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Le comte Lanza vous salue bien
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26 mars 2019

DES BLANCS AU KENYA, AUJOURD'HUI, CINQUIEME PARTIE

 

 

 

 

DES BLANCS AU KENYA, AUJOURD'HUI

CINQUIÈME PARTIE

 

 

 

 

 [ Nous utilisons dans ce message des photos trouvées sur internet, que nous créditons. En cas de contestation, nous les supprimerons à la première demande des ayant-droit ]

 

 

 

 Nous reprenons ici le survol de l'histoire récente du Kenya où nous l'avions interrompu (cf. première partie).

 

 

 

 

LES ÉLECTIONS DE 2007

 

 

Elu en 2002 sur un programme de réforme, Kibaki était perçu à la fin de sa présidence comme le continuateur du système de domination et d'enrichissement personnel  mis en place sous Kenyatta et Moi, auquel il avait participé depuis le début. Ses opposants lui reprochaient de continuer la domination des Kikuyus et d’être entouré par une coterie, “la mafia du Mont Kenya”.

Le rôle de champion du changement était maintenant tenu par Raila Odinga.

Lors de l'élection présidentielle du 27 décembre 2007, Raila Odinga obtient ses meilleurs résultats dans les provinces de Nyanza, occidentale, de la vallée du Rift et de la côte. Mais la commission électorale déclare Mwai Kibaki vainqueur avec 232 000 voix d’avance.

L’annonce surprend car elle est en désaccord avec les derniers sondages. Les observateurs de l'Union européenne recommandent un recomptage des bulletins tandis que Raila Odinga conteste le résultat.

La contestation des résultats débouche sur des violences de grande ampleur, qui commencent par le meurtre de 50 Kikuyus, principalement des femmes et des enfants, brûlés vifs dans une église à Kiambaa le 1er janvier 2008.

Le porte-parole du gouvernement accuse les partisans de Raila Odinga d'être impliqués dans un nettoyage ethnique contre les Kikuyus.

La violence se poursuit durant les deux premiers mois de 2008, causant la mort de 1300 à 1500  personnes et le déplacement d’environ 600 000 personnes, selon certaines sources. Les Kikuyus (considérés comme l’ethnie la plus favorisée, à laquelle appartient le président sortant proclamé réélu Kibaki) sont pris pour cible lorsqu’ils habitent en-dehors de leurs zones de peuplement habituelles, (c’est le cas notamment dans la province de la Rift Valley). On considère qu’une grande partie de la violence est liée à des conflits fonciers de longue date.

 Le rôle de la "secte"  Mungiki (association criminelle fondée sur des rites ethniques kikuyus) dans les violences contre les ethnies Luo et Kalenjin a été mis en avant.

Les troubles post-électoraux débouchent aussi sur une situation de disette en 2008-2009

Le 28 février 2008, grâce à la médiation de Kofi Annan, ancien secrétaire général de l’ONU, les deux camps signent un accord de partage du pouvoir, confirmé par le parlement à l'unanimité.

 

 

 

 

LE DEUXIÈME MANDAT DE MWAI KIBAKI

 

 

 

Selon cet accord, l’élection à la présidence de Kibaki est confirmée et Raila Odinga est nommé Premier ministre. Un gouvernement de coalition de 42 ministres et 50 secrétaires d’Etat (assistant ministers), est nommé, chacun des deux leaders désignant une moitié des membres; c’est le gouvernement le plus nombreux de l’histoire du Kenya (“a carefully balanced ethnic coalition” selon la notice Wikipedia, une coalition soigneusement équilibrée sur le plan ethnique). Uhuru Kenyatta est vice-premier ministre, fonction qu’il cumule avec celle de ministre, notamment des finances en 2009.  

Le principal objectif du gouvernement est alors l’élaboration  d’une nouvelle constitution

La constitution comporte une Charte des droits et libertés, une forte exigence de Raila Odinga, maintenant partagée par Kibaki.

La constitution prévoit un système de checks and balance (contre-pouvoirs) afin de prévenir l'usage autoritaire du pouvoir. Mais elle ne maintient pas le poste de Premier ministre, qui doit disparaître après les élections de 2013. Le président est donc toujours chef de l’Etat et chef du gouvernement. Elle rétablit une deuxième chambre, le Sénat (qui avait été supprimée en 1966 par Jomo Kenyatta).

Elle réorganise le territoire en 47 comtés qui sont pourvus d’un gouvernement doté de compétences dévolues (devolded government), sans mettre en place un régime fédéral. Les comtés sont administrés par un gouverneur élu et un vice-gouverneur (deputy governor) assistés d’un comité exécutif composé de membres de l’assemblée du comté.

La Constitution prévoit, sur certaines matières, des dispositions dérogatoires  en faveur de la minorité musulmane.

Le ministre William Ruto, bien que membre de l’Orange democratic movement, s’est opposé à la nouvelle constitution avec le soutien de l’ancien président Moi.

  • William Kipchirchir Samoei arap Ruto, docteur en sciences, a fait ses débuts au parti Kanu, puis a rejoint l’Orange democratic movement, avant de se rallier au parti dominantd’Uhuru Kenyatta à partir de 2013.

Le 4 août 2010, un référendum approuve par 70 % de votes favorables la nouvelle Constitution

La nouvelle constitution est promulguée par Kibaki lors d’une cérémonie publique.  

Changement symbolique, le Kenyatta Day qui était fêté depuis 1964 à la date anniversaire de l'arrestation de Kenyatta en 1952, fut renommé en 2010 Mashujaa Day (jour des héros) pour célébrer tous ceux qui aaient lutté pour l'indépendance.

 Avec le chaos qu a suivi les élections, la croissance économique chute mais se rétablit à 5% en 2010 et 2011. Les relations économiques avec le Japon, la Chine et les puissances émergentes (Brics) ount augmeté, diminuant la dépendance avec les économies occidentales.

 

 

 

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Le 27 août 2010, le président Mwai Kibaki promulgue la nouvelle constitution lors d'une cérémonie à Uhuru Park, Nairobi, en présence de dizaines de milliers de Kenyans et de nombreux chefs d'état africains. La nouvelle constitution marque le début de la "seconde république" du Kenya.

