa une exposition internationale d’art contemporain se tenant tous les deux ans, d’où son nom de Biennale ; pour accueillir cette exposition, les pays exposants édifièrent des pavillons dans des jardins situés  dans le quartier peu construit de Castello.

Par malchance, lors de mon passage, les Jardins étaient fermés en raison des travaux pour la préparation de la prochaine Biennale.

Seuls quelques pavillons Modern Style s’apercevaient de loin, et quelques sculptures kitsch de déesses casquées, à l’esthétique pré-fasciste, héritage de l’époque où Venise, ayant abandonné ses rêves d’indépendance, s’efforçait de jouer les bons élèves de l‘Italie unifiée, à l’époque des rois Umberto ou Victor-Emmanuel.

 

 

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 Statue allégorique de style 1900 dans les jardins de la Biennale.

 

 

 

 

Plus loin que les Jardins de la Biennale, il y a d’autres jardins, lieux de promenade  fréquentés par les amateurs de jogging ou de vélo ; ces espaces verdoyants en bord de lagune sont assez inattendus. Venise prend alors l’aspect de certains coins de la Côte d’Azur. Les balustrades blanches à colonnettes qui surplombent la lagune font penser plus à Menton ou Beaulieu-sur-Mer qu’à la cité des Doges.

Plus loin encore vers l’est, des chantiers de réparation navale, des entrepôts, des grues, des sites militaires, le port de plaisance, présentent encore un aspect qui rompt avec l’image traditionnelle de Venise.

Peu de visiteurs dirigent leurs pas vers ces quartiers excentrés, mais les découvrent depuis le vaporetto.

 

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 Le quartier (en fait c'est une île) Sant' Elena vu du vaporetto.

 

 

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 Autre vue du quartier Sant' Elena depuis la lagune.

 

 

 

Sur le Lido, île en forme d’étroite bande de terre très allongée (le sens du mot Lido est banc de sable) qui s’étend au sud de Venise, les anciens hôtels de luxe, l'Hôtel Excelsior, le Grand hôtel des Bains (le nom est en français) - ce dernier fermé - rappellent le souvenir du monde bourgeois des années 1900.

C’est l’univers décrit par Thomas Mann dans La Mort à Venise (Der Tod in Venedig) et par Lucchino Visconti dans le film qu’il en a tiré, qui s'intitule Mort à Venise (le titre anglais, Death in Venice, et sa traduction française sont sans l'article, contrairement au titre de la nouvelle).

On se souvient que dans le récit de Mann, le personnage principal, un grand écrivain allemand nommé Gustav von Aschenbach, arrive à Venise pour une villégiature dans un grand hôtel du Lido.

Parmi la clientèle élégante de l’hôtel, Achenbach repère une famille d‘Europe centrale avec un très beau jeune adolescent. Aschenbach – qui jusque-là a refoulé ses tendances homosexuelles – en fait ici il s’agit plus d’amour des jeunes garçons que d’homosexualité – est fasciné par l’adolescent. Lors de ses studieuses visites de musées ou d’églises à Venise, Aschenbach, en costume blanc et panama (c’est ainsi que le montrera le film) croise souvent le chemin de l’adolescent et de sa famille, qu’il voit aussi sur la plage du Lido.

Une épidémie de choléra, dissimulée par les autorités pour ne pas faire fuir les touristes, se répand dans la ville. Les touristes commencent à s’en aller mais Aschenbach , obsédé par le jeune homme, décommande son départ et s’obstine à rester tant que son idole reste. Finalement, atteint par la maladie, Aschenbach meurt dans son transat de plage tandis que la famille de l’adolescent quitte Venise.

Cette nouvelle de Thomas Mann a beaucoup fait pour donner une image crépusculaire et maladive de Venise.

Dans le film de Visconti, qui fut tourné en partie au Grand hôtel des Bains, Aschenbach n’est plus un écrivain célèbre mais un compositeur, et c’est la musique de Gustav Mahler (à qui Thomas Mann avait peut-être pensé piur créer son personnage, lui aussi prénommé Gustav) qui est utilisée dans le film, ajoutant à la mélancolie des images de Venise désertée et en proie aux miasmes de la maladie.

