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Le comte Lanza vous salue bien
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1 octobre 2021

LA COMMUNE DE 1871 ET NOUS DEUXIÈME PARTIE

 

 

LA COMMUNE DE 1871 ET NOUS

DEUXIÈME PARTIE

 

 

 

 

 

[ Nous utilisons dans ce message des photos trouvées sur internet, que nous créditons. En cas de contestation, nous les supprimerons à la première demande des ayant-droit ] 

 

 

 

QUE SONT DEVENUS LES COMMUNARDS ? 

 

 

Est-il pertinent de se demander ce que sont devenus les Communards - évidemment ceux qui ont survécu à la Semaine sanglante ? 

Tout d’abord, on rappellera ce constat qu’on trouve chez l’historien Louis Fiaux : entre son début et sa fin, la Commune aurait perdu l’essentiel de ses soutiens. Ce n’est pas un constat anodin. Pour le bilan, quel qu’il soit, qu’on peut tirer d’une expérience historique, sa perte de popularité est déjà un début de jugement. Aujourd’hui, on présente la Commune comme ayant eu le soutien de la quasi-totalité des Parisiens (et pourquoi pas des Français !) mais on évite de parler de l’évolution de ceux qui l’ont soutenue.

Ceux qui ont applaudi la Commune et s’en sont détournés sont probablement des anonymes, qui n’ont pas laissé de trace dans l’histoire, même modeste.

Pour ceux dont l’histoire a gardé trace, célèbres ou moins connus - donc en général les cadres du mouvement - on peut constater que la plupart restèrent fidèles à leurs engagements, à condition d’accepter l’idée que ces engagements étaient divers et qu’ils pouvaient aboutir dans le temps à des positions contradictoires.

 

 

 

… PARFOIS PARTISANS DU BRAVE GÉNÉRAL BOULANGER

 

 

 

 

Comme on le sait, quelques Communards furent des partisans du général Boulanger sans cesser d’être fidèles au souvenir de la Commune.

On n’essaiera pas de définir le programme de Boulanger : ses adversaires l'accusaient d'aspirer au pouvoir par un coup d'Etat alors que c'était probablement inexact. Parmi ses soutiens on trouvait des monarchistes (royalistes et bonapartistes), des radicaux et socialistes, des nationalistes, voire des anarchistes.  L'hostilité au régime en place réunissait ces tendances diverses, à défaut d'un vrai programme. Les intentions de Boulanger, s'il était arrivé au pouvoir, restent impossibles à préciser.

L’ancien Communard Emile Aubry est caractéristique de l’attitude décrite plus haut : fidélité affichée à la Commune même en adhérant au boulangisme. Lorsque Boulanger doit quitter la France en avril 1889, menacé d’arrestation à la suite de ce qu’il faut bien appeler une machination policière (organisée par le ministre de l’intérieur Constans), il est accueilli à Bruxelles par des sympathisants dont Aubry, fixé en Belgique après la Commune. La jeune fille d’Aubry, prénommée Thémis, offre au général Boulanger un bouquet et lui fait la déclaration suivante, certainement rédigée par son père :

« Général, c'est la petite fille d'Emile Aubry, un des fondateurs de l'Internationale, un des combattants de 71, qui consacra toute sa vie à l'émancipation du prolétariat et au triomphe de la Révolution, c'est cette petite fille qui vous offre ce bouquet. Il symbolise toutes nos espérances patriotiques et sociales.

« Vous voulez, Général, le relèvement et la grandeur de la France, vous voulez la réconciliation complète de la grande famille française sous le drapeau républicain, vous voulez voir le triomphe de la probité politique et de la justice sociale. La petite Thémis d'aujourd'hui souhaite que la France tout entière se rallie à votre généreux programme et en assure le succès aux élections prochaines. Vive la France ! Vive le Parti national ! Vive la République ! »

(La Presse, 8 avril 1889)

 

Aubry fut parmi les orateurs qui prirent la parole en 1892 devant la tombe de Boulanger lors du premier anniversaire de sa mort par suicide (il est probable qu’il était aussi là pour l’enterrement qui eut lieu au milieu d’une pagaille formidable au cimetière d’Ixelles (Belgique), en présence notamment de Déroulède et Rochefort, au cours duquel aucun discours ne fut prononcé).

Parmi les anciens Communards qui appuyèrent Boulanger, on peut citer le général de la Commune Eudes (qui mourut juste avant de proclamer son ralliement qu’il avait négocié avec Boulanger par l’intermédiaire de Rochefort), bien sûr Rochefort, bras droit de Boulanger (voir plus loin), Ernest Granger, Ballière (qui avait fait partie de la seule évasion réussie de Nouvelle-Calédonie avec Rochefort et quelques autres), Paul Martine, Elie May, Da Costa, Clovis Hugues, Pierre Denis  qui sera un proche conseiller de Boulanger. Certains (sans surprise ?) viennent de la tendance blanquiste (autoritaire) de la Commune, mais d’autres sont de tradition fédéraliste et proudhonienne, comme Denis.

Les mêmes, mais pas toujours*, évoluèrent ensuite vers le nationalisme, notamment au moment de l’affaire Dreyfus.

                                                                                                     * Tous les nationalistes et antidreyfusards vers 1900 n’avaient pas été boulangistes  – par exemple l’ancien Communard Edmond Lepelletier fut un adversaire du boulangisme, mais on le retrouve 10 ans après parmi les nationalistes antidreyfusards.

 

 Sur ce sujet on peut se reporter aux messages sur ce blog (Les anciens Communards et le général Boulanger) et à l’article déjà ancien de Jacques Néré, Le Boulangisme et la Commune (cambridge.org) in International Review of Social History, 1972), qui note dans le programme des comités boulangistes « la persistance de tendances et de sentiments communalistes », expliquant ainsi « autrement que par des considérations purement personnelles, la présence dans le mouvement boulangiste d'anciens Communards ».

On peut ajouter qu’une autre revendication attribuée aux Communards se retrouve souvent chez les boulangistes, c’est l’exigence du mandat impératif (J. Néré, art. cité, et Jean Garrigues, Le boulangisme est-il antiparlementaire, in Parlement[s], Revue d'histoire politique, 2013 https://www.cairn.info/revue-parlements1-2013-3-page-49.htm)

 

Dès avant le moment boulangiste il existe une convergence entre le souvenir de la Commune et une tendance revendicatrice qui mêle refus du républicanisme officiel, nationalisme, socialisme et même libertarisme et fédéralisme, qui peut être symbolisée par un détail : le jeune Maurice Barrès (certes pas encore clairement nationaliste) est présent aux obsèques de  Jules Vallès (« Je suis arrivé à Paris pour assister, un matin de février 1885, à l’enterrement de Vallès »).*

                                                                                                    * Cette déclaration figure de façon un peu surprenante dans sa réponse au discours de réception de Jean Richepin à l’Académie française, 1909).

 

Ajoutons une précision : on se scandalise que des Communards aient pu prendre parti pour Boulanger alors que ce dernier, colonel à l’époque, a participé à la répression de la Commune et selon certains récits, aurait fait fusiller 250 à 300 Communards prisonniers.

