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Le comte Lanza vous salue bien
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13 mars 2019

LA MORT DE LORD ERROLL, SUITE, DES BLANCS AU KENYA QUATRIEME PARTIE

 

 

LA MORT DE LORD ERROLL, SUITE

 

DES BLANCS AU KENYA

QUATRIÈME PARTIE

 

 

 

 

 [ Nous utilisons dans ce message des photos ou images trouvées sur internet, que nous créditons. En cas de contestation, nous les supprimerons à la première demande des ayant-droit ]

 

 

Nous pousuivons la présentation des différentes hypothèses sur l'assassinat de Lord Hay of Erroll  commencée dans le précédent message.

 

 

 

 

LE MARI

 

 

 

Finalement, il reste l'hypothèse que l'assassin soit le mari, Sir Jock Delves Broughton, malgré son acquittement par le tribunal de Nairobi.

Sir Jock a d'ailleurs lui-même prétendu avoir tué Erroll, à plusieurs reprises, mais de façon complètement contradictoire.

 

Alors qu'il était dans la prison de Nairobi attendant son procès,  Sir Jock avait affirmé à un médecin qu'il s’était rendu au carrefour en voiture et avait tiré sur Erroll 5 coups de feu (le médecin a jugé inutile sans doute de parler de cet "aveu" à la justice).

De retour en Angleterre, à la fin de 1942, Delves Broughton avait avoué à un ami entraîneur de chevaux de courses qu'il  avait planifié l’assassinat d’Erroll avec un ami - cet ami  dont il ne dit pas le nom, avait engagé un Africain pour faire le coup. Mais ensuite Delves Broughton avait regretté et ordonné de stopper l’opération – trop tard car l’Africain s’était caché dans la voiture d’Erroll et l'avait exécuté.

 

 Sir Jock avait conservé une amie de coeur en Angleterre, Mrs Marie Woodhouse.

En discutant avec celle-ci, il déclara (c'était quelques jours avant son suicide) : Je l’ai fait, Marie.

Et comme celle-ci disait : non, ce n’est pas possible, il répondit : Si je l’ai fait, je n’ai jamais couru aussi vite (ils rirent tous deux à cette évocation). J’ai rendu service à tout le monde.

Son amie pensa qu’il se vantait.

 

Sir Jock avait prévu d'aller à Liverpool voir un spectacle avec son amie Marie. Mais au dernier moment, celle-ci ne put venir car son enfant était malade. Sir Jock alla seul à Liverpool et dans son hôtel, il se fit 14 injections de morphine. Trouvé agonisant par le personnel, il mourut à l'hôpital peu après (5 décembre 1942). Si son amie avait été présente, il ne se serait sans doute pas suicidé.

Il semble que ce qu'il redoutait le plus était la solitude.

 

Lorsqu'en 1969 le célèbre critique liitéraire et écrivain Cyril Connolly * et son assistant, le jeune journaliste James Fox, écrivirent leur article Christmas in Karen, ils n'en savaient pas plus. C'est dans cet article qu'ils font état des trois aveux de Jock Delves Broughton  dont on a parlé.

                                                                                                              * Cyril Connolly, mort en 1974, fut un critique littéraire très estimé. En tant que romancier, il n'a pas écrit le grand livre que beaucoup espéraient lui voir écrire. Son roman The Rock Pool (traduit en français sous le titre Marée base) se déroule sur la Côte d'Azur. Connolly a raconté comment  vers 1938, lors d'un séjour sur la Côte d'Azur, il avait rencontré June Carberry, dont il n'entendit plus parler avant de se plonger, longtemps après, dans les comptes-rendus de l'affaire Erroll.

 

 

Tout allait changer avec le témoignage de Juanita Carberry, que Conolly et Fox parvinrent à retrouver (dès 1971 ?).

Juanita Carberry, âgée de 15 ou 16 ans à l'époque du meurtre, était la fille de l'irascible John Carberry (du moins sa fille légitime), issue de son second mariage. June Carberry était sa belle-mère, troisième épouse de l'ancien Lord irlandais qui avait renoncé à ses titres (par haine de l'Angleterre, il paraît), et sympathisait avec le nazisme.

 

Juanita raconta que dans la journée qui avait suivi le meurtre, elle se trouvait chez Delves Broughton (on sait que sa belle-mère y logeait, mais pas Juanita ?) et qu'elle vit que celui-ci allumait un feu dans son jardin (on a parlé de ce feu); sur la pile des choses à brûler, il y avait une paire de chaussures de sport blanches presque neuves ce qui étonna Juanita, car généralement on donnait ses vieilles chaussures aux domestiques noirs (c'étaient les moeurs de l'époque). On se souvient des marques blanches (laissées par des chaussures ?) à l'arrière de la voiture d'Erroll.

 

Ce qui se passa le lendemain, Juanita ne le révéla à James Fox qu'en 1980 (Connolly était mort entretemps), lors d'une interview à Mombassa où elle résidait à l'époque.

Selon elle, Delves Broughton vint à Nyeri, chez les Carberry, où Diana était venue la veille avec June Carberry pour s'éloigner un peu de Nairobi. Delves Broughton ne trouva que Juanita à la maison. Elle lui fit visiter les écuries (tous deux aimaient les chevaux et sympathisaient, peut-être parce qu'ils étaient solitaires) *.

                                                                                                * Juanita fit remplir à Sir Jock son "livre de questions" (une mode de l'époque). A la question "que redoutez-vous le plus?",  il répondit : la solitude.

 

Delves Broughton dit à Juanita que la police le suivait, à cause du meurtre.

Mais vous ne l'avez pas fait ? dit Juanita.  Oh oui, je l'ai fait répondit Sir Jock Delves Broughton. Je me suis caché dans la voiture d'Erroll quand il a ramené Diana et je l'ai tué au carrefour.  J'ai jeté l'arme du crime dans les chutes du Thika (une rivière sur la route en allant à Nyeri), je ne pense pas que la police m'ait vu le faire (puisqu'il pensait être suivi).