The Guardian.

https://www.theguardian.com/world/gallery/2010/aug/27/kenyan-president-signs-new-constitution

 

 

 

 

En 2012, la Cour pénale internationale met en examen Uhuru Kenyatta, vice premier ministre de Kibaki, William Ruto pour le camp opposé, et quatre autres personnalités pour crimes contre l'humanité commis lors des violences ayant suivi la présidentielle de 2007. Uhuru Kenyatta démissionne alors de ses fonctions ministérielles tout en demeurant vice-Premier ministre.

Ces six personnalités sont désormais connues au Kenya comme les « Ocampo six” ( du nom du procureur général de la cour pénale internationale, rappel ironique des “Kapenguria six” du procès contre les chefs supposés des Mau Mau en 1953).

 Les préoccupations extérieures  deviennent plus importantes dans la vie du pays. Les chebabs, miliciens islamiques de Somalie, multiplient les attaques depuis les années 2010 et  L'organisation État islamique menace le Kenya qui se situe clairement dans le camp occidental.

Aux élections générales de 2013 (qui procédent en même temps à l’élection présidentielle et aux élections des représentants à l’Assemblée nationale et au Sénat et aux assemblées des gouvernements locaux), Uhuru Kenyatta, chef du parti The National Alliance (TNA), est candidat avec son colistier William Ruto, (maintenant brouillé avec Odinga) pour la coalition Jubilé (Jubilee Alliance) :  ils sont respectivement Kikuyu et Kalenjin (premier et quatrième groupe tribal du pays). En face, on retrouve  Raila Odinga et son colistier, qui sont Luo et Kamba (troisième et cinquième groupe).

Uhuru Kenyatta est vainqueur avec 50,07 % des suffrages devant Raila Odinga avec 43,31 % dès le premier tour. Odinga conteste les élections devant la Cour suprême

La Cour confirme que les élections ont bien été régulières.

 

 

 

UHURU KENYATTA PRESIDENT

 

 

 

 

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Le 9 avril 2013, Uhuru Kenyatta prête serment comme président de la république et reçoit le sabre de cérémonie, insigne de ses fonctions de commandant en chef des forces armées. A gauche, le président sortant Mwai Kibaki.

http://www.coastweek.com/3614-news-uhuru-priority-national-unity-big.htm

 

 

 

 

Investi dans ses fonctions en avril 2013, Uhuru Kenyatta diminue le nombre de ministres et refuse d’augmenter l’indemnité des députés. Il nomme 5 femmes ministres dont la ministre des affaires étrangères et celle de la défense.

En octobre 2014, Uhuru Kenyatta se rend à la convocation de la Cour pénale internationale (CPI) pour une audience préliminaire. Il est le premier chef d'État en exercice à comparaître devant la CPI. Il est défendu par l’avocat londonien Steven Kay, QC*.

                                       * Queen’s counsel. Titre honorifique de certains avocats britanniques ou du Commonwealth.

La CPI annoncera ensuite (2015) l’abandon des charges, tant contre lui que contre Ruto (2016) notamment du fait que les témoins se sont désistés.

En 2016, The National Alliance de Kenyatta fusionne avec 10 autres partis pour créer le part le plus puissant du Kenya The Jubilee party.

Les élections générales d’août 2017 sont marquées par l’agitation dans les mois précédents.

Raila Odinga, candidat de l'opposition,  affirme notamment dans son programme vouloir exproprier les propriétaires terriens blancs, à un moment où des occupations violentes de domaines possédés par les Blancs ont lieu en particulier dans le comté de Laikipia, au centre-ouest du pays

Uhuru Kenyatta est réélu avec 54,28 % des suffrages exprimés contre  Raila Odinga. Ce dernier parle de fraude et quelques émeutes éclatent, mais Odinga appelle au calme et saisit la Cour suprême

Celle-ci, à la surprise générale, invalide les élections qui doivent être réorganisées.

Les contre-pouvoirs mis en place par la Constitution de2010 fonctionnent donc efficacement.

Mais Uhuru Kenyatta projette de procéder à des modifications de la loi électorale avant le nouveau scrutin, ce qui provoque l‘appel au boycott de Odinga. Néanmoins ce dernier ne se retire pas officiellement du scrutin comme il l’avait annoncé ; mais conformément à son appel, ses électeurs ne se déplacent pas. Kenyatta est élu le 26 octobre 2017 avec 98,26 % des voix, mais avec une participation de 38,8 % des électeurs inscrits,

 La Cour suprême valide l’élection et Uhuru Kenyatta prête serment en novembre 2017.

Le 10 mars 2018, Kenyatta et Odinga signent un accord de réconciliation.

Pendant ces dernières années, le Kenya a connu une forte croissance économique (4, 9 % en 2017, 5, 9 % en 2018), favorisant l'émergence d'une classe prospère d'hommes d'affaires africains et indiens,  dont le mode de vie contraste avec la pauvreté - ou la misère - de larges secteurs de la population (36% de la population est considérée comme en extrême-puvreté - voir  Perspectives économiques au Kenya , Groupe de la Banque africaine de développement, https://www.afdb.org/fr/countries/east-africa/kenya/kenya-economic-outlook/ 

Malgré cela, le niveau de vie de l'ensemble de la population s'accroit et depuis 2016, le Kenya est classé comme pays à revenu intermédiaire (Le contexte économique du Kenya, Expert-comptable international-info   http://www.expert-comptable-international.info/fr/pays/kenya/economie-3 ).

Le développement de Nairobi, qui abrite de nombeux organismes internationaux, illustre la croissance économique du Kenya : la société Uber a créé récemment à Nairobi un service de transport par hélicoptère.

La construction de la tour Pinnacle à Nairobi (achèvement prévu en 2020) qui doit être la plus haute tour en Afrique (314 ou 320 m ?), avec une tour accolée moins élevée, est un symbole de l'affirmation du Kenya comme puissance économique et leader régional.

Enfin, depuis ces dernières années, le Kenya, comme d'autres pays africains, accroit ses liens économiques et sa coopération avec la Chine qui, entre autres investissements, a construit et  exploite une ligne de chemins de fer.

