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Le comte Lanza vous salue bien
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1 mai 2016

BRUXELLES MARS 2016

 

 

BRUXELLES, MARS 2016

 

 

 

 

 

 

 

Ceux qui lisent certains de mes messages connaisent déjà quelques unes de mes caractéristiques  et de mes opinions.

Je les exprime le plus souvent indirectement, au travers de sujets historiques.

 Le présent sujet me permettra peut-être des avis plus directs.

J'ai un peu hésité à choisir ce sujet, mais une forme de paresse me l'a dicté ! Un sujet composé et centré sur des recherches historiques, demande du travail.

Ici, je me laisserai guider par des réflexions au fil de photographies.

L'origine de ce sujet est simple.

J'avais fait mes réservations pour passer le week-end de Pâques à Bruxelles.

Les attentats du 22 mars 2016 eurent lieu le mardi précédent.

Après nous être demandés un court moment  ce qu'il était le mieux de faire, ma femme et moi nous sommes partis comme prévu pour Bruxelles, le vendredi dans la matinée.

 

 

 

FRONTIERE

 

 

 

Depuis longtemps, le passage à la frontière entre la France et la Belgique, deux pays de l'Union européenne,  n'est plus marqué par des contrôles.

Mais ce vendredi, on remarquait une différence avec les passages lors de précédentes visites : de l'autre côté de la route, à l'entrée en France, les policiers français contrôlaient les véhicules,  provoquant un embouteillage considérable sur probablement plusieurs kilomètres  Les embouteillages ou bouchons sont appelés " files" par les Belges francophones.

Ici la "file" était au sortir de la Begique, à croire que les Belges quittaient en nombre leur pays pour le week-end pascal, laissant derrière eux, momentanément, un pays endeuillé et traumatisé.

Evidemment cet effet était produit par les contrôles, mais il y avait sans doute plus de monde à sortir de Belgique qu'à y entrer.

 Du côté belge, par contre, aucun contrôle, aucune présence policière à la frontière. Visiblement, on craignait plus que des terroristes essaient de quitter la Belgique que le contraire.

Il est clair, une fois passé la frontière, qu'on a changé de pays; cela se voit  à des signes parfois imperceptibles sur l'autoroute même (dans l'environnement, le décor) et à des signes explicites comme les panneaux autoroutiers un peu différents, et bien entendu, côté belge, les panneaux qui indiquent que  vous entrez en Wallonie ("Terre d'accueil") avec le blason de la région Wallonie, le coq rouge sur fond jaune ( en termes héraldiques : "d'or au coq hardi de gueules ") ou que vous entrez en  Flandres ("Vlaanderen heet u welkom" - la Flandre vous souhaite la bienvenue) avec le blason flamand au lion noir sur fond jaune ( "d'or au lion de sable armé et lampassé de gueules")  et les panneaux provinciaux (West-Vlaanderen...) avec le blason provincial.

Les publicités, aussi, pour un Français, sont un signe de différence : parce que généralement ce ne sont pas les mêmes qu'en France et que la langue des messages change au fur et à mesure qu'on entre et sort d'une province wallonne ou flamande.

Les panneaux autoroutiers sont parfaitement monolingues selon que la province traversée appartient à la Wallonie ou à la Flandre:  si vous êtes un francophone en Flandre, ou un néerlandophone en Wallonie, n'attendez pas de trouver des panneaux bilingues, vous devez vous débrouiller.

Il n'y a qu'aux abords de Bruxelles, bilinguisme oblige, qu'on trouve les mêmes panneaux publicitaires alternativement en français et en flamand, et les panneaux routiers dans les deux langues.

 

 

 

 

BOB MORANE ET LES ARBALETRIERS

 

 

Comme il y avait des travaux, nous avons suivi un itinéraire de déviation pour rejoindre notre hôtel, à proximité de la place du Grand Sablon.