 

Il est probable que Juanita ne garda pas ce secret pour elle. Diana fut d'une manière ou de l'autre mise au courant et s'emporta ensuite contre Delves Broughton pour avoir tué Erroll - ce qui ne l'empêcha pas d'aller  chercher le meilleur avocat disponible pour le faire innocenter quand il fut officiellement inculpé. Et  les parents Carberry furent aussi au courant, soit que Juanita leur ait parlé, soit que Delves Boughton ait aussi avoué l'histoire à son amie June. Les Carberry appréciaient Sir Jock et, comme la plupart des colons, ils n'appréciaient pas les autorités coloniales (surtout quand un Blanc risquait d'être pendu). Ils n'eurent donc à aucun moment l'idée de dénoncer Sir Jock à la justice et au contraire dissimulèrent les preuves.

 

Juanita ne fut pas appellée comme témoin au procès, le tribunal l'ayant jugée peu fiable.

 

Ce récit aurait pu rester un témoignage comme d'autres, sujet  à caution. Mais il fut corroborré en 2007.

Une historienne, Christine Nicholls, éditrice du Dictionnaire national de biographie de l'université d'Oxford et auteur de plusieurs livres sur le Kenya, reçut de la documentation rassemblée par la veuve d'un haut fonctionnaire du Kenya en vue d'un livre. Dans ces documents figuraient des enregistrements de 1987 d'un certain Dan Trench (celui-ci était peut-être le frère naturel de Juanita : son père Maxwell Trench travaillait pour les Carberry et les deux enfants étaient très proches).

 

Trench racontait, apparemment d'après ce que lui avaient dit les Carberry et non en tant que témoin direct, que Delves Broughton avait raconté aux Carberry qu'il avait tué Erroll et indiqué où il avait caché le revolver. June Carberry avait récupéré l'arme et elle ou son mari l'avait cachée dans un atelier de l'hôtel Eden Roc de Malindi, sur la côte, qui leur appartenait.* Plusieurs années après, un employé avait trouvé l'arme et l'avait ramenée aux Carberry. John Carberry avait alors pris sa voiture, couru jusqu'à la côte, avait loué un bateau et jeté l'arme dans l'Océan indien où personne ne pourrait la retrouver.

 

                                                                                                                                * Les Carberry passaient une semaine par an à l'Hôtel Eden Roc sur la Côte d'Azur. Rien d'étonnant à ce qu'ils aient donné le même nom à leur établissement, plus modeste sans doute, à Malindi.

 

Le témoignage de Dan Trench expliquait aussi comment Sir Jock avait pu rentrer chez lui après le meurtre :  il s'était mis d'accord avec un voisin, le Dr Philip Athan, un médecin spécialiste réfugié de Bulgarie, dont les affaires n'étaient pas florissantes. Moyennant une somme correcte, le Dr Athan vint le chercher en voiture au carrefour à l'heure convenue.

 

Apparemment, il n'est pas expliqué comment  Sir Jock réintégra sa chambre sans se faire remarquer, mais il semble que ses infirmités n'étaient pas si invalidantes que ça.

Dan Trench avait demandé que ses révélations ne soient pas rendues publiques avant sa mort, qui arriva quelques années après. Christine Nicholls en fit part à la presse.

Curieusement (mais beaucoup de choses sont curieuses dans cette affaire) en 2007 également, un journal britannique publia à peu près le même récit, avec des variantes, mais en attribuant l'origine à un autre personnage, cousin d'un ami des Carberry (ce qui n'est pas forcément contradictoire, plusieurs personnes ayant pu être mises au courant des faits).

 

.

 

 

FIN DE PARTIE

 

 

 

 

Les membres du groupe hédoniste de la Happy Valley n'avaient jamais été qu'un petit nombre d'une douzaine de personnes et vers 1940 ce groupe n'existait presque plus.

 

Au passage, il faut répéter que ni Sir Jock Delves Broughton ni Diana n'habitaient la Vallée heureuse et ne faisaient partie du groupe. A part Erroll, bien entendu, leurs relations parmi les résidents de la Vallée heureuse furent des personnages comme les Soames ou les Carberry, qui ne faisaient pas partie du groupe principal (inner group) mais étaient plutôt des riches fermiers assez rustiques malgré leur origine distinguée, peut-être caractériels comme John Carberry, amateurs d'alcool et de parties de jambes en l'air, mais sans l'aspect esthète des membres du premier cercle. Toute l'affaire du meurtre d'Erroll se déroula à Nairobi et non dans  la Vallée heureuse, à 150 kms de là.

 

En 1940, les beaux jours de la Vallée heureuse étaient déjà loin et le cercle intérieur  finit de se désagréger en peu de temps. On a vu qu'Alice de Janzé se suicida quelques mois après la mort de Lord Erroll.

 

Kiki Preston avait déjà dû quitter le Kenya à cette époque. Sa fin fut triste. Son fils fut tué pendant le débarquement de Normandie. En 1946, souffrant de troubles mentaux, dépressive et en mauvaise santé, séquelles probables de son addiction à la drogue, elle se suicida en se  jetant du 50ème étage de l'Hôtel Stanhope de New-York, où elle résidait.

 

Il restait Idina Sackville. Celle-ci recueillit quelques années dans sa maison de la Vallée heureuse, Clouds, Phyllis Filmer, l'ancienne maîtresse d'Erroll, que son mari ne voulait plus voir. 

Ses deux fils de son premier mariage (avec Euan Wallace), avec qui elle eut des relations lointaines,  furent tués à la guerre, qui n'épargnait pas les familles aristocratiques et elle eut sans doute encore moins de relations avecc Diana, la fille issue de son mariage avec Erroll, élevée en Angleterre par sa famille et comtesse d'Erroll par droit héréditaire.

 

Elle divorça de son mari du moment, l'aviateur Soltau, en 1946. Elle quitta définitivement Clouds pour se fixer sur la côte, à Mombassa et passa ses dernières années avec un compagnon, un marin présenté comme bissexuel. Est-ce à cette époque, ou avant, qu'on lui refusa un jour l'entrée de l'Hôtel Torr de Nairobi, en raison de sa mauvaise réputation ?

 

En 1955 elle mourut à Mombassa d'un cancer. Au moment de sa mort, le Kenya était en proie à l'insurrection des Mau-Mau, qui était active notamment dans les monts voisinant la Vallée heureuse. Elle est enterrée à Mombassa.

 

 

 

 

 

ET LA GAGNANTE EST ....

 

 

 

 

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Un livre de 1997 de Leda Farrant sur l'affaire, qui conclut à la culpabilité de Diana, devenue Lady Delamere.La couverure reproduit un portrait de Lady Delamere dans toute sa gloire.