Pourtant, Pierre Denis, ancien Communard, conseiller et ami de Boulanger, raconte que Boulanger ne participa quasiment pas à la répression, ayant été immédiatement blessé lors de son entrée dans Paris*. Si Boulanger avait fait fusiller un aussi grand nombre de Communards, il semble que Pierre Denis l’aurait su – les choses finissent par se savoir. Le même raisonnement vaut pour d’autres anciens Communards (par exemple Rochefort). De quand date le récit de Boulanger faisant fusiller 200 ou 300 hommes ? Quelles preuves matérielles existent de sa véracité ? Des spécialistes (non militants évidemment), pourraient se pencher sur la question.

                                                                                                      * Dans son livre de souvenirs sur ses relations avec Boulanger, Le Mémorial de Sainte-Brelade. Le journaliste et écrivain Lucien Descaves, qui était l’ami de Denis et qui rencontra de nombreux anciens Communards, parle de l’affection véritable que Denis avait pour Boulanger.

                                                                                                                 

 

 

QUE SONT DEVENUS LES COMMUNARDS ? PARFOIS DES MODÉRÉS

 

 

 

 

D’autres anciens Communards, probablement issus d’un milieu plutôt bourgeois, évoluèrent vers des positions dites modérées (on appelait ainsi le centre et le centre-droit), passablement  éloignées de leurs engagements de 1871.

Dans ses souvenirs l’ancien Communard Georges Renard* en donne quelques exemples avec les quasiment inconnus Lavigne et Crozals, normaliens comme lui :

«  Je n'étais pas le seul parmi les Normaliens d'alors à devenir ainsi un serviteur de la Commune. Un de mes « cubes »*, Martine, fonctionnait comme adjoint à la mairie des Batignolles ; un autre, Lavigne, qui devait finir rédacteur en chef d'un journal à peine républicain ; Richepin*** écrivait dans le « Mot d'ordre » à côté de Rochefort de virulents articles contre les ruraux. Crozals qui devait s'appeler plus tard de Crozals et racheter ainsi ses hardiesses juvéniles par un excès de modération, avait, à l'Instruction Publique, une position de tout repos… » (Georges Renard, Mes Souvenirs ; La Commune, in revue La Révolution de 1848 et les révolutions du XIXe, 1931, https://www.persee.fr/doc/r1848_1155-8806_1931_num_28_137_1194)

                                                                                       * Georges Renard, élève de l’Ecole normale supérieure, fut pendant la Commune membre du cabinet des délégués à la guerre Cluseret et Rossel. En fuite après la fin de la Commune il s’installa à Lausanne et devint professeur à l’université. Rentré en France, il devint un moment directeur de la Revue socialiste et fut professeur au conservatoire des Arts et Métiers et puis au Collège de France. Georges Renard indique dans ses souvenirs qu’avant 1870 environ, il n’avait jamais eu l’occasion de parler à un ouvrier. Sur Paul Martine, voir première partie.

                                                                                       ** « Cube », argot de Normale supérieure : ancien élève de l’Ecole, par rapport à un élève plus récent.

                                                                                      *** Le poète Jean Richepin, ancien élève de Normale supérieure, n’est généralement pas cité parmi les sympathisants de la Commune. Il ne semble pas avoir été inquiété après la Commune ? Célèbre en 1876 pour sa Chanson des Gueux, recueil de poèmes consacré aux bohémiens et aux marginaux dont le réalisme  lui valut une peine d’un mois de prison pour outrage aux bonnes mœurs,  mais aussi une grande notoriété. D’abord proche des libertaires, il fut finalement élu à l’Académie française en 1909 (la réponse à son discours de réception fut prononcée par Maurice Barrès qui lui dit, évoquant les débuts de Richepin : « Qui vous eût pris dans ces années extraordinaires pour un futur académicien ? » - Barrès indique aussi que dès 1872, Richepin prit ses distances avec Vallès qui avait été son inspirateur). Richepin tenta aussi une carrière politique : candidat de l’Alliance démocratique (centre-gauche évoluant vers le centre-droit) contre un sortant radical-socialiste en 1914, il fut battu.

 

 

 

QUE SONT DEVENUS LES COMMUNARDS ? AU CHEVET DE LA PROSTITUTION À LA COMMISSION SANITAIRE DE LA VILLE DE PARIS

 

 

 

Après l’amnistie des Communards en 1880 (voire même avant pour le Dr. Levraud), on retrouve un bon nombre d’anciens Communards au conseil municipal de Paris, Si certains sont élus comme socialistes, d’autres sont radicaux (ici à prendre au sens du parti radical) ou radicaux-socialistes, terme qui finit par s’imposer.

On se souvient que durant la Semaine sanglante, Verlaine relate que deux amis favorables à la Commune vinrent se réfugier un moment chez lui pendant les combats : Edmond Lepelletier et Emile Richard, ce dernier médecin dans la Garde nationale fédérée*.

                                                                                                                        * Voir notre message Verlaine Communard  http://comtelanza.canalblog.com/archives/2021/08/24/39106844.html . L'arrivée de ces amis perturbe Verlaine qui, bien qu'effrayé par les bombardements, espérait parvenir à "se faire" la petite bonne, restée avec lui tandis que l'épouse de Verlaine était sortie, malgré les combats, pour avoir des nouvelles de sa famille - ou de la mère de Verlaine ?

 

Emile Richard (1843-1890) fut semble-t-il membre de l’Internationale (?). Il n’est pas établi s’il fut ou non emprisonné après la Commune. Elu au conseil municipal de Paris dans les années 1880, il en fut vice-président puis président en 1890. Il mourut cette même année. Ce fut aussi l’année de parution d’un livre, La Prostitution à Paris, « par Émile Richard (conseiller général de la Seine*) », 1890.

                                                                                             * Les conseillers de Paris étaient automatiquement conseillers généraux de la Seine.

 

 

Dans la préface de ce livre, on lit : «  L' étude de la réglementation actuelle de la prostitution à Paris et des réformes qu' il convient d' y apporter, en se plaçant sur le terrain de l' hygiène publique, m' a été confiée en 1886 par mes collègues du conseil municipal.
La commission sanitaire, en même temps qu' elle me nommait son rapporteur, décidait qu' elle procéderait à une enquête sur place au dispensaire de la préfecture de police, à la prison de Saint-Lazare et aux hôpitaux de Lourcine et du Midi.»

Une note précise que « Cette commission était composée de : MM. le Dr. Levraud, président ; Dr. Chautemps, vice-président; Dr. Chassaing, secrétaire; Bompard, Dr. Paul Brousse , Cattiaux , Cochin , Deschamps , Lyon-Alemand , Piperaud, Émile Richard, Strauss et Vaillant ».

 

On retrouve parmi les membres de la commission sanitaire du conseil municipal de Paris cités plusieurs anciens Communards : outre Emile Richard, au moins Piperaud, Vailland, le Dr Levraud.*

                                                                                                                      * On remarque ici rapidement que parler d’anciens Communards est parfois problématique. Par exemple, peut-on dire que servir dans la Garde nationale de la Commune (les « Fédérés ») dénote un véritable engagement, alors que c’était quasiment une obligation pour tous les hommes jeunes ? Par contre détenir un grade d'officier signait plus clairement une sympathie pour la Commune.

 

 

Disons un mot sur quelques noms :

- Jean-Baptiste Piperaud (1835-1907) ; d’abord fabricant de porcelaine, capitaine sous la Commune de Paris, condamné par contumace en 1872, à la déportation dans une enceinte fortifiée ; se présente pour être jugé et sa peine est ramenée à un mois de prison en 1874. Directeur d’institution scolaire, élu conseiller municipal de Paris de 1884 à 1904, radical puis socialiste indépendant.