Pendant que nous étions immobilisés dans une "file", j'ai eu le temps de regarder une camionnette d'une entreprise de vérandas, je crois, qui présentait la photo sérigraphiée d'une jolie femme très court vêtue faisant l'article pour les vérandas. Il me semble qu'en France on n'oserait pas - ou on n'oserait plus - ce genre de publicité. Il y a donc encore des différences de mentalités entre les pays européens...
 

La place du Grand Sablon et son quartier ont une situation très centrale; dans une direction, on n'est pas loin de la Grand place (moyennant une descente à l'aller ou une montée  au retour, car Bruxelles est une ville avec des collines) et dans l'autre, du palais royal et du musée des beaux-arts.

Les Bruxellois ne précisent pas le mot Grand dans le nom de la place et du quartier et disent simplement Sablon ou Zavel en néerlandais. Il existe aussi une place du Petit Sablon, à peu de distance.

Je ne sais pas si le mot "bobo" est utilisé en Belgique, mais le quartier du Grand Sablon n'est pas bobo au sens où on le comprend à Paris, mais plutôt "bourgeois et bohème" comme on pouvait le comprendre autrefois, avec ses boutiques d'antiquaires cossus et les petits immeubles bourgeois de la rue Lebeau (un homme d'Etat du 19ème siècle) avec leurs bow-windows. 

La place du Grand Sablon elle-même est entourée de beaux immeubles anciens. Elle comporte une fontaine de Minerve (don d'un aristocrate écossais qui vécut à Bruxelles au 18ème siècle); la déesse casquée tient un médaillon portant l'effigie de l'impératrice Marie-Thérèse de Habsbourg et de son mari Charles de Lorraine, témoignage de l'époque où la Belgique actuelle relevait des possessions héréditaires des Habsbourgs d'Autriche, qui ne paraissent pas avoir laissé de trop mauvais souvenirs.

Des rues descendent vers le quartier des Marolles, avec une transition vers un environnement  plus populaire - mais le quartier des Marolles aussi a changé sociologiquement depuis que c'était par excellence l'un des quartiers populaires de Bruxelles.

Dans une rue entre Sablon et Marolles, une plaque en verre  sur un mur, apposée par une société d'admirateurs, signale qu'un épisode d'un livre de la série Bob Morane  d'Henri Vernes, se situe dans cet immeuble (même si l'aventurier Bob Morane parcourt le monde, son auteur Henri Vernes était Belge).

Bruxelles - et plus largement la Belgique - paraît  ainsi, du moins pour moi, être un mixte entre les souvenirs des romans d'aventures pour la jeunesse qu'on lisait autrefois  (méprisés en France par l'opinion dominante) et une histoire très riche qui mêle les dynasties étrangères et l'esprit d'un peuple (ou au moins de deux peuples si on songe aux Wallons et aux Flamands !) qui a su rester fidèle à soi-même malgré (ou à cause ?) de ses "maîtres" étrangers - du moins jusqu'à notre époque, mais les choses changent peut-être..

Après tout un des événéments importants de saison touristique à Bruxelles est l'Ommegang, à l'origine procession religieuse, mais maintenant spectacle costumé qui reconstitue l'entrée solennelle de Charles-Quint dans sa bonne ville, où il résidait souvent, car régnant sur l'Espagne et l'Empire germanique (sans parler de l'Amérique du sud, la Nouvelle-Espagne et la Nouvelle-Grenade), elle était au centre de ses possessions. Les attaches de Charles-Quint avec la Belgique étaient fortes, car il était né à Gand. Il choisit Bruxelles pour annoncer son abdication et quand il mourut (au monastère de Yuste, en Espagne (Estrémadure), où il s'était fait construire une maison sur le modèle de sa maison natale, à Gand) Bruxelles lui rendit hommage par un cortège funèbre imposant, retracé dans un livre illustré publié à l'époque par le célèbre imprimeur Plantin d'Anvers.

Charles-Quint est honoré dans l'agglomération bruxelloise par une avenue (sorte de boulevard périphérique parfois très encombré) qui porte son nom, ou Keizer Karel laan en flamand (avenue de l'emprereur Charles), qui traverse les communes de Ganshoren et de Berchem-Sainte-Agathe en longeant la basilique du Koekelberg et change de nom en entrant dans Bruxelles.