Photo Amazon

 

 

 

 On se souvient que Diana Delves Broughton resta au Kenya après le départ de son mari pour l'Angleterre, malgré l'animosité contre elle de la société coloniale (laquelle ne se réduisait pas au petit cercle de la Vallée heureuse et, malgré des allures un peu plus relâchées qu'en métropole, était dans son ensemble  très conformiste).

Elle épousa en 1943 un homme aux idées assez large pour l'épouser, l 'un des plus riches  propriétaires du Kenya,  Gilbert Colville * (fils d'un chevalier,  mais apparemment sans titre héréditaire). Colville était toujours resté en marge du groupe de la Vallée heureuse (la plus grande partie de ses terres s'étendaient ailleurs, dans la Rift Valley). Il s'intéressait par dessus tout à la culture des Masaï, et passait le plus clair de son temps dans la nature, en compagnie des Masaï.

 

                                                    *  Selon le Peerage, il s'appelait Gilbert de Préville Colvile (avec un seul l,  mais l'orthographe avec 2 l est attestée par la Kenya Gazette, journal officiel de la colonie (nomination de Gilbert Colville comme officier forestier en 1928). Son père était le major-général Sir Henry Edward Colvile, qui avait servi en Afrique, et sa mère était française, née de Préville.

 

Colville, décrit comme une sorte d'ermite, acheta pour Diana le Djinn Palace de Lord Erroll (que Delves Broughton s'était contenté de louer) et pour plaire à sa femme, engagea un excellent cuisinier, qui était sous-employé.

Lors de la révolte des Mau-Mau, il semble que de nombreux rebelles vivaient sur les terres de Colville, quasiment protégés par lui. Lorsque certains furent arrêtés, il paya  un avocat pour les défendre. De toutes façons, les Masaï, avec qui il avait noué des liens forts et dont il parlait la langue, ne s'associèrent pas à la révolte.

 

En 1955, Diana étonna encore le monde. Elle divorça sans problème d'avec Colville, plutôt facile à vivre,  et se remaria la même année, à 42 ans, avec le descendant des Delamere, Tom, 4ème baron, pour qui c'était le troisième mariage (il venait de divorcer en 1955 de sa seconde épouse, fille de Lord Mount Temple,  le politicien, mort en 1939,  qui avait été un moment président de l'association d'amitié avec l'Allemagne nazie).*

                                                                                              * Tom (Thomas) Cholmondeley, plus tard 4ème baron Delamere, s'était marié en 1924 avec la petite-file du duc de Buccleuch, dont il divorça en 1944 pour se remarier immédiatement avec la fille de Lord Mount Temple. Les descendants actuels de la famille sont issus du premier mariage.

 

Le 3ème baron, Lord Hugh Delamere, on s'en souvient, avait terminé sa vie presque ruiné.

 

Le 4ème baron,Thomas (Tom) avait fait ses études et une partie de sa carrière en Angleterre. La rumeur voulait qu'il ait été dépucelé par Beryl Markham qui était une amie de la famille Delamere. En Angleterre il fonda une agence de publicité qui marcha bien et servit dans l'armée pendant la seconde guerre mondiale. Lorsqu'il revint au Kenya, après avoir vendu son agence, il put remettre de l'ordre dans les affaires laissées en mauvais état par son père et de nouveau, les Delamere furent au premier rang de la colonie.

Tom Delamere était l'une des personnalités majeures de la communauté blanche.

Vers 1960 ou 1961, c'est lui qui, missionné par les propriétaires blancs, alla trouver Jomo Kenyatta, le chef nationaliste  qui était encore en résidence surveillée dans un endroit écarté du nord-est du pays, après sa sortie de prison.

Au retour, il déclara à ses amis propriétaires : c'est un ours, un gros ours, mais je crois qu'il fera l'affaire (he will do the job - c'est-à-dire diriger le pays sans se brouilller avec les Blancs).

Tom Delamere fut l'un de ceux grâce à qui, pour les Blancs, l'indépendance se passa plutôt bien.

 

Diana acquit auprès de lui une stature nouvelle : les gens de la société disaient volontiers qu'au début, elle était "commune" (reproche habituel dans une petite communauté expatriée vis-à-vis des outsiders), mais qu'elle avait fini par devenir vraiment une Lady.

 

En 1969, le journaliste James Fox la vit pour la première fois et lui trouva quelque chose de royal : c'était lors d'un grand prix de course de chevaux à Nairobi, le cheval des Delamere avait gagné (les Delamere avaient aussi une écurie de course). Lady Delamere vint recevoir le prix, une grosse coupe d'argent, des mains du président Kenyatta. Le prix s'appelait Uhuru, mot swahili pour liberté. En recevant la coupe, Lady Diana et le président Kenyatta se sourirent comme des conspirateurs. Chacun à sa manière, ils  avaient traversé des épreuves et ils avaient gagné.

 

 

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Le président Jomo Kenyatta remet la coupe du prix Uhuru (Liberté) à Lady Diana Delamere, propriétaire du cheval victorieux, aux courses de Nairobi, 1969 (photo tirée du livre de James Fox White Mischief, 1982. Site Kenyapostcards-Kenyaphotos).

https://kenyapostcardsandkenyaphotos.wordpress.com/2018/10/23/the-1982-book-white-mischief-by-james-fox-and-the-1987-movie-white-mischief-starring-greta-scacchi-and-charles-dance-both-of-which-dwell-on-the-loose-morals-promiscuity-and-philandering-of-a/

 

 

La vie privée des Delamere était un peu bizarre: ils formaient une sorte de ménage à trois  avec Lady Patricia Fairweather, qui était l'amie de Diana. Lady Fairweather vécut dans un bungalow construit pour elle sur la propriété des Delamere pendant 15 ans. Mais il n'y avait peut être rien de vraiment curieux dans ce trio. Lady Fairweather était alcoolique et les Delamere furent soulagés quand elle mourut

 

Lorsque Lord Delamere mourut en 1979, Humphrey Slade (qui avait été le président (blanc) de l'Assemblée nationale du Kenya indépendant, cf. première partie), lut l'éloge funèbre lors des obsèques à la cathédrale de Nairobi et remarqua combien Diana avait rendu heureux son mari.

A la fin de sa vie, Diana était présumée la femme la plus riche d'Afrique, on la surnommait "la reine blanche d'Afrique". Elle mourut en 1987. 