 

- Edouard Vaillant (1840-1915) ; issu d’un milieu bourgeois, élu membre du conseil de la Commune,  délégué à l’instruction publique de la Commune. Se réfugie en Angleterre ; poursuit ses études scientifiques tout en continuant ses activités militantes, fréquente Marx. De retour en France, membre du Comité révolutionnaire central (blanquiste), conseiller municipal de Paris dès 1884 ; ne suit pas la fraction du CRC qui soutient Boulanger. Dirigeant du parti socialiste révolutionnaire, réélu conseiller municipal jusqu’en 1893, lorsqu’il est élu député et abandonne son mandat municipal ; fait partie des fondateurs du parti socialiste SFIO en 1905 avec Jaurès et Guesde. Député jusqu’à son décès en 1915 ; partisan de l’Union sacrée lors de la guerre. Une des grandes figures du socialisme français.

 

- Léonce Levraud (1843-1935) ; militant républicain, blanquiste, chirurgien d'une ambulance de la Commune. Apparemment il ne fut pas inquiété (?) - c'est sans doute pourquoi il fut élu dès 1876  conseiller municipal de Paris comme radical-socialiste (pas sûr que le terme ait été employé dès cette époque), jusqu’en 1896. Président du conseil municipal en 1891-1892. Elu député radical-socialiste en 1898, partisan de la laïcité, s’occupe particulièrement des questions relatives à l'Instruction publique (notamment partisan de démocratiser l'enseignement secondaire), aux Beaux-arts et à l'hygiène publique. Battu aux élections législatives de 1910 par le candidat socialiste Lauche. Meurt en 1935 à 92 ans.

 

On peut ajouter à cette énumération Paul Brousse, également membre de la commission d’hygiène et lui aussi médecin.

-  Paul Brousse (1844-1912), issu d’une famille bourgeoise, il réside à Montpellier lors de la Commune – il y est favorable sans pouvoir y participer. Membre de l’Internationale, Quitte la France et participe aux activités militantes à Barcelone puis en Suisse où il devient membre de l’Internationale anti-autoritaire (dont l’un des responsables est le Suisse James Guillaume). D’abord proche des idées anarchistes, il est lié avec Bakounine, Alérini, Pindy, Kropotkine. Condamné à diverses reprises en Suisse, il s’éloigne des idées anarchistes. Termine ses études de médecine en Suisse. A son retour en France, prend place parmi les socialistes mais en désaccord avec la ligne marxiste de Guesde, devient partisan du réformisme et lance le courant « possibiliste », organisé dans la Fédération des travailleurs socialistes de France. Favorable à la révision du procès Dreyfus. Prend part à l’unification des partis socialistes et entre au parti socialiste SFIO en 1905 mais conserve ses distances avec la direction du parti. Conseiller municipal de Paris en 1887, président du conseil municipal en 1905, développe le socialisme municipal (habitations populaires, services sociaux), député en 1906, il ne fut pas réélu en 1910 ; inhumé au cimetière du Père-Lachaise, face au Mur des Fédérés. Franc-maçon.

 

Le livre de Richard La Prostitution à Paris se réfère aux travaux du Dr Louis Fiaux ; on connait bien ce dernier puisqu’il est l’auteur d’une Histoire de la Guerre civile de 1871 mais aussi de très nombreux travaux et livres sur l’hygiène sociale, la sexualité et la « police des mœurs » (la plupart parurent après 1890 jusqu’aux années 1920) – Louis Fiaux mourut en 1936 à près de 90 ans. Louis Fiaux, dans son Histoire de la Guerre civile de 1871, n'approuve pas la Commune (pouvait-il le faire à la date de parution du livre, en 1879 ?) mais est nettement critique envers le gouvernement versaillais. Il semble avoir été un républicain convaincu mais attaché à la légalité.

 

On peut quand même être un peu surpris de voir autant d’anciens Communards se pencher gravement sur la question de la prostitution au sein de la commission sanitaire du conseil municipal…*

                                                                              * Sous la Commune même, les autorités de l’époque paraissent avoir mené une politique essentiellement répressive concernant la prostitution : « Du 19 mars au 28 mai, deux cent soixante-dix-neuf filles publiques ou insoumises sont conduites à Saint-Lazare » (Louis Fiaux, Histoire de la guerre civile de 1871, p. 301, éd. consultable sur Gallica ; Fiaux donne aussi quelques indications sur la délinquance de droit commun sous la Commune qui évidemment n’avait pas disparu).

 

L'Assiette_au_beurre__bpt6k10501568_JPEG

Le journal satirique L'Assiette au beurre publia en 1910 un numéro intitulé Les Vieux Communards.

Ici le Dr. Levraud, ancien président du conseil municipal de Paris, se désole d'avoir perdu son siège de député aux dernières élections de 1910 ("blackboulé") [il fut battu par un socialiste] : il va falloir que je me remette  à la médecine, moi  qui n'en ai pas fait depuis la Commune.

La caricature plaisante (sans doute injustement) le caractère de politicien professionnel du Dr. Levraud. Sur le bureau, on voit le journal Le Radical qui nous indique les opinions politiques du docteur : à ce moment, le radicalisme est devenu la principale force de gouvernement  en France.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10501568/f16.item

Gallica.

 

 

LES ANCIENS COMMUNARDS AU CONSEIL MUNICIPAL DE PARIS SOUS LA 3ème RÉPUBLIQUE

 

 

Le conseil municipal de Paris est donc, dans les deux dernières décennies du 19ème siècle, très accueillant aux anciens Communards au point que plusieurs d’entre eux sont présidents du Conseil municipal* (à l’époque le président du Conseil municipal change tous les ans).

                                                                           * Rappelons qu'il n'y a pas de maire à Paris et que le président du conseil municipal a des attributions limitées, résultant de la méfiance du pouvoir central envers Paris. Voir troisième partie.

 

En 1890, Émile Richard (mort en fonctions) ; en 1891-1892, le docteur Levraud, en 1893-1894, Alphonse Humbert (qui reçoit somptueusement les officiers de la flotte russe à l’occasion de l’alliance franco-russe), en 1899-1900, Louis Lucipia (ancien déporté en Nouvelle-Calédonie)* – on peut y ajouter (même s’il n’a pas participé à la Commune mais fut sympathisant), en 1905-1906, Paul Brousse (qui reçoit somptueusement le roi d’Espagne Alphonse XIII, ce qui lui sera reproché).

D’autres anciens Communards accèdent à la vice-présidence comme Jules Joffrin en 1888-89**.

                                                                                        * Louis Lucipia (1843-1904), journaliste, membre de l’Internationale, fut notamment accusé de complicité dans l’assassinat des Dominicains d’Arcueil - ce dont il se défendit, déclarant qu’il avait voulu les protéger au contraire. Il fut ensuite président par deux fois du conseil de l’ordre du Grand Orient de France (l’appellation, jugée plus démocratique, avait à l’époque remplacé celle de Grand maître) et président « radical démocrate » du conseil général de la Seine en 1895, élu par 60 voix sur 79.