Une marque de bière porte aussi son nom. Il est probable que le boulevard de l'Empereur lui rend aussi hommage (il y a également un boulevard de l'Impératrice, mais il s'agit probablement  pour cette dernière de l'impératrice Marie-Thérèse).

La salle des séances du Sénat de Belgique est ornée de tableaux représentant les portraits des souverains ayant régné sur la Belgique avant même qu'elle soit un état indépendant, de Charlemagne à Marie-Thérèse en passant par les ducs de Bourgoge. Charles-Quint  est l'un de ces monarques illustres et les sénateurs belges délibèrent sous son regard.

 

L'eglise Notre-Dame du Sablon à l'autre bout de la place est un édifice gothique qui comporte aussi de beaux décors intérieurs baroques comme la chapelle funéraire de la famille Tour et Taxis, famille d'origine italienne qui eut à partir d'un moment la charge de maîtres héréditaires des postes de l'empire germanique, et y gagna un titre de prince.

La façade de l'église donne sur la rue de la Régence; en face de l'église, de l'autre côté de la rue de la Régence, se trouve la place du Petit Sablon avec le monument aux comtes d'Egmont et de Hornes, décapités pour s'être opposés au pouvoir espagnol au 16ème siècle.

L'église sert aussi d'église capitulaire à l'Ancien Grand Serment  Royal et Noble des Arbalétriers de Notre-Dame au Sablon, une des sociétés encore nombreuses en Belgique, qui sont la continuation des anciennes compagnies de citoyens, dénommées ici gildes (ou guildes),  chargées de la protection des cités dans la Belgique du Moyen-age et de la Renaissance. En raison du serment que prêtaient leurs membres, on les appelait aussi  "serments" et le nom est resté.

Le roi des Belges est Grand maître (honoraire) du serment des Arbalétriers de Notre-Dame au Sablon et les nouveaux membres lui prêtent toujours serment de fidélité, ainsi qu'à la ville de Bruxelles.

Le cortège de l'Ommegang, auquel participent les gildes ou serments de Bruxelles, part de l'église Notre-Dame du Sabon.

 

 

 

 

 UN PEU DE THEORIE

 

 

 

 

En sortant à pied, après avoir pris possession de notre chambre d'hôtel, je regardais autour de moi :  j'avais à l'esprit quelque chose qui jusqu'à présent, lors de précédentes visites à Bruxelles et en Belgique, était resté inconscient et informulé.

A moins de nier l'évidence, ce que beaucoup font, parce qu'ils préfèrent leurs idées à regarder la réalité en face, il y avait un aspect de conflit ethnique dans ce qui avait abouti aux attentats et la religion  y jouait un rôle de prétexte plus que de vraie raison.   

Les Belges, à la différence des Français, appellent les populations immigrées, des "allochtones" (le contraire d'autochtones). Ce terme, qui a été importé des Pays-Bas voisins, fait plus ou moins partie du langage officiel. Pour certains, ce terme est déjà discriminant.

Mais on se trouve ici devant l'éternelle question qui se pose quand les choses tournent mal : qui est responsable, qui "a commencé" ?

La violence est-elle la réponse à la discrimination ou la discrimination est-elle le prétexte - et la conséquence - de l'intolérance à la culture du pays d'accueil ?

Comment en est-on arrivé là ? Pour les uns, les erreurs des populations européennes et de leurs dirigeants ont été de ne pas avoir fait ce qu'il fallait pour bien accueillir les populations immigrées - et ensuite, de ne pas traiter avec considération leurs descendants.

Pour les autres, les erreurs sont d'avoir cru que des populations trop dissemblables culturellement pourraient "vivre ensemble" avec un peu d'effort de part et d'autre (mais une incantation n'est pas une solution) et d'avoir laissé se répandre l'idée que des populations qui venaient d'arriver pouvaient accéder immédiatement, et même "avaient droit" à ce que ne peuvent pas toujours s'offrir les gens qui vivent là depuis des dizaines de générations.  