 

Lady Diana Delamere est enterrée sur les bords du lac Navaisha. Sa tombe est au milieu de deux autres tombes : l'une est celle de Gilbert Colville, son ex-mari*, et l'autre celle de son mari, Tom Delamere.

                                                                                                                         * Mort en 1966.

Lorsque Diana mourut, l'affaire Delves Broughton était revenue à la surface avec la publication en 1982 du livre de James Fox, White Mischief et cette même année 1987, la sortie du film du même nom.

 

Quelques années auparavant, le journal kenyan The Nation avait publié de façon irréfléchie un article qui laissait entendre que Diana était la meurtrière. Le directeur du journal avait été catastrophé.  Profitant d'une partie de bridge avec Lady Delamere au Muthaiga country club, il s'excusa de cet impair, imputable à un journaliste débutant.

Lady Delamere, sans doute pas mécontente d'entretenir le mystère, coupa court à ses regrets : Mais tout le monde sait que c'est moi qui l'ai fait (oh, everyone knows I did it !)

 

 

 

 

WHITE MISCHIEF

 

 

 

 

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 Un des premiers livres consacrés à l'affaire Erroll/Delves Boughton, The murder of Lord Erroll (1961) de Rupert Furneaux. La couverture montre les trois principaux protagonistes. Le critique littéraire et auteur de romans policiers Julian Symons avait aussi évoqué l'affaire dans son livre A reasonnable doubt (1960).

Photo Amazon.

 

 

 

 En 1969, le célèbre critique littéraire Cyril Connolly, avec l'aide du jeune journaliste James Fox, avait publié un premier article sur le mystère de l'assassinat de Lord Erroll, et poursuivi les recherches ensuite, aboutissant à la piste de Juanita Carberry.  Après la mort de Connolly, James Fox publia en 1982 le résultat des enquêtes menées en commun, sous le titre White mischief.

Ce titre intraduisible en français ("méchanceté blanche", "noirceur blanche" ?) fait écho à un roman d'Evelyn Waugh, Black Mischief (1932),  traduit en français sous le titre Diablerie (un titre un peu loin de l'original), qui évoque avec humour et une certaine méchanceté les tribulations d'un royaume africain imaginaire dirigé par un roi modernisateur qui finissent dans la guerre civile et la violence tribale. *

                                                                                                                 * Le livre Black Mischief valut à Waugh, écrivain catholique, d'être durement critiqué par les plus hautes autorités de  l'église catholique d'Angleterre qui estima que le livre était aux antipodes des valeurs catholiques.

 

Mais, hormis la cadre africain et le jeu de mots, il n'y a pas de relation entre le livre de Waugh et celui de Fox.

Le livre de Fox évoque est centré sur l'assassinat de Lord Erroll et n'évoque les frasques de la Vallée heureuse que comme un arrière-plan, faisant partie du passé de Lord Erroll. Fox conclut à la culpabilité de Delves Broughton d'après les éléments rapportés par Juanita Carberry.

 

En 1987, un film fut tiré sous le même titre, du livre de Fox *. Ce film anglo-américain de Michael Radford surfait sur la vague lancée par le film Out of Africa en 1986, avec Meryl Streep. Out of Africa, centré sur la personnalité généreuse de Karen Blixen, avait obtenu un succès mondial et plusieurs oscars.

 

                                                       * En France, le film White Mischief fut distribué sous le titre Sur la route de Nairobi. Le livre de Fox fut aussi traduit sous le même titre.

 

Le film fut produit par Nelson Entertainment, Goldcrest Films et la BBC et distribué par Columbia Pictures.

Le film White Mischief , sans être un chef d'oeuvre du cinéma, est loin d'être un mauvais film et a des supporters enthousiastes. Mais il n'obtint pas le succès de Out of Africa. Au contraire de ce dernier film qui met en avant le romantisme et l'idéalisme de Karen Blixen, le film White Mischief, en accord avec son titre, présente des personnages cyniques et corrompus, au milieu d'Africains réduits au rôle de domestiques, témoins impassibles de la dépravation de leurs patrons. Le film laisse penser que la colonisation était une chose immorale, à l'image des moeurs des colons.

 

Le film adapte assez librement le livre de Fox et mélange anachroniquement deux époques. Il présente Diana Delves  Broughton, nouvellement arrivée au Kenya avec son mari,. invitée à la campagne par les membres du groupe des résidents de la Vallée heureuse.

Or à l'époque de l'arrivée des Delves Broughton au Kenya, la période de la vie dissolue de la Vallée heureuse était quasiment terminée, ses protagonistes dispersés  ou vieillissants et malades, sauf Erroll qui continuait une carrière solo de veuf séducteur classique. La relation entre les personnages  prit la forme du triangle habituel "mari-femme-amant" et n'eut presque rien à voir avec l'ambiance de la Vallée heureuse à sa grande période. L'affaire se déroula essentiellement à Nairobi, et aurait pu prendre place à Londres ou dans le Surrey,  tout aussi bien.

 

La distribution des personnages principaux du film fut la suivante :

Greta Scacchi : Lady Diana Delves Broughton

Charles Dance : Josslyn (Joss) Hay, comte d'Erroll

Joss Ackland : Sir Henry  "Jock"  Delves Broughton

Sarah Miles : Alice de Janzé

Geraldine Chaplin : Nina Soames

John Hurt : Gilbert Colvile

Trevor Howard : Jack Soames

Susan Fleetwood : Lady Gwladys Delamere

Catherine Neilson : Lady June Carberry

 

Le débutant Hugh Grant jouait le rôle (peu historique semble-t-il) d'un jeune membre de la famille Delamere, Hugh Cholmondeley. Mais à l'époque, l'héritier du titre était Thomas Cholmondeley (Tom), devenu 4ème baron à la mort de son père en 1931.

 

 

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 Le film White Mischief, de Michael Radford, 1987 (couverture de la version video).

 

 

 

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 Sir Delves Broughton et sa sa femme Diana (Joss Ackland et Greta Scacchi) dans le film White Mischief.

http://randomramblingsthoughtsandfiction.blogspot.com/2015/10/white-mischief-1987.html

 

 

 

En 1997, Leda Farrant publia à Nairobi (il semble que ce fut une publication posthume) son livre Diana, Lady Delamere, and the Lord Erroll murder, qui conclut à la culpabilité de Diana (il serait intéressant de savoir comment elle s'arrangeait pour écarter le témoignage de Juanita Carberry - il est vrai que celui-ci n'était pas encore étayé par les découvertes de 2007).