                                                                                         ** Jules Joffrin (1846-1890), participant assez modeste à la Commune, réfugié en Angleterre jusqu’à l’amnistie, fut un des dirigeants de la gauche parisienne. Elu au conseil municipal, il obtient une concession pour élever un monument aux Fédérés au Père-Lachaise. Partisan du socialisme municipal et possibiliste. Candidat aux législatives contre Boulanger en 1889, il arrive second mais Boulanger, en fuite, est inéligible. La Chambre valide l’élection de Joffrin (mais certains socialistes votent contre la validation de Joffrin). Joffrin meurt prématurément peu après.

 

Si on se souvient qu’une des causes de la Commune fut la réclamation par les Parisiens des « franchises municipales » (plus ou moins étendues), il n’est pas étonnant que les anciens Communards se retrouvent dans les années 1880 dans le groupe dit « autonomiste » du Conseil municipal, qui réclame l’extension à Paris des droits reconnus à toutes les villes de gérer ses propres affaires par ses représentants élus, voire une extension de ces droits.

Le journal Le Matin du 16 mai1887 détaille la composition politique du conseil municipal issu des récentes élections de 1887. On peut observer que des anciens Communards figurent parmi le groupe le plus nombreux, les 44 « républicains radicaux autonomistes » : Piperaud, Humbert, Lefèbvre-Roncier, Levraud, Longuet*, Emile Richard, peut-être d’autres ?

                                                                                              * Celui-ci, qui est manifestement Charles Longuet, par ailleurs l’un des gendres de Karl Marx, ne serait donc pas inscrit comme socialiste ?

 

Les deux révolutionnaires dits blanquistes signalés par le journal sont les anciens Communards Chauvière* et Vaillant.

                                                                                              * Sur Chauvière, voir première partie.

 

Parmi les 7 « révolutionnaires possibilistes » qu’énumère le journal, on trouve au moins l’ancien Communard Jules Joffrin, et peut-être d’autres, Le journal distingue aussi deux « socialistes » sans autre qualificatif – s’agit-il d’anciens Communards ?

On n’en trouve probablement pas chez les 17 « républicains progressistes anti-autonomistes », encore moins chez les 11 conservateurs !

A noter que Brousse est classé comme le seul « révolutionnaire collectiviste » (et non pas possibiliste - erreur du journal ?).

Les anciens Communards s’affrontaient parfois lors des élections, législatives ou municipales c’est ainsi que Jules Joffrin et Lucipia furent adversaires.

 

 

 

 

DU BOULANGISME AU NATIONALISME

 

 

Il est intéressant d’indiquer qu’en mars 1887, un élu radical autonomiste, Eugène de Ménorval (républicain « avancé » malgré son patronyme authentiquement nobiliaire) proposa un ordre du jour rendant hommage à la Commune, que le conseil municipal eut la prudence de repousser, à la colère des élus socialistes.

Le conseil municipal de Paris évita ainsi le sort du conseil municipal de Marseille qui le 18 mars 1887, vota la suspension de la séance en hommage à la Commune de Paris, pour l'anniversaire de l'insurrection : en résultat, le conseil fut dissous par décret du président de la République Jules Grévy sur proposition du président du conseil Goblet, pour offense à la Constitution et à l’ordre public*. Le conseil municipal radical et socialiste sortant ne fut pas reconduit par les électeurs marseillais qui votèrent pour une municipalité républicaine modérée emmenée par Félix Baret.

                                                                                              * Le statut de la Ville de Paris prévoyait qu'en cas de dissolution du conseil municipal, celui-ci était remplacé par une commision préfectorale jusqu'à la date des prochaines élections normalement prévues - alors que dans les autres villes, comme dans le cas de Marseille, la dissolution du conseil municipal entrainait de nouvelles élections. On compend que le conseil municipal de Paris faisait attention à ne pas courir le risque d'une dissolution.

 

 Or, Eugène de Ménorval, qu’on vu prêt à honorer la Commune, devait être très peu de temps après un soutien de Boulanger, membre en 1888 du Comité républicain national, véritable état-major du mouvement boulangiste (Wikipédia) et membre du comité directeur de la Ligue des Patriotes de Déroulède, candidat boulangiste malheureux aux élections législatives de septembre 1889, puis candidat « révisionniste » et « socialiste patriote, anti-internationaliste » dans le sillage de Rochefort après l’affaiblissement du mouvement boulangiste.

Le conseil municipal de Paris évolue vers la droite nationaliste à la fin du siècle* (le premier président « nationaliste » est Louis Dausset en 1901-1902, deux ans après l’ancien Communard Lucipia) tandis que l’exigence « autonomiste » cesse d’être un élément moteur de la vie politique parisienne, plus axée désormais sur les questions nationales depuis l’affaire Dreyfus. Toutefois les nationalistes alternent avec les radicaux-socialistes à la tête du conseil et même des socialistes comme Brousse en 1905-6 ou Chausse en 1909 – mais ce dernier, mis en minorité, doit démissionner.

                                                                             * « Le glissement vers la droite de l’expression politique parisienne », est visible lors des élections municipales de 1900 ; « à partir de 1909, le conseil municipal est dominé par la droite » ( Philippe Nivet, L'histoire des institutions parisiennes, d'Étienne Marcel à Bertrand Delanoë, in  Pouvoirs 2004, L'histoire des institutions parisiennes, d'Étienne Marcel à Bertrand Delanoë | Cairn.info ). Dans les années précédant la guerre de 14, les nationalistes font alliance avec une partie de l’ancienne majorité dreyfusarde - leurs ennemis communs sont alors les socialistes internationalistes (Bertrand Joly, L'évolution de Paul Déroulède et de la Ligue des patriotes (1900-1913) in Mil neuf cent. Revue d'histoire intellectuelle 2001, L'évolution de Paul Déroulède et de la Ligue des patriotes (1900-1913) | Cairn.info.

 

Les anciens Communards ne disparaissent pas complètement dans cette nouvelle conjoncture marquée par le nationalisme et l’effacement des générations précédentes, puisqu' on trouve au conseil municipal l’architecte Achille Ballière (déporté en Nouvelle-Calédonie évadé avec Rochefort et d’autres) : proche de Déroulède, il siège comme nationaliste antisémite en 1900 après avoir été candidat boulangiste malheureux en 1889 ; Lepelletier, nationaliste antidreyfusard est aussi élu au conseil municipal en 1900.

Les figures de la génération précédente liées à la Commune ont souvent a quitté le conseil municipal pour entrer à la Chambre des députés (Vaillant, Levraud).

Les Communards historiques ne sont pas oubliés par le conseil municipal qui donne leur nom à des artères parisiennes. Dans son livre Philémon, vieux de la vieille (1913) qui met en scène un vieux Communard (imaginaire) Colomès*, Lucien Descaves écrit :

                                                                 * On dit que le personnage serait inspiré notamment par Gustave Lefrançais ?

 

« Un autre profit, pour la cause communaliste, profit réel, celui-là, était l'hommage rendu à Jules Vallès, Benoît Malon, J.-B. Clément et Ferdinand Gambon, par le Conseil municipal qui donnait leurs noms à des rues de Paris.
— Il faudra bien dire ce qu'ils ont fait, aux passants qui auraient la curiosité de l'apprendre ! s'écria Colomès. Espérons qu'on n'oubliera pas la prochaine fois Eugène Varlin. »

Ces noms furent donnés vers 1905-1906 sous la présidence de Desplas radical socialiste, et de Brousse socialiste.

Le nom de Varlin fut donné à une rue de Paris en 1910 (présidence, sauf erreur, du radical-socialiste Bellan).