 

 

kenya-corruption

Le président Uhuru Kenyatta accueilli par le Speaker (président) de l'Assemblée nationale Justin Muturi  et le Speaker du Sénat Ekwe Ethuro, avant de prononcer devant le Parlement le traditionnel discours sur l'état de la Nation (State of Nation address), le 31 mars 2016.

The Star

https://www.the-star.co.ke/news/2016-03-31-uhurus-speech-during-the-state-of-the-nation-address/

 

 

 

 

 

LA MENACE TERRORISTE

 

 

A partir de 2010, le Kenya doit affronter le mouvement Harakat al-Chabab al-Moudjahidin (mouvement des jeunes combattants, en anglais Harakat al-Shabaab) dont les membres sont appelés chebabs ou shebabs. Ce groupe terroriste islamiste somalien a fait allégeance à Al Quaida. Il participe à la guerre civile en Somalie et étend son champ d’action au Kenya voisin.

En octobre 2011, à la suite d’assassinats et d’enlèvements commis par les miliciens du groupe Al Chabab,  une opération coordonnée des armées somalienne et kenyane a lieu.

En représailles, le groupe Al Chabab frappe divers lieux au Kenya, dans la province du Nord-Est, mais également à Nairobi et Monbassa (40 morts, 200 blessés).

Le 21 septembre 2013, les miliciens d'Al Chabab attaquent le centre commercial Westgate  de Nairobi (67 morts).

En juin 2014, une cinquantaine de personnes masquées attaquent un poste de police à Mpektoni, ville en majorité chrétienne et brûlent des hôtels et restaurants, 53 morts, puis une autre attaque a lieu 3 jours après.

Presqu’en même temps, une attaque fait 15 morts au moins dans des villages proches, les assaillants allant de maison en maison à la recherche de non-musulmans.

 En avril 2015 des terroristes attaquent l’université de Garissa, tuant au moins 150 personnes et en blessant environ 80, en ciblant les non-musulmans.

En Somalie même, l’armée kenyane, présente sur le territoire dans le cadre d’une force africaine, est attaquée dans sa base de El-Adde, dans le Sud, le 15 janvier 2016 : 180 soldats kenyans auraient été  tués.

De nombreux attentats de moindre importance et attaques de villages kenyans dans la province frontière et sur la côte (à proximité de l’île touristique de Lamu notamment) ont eu lieu ces dernières années. Ces attentats mettent en cause la capacité du gouvernement à faire régner la sécurité dans le pays.

Néanmoins il y a eu une pause due à de meilleurs résultats dans la lutte contre le terrorisme. Mais en janvier 2019, quatre personnes attaquent un complexe hôtelier à Nairobi, tuant 21 personnes et faisant 28 blessés.

Le gouvernement Kenyan reçoit l'aide des pays occidentaux dans sa lutte contre le terrorisme, notamment de la Grande-Bretagne qui  dispose de bases locales et entraîne l’armée kenyane.

 

 

 

 

LES BLANCS DU KENYA AUJOURD'HUI

 

 

 

Ces Blancs sont essentiellement des Kenyans d’origine britannique ou bien des expatriés britanniques récents.

A l’indépendance du Kenya, la loi ne permettait pas d’avoir la double nationalité kenyane et britannique. Or, pour pouvoir prétendre à des droits égaux avec les citoyens Kenyans notamment en matière économique, les Britanniques qui souhaitaient rester durent prendre la nationalité kenyane et de fait, perdre la nationalité britannique (du moins, en théorie). Depuis 2010 ce cumul est permis.

On considère qu’il y avait environ 60 000 colons blancs au Kenya vers1965, et aujourd’hui, il y a 67 000 Blancs, dont 35 000 de nationalité kenyane (ou britannique et kenyane) et 32 000 résidents britanniques (pas forcément Blancs), sur 46 millions d’habitants. (wikipedia en anglais, article White_Africans_of_European_ancestry*)

                                                                                                               * Wikipedia donne des chiffres sensiblement différents dans l’article White people in Kenya : There were an estimated 41,500 white people in Kenya as of 2009, of which 7,600 were Kenya citizens. The proportion that are Kenya citizens has likely increased due to the implementation of dual nationality in 2010. There are also British citizens residing in Kenya who may be of any race; according to the BBC, they numbered at about 32,000 in 2006 [41500 Blancs dont 7500 citoyens kenyans et 32 000 britanniques “de toutes races”– la difficulté est probablement de distinguer les Britanniques expatriés récents des autres].

 

Aujourd’hui, la majorité des Blancs (ou des Européens) travaillent dans le secteur tertiaire (finance, importation, transports aériens, hôtellerie) ; une minorité travaille toujours dans le secteur agricole (ferme, élevage de bétail, horticulture) ainsi que dans la conservation des ressources naturelles (administration de grandes réserves ouvertes au tourisme).

Les Européens du Kenya appartiennent à la classe moyenne et à la classe supérieure du pays.

Toutefois aucun Blanc ne figure dans les listes des 10 ou 20 hommes (ou femmes) les plus riches du pays.

Parmi les Blancs ou Européens du Kenya figurent toujours un certain nombre d‘aristocrates, d’origine britannique, soit anciennement fixés au Kenya, soit expatriés de date plus récente.

Pour leur malheur certains sont apparus récemment dans la rubrique des faits divers et les journaux kenyans et britanniques ont reporté les développements de leurs histoires.

 

 

 

 

DES ARISTOCRATES EN DANGER

LES DELAMERE

 

 

Une douzaine de grandes familles blanches possèdent toujours de très grandes propriétés agricoles, dont les Delamere, qui possèdent notamment le domaine de Soysambu (100,000 acres, soit 400 km²) dans la Rift Valley près du lac Elementaita.

Les propriétés des Delamere sont gérées depuis peu par deux entités, Ng’ombe Limited et Land Limited.

On se souvient que le 3ème baron Delamere, considéré comme le fondateur de la colonie, était mort très endetté en 1931. Son fils Thomas (Tom) avait fondé une agence de publicité en Angleterre qui devint florissante. Il réalisa ses avoirs*, revint au Kenya et put rétablir les affaires du domaine,

                                                                              * La société de publicité fondée par Thomas Delamere, de rachat en rachat, est devenue la célèbre firme Saatchi and Saatchi.