 

En 2000, Errol Trzebinski publiait The Life and Death of Lord Erroll: The Truth Behind the Happy Valley Murder, dans lequel elle donnait sa préférence à la piste "politique" (à noter que, de façon un peu publicitaire, le crime était qualfié de Happy valley murder dans le titre, alors que le crime, on l'a dit, avait en fait peu de relation avec la Vallée heureuse.

 

 La culpabilité d'Alice de Janzé a été mise en avant (de façon modérément convaincante) dans la biographie que lui consacre Paul Spicer :  The Temptress: The Scandalous Life of Alice De Janze and the Mysterious Death of Lord Erroll, 2010.

 

La biographie d'Idina Sackville  par Frances Osborne, The Bolter: Idina Sackville, 2008, comporte un sous-titre particulièrement extravagant donné par l'éditeur : The woman who scandalised 1920s Society and became White Mischief's infamous seductress (la femme qui scandalisa la société de 1920 et devint la fameuse (infamous - attention aux faux amis, infamous exprime l'idée de célébrité avec une nuance tapageuse, scandaleuse ou de mauvais aloi !) séductrice de White Mischief - faisant allusion à l'appartenance d'Idina à la coterie de la Vallée heureuse, évoquée dans le livre de James Fox, bien plus qu'à son rôle, complètement inexistant, au moment du meurtre d'Erroll - significativement, le personnage d'Idina n'apparait même pas dans le film White Mischief).

 

Dans son livre The Ghosts of Happy Valley: Searching for the Lost World of Africa's Infamous Aristocrats, 2014 (les fantômes de la Vallée heureuse, à la recherche du monde perdu des aristocrates scandaleux en Afrique), l'auteur Juliet Barnes s'attache particulièrement à l'héritage patrimonial et mémoriel des résidents de la Vallée heureuse (voir plus loin), mais évoque aussi le meurtre de Lord Erroll, qui est toujours un sujet de conversation chez les Kenyans (surtout dans la population blanche, on peut supposer). Elle rappelle la formule amusante d'un autre auteur :  Au Kenya, tout le monde sait qui l'a fait. Le problème, c'est que tout le monde donne un nom différent.

 

Pour Juliet Barnes la question est toujours ouverte et elle n'est pas convaincue par les révélations de Juanita Carberry, une adolescente perturbée qui voulait se faire remarquer et qui aurait continué à mentir. Mais les révélations ultérieures, l'enregistrement de 1987, le témoignage révélé en 2007 ? Juliet Barnes les mentionne, sans s'y arrêter particulièrement ...

 

 

 

 

 

 LES HÉRITIERS

 

 

 

Les protagonistes de l'affaire - et certains des protagonistes de la Vallée heureuse, ont laissé des héritiers.

Compte-tenu du background aristocratique de plusieurs personnages, ces héritiers occupent parfois encore des positions en vue.

Dans certains cas, le destin de ces héritiers fut aussi malheureux que celui de leurs parents ou grands-parents.

 

Idina Sackville eut  deux enfants de son premier mariage; ses deux  fils furent tués pendant la deuxième guerre mondiale. L'un des fils avait lui-même eu deux filles; l'une d'elle épousa le baron Howell, homme politique conservateur, et leur fille, Frances,  épousa George Osborne, un homme politique qui a été chancelier de l'Echiquier (ministre des Finances) du gouvernement Cameron (2010-2016). Frances Osborne écrivit en 2008 la biographie de sa grand-mère Idina Sackville, sous le titre The Bolter (un bolter est un cheval qui désarçonne ses cavaliers).

 

La seule fille de Lord Erroll et d'Idina, Diana, élevée en Angleterre, était une jeune femme jolie à l'air un peu timide et triste si on juge par ses photos.  A défaut d'autre héritier masculin, elle hérita en 1941, à la mort de son père (elle avait 15 ans), du titre de comtesse d'Erroll et de la fonction héréditaire de Grand Constable d'Ecosse. Elle épousa en 1950 Sir Iain Moncreiffe of that Ilk*, Chef du Clan Moncreiffe, spécialiste de l'héraldique et des traditions écossaises, puis divorça et se remaria avec le major Carnegie. En 1963 elle fut admise, avec les autres femmes détentrices d'un titre par leur droit propre (et non par mariage) à la chambre des Lords. Elle mourut prématurément en 1978.

                                                                                           * Of That Ilk est une expression particulière à certains noms de famille d'Ecosse. Les différentes branches d'un clan, portant le même nom,  se distinguent en ajoutant à leur nom le lieu d'habitation traditionnel de la branche, par ex.Moncreiffe of Tulliebole,  Moncreiffe of Bandirran. Lorsque le lieu d'habitation est identique au nom de famille, au lieu de dire par exemple Moncreiffe of Moncreiffe, on ajoute au nom of that Ilk, équivalent en scot  de "of the same", du même (nom).  

 

Le titre de comte d'Erroll et Grand Constable d'Ecosse passa à l'aîné de ses enfants, Merlin, actuel et  24ème comte d'Erroll. Ce dernier est toujours membre (sans étiquette) de la chambre des Lords en vertu de la réforme de Tony Blair de 1999 restreignant le nombre des pairs héréditaires siégeant à la Chambre à 92 (ou 90 si on ne compte pas deux pairs nommés en raison de leurs fonctions), qui sont élus selon un système proportionnel (en simplifiant !) par les pairs qui ont été maintenus en 1999, parmi les candidats qui détiennent un titre héréditaire à partir de baron. Tous les autres membres de la chambre des Lords sont des pairs "à vie" (qui ont reçu des titre non transmissibles) ou les Lords "spirituels" (archevêques ou évêques de l'Eglise anglicane).

 

Lord Merlin of Erroll, qui a des faux airs de Donald Trump,  est intéressé par ce qui concerne les technologies de l'information et la cybersécurité; il est aussi à la tête du Clan Hay, qui a des ramifications dans tous les pays d'émigration écossaise, et investi dans la préservation des traditions écossaises. Sa femme possède des terres agricoles considérables dans le Bedfordshire.