En bref, l 'évolution vers le nationalisme de personnalités de la Commune  n'est évidemment pas générale, loin de là ; mais elle concerne des milieux  différents de l'héritage de la Commune : le noyau socialiste-blanquiste groupé autour de Rochefort (voir ci-dessous), plus ou moins identifié aux anciens boulangistes, et des individualités jusque là proches du  républicanisme radical qui se droitisent, comme Humbert et Lepelletier, au moment de l'affaire Dreyfus.

 

 

 

LES VIEUX COMMUNARDS SELON L’ASSIETTE AU BEURRE

 

 

En 1910, le célèbre journal satirique L’Assiette au beurre consacre un numéro aux Vieux Communards.

II s’agit de dessins en couleurs ou en noir et blanc, dus aux dessinateurs Gibb’s et surtout Paul Poncet, qui mettent en scène des anciens Communards, soit anonymes soit relativement connus. Evidemment les propos et attitudes qui sont prêtés aux anciens Communards sont de l’invention des auteurs, mais reflètent sans doute l’opinion courante sur leur évolution et leur positionnement du moment.

Regardons quelques planches

Tout d’abord la couverture ; devant le mur des Fédérés, un cortège d’hommes âgés, bien habillés. Un prolétaire de 1910 demande à un camarade qui sont « ces bons bourgeois » ? L’autre lui répond qu’il s’agit de l’Union des anciens combattants [de la Commune], devenue maintenant syndicat des fonctionnaires.

Embourgeoisés, souvent décorés, les anciens Communards sont devenus des anciens combattants institutionnels, et on suggère que leurs revendications sont désormais corporatistes.

 

 

vieux comm

Dessin de couverture du journal satirique L'Assiette au beurre. Deux prolétaires de 1910 discutent en voyant défiler les anciens Communards, devenus "de bons bourgeois". L'union fraternelle des anciens combattants et amis de la Commune, dont il est probablement question dans le dessin, d'abord société d'entraide, avait été fondée par le Dr. Goupy, ancien membre de la Commune - bien qu'il en ait démissionné très tôt au motif qu'il n'avait accepté d'en faire partie qu'en tant que conseil municipal et qu'il désapprouvait la guerre avec Versailles, ce qui ne l'empêcha pas d'être condamné à 5 ans de prison par le conseil de guerre. Le Dr. Goupy (1838-1920) fut un philanthrope et inventeur - on lui doit un premier essai des feux de circulation installés en 1912; par ailleurs ce fut un pionnier de l'urologie. Il fut le fondateur de la Ligue de l’intérêt public - Société protectrice des citoyens contre les abus, et présida la Ligue de protection de l'enfance.

L'Assiette au beurre, numéro du 18 juin 1910, Les Vieux Communards

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10501568/f16.item

Gallica.

 

 

 

ROCHEFORT

 

 

Après cette vision des anciens Communards comme groupe, voici certains dirigeants ou participants de la Commune.

Pour beaucoup de contemporains (ce qui ne manque pas de surprendre aujourd’hui) le personnage qui symbolisait le mieux la Commune était le journaliste Rochefort - rejoint plus tard par Louise Michel (dont la renommée est postérieure à la Commune); aujourd’hui on pense spontanément à Louise Michel et plus du tout à Rochefort.

Dans une ambiance et avec des couleurs « fin d’été », sur une plage sans doute « à la mode », où on se promène en vêtements légers mais de ville, le marquis (c’était le titre auquel il pouvait prétendre) de Rochefort-Luçay parait plongé dans ses pensées. Il pense peut-être au temps qui passe, inexorable. Des promeneurs élégants se moquent un peu gratuitement de lui : - Qu’a t-il fait sous la Commune ? - La même chose que sous l’Empire : dans sa culotte.

C’est ramener à pas grand chose l’action de Rochefort (1831-1913) qui fut, de façon assez désordonnée, un personnage important au moins de la presse, depuis la fin du Second empire jusqu’au début du 20 ème siècle, et qui paya son soutien, même critique, à la Commune, d’une condamnation à la déportation en enceinte fortifiée en Nouvelle Calédonie. Son évasion sensationnelle de 1874 allait accroitre sa renommée de journaliste aventurier. Vaguement socialiste mais toujours patriote (donc chauvin dans le style de l’époque), Rochefort devint le soutien du général Boulanger, qu’il suivit en exil, étant condamné en 1889 par la Haute-cour de Justice (le Sénat siégeant en Haute-Cour), comme Boulanger, à la déportation – mais par contumace cette fois. Amnistié en 1895, son retour en France (son 2ème retour, le premier se situant lors de l’amnistie des Communards en 1880) prit des allures de triomphe : tous les anciens boulangistes (du moins ceux qui ne s’étaient pas brouillés avec lui) vinrent l’accueillir, ainsi qu’une bonne partie des socialistes dont Jaurès, et une foule immense de Parisiens.

Mais l’affaire Dreyfus qui va éclater range définitivement Rochefort à droite et même très à droite. Pourtant il continue avec ses amis à se dire socialiste.

En 1898, le comité central socialiste révolutionnaire (composé des anciens blanquistes qui avaient suivi Boulanger) donne naissance au Parti républicain socialiste français. A cette occasion, Rochefort préside un grand banquet où sont particulièrement attaqués les socialistes qui ont pris parti pour Dreyfus. En même temps, le souvenir de la Commune est souvent évoqué, dont Rochefort est présenté comme l’incarnation.

Quelques extraits de la relation de ce banquet dans le journal de Rochefort, L’intransigeant :

« Toutes les mains se tendent vers lui [Rochefort] tandis que les cris de : « Vive la France ! A bas les juifs ! Vive la Commune ! A bas Jaurès ! A bas Zola ! Mort au Syndicat* ! et Vive Rochefort ! » éclatent de tous côtés, poussés par la foule des manifestants.»

                                                                                                                     * Jaurès et Zola avaient pris parti en faveur de Dreyfus. Les   antidreyfusards, dans une vision complotiste, accusaient les défenseurs de Dreyfus d'être aux ordres d'un comité  "cosmopolite et apatride" dont le but était l'abaissement de la France et qu'ils dénommaient le "Syndicat".

 

« Mais voici qu’au milieu de la table, faisant une énorme tache sur la nappe blanche, on apporte une superbe gerbe de roses rouges envoyée à Rochefort par Mme Carlus, la femme du sculpteur connu, et veuve du regretté Cournet, ancien membre de la Commune.
On crie : Vive la Commune ! Vive la Commune ! Vive Rochefort ! »

Discours, du « citoyen » Adrien Farjat* : « … nous sommes et nous avons toujours été contre les cléricaux et contre les juifs. Nous avons toujours été et nous resterons les ennemis irréductibles de toutes les réactions : religieuse, politique et économique. Vive la Révolution sociale ! »

                                                                                                  * Adrien Farjat, militant blanquiste, gendre du général de la Commune Eudes. Il est curieux que la notice du dict. Maitron n’indique rien de l’engagement de Farjat aux côtés de Rochefort.

 

Discours du citoyen Morinaud, député de Constantine : « Au nom de la jeune Algérie, j’apporte mon salut fraternel à la vieille France républicaine représentée ici par Henri Rochefort ».

Il conclut : la prochaine révolution sociale sera aussi une révolution antijuive.