 

Lord Hughes George Cholmondeley, 5ème baron Delamere, âgé de plus de 80 ans, est l’actuel chef de la famille, qui a été très éprouvée par les déboires puis la mort de son fils unique et héritier du titre, l’Honorable * Thomas Patrick Gilbert Cholmondeley, plus connu comme Tom Cholmondeley.

                                                                                  * L'Honorable (The Hon. en abréviation anglaise), appellation donnée aux enfants des Lords lorsqu'ils ne détiennent pas eux-mêmes un titre.

 

Après une scolarité à Pembroke (école privée du Kenya fréquentée majoritairement par les Blancs) puis à Eton en Angleterre (d’où il fut renvoyé pour mauvaise conduite), puis des études d’agriculture, Tom Cholmondeley, revint au Kenya et devint progressivement le principal manager des domaines familiaux : il y gagna la réputation d’un fermier consciencieux et innovateur, créa des stations d’irrigation, des résidences de tourisme dans les réserves naturelles, encouragea les entreprises locales par la mise en place de micro-crédits ; il présida la réserve naturelle de Nakuru.

Sur le pan privé, c’était un amateur de sports dangereux et d’aventures amoureuses, avant de se marier. Sa silhouette  d'homme mince et très grand, vêtu souvent avec élégance, était reconnaissable entre toutes.

 

En 2005, Tom Cholmondeley tua un prétendu braconnier, Samson ole Sisina, qui le menaçait : mais ce braconnier était en fait un agent du service de protection de la nature. Cholmondeley invoqua la légitime défense et l’Attorney général classa l’affaire avec un verdict de nolle prosequi (il n’y a pas lieu de poursuivre).

Ce verdict suscita la colère de la population noire, scandalisée par ce qu’elle voyait comme une décision de faveur.

Un an après, en mai 2006, Tom Cholmondeley tua de nouveau un braconnier, Robert Njoya Mbugua, dans des conditions controversées. Cholmondeley invoqua avoir été attaqué par les chiens du braconnier et avoir mortellement blessé ce dernier en tirant sur les chiens. Au Kenya, chez les Blancs, on murmura : "Once is forgivable, twice is inexcusable." (une fois est pardonnable, deux fois est inexcusable).

Après avoir passé trois ans en détention préventive dans une prison où il était le seul Blanc, dans des conditions extrêmement pénibles, mais où il s’ingénia à venir en aide à ses co-détenus, Tom Cholmondeley fut reconnu coupable d’homicide et non d’assassinat et condamné à 8 mois de prison (compte-tenu des trois années d’emprisonnement préventif) puis libéré après 5 mois, en octobre 2009.

Pendant le procès, et même dans la salle d'audience revêtue de panneaux de bois  (probablement la même où avait eu lieu, entre autres, le procès de Sir Jock Delves Broughton en 1941, cf notre troisième partie), des manifestants africains réclamaient une punition exemplaire pour Tom Cholmondeley et brandissaient des pancartes.

 

 

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Tom Cholmondeley en mai 2009, lors du jugement dans l'affaire du meurtre de Robert Njoya Mbugua.

Daily Mail on line. La photo illustre un article de 2017 consacré à un autre procès au Kenya mettant en cause un Blanc, un homme d'affaires anglais était accusé d'avoir tué sa maîtresse kenyane.

https://www.dailymail.co.uk/news/article-5141349/British-man-accused-murdering-Kenyan-mistress-freed.html

 

 

 

 

 

tom cholmondeley trial

 La salle d'audience de la Haute Cour de Nairobi pendant les auditions du procès de Tom Cholmondeley, 2008.

Au 2ème rang, la mère et le père de Tom Cholmondeley, Lady et Lord Delamere (première et troisième à partir de la gauche) et probablement  sa compagne (dernière à droite).

Site du jornal The Daily Nation, Kenya.

https://www.nation.co.ke/news/1056-676028-jknoi1z/index.html

 

 

 

Pendant sa détention, il eut toutes les semaines la visite de sa fiancée (il était divorcé depuis quelques années). A sa sortie de prison il déclara à la presse qu’il était une cible idéale, un homme blanc, riche et titré, dans un pays noir, présenté comme un homme qui "tuait des Noirs pour le sport" ("shooting black men for sport").

Cholmondeley mourut en août 2016 d’un arrêt cardiaque dans un hôpital de Nairobi où il avait été admis pour chirurgie de la hanche. Toute la communauté blanche fut touchée par sa disparition, mais il y eut aussi des messages de sympathie venant d'Africains ou d'Indiens.

Lors de ses obsèques, un ancien co-détenu vint dire que Tom Cholmondeley l’avait aidé à avoir son diplôme de droit.

 

Dans le journal kenyan The Star, un journaliste écrivit que pour beaucoup, Cholmondeley était le prototype du grand propriétaire blanc hautain, « But those who interacted with him closely say Tom Cholmondeley was a gentleman with a very kind heart and always wore a broad smile on his face » (mais pour ceux qui l'avaient fréquenté de près, Tom Cholmondeley était un gentleman au grand cœur avec toujours un large sourire).

 

Tom Cholmondeley laisse deux enfants, dont l‘aîné, Hugh, né en 1998, devrait hériter du titre de baron Delamere à la mort de son grand-père.

A l’occasion des malheurs de la famille Delamere, la presse, tant kenyane que britannique (au moins les journaux populaires) ne manqua pas de parler de la « White Mischief malediction », ou de la « Happy Valley malediction », sans se soucier que les Delamere n’avaient jamais fait partie de la coterie de la Happy Valley, même en tenant compte du mariage du 4ème baron Delamere avec Diana Caldwell, veuve de Sir Jock Delves Broughton (voir quatrième partie) : les actuels représentants de la famille descendent du premier mariage du 4ème baron et non de son troisième mariage en 1955 avec Diana Caldwell, qui n’eut pas de postérité.