Les personnes que cela intéresse peuvent regarder les photos du mariage en 2018 de sa fille Lady Laline Hay (née en 1987)avec le major Sudlow dans le magazine des gens du monde The Tatler : https://www.tatler.com/gallery/major-jeremy-sudlow-and-lady-laline-hay-wedding

 

 

 

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Merlin Hay, comte d'Errol (né en 1948), en 2014.

Capture d'écran You Tube.

 

 

 

Sir Jock Delves Broughton n'eut pas d'enfants avec Diana Caldwell. Mais il avait eu deux enfants avec sa première épouse Vera.

Sa fille Rosamund épousa Lord Lovat et eut six enfants (dont deux seulement sont toujours en vie - l'un fut tué par un buffle en Tanzanie en 1979).

Son fils Evelyn eut quatre enfants dont l'aînée était la styliste et rédactrice de mode Isabella Blow. Celle-ci, dépressive,  se suicida en 2007, à 49 ans, à un moment où les journaux parlaient des nouvelles révélations sur la mort de Lord Erroll; on ne manqua pas d'évoquer de nouveau le suicide de Sir Jock,  auquel semblait faire écho celui de sa petite-fille.  *

 

                                                                         * Elle était notamment l'amie de John Galliano qui fut bouleversé par sa mort. 

 

Diana Caldwell, devenue l'épouse de Lord Delamere, n'eut pas d'enfant avec lui (elle l'épousa à 42 ans).  Les Delamere, qui ne furent, à proprement parler, ni membres du groupe de la Vallée heureuse, ni mêlés à la mort de Lord Erroll, si on excepte le rôle de témoin (et candidat peu convaincant au rôle de coupable !) de Gwladys Delamere, sont toujours représentés au Kenya par la descendance du mariage de Tom avec sa première femme. On en dira quelques mots prochainement car le nom des Delamere est apparu de nouveau à la une des journaux kenyans ou britanniques ces dernières années.                       .

 

Enfin, mais s'agit-il d'une héritière, on peut dire quelques mots de Juanita Carberry.

Après son enfance dans la Vallée heureuse, qui l'avait été assez peu pour elle, elle devint stewardesse sur des navires de commerce, guide pour des safaris photos, puis s'investit dans la protection de la nature. Elle publia un livre Child of Happy Valley: A Memoir (L'enfant de la Vallée heureuse, souvenirs), 2001, qui revient forcément sur l'affaire Delves Broughton/Erroll. * 

                                                                            * Il est probable que Juanita Carberry n'avait plus de relations avec la famille des barons Carbery (avec un seul r), qui existe toujours. Lorsque son père avait abandonné son titre, vers 1920, c'est son frère cadet qui l'avait repris.

 

Quand elle mourut à Londres en 2013, à 88 ans, beaucoup de journaux de langue anglaise, au Kenya, en Grande-Bretagne, en Australie,  en Irlande, revinrent sur son existence. Le journal kenyan The Standard titra Sad end for Child of Happy Valley as Juanita Carberry dies (triste fin pour l'enfant de la Vallée heureuse avec la mort de Juanita Carberry), The Irish Times mentionna : She was unconventional, and it is thought that she has left her body, with its several tatoos, for exhibition by the controversial anatomist and showman Gunther von Hagens (elle était anti-conformiste et on pense qu'elle a fait don de son corps, qui avait plusieurs tatouages, pour qi'il soit exhibé par l'anatomiste controversé et homme de spectacle Gunther Von Hagens).

Pour James Fox, le témoignage de Juanita Carberry avait mis fin à l'énigme de la mort de Lord Erroll. Pour d'autres, elles était un enfant élevé dans un milieu névrosé (pas tant celui du petit groupe de la Vallée heureuse, que la famille dysfonctionnelle de John Carberry *), qui cherchait une occasion d'exister et on ne peut pas faire confiance aveuglément à ses révélations.

                                                                                                         *   Son père légal  John est mort  en 1970 et sa belle-mère June en 1980, tous deux à Johannesburg (Afrique du Sud), où ils s'étaient sans doute établis après l'indépendance du Kenya.

 

 

 

 

 L'ESPRIT DES LIEUX

 

 

 

Cela peut paraître surprenant, mais les lieux semblent avoir assez peu changé depuis l'époque de la Vallée heureuse, puis du meurtre d'Erroll.

 

 C'est le cas du Muthaiga country club, maintenant ouvert aux Kenyans (et étrangers) de toutes origines, qui semble avoir conservé beaucoup de l'atmosphère coloniale, quand Erroll y dansait avec ses conquêtes féminines et que les propriétaires blancs et les administrateurs coloniaux et officiers, formant des clans qui se mélangeaient peu, y jouaient au bridge ou sirotaient leur brandy, leur gin-soda  ou leur whisky.

 

 

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 Le Muthaiga country club

 https://www.retto.club/muthaiga-country-club-wedding.html

 

 

 

 

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 Le Muthaiga country club, vue du patio et de la piscine.

 https://www.retto.club/muthaiga-country-club-wedding.html

 

 

 

Les maisons des propriétaires blancs de la Happy valley, pour la plupart existent toujours, parfois en mauvais état. Certaines sont occupées par des familles kenyanes, d'autres ont été intégrées à des écoles ou sont des dépendances d'une paroisse.

Les propriétaires blancs de la Happy Valley formaient un grpupe plus considérable que le petit groupe qui existait autour d'Idina Sackville, d'Alice de Janzé, de Kiki Preston. Les maisons subsistantes sont donc assez nombreuses.

 

Depuis 2017, un trust (au sens d'association ou fondation sans but lucratif), The Happy Valley Heritage Trust (HVHT) se donne pour but de les préserver et de les restaurer.

Le trust est dirigé par Juliet Barnes, l'auteur de The Ghosts of the Happy Valley.

 

Selon le journal kenyan The Nation, dans un article du 24 octobre 2018, Revisiting the ghosts of Happy Valley (en revisitant les fantômes de la Vallée heureuse), le trust qui a 7 administrateurs dont 5 sont des Kenyans, insiste sur l'impact touristique de la préservation des demeures historiques : Kenya has some unique old buildings dating back to her colonial era, which have great potential, as yet untapped, to promote local and international tourism in parts of the country where few tourists currently venture.” (Le Kenya a des bâtiments exceptionnels datant de l'époque coloniale qui ont un grand potentiel, encore inexploité, pour promouvoir le tourisme local et international dans des régions encore peu fréquentées par les touristes).