Le député Roche, dirigeant du nouveau parti : « Le socialisme n’est le monopole de personne (…) Prétendre s’apitoyer exclusivement sur le sort des travailleurs étrangers*, quand nos travailleurs à nous sont enchaînés par le salariat et crèvent de misère, c’est pure comédie. Comédie également celle qui consiste à prendre la défense d'un juif gradé et millionnaire, tandis qu’on oublie la multitude de nos petits soldats que presque chaque jour en Afrique, on envoie au peloton d'exécution. » Il fustige les socialistes qui n’ont pas honte de se retrouver dans le même camp que le massacreur de la Commune, Galliffet **, ou Constans, le ministre de l'intérieur qui a manoeuvré pour faire accuser Boulanger.

                                                                                       * S’agit-il de travailleurs étrangers en France ou de travailleurs dans les pays étrangers ?

                                                                                       ** Les nécessités politiciennes et les reclassements entraînés par l’affaire Dreyfus faisaient que le général de Galliffet était désormais proche de la fraction républicaine qui soutenait la révision du procès Dreyfus.  En 1899 Galliffet sera ministre de la guerre dans le ministère de concentration républicaine de Waldeck-Rousseau, dans lequel siège pour la première fois un socialiste, Millerand, avec l’accord de Jaurès.

 

Da Costa, ancien Communard condamné aux travaux forcés en Nouvelle-Calédonie, maintenant président de la « jeunesse blanquiste », prononce un discours. Divers députés dont les anciens boulangistes Marcel Habert, Castelin et Paulin-Méry prennent aussi la parole. Le député Bonnard, socialiste antidreyfusard, évoque la Commune qui sera « l’organisation supérieure des sociétés futures ».

 (L'Intransigeant | 1898-06-13 | Gallica (bnf.fr))

 

 

Rochefort est de plus en plus perçu comme appartenant à la droite dure ; lorsqu’il se rend, tous les ans, au mur des Fédérés pour l’hommage aux morts de la Commune, il est pris à partie par les militants de gauche. A la mort de Louise Michel (1905), qu’il avait toujours soutenue financièrement, il est exclu des obsèques qu’il souhaitait organiser, par les militants de gauche.

Rochefort meurt en 1913. A ses obsèques, sont présents Edouard Drumont, chef de file de l'antisémitisme, Paul Déroulède, Maurice Barrès. Les Jeunesses blanquistes (qui existent encore en 1913) déposent une couronne de fleurs rouges. Barrès jugera les obsèques décevantes malgré une grande affluence. Fin d’une époque…

 

 

rochefort

 Le marquis de Rochefort-Luçay se promène rêveusement sur une plage. Des promeneurs échangent des propos ironiques sur son compte. Dessin du journal satirique L'Assiette au beurre.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10501568/f16.item

Gallica.

 

 

 

 

BARRÈRE, DE LA COMMUNE AUX AMBASSADES

 

 

 

Autre dessin : dans un brillant salon, un ambassadeur en uniforme brodé (qui se souvient que les ambassadeurs portaient ce type d’uniforme ?) s’entretient avec un volumineux cardinal : nous sommes à Rome. Camille Barrère, ambassadeur de France à Rome, minaude : tous les chemins mènent à Rome. - Même la rue Haxo ? demande le cardinal.

Le dessin rappelle que Camile Barrère (1851-1940) avait été partisan de la Commune, journaliste et officier de la Garde nationale – mais il est peu probable qu’il ait sympathisé avec le massacre de prêtres et de gendarmes commis rue Haxo par des Communards désorganisés. 

Réfugié en Angleterre, Camille Barrère, très correct et bilingue, est enseignant. Il est ensuite (semble-t-il) remarqué à Berlin par le ministre français des affaires étrangères lors d’un congrès où Barrère avait été envoyé comme journaliste par le journal conservateur The Times. Il est présenté à Gambetta.  Sa peine remise (le conseil de guerre l’avait condamné par contumace), Barrère entre dans la diplomatie : un de ses premiers postes est consul général au Caire où il fait une entrée aussi pompeuse que possible pour montrer le prestige de la France.

Barrère est ensuite protégé par Jules Ferry ; après des postes en Suède et en Suisse, il est nommé assez jeune ambassadeur en Italie où il va rester près de30 ans. On attribue à son action l’entrée en guerre de l’Italie aux côtés des Alliés en 1915.  

On prétend que Barrère aurait aussi favorisé l’arrivée au pouvoir de Mussolini en 1922 (celui-ci avait sans doute bénéficié des fonds de l’ambassade pour soutenir l’entrée en guerre de l’Italie) ; si c’est vrai, le dictateur ne semble pas lui avoir été reconnaissant. Le gouvernement du Cartel des gauches trouve Barrère trop à droite et le met à la retraite en 1924. Il fait alors partie de conseils d’administration (notamment à la compagnie de Suez et à la Société financière française et coloniale, qui joue un grand rôle dans l'exploitation de l'Indochine); il semble proche des vues de Maurras au moins en politique étrangère (il proteste avec d'autres personnalités quand Maurras est brièvement emprisonné en 1936 pour avoir menacé de mort Léon Blum).

Il meurt en 1940, peut-être l’avant-dernier ancien Communard encore en vie à cette date. Barrère fait partie de ces personnes pour qui la Commune n’a été qu’un moment de leur existence, vite dépassé – et d’ailleurs probablement dépourvu d’engagement social véritable : devant le conseil de guerre, qui le condamna quand même, il avait été présenté comme un jeune patriote instruit et non un exalté… On voit la différence.

 

 

L'Assiette_au_beurre 3

 Dans un salon, au milieu d'invités en tenue de gala, l'ambassadeur de France à Rome, Camille Barrère s'entretient avec un cardinal. Dessin du journal satirique L'Assiette au beurre.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10501568/f16.item

Gallica.

 

 

 

HUMBERT ET LES AUTRES

 

 

 

Alphonse Humbert (1844-1922) fut un partisan de la Commune de tendance blanquiste, créateur avec Vermersch et Vuillaume, du journal Le Père Duchêne qui reprenait le titre du journal de Marat.

Après la Commune, il fut condamné aux travaux forcés à perpétuité. C’était une peine très sévère probablement due au fait que le journal auquel il avait collaboré avait publié des dénonciations dont au moins l’une, celle du journaliste Chaudey, avait entraîné son arrestation, puis son exécution par les Communards durant la Semaine sanglante.

De retour de Nouvelle-Calédonie en 1879 après une mesure d'amnistie, Humbert  put épouser la sœur d’Edmond Lepelletier, sa fiancée avant son départ de France en 1871, qui l’avait attendu.

Il commença tout de suite une double carrière, politique et de journaliste au Petit Parisien, dont il devint un des principaux rédacteurs. Le journaliste du Figaro Chincholle, dans Les Survivants de la Commune en 1885, en fait un portrait extrêmement sympathique : « il est surtout père de famille. Il travaille, ayant sur l'épaule mademoiselle Lucile, âgée de cinq ans ».

Selon un autre témoin, le journaliste Ginesty, Humbert profitait de la vie car il avait 10 ans à rattraper (sa détention en Nouvelle-Calédonie). Conseiller municipal de Paris radical-socialiste, puis président du conseil municipal en 1893, il est élu député la même année.

À la Chambre, il s'inscrit au groupe radical-socialiste ; il est membre de plusieurs commissions, dont celle des colonies et celle de la marine.