 

Mais si vous voulez voir les établissements hôteliers du Lido, ou du moins ce qu’il en reste, après avoir pris l’avenue qui traverse l’île du Nord au Sud, ne faites pas mon erreur : arrivé devant la Méditerranée, la vraie mer qui contraste par son bleu éclatant avec la lagune verte de l’autre côté de l’île, dirigez vous à droite vers le Lungomare (avenue du bord de mer) Marconi et pas à gauche vers le Lungomare Gabriele d’Annunzio : celui-ci longe une monotone suite de plages avec leurs cabines toutes pareilles sur plusieurs rangs.

En ce début de printemps, une petite foule avec des familles se risquait sur les rares plages ouvertes, tandis que sur la route un bus ou une voiture passaient au rythme d’un véhicule toutes les dix minutes, car sur le Lido, la voiture, absente de Venise, a droit de cité.

On voit aussi ces véhicules à pédales qu’on appelle cuistax en Belgique. Devant moi, un Marseillais de passage se rappela qu’il y en a aussi au parc Borély.

Assez curieusement, la plupart des noms de rues du Lido évoquent la gloire ancienne de Venise puissance coloniale : presque tous les noms sont ceux d’anciennes possessions vénitiennes, rue Corfou, rue Scutari, rue Chypre, rue Negrepont, etc.

On peut supposer que ces noms ont été donnés à l’époque où l’Italie voulait se bâtir un empire colonial : la municipalité vénitienne était sans doute fière de montrer que Venise avait aussi eu son empire et d’avoir joué le rôle de précurseur.

Après le calme un peu pesant du Lido, c’est presque un soulagement de revenir à Venise retrouver la vie et l’agitation de la place Saint Marc.

 

 

 

 

 

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 Le Grand hôtel des Bains sur l'île du Lido. Fermé depuis 2010 et quasiment à l'abandon.

Ce palace 1900  servit de cadre au tournage du film de Lucchino Visconti, Mort à Venise, inspiré de la nouvelle de Thomas Mann.

 

 

 

 

 

VENISE NE FAIT PAS DE BRUIT (SAUF LE CLAPOTIS DE L’EAU ET LE BRUIT DES TOURISTES), MAIS ÇA POURRAIT CHANGER

 

 

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 Le Palazzo Balbi sur le Grand Canal, siège de la présidence de la Regione del Veneto, ou Regione Veneto.

 

 

Politiquement, Venise a l’air très calme. Pas de graffiti revendicateurs sur les murs mais seulement, parfois, les affiches sages, en belle typographie à l’ancienne, de la municipalité, décorées d’un blason discret représentant le lion de Saint-Marc.

 La cité, peuplée peut-être d’une majorité d’habitants aisés qui ne sont plus des Vénitiens d’origine, semble endormie dans son image de carte postale.

Pourtant, en passant près du Palais qui abrite la présidence de la Regione Veneto, si on suit un peu la vie politique de l’Italie du Nord-Est, on peut se demander si l’avenir de Venise n’est pas déjà en train de se jouer, en partie,  entre ces murs.

En juin 2014, le Conseil régional a voté une loi (régionale) pour l'organisation d'un referendum sur l'autonomie du Veneto.

Puis quelques jours après, le Conseil a voté une loi sur l'organisation d'un referendum sur l'indépendance du Veneto, par 30 voix pour, 12 non et 3 abstentions, portant sur la question : Voulez-vous que le Veneto devienne une république souveraine et indépendante ?

Au même moment une consultation par internet, sans valeur légale, donnait  89% de votes en faveur de l'indépendance, ce qui représentait 56,6% des inscrits.

Mais cette majorité habite ailleurs qu’à Venise, dans ce qu’on appelait autrefois et qu’on appelle toujours la Terre-Ferme, les provinces de Belluno, Vérone, Trévise, Rovigo, Vicence, Padoue...