 

Juliet Barnes note dans The Ghosts of the Happy Valley que beaucoup d'anciennes propriétés sont maintenant la possession de riches politiciens kenyans absentéistes, ayant de multiples intérêts financiers. Pendant que leurs épouses  sont en Europe à s'acheter des vêtements de stylistes et que leurs enfants sont élevés dans des écoles privées en Grande-Bretagne ou en Amérique, leurs employés agricoles gagnent à peine le salaire minimum, probablement moins en un mois que ce que leur patron paie pour une bouteille de champagne au Muthaiga country club...

  

La transformation de la Vallée heureuse - ou les espoirs de transformation - en zone touristique, est saluée par les commentaires optimistes de la presse kenyane : Happy Valley is even happier (la Vallée heureuse est encore plus heureuse) The Esat African, 13 juin 2014  : "Naivasha is rich in historical memorabilia and culture. Add to the combination, great retreats, hospitality, the floriculture economy and you will understand why it is on a roadmap to becoming the second destination in Kenya" ( Naivasha est riche en souvenirs historiques et culturels. ajoutez à cela de grandes résidences hôtelières, l'hospitalité, l'économie de la floriculture et vous comprendrez pourquoi c'est en train de devenir la seconde destination touristique du Kenya).  L'article mentione un circuit tourstique des sites liés à l'histoire de la Vallée heureuse... dont le point de départ est à Nairobi, le restaurant Lord Erroll (voir plus loin) !

 

On observera que pour certains, le lac Naivasha et Nyeri (capitale du comté où se trouve la Wanjohi valley) ne font pas à proprement partie de la Vallée heureuse (voir par exemple la carte au début du livre de Juliet BarnesThe Ghosts of the Happy Valley).

 

Mais c'est près du lac Naivasha que se trouve Oserian ("lieu de paix", en masaï), la propriété sur laquelle est bâtie The Djinn Palace, autrefois propriété de Lord Erroll, louée ensuite par Sir Jock Delves Broughton, puis achetée par Gilbert Colville.

 

Aujourd'hui la propriété appartient à la famille allemande Zwager qui y a fondé depuis 1969 sous le même nom Oserian une exploitation devenue la plus grande productrice de roses du Kenya,  qui alimente notamment la Grande-Bretagne mais aussi la France. L'entreprise emploie plus de 4000 personnes et s'implique dans l'amélioration des conditions de vie et des infrastructures locales. 

En 2019, Oserian a été nommé producteur de fleurs coupées de l'année par l'association internationale des horticulteurs lors de son congrés en Allemagne  https://www.farmerstrend.co.ke/oserian-named-worlds-best-grower-of-cut-flowers-at-the-prestigious-aiph-awards/

 

 

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Le Lake Naivasha country club.

Happy Valley is even happier.

https://www.theeastafrican.co.ke/magazine/Happy-Valley-Naivasha-is-even-happier--/434746-2346104-9bk6v7z/index.html

 

 

 

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Le Djinn Palace, sur la propriété Oserian.

Site Jane Fuller -Serendipity

 https://www.janefuller.co.uk/blog/serendipity

 

 

 

Mondui house fut construite près du lac Naivasha sur le modèle d'un relais de chasse autrichien (!) pour Jérôme et Kiki Preston. Pendant la deuxième guerre mondiale, le gouvernement britannique y logea le prince Paul et la princesse Olga de Yougoslavie, suspects de sympathie pour Hitler. Puis la propriété fut rachetée aux héritiers Preston par le chasseur baron Von Knapitsch, qui y accueillit l'écrivain James Fox lorsqu'il enquêtait pour son livre White Mischief. Elle passa ensuite au comte d'Enniskillen, puis récemment (2010) à Marguerite Zak, qui a créé une réserve naturelle. La maison est louée pour des séjours.

 

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 Mondui house, ancienne propriété des Preston.

https://eastafricanretreats.com/portfolio-item/mundui-house-lake-oloiden-naivasha/

 

 

La  maison de Jack Soames à Nanyuki existe toujours, c'est devenu un hôtel avec son bar, le Jack's bar  (il ne semble pas que l'hôtel avait été créé par Jack Soames ?).

C'est à proximité que s'entraîna au tir Sir Jock Delves Broughton.

Par contre on espère que les trous pratiqués dans les murs des chambres par le commander Jack Soames pour épier ses invités dans leur intimité ont été bouchés !

 

 

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Soames Hotel à Nanyuki.

Commentaire du site de l'hôtel : "Soames Hotel and Jack's Bar is a beautiful hotel and restaurant, located 7km from Nanyuki town on the Nanyuki Naro-Moru highway.   An out of town hotel, set within a 100 acre private property with sunrise views of Mount Kenya.

The facility is named after Jack Soames, a European settler who came to Kenya in 1920 and made this farm his home."

(Soames Hotel et Jack's Bar est un magnifique hôtel restaurant situé à 7 kms de Nanyuki sur l'autoroute Naro-Moru. Un hôtel à l'extérieur de la ville, sur un terrain de 100 acres avec vue du lever de soleil sur le Mont Kenya.  La résidence est nommée du nom de Jack Soames, un colon européen qui vint au Kenya en 1920 et fit de cette ferme sa maison).

On notera que les kms ont remplacé les miles (?), mais que les acres sont toujours l'unité de mesure des surfaces en vigueur.

 http://www.soameshotelkenya.com/

 

 

 

Autres acteurs ou témoins du drame, les Carberry.

Leur maison à Nyeri, Seremai (en masaï, lieu de mort, car une ancienne bataille s'y était déroulée) existe toujours, maintenant propriété d'un Kenyan qui a modifié le nom de la propriété (peut-être pour éviter une connotation pénible) en SereMwai, en utilisant son deuxième prénom Mwai.

 

 

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Seremai, maintenant SereMwai, l'ancienne maison des Carberry à Nyeri, où Juanita aurait reçu les confidences de Sir Jock Delves  Broughton.

Oloi Travel

http://oloithewildway.blogspot.com/2014/02/this-place-in-nyeri-seremwai.html

 

 

 

 L'Hôtel Eden Roc de Malindi où, selon divers récits, John Carberry aurait caché le revolver qui avait servi à tuer Lord Erroll, existe toujours. Il est maintenant appelé Sai Eden Roc Hotel, sans doute en raison des nouveaux propriétaires.