En 1897, pour l’enquête sur la Commune de la Revue blanche, Humbert avait déclaré : « Je considère la Commune comme un acte héroïque, — cela et pas autre chose, car je ne crois pas qu’elle soit vraiment une date dans l’histoire du socialisme ».

Lors de l’affaire Dreyfus, il suit l’évolution de son beau-frère Edmond Lepelletier et devient un antidreyfusard virulent.

Les deux beaux-frères sont exclus de la franc-maçonnerie ou choisissent de démissionner, au moment où l'institution maçonnique décide que l'appartenance à la franc-maçonnerie n'est pas compatible avec des opinions droitières ou antisémites : (André Combes, Les loges de France et d’Algérie, l’antisémitisme et l’affaire DreyfusRevue archives juives, 2010, https://www.cairn.info/revue-archives-juives-2010-2-page-70.htm

Les polémiques de l’époque renversent étrangement les fronts : le dreyfusard Francis de Pressensé accuse Humbert de vouloir « organiser le massacre patriotique des intellectuels après avoir préparé sous la Commune le massacre démagogique des prêtres, des gendarmes et des magistrats » (Rémi Fabre, Francis de Pressensé et la défense des Droits de l'homme, Presses universitaires de Rennes, http://books.openedition.org/pur/17553).

Plus aimablement, on s’étonne qu’un ancien condamné par le conseil de guerre soit devenu un défenseur acharné de l’armée et de la justice militaire. Finalement Humbert est battu aux élections de 1902 et s’éloigne de la vie politique.

Sa notice Wikipédia lui attribue la phrase : le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins, qu’on peut juger au choix d’inspiration libérale ou libertaire mais certainement pas blanquiste.

Dans L’Assiette au beurre de 1910, on voit Alphonse Humbert, pas si éloigné que ça de la politique, habillé en bourgeois cossu en pelisse, gants et haut-de-forme, discutant dans la rue avec un ecclésiastique. Ce qui nous manque, dit Humbert [on suppose qu'en disant "nous" il veut parler de la droite conservatrice et nationaliste], c'est un grand journal avec un titre ronflant. L'ecclésiastique souriant suggère : « le Révérend Père Duchesne ? » (reprenant, en lui donnant une teinte cléricale, le  titre  du journal de Humbert pendant la Commune, Le Père Duchesne ou plutôt Duchêne). La caricature résume l'évolution politique de l'ancien Communard, maintenant proche de la droite militariste et cléricale.

 

 

 

L'Assiette_au_beurre 2

Alphonse Humbert discute avec un écclésiastique de la nécessité de créer un grand journal. L'ancien Communard est maintenant classé à droite. Dessin du journal satirique L'Assiette au beurre.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10501568/f16.item

Gallica.

 

 

 

D’autres dessins égratignent le Dr Levraud (voir plus haut) ; le dessinateur Forain, autrefois sympathisant de la Commune, devenu assidu à la messe (et antidreyfusard acharné) ; Allemane, dirigeant socialiste, vêtu chichement et pérorant sur une estrade dans un décor rudimentaire, se vante lui, de ne pas avoir changé depuis la Commune -  un des auditeurs : oui, c’est toujours la même barbe ;  Brousse (qui ne participa pas vraiment à la Commune), désolé de ne pas être réélu député, regrette surtout la perte de son indemnité de 15 000 francs - derrière lui, une photo dédicacée du roi d’Espagne, allusion à la visite de ce dernier à l’Hôtel-de-Ville ; Maxime Vuillaume, journaliste au Radical, se rengorge depuis qu’il a reçu la Légion d’honneur : ses jeunes collègues ironisent : ça lui rappelle la couleur de sa ceinture de fédéré ! etc.

 Et les anonymes ?

Deux scènes de famille montrent des bourgeois qui ont été favorables à la Commune.

Dans un intérieur cossu, un bourgeois soigné, décoré, la tasse de café à la main, évoque des souvenirs de la Commune devant son épouse, sa fille et son gendre amusés : Moi, j’ai cessé d’être pour la Commune quand j’ai entendu tomber les premiers obus versaillais.

Autre intérieur bourgeois – mais l’ambiance est différente : un jeune homme en tenue d’officier fait admirer son uniforme à ses parents. La mère dit à son mari, lui aussi décoré : C’est tout à fait toi quand tu avais ton uniforme de fédéré !

Dans une réunion publique, un orateur, député, ancien Communard et (précise la légende), vénérable de loge maçonnique ; dans le public, un assistant trouve qu’il a changé, qu’il parle maintenant comme les radicaux : il ne voit plus les choses sous le même angle. Un autre assistant : dites plutôt sous le même triangle.

Un député socialiste, probablement ancien Communard, s’effare lorsque des ouvriers rêvent à une nouvelle Commune : jamais de la vie, j’y perdrais 9000 balles (allusion à la mesure de la Commune de plafonner à 6000 francs les traitements des fonctionnaires et assimilés).

Quant aux prolétaires, ils ont droit à moins de dessins que les bourgeois et les politiciens.

Faisant la queue pour toucher les retraites très modestes des vieux travailleurs, des anciens Communards à barbe blanche :  tu vois, on a sauvé la République, elle ne nous a pas oubliés, elle nous donne 6 sous par jour.

On a vu en première partie le dessin montrant des pensionnaires d’un asile de vieux se remémorant sans trop de remords l’exécution des otages de la Commune.

 

L'Assiette_au_beurre__bpt6k10501568 (4)

Dans un appartement bourgeois, le chef de famille évoque le temps très court où il a eu des sympathies pour la Commune. Dessin du journal satirique L'Assiette au beurre.

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k10501568/f16.item

Gallica.

 

 

 

 

ANTICOLONIALISME : LE CAS D’OLIVIER PAIN

 

 

 

Pour notre époque, les Communards étaient forcément anticolonialistes puisqu’ils étaient révolutionnaires et « de gauche ». Faute de trouver beaucoup d’exemples de ce point de vue, on cite le nom de l’ancien Communard Olivier Pain, qui aurait apporté son soutien au soulèvement anticolonialiste du Mahdi au Soudan : « Poussé par ses idéaux révolutionnaires, il rejoint les troupes de Mohamed Ahmed ibn Abd Allah qui vient de se proclamer Mahdi » (Wikipédia)

Or la réalité est assez différente.

L’aventure (tragique finalement) d’Olivier Pain mérite des développements qui justifient qu’on lui consacre ultérieurement un sujet à part.

Olivier Pain (1845-1884), journaliste, fut sous la Commune chef de cabinet de Paschal Grousset, délégué aux relations extérieures. Après avoir combattu durant la Semaine sanglante, il fut arrêté alors qu’il essayait de quitter la France et fut condamné à la déportation en Nouvelle Calédonie. Il fit partie de la seule évasion réussie de Nouvelle-Calédonie en 1874, en compagnie de Rochefort, de Jourde, de Grousset et de deux autres. Redevenu journaliste pour des journaux français (sans avoir droit à résider en France) Olivier Pain est notamment correspondant de guerre pendant le conflit russo-turc en 1877.

De retour en France après l’amnistie, Olivier Pain est engagé par Le Figaro pour couvrir l’insurrection du Mahdi au Soudan qui a éclaté en 1881.

Le Mahdi, Mohamed Ahmed, un paysan soudanais, qui se disait envoyé par Dieu, avait entrepris de chasser du Soudan les mécréants et les mauvais Musulmans, notamment les Egyptiens occidentalisés qui gouvernaient (assez mal) le pays, et d’établir un régime fondamentaliste.