A Venise même, les séparatistes sont peu nombreux – peut-être parce que les Romains ou les Milanais (sans parler des étrangers, Américains ou Français) qui ont acheté des appartements à Venise et remplacé les Vénitiens, n’ont aucune raison de voter pour l’indépendance.

 

La Cour constitutionnelle italienne a refusé en 2015 la tenue du referendum sur l'indépendance voté par le Conseil régional mais a accepté le referendum sur l'autonomie. 

Une loi régionale reconnaissant le peuple vénète comme minorité nationale a aussi été votée en décembre 2016 par le Conseil régional; elle risque d'être annulée par la Cour constitutionnelle italienne.

Après diverses tractations avec le gouvernement italien, le président de la région, Luca Zaia, membre de la Ligue vénète, composante de la Ligue du Nord, a annoncé en avril 2017 que le referendum sur l'autonomie du Veneto se tiendrait le 22 octobre 2017, date symbolique car c'est aussi le jour anniversaire du plébiscite (considéré par certains comme truqué) de rattachement de la Vénétie à l'Italie en 1866, après le retrait des Autrichiens.

Parallèlement, deux nouvelles propositions de loi régionale appelant à l'organisation d'un referendum sur l'indépendance ont été présentées au Conseil régonal.

La Ligue vénète n’est que l’une des nombreuses composantes de la nébuleuse nationaliste et séparatiste qui existe en Vénétie depuis déjà plusieurs décennies.

 

Selon les sondages, une majorité des électeurs (78%) devrait voter pour l'autonomie (sur ces points, cf. l'article très détaillé sur Wikipedia en anglais, Venetian nationalism https://en.wikipedia.org/wiki/Venetian_nationalism  ).

Un referendum semblable se tiendra le même jour en Lombardie.

 Luca Zaia a présenté le referendum avec le slogan Paroni a casa nostra (en vénitien, patrons chez nous).

Il ne faut sans doute pas exagérer la portée du referendum sur l'autonomie qui, après tout, s'il donne la majorité au oui, aboutira à doter la Vénétie des mêmes attributions que d'autres régions autonomes d'Italie, comme la Sardaigne ou le Trentin-Haut-Adige 

Luca Zaia a indiqué que le referendum sur l'autonomie ne fermait pas la porte au referendum sur l'indépendance, qui deviendrait peut-être possible par la suite.

 D'ores et déjà, certains commencent à parler de Venexit...

Venise se retrouvera-t-elle, sans le vouloir vraiment (si on en juge par son électorat), capitale d’un nouvel état vénitien voulu par les habitants de Terre-Ferme ?

Curieusement, alors que Venise est un lieu tès fréquenté par les touristes français, ni le referendum vénitien, ni celui concernant la Lombardie (qui concerne quand même la première région économique d'Italie) n'attirent beaucoup l'attention, en France.

 

 

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Le 24 avril 2017, Luca Zaia, le président de la Regione Veneto, annonce que le referendum pour l 'autonomie se tiendra le 22 octobre 2017. Derrière lui, le drapeau régional portant le lion de Saint-Marc.

Corriere del Veneto

 http://corrieredelveneto.corriere.it/veneto/notizie/politica/2017/24-aprile-2017/zaia-firma-veneti-urne-22-ottobre-il-referendum-sull-autonomia-2401510934144.shtml

 

 

 

 

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 Venexit, un livre pour défendre le referendum pour l'autonomie (en attendant plus) paru le 5 juillet 2017 avec la participation de Luca Zaia. Le lion de Saint-Marc est évidemment à l'honneur.

Site du quotidien Libero.

http://www.liberoquotidiano.it/news/politica/12424254/venexit-libro-indipendenza-veneto-edicola-libero-5-luglio-zulin-mion-feltri-zaia-.html

 

 

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 Palais illuminé sur le Grand Canal.

 

 

 (toutes les photos sont de l'auteur, sauf les images créditées)