 

 

 

L'AFFAIRE ALEXANDER  MONSON

 

 

 

En mai 2012, Alexander Monson, âgé de 28 ans, fils du 12ème baron Monson of Burton, fut arrêté avec un ami à la sortie d’une boîte de nuit sur la plage de Diani, près de Monbasa. Son ami fut relâché mais la police prétendit avoir trouvé du cannabis dans les poches d’Alexander Monson.

Celui-ci fut mis en cellule. Lorsqu’un ami de la famille vint le voir quelques heures après, il le trouva sur le sol de la cellule presqu’inconscient. Alexander  fut transporté à l’hôpital et mourut le jour même, toujours inconscient et menotté au lit, avec sa mère à ses côtés.

La police prétendit qu’il avait fait une overdose et s’était blessé en tombant.

La famille pensait qu’Alexander avait été battu par les policiers et que la cause de la mort était une blessure reçue lors du passage à tabac.

Alexander Monson vivait au Kenya depuis 2008 avec sa mère, divorcée ; celle-ci a été élevée au Kenya.

Le père, Lord Monson, qui vit en Angleterre, commença une campagne d’opinion pour mettre en cause la police kenyane, dont la corruption est connue. Il écrivit notamment à Boris Johnson, à ce moment ministre des affaires étrangères.

L’enquête établit que la cause du décès avait été un coup porté par un objet contondant, tandis qu’aucune trace de prise de stupéfiants ne pouvait être établie.

Il s'avéra que la police avait essayé de dissimuler les faits et avait voulu faire pression sur les témoins.

Après des délais assez longs, quatre policiers kenyans furent accusés de meurtre et leur procès s‘est ouvert en janvier 2019.

Les défenseurs des droits de l’homme au Kenya se sont réjouis de ce procès et de la médiatisation de l'affaire, malgré les délais pour arriver au procès. C'est la preuve que la police a cessé, au moins dans ce cas, d'être intouchable.

Un organisme indépendant de surveillance des activités de la police a enegistré depuis sa création en 2011, des milliers de plaintes pour brutalités et exactions de la police, qui n’aboutissent encore que rarement à la mise en cause de policiers devant la justice.

 

 Tristement, en 2017, Lord Monson a perdu son autre fils, qui se suicida probablement en raison d'une psychose liée à sa dépendance  à une forme dangereuse de cannabis.

 

 

 

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 Alexander Monson et son père, Lord Monson of Burton, en route pour les courses d'Ascot en 2011, photo illustrant un article du Telegraph, juin 2012.

https://www.telegraph.co.uk/news/uknews/crime/9316192/Lord-Monson-my-son-considered-politics-before-he-died.html

 

 

 

 

L'AFFAIRE JACK MARRIAN

 

 

 

 

Agé de 33 ans aujourd'hui, Jack Alexander Wolf Marrian est venu à l'âge de 5 ans au Kenya avec sa famille. Sa mère est la  fille de Hugh John Vaughan Campbell, 6ème comte de Cawdor en Ecosse, décédé en 1993 (le titre de comte ou thane, selon l'ancien mot écossais, de Cawdor est évoqué dans le Macbeth de Shakespeare) et Jack est donc le neveu de l'actuel comte de Cawdor, son père est un artiste peintre,  David  Marrian.

Jack Marrian a fait une partie de sa scolarité au Kenya, où l'un de ses camarades de classe a été le futur champion cycliste Chris Froome. Il parle swahili. Il a poursuivi ses études en Angleterre, au Marlborough College, où l'une de ses camarades était Kate Middleton, avant de revenir travailler au Kenya comme directeur de l'entreprise d'importation sucrière Mshale Commodities, filiale du groupe commercial ED & F MAN.

Pour Jack Marrian, le cauchemar a commencé en juillet  2016, quand il fut arrêté de nuit par la police après la découverte  sur le port de Mombasa de 100 kgs de cocaïne dans des sachets, pour une valeur de 5,2 millions d'euros, dissimulés dans une cargaison de sucre brésilien destinée à l'entreprise de M. Marrian.

La police et le directeur des narcotiques du Kenya refusèrent de croire qu'il était de bonne foi. Quelques heures après son arrestation, Jack Marrian fut jeté en cellule et fit connaissance avec les conditions de détention catastrophiques du Kenya : entassé avec 60 personnes, pour la plupart assassins ou violeurs, dans une cellule sans fenêtre, sans espace pour s'allonger, avec une nourriture infecte, l'odeur des corps et les mouches.

 

L'accusation voulait que Jack Marrian reste en prison pendant l'instruction de son procès - autant dire subir des conditions d'existence éprouvantes sans limitation  de durée -   mais il obtint après deux semaines  d'être mis en liberté sous une caution record de 536 000 livres (réunie grâce à ses employeurs et à sa famille)  et l'obligation de rester au Kenya à la disposition de la justice, avec contrôle hebdomadaire du bureau des narcotiques.

L'instruction de son procès s'est poursuivie pendant plus de deux ans, les procureurs maintenant leur accusation malgré l'absence de preuves et l'avis contraire du directeur des poursuites.

Avec Jack Marrian, était poursuivi Roy Mwanthi, un agent de dédouanement kenyan du port de Mombasa. 

La Drug Enforcement Administration (DEA) des États-Unis avait informé les autorités kenyanes qu’aucun des deux hommes ne pouvait être impliqué dans le trafic, qui faisait l'objet d'une surveillance des autorités américaines : celles-ci avaient appris que la cargaison de drogue aurait dû être récupérée par les trafiquants dans le port de Valence en Espagne, mais les trafiquants, se sachant surveillés, la laissèrent aller jusqu'à Mombasa où ils comptaient la récupérer. L'existence de la note de la DEA fut d'abord niée par les enquêteurs kenyans. Des campagnes de presse et les interventions des services américain et anglais de lutte contre le narco-trafic finirent par faire céder l'accusation, qui ne voulait pas admettre qu'elle s'était trompée.

Le 14 mars 2019,  la Haute cour de Nairobi, suivant les conclusions du directeur des poursuites, acquittait Jack Marrian et son co-accusé. Pour la circonstance, le juge avait déjà autorisé Jack Marrian à s'absenter du Kenya pour des vacances à Morzine.

Jack Marrian a déclaré que le Kenya continuait à être son pays, même si son expérience de la justice kenyane a été douloureuse.