Les Britanniques, « protecteurs » de l'Egypte, ne voulurent pas intervenir directement et envoyèrent le célèbre général Charles Gordon pour évacuer la capitale du Soudan, Khartoum, mais Gordon s’enferma dans Khartoum, peut-être pour forcer son gouvernement à intervenir. Des troupes anglaises se préparaient donc à intervenir depuis l’Egypte.

Olivier Pain, arrivé en Egypte en avril 1884, espérait sans doute réaliser un scoop en rencontrant le Mahdi – mais il se donnait un but plus noble : améliorer le sort des captifs chrétiens du Mahdi.  Après quelques semaines, Pain parvint en zone mahdiste.

Interrogé par les chefs mahdistes Olivier Pain, s’exprimant maladroitement en arabe, déclara qu’il s’était converti et même que tous les Français s’étaient convertis en apprenant le glorieux avènement du Mahdi (selon le témoignage d’un religieux italien, prisonnier des Mahdistes),

Les chefs locaux, méfiants, l’envoient sous bonne garde au camp du Mahdi.

Le témoignage le plus complet est peut-être celui de Rudolf Slatin, un autrichien devenu officier et gouverneur de province au service de l’Egypte, qui avait été fait prisonnier par les Mahdistes et avait fait mine de se convertir à l’Islam, ce qui lui assurait un meilleur traitement.

Selon le récit de Slatin, Olivier Pain déclare au Calife (le principal lieutenant du Mahdi) qu’il est Français, qu’il admire les Soudanais, que la France et l’Angleterre sont des nations adversaires, et qu’il vient proposer une alliance au Mahdi de la part de la France. « ma nation serait prête à gagner votre amitié, à vous soutenir aussi par des actes et à vous livrer de l’argent et des armes ».

Slatin, qui évidemment ne partage pas du tout les buts d’Olivier Pain, se déclare prêt à lui venir en aide pour tout ce qui concerne les périls auxquels ils sont exposés en tant qu’Européens. 

Mis en présence du Mahdi lui-même, Pain renouvelle son offre. La réponse du Mahdi est cinglante :

«  .. ton peuple est un peuple d’infidèles et jamais je ne m’allierai avec lui; mais je punirai et j’anéantirai mes ennemis avec l’aide de Dieu, de mes Ansar [soldats] et des troupes d’anges que m’enverra le Prophète.»

« Les cris poussées par des milliers de poitrines annoncèrent la satisfaction générale causée par les paroles du maître. Lorsque le calme se fut rétabli, le Mahdi se tourna vers Olivier Pain :

«Tu affirmes aimer notre religion, la seule et la vraie; es-tu mahométan?»

« Certainement, répondit Olivier, et il prononça à haute voix la profession de foi musulmane: (…) Alors le Mahdi lui tendit sa main à baiser sans toutefois exiger de lui le serment de fidélité. » (récit de Slatin dans son livre Fer et Feu au Soudan).

Olivier Pain reste parmi les Mahdistes sans être exactement prisonnier, mais sans être libre de ses mouvements. Il doit suivre le camp volant du Mahdi qui se rapproche de Khartoum pour l’assaut final. La santé d’Olivier Pain se dégrade. Il dit à Slatin : « J’ai commis bien des sottises dans ma vie (…) mais mon voyage en ce pays est la plus grosse de toutes ».

Quelques jours après, de plus en plus mal, Olivier Pain dit à Slatin qu’il est proche de la fin et pleure en pensant à ses enfants.

Slatin essaie de convaincre le Calife que la santé de Pain ne lui permet plus de voyager. Mais le soir même un de ses domestiques à qui il avait demandé de veiller sur Pain, lui apprend qu’il est mort : ne pouvant plus marcher à cheval, on l’a mis sur un chameau et il est tombé du chameau. On l’a enterré immédiatement, on dira plus tard qu’il était peut-être encore en vie à ce moment.

Les circonstances du décès d’Olivier Pain n’ont été vraiment connues que lorsque les témoins occidentaux, captifs des Mahdistes, ayant réussi à s'échapper, purent s’exprimer. Slatin semble être le plus proche témoin, pusqu’il recueille le récit de son propre domestique, témoin visuel, le soir même de la mort de Pain*.

                                                                                       * Slatin ne pourra raconter sa captivité qu’après son évasion en 1895 seulement, mais dès 1885 un religieux italien évadé, le père Bonomi, donnait des indications similaires.

 

Dans les premiers temps, sans nouvelles de Pain,  on raconte qu'il est devenu ministre du Mahdi. Ou encore qu'il a été fusillé sur ordre des Anglais. Rochefort, de façon véhémente, se fit le propagateur de cette version dans son journal l'Intransigeant, organisant des meetings de protestation. Toutefois la prudence du gouvernement français évita l’incident diplomatique que Rochefort cherchait probablement à provoquer, par antibritannisme chauvin.

On voit à quel point on est loin du récit d’Olivier Pain, le révolutionnaire volant au secours des insurgés anticolonialistes. Si Olivier Pain leur proposait une aide (plus ou moins illusoire), c’était celle du gouvernement français de son époque (celui de Ferry ou Freycinet, eux-mêmes colonialistes). Et sa démarche était inspirée par un sentiment anti-anglais, résultat du patriotisme chauvin tellement répandu à la fin du 19ème siècle, qui fut aussi le moteur de la campagne anti-anglaise de Rochefort.

 

Quant à la sympathie affichée pour les mahdistes par Olivier Pain, sincère ou pas, était-elle bien placée, quand on sait que la prise de Khartoum en janvier 1885 se solda par un massacre, non seulement dans ce qui restait de la garnison, mais aussi dans la population civile, « maris égorgés sous les yeux de leurs femmes, enfants écrasés dans les bras de leurs mères », selon le témoignage d’un missionnaire prisonnier des mahdistes.

 

 

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Une rareté : un numéro de L'Ami du Peuple, journal "révolutionnaire-maratiste" de Maxime Lisbonne, ancien Communard. Le journal avait repris le titre du journal de Marat pendant la Révolution française.

Le numéro daté du 8 février 1885 évoque la prise de Khartoum par le Mahdi. Selon le récit du journal, Gordon, alors qu'il s'enfuyait de Khartoum, abandonnant lâchement ce qui restait de son armée, aurait été fait prisonnier par Olivier Pain, devenu un proche conseiller du Mahdi. Rien n'est vrai dans ce récit (assaisonné de remarques militantes plus ou moins saugrenues) qui résulte seulement de l'imagination des rédacteurs du journal, il est vrai très confidentiel. 

La presse internationale avait annoncé dès le 6-7 février la prise de Khartoum par les forces du Mahdi.  Le sort de Gordon (et de façon bien plus marginale, celui d'Olivier Pain) était encore inconnu, mais aucune dépêche de correspondant ne pouvait accréditer le récit fantaisiste du journal de Maxime Lisbonne. On peut conclure qu'il existait  chez quelques anciens Communards une attitude se rapprochant des phénomènes mentaux qu'on classe actuellement sous le nom de complotisme, accompagnée de la mise en circulation de fake news. Un des articles du même numéro s'intitule "Vive le Mahdi" : l'anticolonialisme existait donc bien, chez certains anciens Communards, mêlé à l'antibritannisme. 

Vente e-Bay.

 

 

 

 

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Le comte Lanza vous salue bien
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