L'idée que les populations immigrées cessent d'être dissemblables culturellement des populations "d'accueil" au bout de quelques années ou d'une génération est elle-même à prendre avec précautions : le sentiment de perte d'identité n'est pas moins grand chez les immigrés et leurs descendants  que chez les populations d'accueil et ce sentiment peut faire des ravages. 

 Il me semble en tout cas que le manque d'intérêt porté au concept d'identité - nié ou considéré comme "politiquement incorrect" est en grande partie responsable d'une situation dangereuse pour toutes les communautés en présence (en Belgique comme ailleurs). Prétendre comme le font certains que le sentiment d'identité est nuisible est aussi puéril  que de prétendre que le sentiment de dignité  devrait être abandonné, puisque ce sentiment est virtuellement porteur de violence  quand il est bafoué. 

Je fais l'hypothèse qu'une grande partie du fossé qui s'est creusé entre les populations immigrées - qui amène certains membres d'entre elles, peu nombeux mais pas isolés,  à des actes de violence extrême  - et la population du pays d'accueil vient justement de la perte d'identité de la population du pays d'accueil. Contrairement aux apparences et aux interrogations étonnées des politiques et des journalistes  (comment peuvent-ils  ne pas s'intégrer chez nous, puisque justement nous sommes tellement cosmopolites, tellement prêts à nous métisser  ?) je crois qu'une plus grande fidélité à ses origines permettrait à la population des pays d'accueil, d'une part de mieux vivre son destin propre et d'autre part d'être en position d'accueillir sur des bases plus claires les populations autres. Encore faut-il ne pas confondre l'identité et de vagues options politiques, qui ne constituent en rien une identité.

 Je bornerai là mes réflexions théoriques.

 

 

 

 

 

 LA GRAND PLACE PRESQUE DESERTE

 

 

 

 

 

La Grand place ( en flamand ou néerlandais, comme on voudra, car il existe des différences entre les deux langues mais minimes : Grote Markt ) était quasiment déserte en ce milieu d'après-midi du vendredi; d'habitude, à cette époque,  le week-end de Pâques, elle aurait du grouiller de touristes.

 Peu de monde était donc là pour admirer  l'ensemble formé par l'Hôtel de ville et les immeubles typiques du baroque flamand (fin 17ème-début 18ème  siècle) et s'imprégner de l'atmosphère bruxelloise.

Détruite par un bombardement des  troupes de Louis XIV en 1695, la Grand place  fut reconstruite dans les années suivantes; l'Hôtel de ville et sa flèche avaient toutefois été épargnés.

 A quelques dizaines de mètres de la Grand Place, nous sommes entrés dans les galeries Saint-Hubert (galerie du roi, de la reine, et petite galerie perpendiculaire des princes), construites au 19ème siècle avec leur verrière typique. Les galeries sont un autre lieu emblématique bruxellois,  avec leurs commerces de luxe et leurs confiseries ( ah, La Belgique gourmande !). Un ou deux théâtres sont aussi présents et on se demande où peut tenir la salle de théâtre puisque ces galeries paraissent étroites et enserrées dans le dense tissu urbain qui les entoure. Un plan permettrait de mieux voir la dimension de l'occupation au sol.

Dans les galeries, le drapeau belge était en berne et attaché, comme le drapeau vert et rouge de la ville de Bruxelles représentant en jaune la silhouette de l'archange Saint-Michel triomphant du dragon (Saint Michel est le patron de Bruxelles - sa statue figure au sommet de la tour de l'Hôtel de ville). 

 

En parcourant jusqu'au bout les galeries Saint-Hubert, on débouche sur la rue de la Montagne aux herbes potagères - nom bien surprenant même si la rue grimpe une côte ; il faut sans doute y voir le  souvenir d'une époque lointaine où on pouvait cueillir des herbes potagères sur une colline encore faiblement urbanisée ? Ou bien comme c'est le cas d'autres rues de Bruxelles, le nom a pu être donné parce que des commerçants s'étaient spécialisés dans la vente d'une marchandise bien définie à cet emplacement ?

.