Son cas  illustrait lui aussi la difficulté d'être un Blanc, issu d'un milieu favorisé, au Kenya, dès que les circonstances mettent sa position en danger. Mais on peut se demander si l'issue n'aurait pas été pire pour un citoyen kenyan ordinaire, sans appui et sans famille capable de lui venir en aide.

La mère de Jack Marrian,  Lady Emma Clare Campbell Marrian, avait déjà été éprouvée lorsqu'en 1998, son compagnon du moment, Giles Thornton,  un conservateur de réserve, avait été tué en sa présence par des voleurs à Mombasa.

 

 

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Jack Marrian, visiblement angoissé, comparaît devant le tribunal à Nairobi, octobre 2016.

Time Magazine

 http://time.com/4520782/kenya-cocaine-trial-british-aristocrat-jack-marrian-drug-trafficking/

 

 

 

 

 

 SUR LA ROUTE DE NAIROBI, BIS : L'AFFAIRE  TONIO TRZEBINSKI

 

 

 

 

Tonio Trzebinski fut retrouvé mort dans la soirée du 13 octobre 2001, étendu à 10 mètres de son véhicule, à  Karen, dans la banlieue élégante de Nairobi, tué d’une balle dans la poitrine.

 

Il avait quitté un peu plus tôt sa maison de Langata, autre banlieue résidentielle de Nairobi, après avoir couché ses enfants, pour se rendre chez sa maîtresse, à 3 miles de là (environ 5 kms).

Antoni Rowland Trzebinski , dit Tonio,  âgé de 41 ans, était un artiste peintre doué. Il était né au Kenya, où sa famille s’était fixée. Son père, Sbish Trzebinski, était un architecte renommé, d’origine polonaise et de nationalité britannique, qu’il avait transmise à ses deux enfants. Tonio avait passé sa jeunesse dans une grande maison de Mombasa donnant sur l’Océan indien, aux murs couverts de bougainvillées, avec deux piscines.

Doué pour l'art autant qu'il était athlétique et sportif, il fut envoyé en Angleterre à partir de 13 ans, où il fit des études d’art (Chelsea School of Arts et Slade School of Fine Art). Il débuta sa carrière de peintre en Angleterre mais rentra au Kenya en 1988 à 28 ans. Il vivait intensément, dans un milieu de  jeunes gens aisés amateurs de plaisirs.

En 1990 il rencontra une jeune femme mariée, Anna. Celle-ci était venue à l'age de 5 ans au Kenya avec sa mère, Dodo, une Allemande. Au Kenya, Dodo avait épousé Michael Cunningham-Reid, beau-fils de Lord Delamere et neveu de Lord Mountbatten, cousin de la reine Elizabeth.

Tonio et Anna tombèrent amoureux. Anna divorça et ils se marièrent en 1991; ils eurent un garçon et une fille.

 La célébrité de Tonio comme peintre grandissait. A côté de son activité aristique,  ses passions étaient la pêche au gros et le surf, mais aussi les fêtes où l'alcool et la cocaïne étaient consommés en quantité.

Quant à Anna, elle était dessinatrice de mode et ses modèles avaient du succès dans la jet-set, en Europe et aux Etats-Unis.

 

 

 

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 Une euvre de Tonio Trzebinski, sans titre. Huile sur toile.

Bivins Gallery, Dallas, Texas, USA.

 http://www.bivinsgallery.com/artists/tonio-trzebinski

 

 

 

 

 

 

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 Tonio et AnnaTrzebinski, décembre 1992.

Site Brits in Kenya

https://www.britsinkenya.com/2016/02/25/tonio-trzebinski-inquest-opens-into-white-mischief-copycat-murder-in-kenya/

 

 

Tonio était-il un coureur de femmes qui les "jetait", après s'être lassé, pour passer à une autre ? Certains l'ont affirmé, d'autres nié. Après son mariage, il avait eu une  liaison avec Seba Douglas-Hamilton, arrière petite-fille du duc de Hamilton, une conservatrice de réserve naturelle et présentatrice d'émission télé. Mais il mit fin à cette liaison et son mariage avec Anna sembla prendre une nouvelle vigueur.

Toutefois, en 2001, Tonio fit la connaissance d'une Danoise, Natasha Illum Berg, surnommée parfois The Ice Queen (la reine des Glaces), une chasseuse professionnelle et organisatrice de safaris. Etaient-ils amants, même si Natasha avait un compagnon à l'époque ?

En tous cas, la jalousie d'Anna devint complète :  lors d'une violente dispute avc son mari, Anna lacéra un de ses tableaux et Tonio la frappa. C'était vingt jours avant la mort de Tonio.

Anna décida de quitter son mari, envisageant, comme lui, de divorcer. Elle partit pour une clinique en Arizona afin de soigner son état nerveux.

Resté seul, Tonio pouvait donc continuer son histoire d'amour avec Natasha. Le 16 octobre, il partit comme souvent, la rejoindre dans sa villa de Karen, au volant de son Alfa Roméo blanche. Le garde de Natasha entendit la voiture prendre la piste menant à la villa, à une centaine de mètres de la route principale (Bogani Road) puis faire demi-tour, puis il entendit un coup de feu. Tonio fut retouvé mort  près de sa voiture.

Anna revint précipitamment des USA à la nouvelle de sa mort et les amis de Tonio organisèrent une cérémonie funèbre, où le corps de Tonio fut brûlé avec ses objets les plus précieux (son tableau préféré, son casque de moto et sa planche de surf). Non conviée à la cérémonie, Natasha survola le bûcher en avion.

Evidemment le crime fit grand bruit dans la société blanche et la police explora diverses pistes.

Il était difficile de ne pas penser à l'assassinat de Lord Erroll soixante ans plus tôt, survenu à un peu plus d'un mile (1 mile = 1, 6 km) de l'endroit où Tonio Trzebinski avait été trouvé mort.

Or, par coïncidence, la mère de Tonio, l'écrivain Errol Trzebinski*, avait publié en 2000 un livre The Life and Death of Lord Erroll: The Truth Behind the Happy Valley Murder (la vie et la mort de Lord Erroll, la vérité derrière le meurtre de la Vallée heureuse). Même le prénom de la mère de Tonio, Errol (avec un seul l) accentuait la similitude des deux événements. 