 

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 Le Sai Eden Roc Hotel à Malindi, sur la côte de l'Océan indien, ancien hôtel de John Carberry. 

 https://www.yamsafer.com/en/kenya/malindi/hotel/sai-eden-roc-hotel

 

 

Le bungalow des Delves Broughton à Karen existe toujours (plutôt qu'un simple bungalow, il semble s'agir d'une construction en pierre de style Tudor). Propriété d'un riche kenyan qui le loue, c'est aujourd'hui un bureau d'entreprise selon Juliet Barnes, mais aucune photo ne semble disponible.

 

 Enfin un nouveau site s'est ajouté à ceux que nous avons vus, qui n'existait pas lors des faits, et pour cause. C'est le restaurant chic Lord Erroll Gourmet Restaurant de Nairobi, dans le quartier de Runda. Le nom de Lord Erroll est devenu ainsi dans le Kenya actuel une sorte de synonyme de Casanova ou de Don Juan, évocateur d'un monde de luxe et d'élégance.

Le Lord Erroll a gagné 9 récompenses en 2018 aux  World restaurant luxury awards.

 

Le restaurant appartient à la famille de l'ancien président de la république Daniel arap Moi * (celui-ci, mort en 2020, était l'un des hommes les plus riches du Kenya), ce qui nous ramène aux réalités du Kenya d'aujourd'hui.

                                                                                                                                               * Il appartiendrait à Zahra Moi, épouse de Gideon Moi, sénateur et homme d'affaires, fils de Daniel Moi.

 Le propriétaire souhaitait déplacer le restaurant pour le rapprocher du siège des Nations-Unies dans le quartier de Gigiri, mais ce projet semble abandonné (?).

 

 

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Le restaurant The Lord Erroll à Nairobi. Le blason qui est utilisé reprend bien, en partie, les armes des Hay of Erroll, mais avec l'ajout de fleurs de lys qui paraissent être une fantaisie, peut-être pour éviter d'utiliser le blason toujours porté d'une famille existante.

http://www.lord-erroll.com/

 

 

 

 

 ET LE COUPABLE EST ...

 

 

 

 Parmi les hypothèses sur la mort de Lord Erroll, il faut admettre que la plus convaincante est  celle qui désigne comme coupable Sir Jock Delves Broughton, malgré son acquittement.

Après tout, si on en croit certains récits, dès le début de l'enquête, on avait eu le témoignage d'un serviteur indigène qui avait aperçu Delves Broughton monter à l'arrière de la voiture d'Erroll, mais la police, par négligence, alors même qu'elle faisait de Delves Broughton le principal suspect, n'avait pas interrogé plus amplement les serviteurs indigènes (faut-il y voir une forme de mépris colonial, la conviction  plus ou moins consciente qu'un Noir ne pouvait pas témoigner à charge contre un Blanc ?).

De son côté, Delves Broughton aurait admis à plusieurs reprises être l'auteur ou au moins l'instigateur du crime. Mais il n'existe aucun aveu direct de sa part, et la confiance dans ses  aveux repose sur la confiance qu'on peut avoir dans les témoins de ses confidences - sans compter que les témoignages ont pu être déformés par plusieurs intermédiaires !

 

Si on admet que Sir Jock a bien fait à chacun les confidences qui ont été rapportées, on est surpris que les récits se contredisent: pourquoi dire qu'un ami avait engagé un Africain pour commettre le crime et que Sir Jock avait voulu donner un contre-ordre, mais trop tard  ? Façon peut-être chez un homme perturbé de reconnaître à la fois sa responsabilité et de la diminuer ? Sir Jock Delves Broughton était très dépressif. Aurait-il fini par se convaincre qu'il était responsable de la mort d'Erroll, sans y être pour rien ?

 

Mais le récit de Juanita Carberry, mentionnant des éléments factuels (le revolver jeté dans une rivière, puis retrouvé et caché par les Carberry, solidaires de Sir Jock) semble apporter la confirmation des aveux et du scenario selon lequel Sir Jock avait commis le crime après s'être caché dans la voiture d'Erroll. Ce récit aurait été confirmé par les fameux enregistrements réapparus il y a une dizaine d'années, sauf à admettre que pour des raisons inconnues, les témoins (qui ne sont d'ailleurs pas des témoins directs mais, au mieux, des témoins rapportant ce que d'autres personnes leur ont dit) se copieraient l'un l'autre sans que rien d'exact soit à la base de leurs récits.

On pourrait aussi imaginer  que Sir Jock s'est faussement accusé du meurtre,  qu'il avait récupéré l'arme du crime et l'a fait disparaître dans la rivière où  les Carberry ont retrouvée,  pour couvrir le véritable assassin, sans toutefois aller jusqu'à se déclarer coupable devant le tribunal. Si Sir Jock a voulu couvrir quelqu'un, ce ne pourrait être que la femme qu'il aimait, Diana. En ce cas, on pourrait aussi imaginer que les témoignages de June Carberry et de la gouverrnante, faisant état du retour chez Delves Broughton, la nuit du meurtre, de Diana avec Erroll (ce qui rend quasiment impossible pour Diana d'avoir tué Erroll après qu'ils soient rentrés ensemble chez Delves Broughton et qu'Erroll soit reparti seul pour rentrer chez lui) sont faux. Tout est possible, mais rien n'est prouvé.

 

                                 

Peut-être pour garder entier un mystère passionnant,  la solution Delves Broughton, trop évidente, n'est pas acceptée par tout le monde. Pour beaucoup, l'énigme reste ouverte.

 

  

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 Diana et Lord Erroll (Greta Scacchi et Charles Dance) dans le film White Mischief.

 http://tweedlandthegentlemansclub.blogspot.com/2012/10/white-mischief-1.html

 

 

 

 

 Sources.

On trouvera divers articles de James Fox sur l'affaire Erroll son site  http://www.jamesfox.co.uk/

Bonne présentation de l'affaire sur le site Strange company,  walk on the weird side of history :

A murder in Kenya http://strangeco.blogspot.com/2016/12/a-murder-in-kenya.html

 

Les références à divers livres, documents et articles de presse en anglais sont généralement dans le texte.

 

 

 

 

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Commentaires
Le comte Lanza vous salue bien
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