 

                                                                                                   * Egalement auteur du livre Silence Will Speak, consacré à la relation entre Karen Blixen et Denys Finch Hatton, qui servit pour le film Out of Africa, et d'un  livre sur l'aviatrice Beryl Markham.   

      

 Errol Trzebinski dans son livre sur l'assassinat de Lord Erroll, concluait qu'il avait été tué par les services secrets britanniques. Evidemment il n'y avait aucune sorte de lien entre cette hypothèse et l'assassinat de son fils, mais elle eut l'impression tragique d'avoir causé indirectement la mort de son fils en remuant le passé.

Anna, compte-tenu de la situation conflictuelle dans le couple, était la première suspecte, mais lors de l'assassinat, elle était en Arizona.

La police avait une explication du crime : c'était une banale tentative de vol de voiture (carjacking) qui avait mal tourné. Certes, la voiture n'avait pas été volée, ni aucun des effets pesonnels de Tonio (sa montre ou un peu d'argent - en revanche son téléphone portable avait disparu et en 2001 au Kenya, les téléphones portables devaient encore être rares). On pouvait penser que le ou les voleurs avaient été dérangés et avaient quitté les lieux sans attendre, puisqu'on avait certainement  entendu le coup de feu.

 Après tout, cette hypothèse était vraisemblable dans une ville où la criminalité est importante (sans doute encore plus aujourd'hui qu'en 2001) : Nairobi est surnommée Nairobbery (de robbery, vol). La police arrêta plusieurs suspects (dont des mécaniciens d'un garage qui avaient trouvé le téléphone de Tonio), puis les relâcha.

On évoqua la possibilité que Tonio ait été tué dans une affaire de drogue. Depuis quelque temps il semblait  inquiet, pour lui et ses enfants. Mais il n'était pas dealer mais consommateur et il avait largement de quoi se payer ce qu'il consommait : il ne pouvait pas avoir été tué parce qu'il était en dette avec des dealers.

Errol Trzebinski affirma d'emblée que son fils avait été tué par un tueur à gages et posa la question : qui pouvait avoir intérêt à tuer son fils ? Or selon elle, Tonio se méfiait de sa femme et de sa belle-mère.

Tonio avait dit une fois (il semble que ce soit à Natasha Illum Berg) que sa belle-mère, Dodo Cunningham-Reid, était la femme la plus dangereuse de tout le Kenya. Mais est-ce que cela avait un sens sinistre ou était-ce seulement un jugement à l'emporte-pièce ? 

L'idée que sa belle-mère avait pu commanditer le meurtre de Tonio se répandit et suscita l'ironie de Dodo Cunningham-Reid : elle-même vivait avec son mari Michael et son amoureux, un Italien propriétaire de casinos, Ludovico Gnecchi Ruscone, dans une sorte de ménage à trois. Comment aurait-elle pu s'indigner des frasques de son beau-fils ? Mais la réponse valait ce qu'elle valait.

En 2005, Anna se remaria avec un guerrier tribal (et guide pour touristes) semi-nomade de l'ethnie Samburu, Loyaban Lemarti. La famille de la jeune femme - et la communauté blanche en général -  désapprouva ce mariage, redoutant l'incompatibilité entre les cultures des deux mariés, même si le beau-père d'Anna, Michael Cunningham-Reid (mort en 2014) qualifia son beau-fils de "very close friend of mine" - ami très proche. 

Comme d'habitude, il y eut par la suite des révélations plus ou moins convaincantes  : en 2012,  la gouvernante de Dodo Cunningham-Reid prétendit avoir entendu des conversations qui impliquaient un complot entre  Anna, Dodo et son ami italien, contre Tonio...

 Finalement l'obstination d'Errol Trzebinski aboutit à l'ouverture d'un procès en 2016: les divers protagonistes témoignèrent devant la cour, Anna, Natasha Illum Berg, Ludovico Ruscone, Errol Trzebinski. Parmi les assistants, les deux enfants de Tonio et Anna. Mais rien ne sortit de ce procès qui parait s'être enlisé.

Lors des audiences, Ludovico Ruscone essaya d'orienter les soupçons sur Natasha Illum Berg, dont déjà un amoureux avait été tué par arme à feu. Mais quel aurait pu être l'intérêt pour Natasha de tuer Tonio ?

L'ancien amoureux de Natasha tué par arme à feu était Giles Thornton, un conservateur de réserve naturelle, tué à Mombasa en 1998 alors qu'il séjournait chez des amis, par des voleurs qui s'étaient introduits dans la maison; le meurtre eut lieu devant sa petite amie du moment,  Lady Emma Marrian - la mère de Jack Marrian dont il a été question plus haut. Le monde de l'élite blanche du Kenya est petit et on ne s'étonne pas de voir les mêmes noms reparaître.

 

L'énigme de la mort de Tonio Trzebinski est donc toujours non résolue et pourrait bien le rester.

 

 

 

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 Natasha Illum Berg..

Site Brits in Kenya. Photo Facebook.

 https://www.britsinkenya.com/2016/04/07/tonio-trzebinski-described-mother-in-law-as-most-dangerous-woman-in-kenya-court-hears/

 

 

 

 

 

 

 MORT Á CHEVAL : TRISTAN VOORSPUY

 

 

 

 

En mars 2017, Tristan Voorspuy fut tué dans une embuscade par des guerriers tribaux alors qu'il parcourait à cheval  le domaine Sosian, dont il était-co-propriétaire, un ranch de 24 000 acres. M. Voorspuy voulait se rendre compte des dégradations faites par des occupants illégaux. Ceux-ci, des membres de tribus armés de machettes et de fusils AKA,  avaient envahi le domaine le mois précédent avec leur bétail : deux cottages avaient été brûlés et des animaux sauvages tués.

Le domaine Sosian est situé dans le comté de Laikipia, dans la Vallée du Rift, à proximité du Lac Nakuru (centre-ouest du Kenya).

Sa mort prenait place dans une campagne d'occupation des terres des grands propriétaires blancs commencée en 2016. La communauté des fermiers blancs redoutait que ces occupations soient le début d'une opération politique destinée à les exproprier.

M. Voorspuy, âgé de 61 ans, d'origine sud-africaine, mais élevé en Grande-Bretagne,  possédant la nationalité britannique et kenyane, avait servi quelques années dans l'armée britannique et la cavalerie de la maison royale. Il s'était établi ensuite au Kenya. Excellent cavalier, il avait créé une affaire renommée. d'organisation de safari à cheval (Offbeat safaris).

Il vivait à Deloraine, une des fermes coloniales les plus célèbres, construite vers 1925 par Lord Francis Scott *.

                                                                                                                 * Lord Francis Scott,  fils cadet du duc de Buccleuch et Queensberry, oncle de la princesse Alice, duchesse de Gloucester (épouse du 3ème fils du roi George V), avait joué, après la mort du 3ème Lord Delamere en 1931, à peu près le même rôle de chef de la communauté européenne au Kenya, jusqu'à son propre décès en 1952.

 

 

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Tristan Voorspuy (Photo: Alice Gipps).

Photo illustrant un article du journal britannique The SpectatorTristan Voorspuy died as he lived – boldly (Tristan Voorspuy est mort comme il a vécu - hardiment).

https://www.spectator.co.uk/2017/03/tristan-voorspuy-died-as-he-lived-boldly/

 

 

 

En 2017 également, une voisine de M. Voorspuy,  la propriétaire de réserve naturelle Kuki Gallmann, une riche italienne naturalisée kenyane, fut blessée par arme à feu lorsque des bergers et leur bétail ont envahi son ranch de 100 000 acres, Ol Ari Nyiro. De nombreux incidents survinrent à cette période et plusieurs travailleurs africains furent tués dans les confrontations avec les occupants illégaux.

Le gouvernement britannique demanda au gouvernement kenyan de prendre toutes les mesures pour rétablir l'ordre dans la région concernée.

Après l'assassinat de M Voorspuy, plusieurs suspects furent arrêtés, dont  un remuant député au parlement kenyan, Mathew Lempurkel, membre de l'Orange democratic movement, qui avait parlé de faire une "troisième guerre mondiale contre les Blancs". Ce député fut ensuite acquitté faute de preuve (mais ce député, non réélu, fait l'objet de 9 autres accusations).

Un an après, le calme parait être revenu dans le comté de Laikipia . Mais les touristes sont-ils revenus ?

 

 

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 Deloraine House, la maison construite par Lord Francis Scott, devenue depuis une résidence hôtelière gérée par la famille  Voorspuy depuis 1993. Parmi les célébrités qui ont séjouné à Deloraine House, on cite la reine-mère Elizabeth (veuve du roi George VI) et la duchesse d'York (ex-épouse du prince Andrew, fis de la reine Elizabeth II).

 http://www.offbeatsafaris.com/deloraine

 

 

 

Les histoires que nous avons rapportées (sauf l'affaire concernant Tonio Trzebinski, qui peut avoir été victime d'un meurtre passionnel ou d'une vengeance privée), tendraient à montrer que les Blancs du Kenya sont fréquemment exposés à des situations dangereuses. Tom Delamere et Tristan Voorspuy, dans des contextes différents, étaient des propriétaires blancs dont les droits étaient contestés par une partie de la population africaine. Dans le cas de Tom Delamere, la situation de tension existant a sans doute amené par deux fois le propriétaire blanc à faire feu sur des Noirs qui ont paru le menacer. Dans le cas de Tristan Voorspuy, la confrontation directe avec des squatters africains a  causé sa mort.

Les affaires Monson et Marrian, qui elles se sont déroulées dans un contexte urbain,  montrent que les institutions kenyanes, police ou justice, peuvent faire preuve de violence ou d'acharnement envers les Blancs, lorsque ceux-ci ont commis un délit ou sont accusés d'en avoir commis. Il existe sans doute envers les anciens colonisateurs (ou les descendants de ces colonisateurs, plus exactement),  une forme de ressentiment qui ne demande qu'à s' exprimer, même si presque 60 ans ont passé depuis l'indépendance.

Mais il  ne faut sans doute pas exagérer l'insécurité à laquelle les Blancs sont exposés au Kenya, ou penser qu'ils seraient plus exposés aux violences que d'autres communautés. Seulement ces violences sont probablement plus médiatisées, surtout si les victimes appartiennent à des milieux privilégiés et ont des accointances aristocratiques.

 Dans le message suivant (et dernier de cette série) nous regarderons  ce qu'on peut appeler l'héritage britannique au Kenya.

 

 

 

Sources consultées :

 

Journaux britanniques et kenyans (sites);

Article de fond sur les différentes affaires et plus généralement les aristocrates britanniques résidant au Kenya :

The Tatler, article de Sophia Money-Coutts,  25 janvier 2017, Why do aristocrats love Kenya? https://www.tatler.com/gallery/why-aristocrats-love-kenya-jack-marrian-case

 

Sur les aristocrates et la famille Delamere :

The Guardian, article de Chris McGreal, 26 octobre 2006, A lost World https://www.theguardian.com/world/2006/oct/26/kenya.chrismcgreal

The East African, article de Rupi Mangat, 22 septembre 2018, The Delameres open up their home and hearts https://www.theeastafrican.co.ke/magazine/The-Delameres-open-up-their-home-and-hearts/434746-4771532-fi6bij/index.html

 

 Sur l'affaire Trzebinski en particulier :

The Telegraph, article de  Peter Stanford, 10 avril 2016, Inside the elite white community in Kenya - where Antonio Trzebinski was murderedhttps://www.telegraph.co.uk/men/thinking-man/inside-the-elite-white-community-in-kenya---where-antonio-trzebi/

 

Le site Brits in Kenya (destiné, comme l'indique son nom, aux Britanniques résidant au Kenya) comporte divers articles de Andrew Watt sur l'affaire Trzebinski, notamment concernant le procès de 2016 :

 https://www.britsinkenya.com/tag/tonio-trzebinski/

 

 

 

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Commentaires
Le comte Lanza vous salue bien
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