 

 

 

A LA MORT SUBITE

 

 

 

 

C'est là que se trouve le célèbre estaminet A la mort subite.

A part quelques habitués (ou touristes?) il était presque vide, et le serveur nous fit remarquer qu'il aurait dû être plein (il n'est pas rare qu'on ne puisse pas trouver de place).  L'estaminet avec ses petites tables rectangulaires (qui ressemblent plus à des tables d'écolier d'autrefois qu'à des tables de café) placées le long des banquettes, est un autre lieu emblématique de la capitale belge.

Le nom ne vient pas comme on le croit, de bières ou gueuzes (une espèce particulière de bière) très fortes en teneur d'alcool qu'on y servirait et qui seraient capables d'expédier ad patres les buveurs non aguerris - mais d'une coutume des clients d'autrefois, lorsque l'estaminet s'appellait La Cour royale et avait une autre localisation dans le même quartier.

Dans les années 1900, ses clients étaient en grand nombre des employés de la Banque nationale toute proche, qui, à leurs moments perdus venaient à l'estaminet et faisaient des parties de dés. Lorsque le moment arrivait de reprendre leur service, il fallait terminer la partie en vitesse et ils avaient convenu de désigner le vainqueur de la partie par un dernier  lancer, appelé la mort subite (ce terme a été repris pour les tirs au but des matchs de football de championnat lorsqu'il faut départager les équipes à égalité en fin de match).

Le propriétaire modifia le nom de l'estaminet qui prit l'appellation de A la mort subite, devenue populaire en raison de cette particularité. Puis l'estaminet déménagea sous ce nom à la rue de la Montagne aux herbes potagères. Le nom fut aussi donné à une des "gueuzes" produites par le propriétaire-brasseur.

Evidemment, à quelques jours des attentats, le nom prenait aussi, momentanément, une autre résonance...

 

 

 

 

 

 DEUX MARIAGES ET UN ENFANT QUI PISSE

 

 

 

 Le lendemain les rues centrale étaient plus animées, sans atteindre l'affluence habituelle pour un week-end de Pâques. Les touristes étaient nombreux auprès du Manneken-pis, cette statue d'enfant représenté en train d'uriner, servant astucieusement de fontaine.

Le nom est néerlandais (l'enfant qui pisse), souvenir de l'époque où Bruxelles n'était pas encore francophone.

Cette statue qui date du début du 17ème siècle (de Duquesnoy), mais qui parait avoir remplacé une statue plus ancienne du même type, remontant au Moyen-Age, est devenue depuis plusieurs siècles, de façon un peu surprenante, l'un des symboles de Bruxelles. En 1695, lors de l'attaque des troupes françaises, les habitants  la cachèrent et elle fut triomphalement rétablie à sa place en 1696. Volée plusieurs fois, et toujours retrouvée, la statue actuelle n'est toutefois pas la statue d'origine.

 

 

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Des touristes devant le Manneken-pis, week-end de Pâques 2016.

Photo de l'auteur

 

 Sur la Grand place les visiteurs se regroupaient. Les portes de la cour de l'Hôtel de ville étaient fermées, sans doute par mesure de sécurité, mais deux mariages, à l'heure où nous étions présents, devaient être célébrés et les invités stationnaient devant l'entrée. Je remarquai qu'il s'agissait pour l'un d'un mariage musulman, avec les participantes féminines coiffées de foulards de couleur et portant des longues jupes ne laissant pas voir grand chose ou rien de leur anatomie,  pour l'autre un mariage "noir", avec cette fois la mariée et les invitées féminines habillées de façon plutôt sexy et mettant en valeur leurs formes.

Les participants de l'un ou l'autre mariage paraissaient d'ailleurs très sympathiques et probablement désireux de participer pleinement à la vie pacifique et conviviale de la ville où ils résident. 

C'était un signe parmi d'autres du "cospomolitisme" tant vanté de Bruxelles (cosmpolitisme provenant non seulement de la présence à Bruxelles d'un grand nombre de nationaux de pays européens ou occidentaux mais aussi de fortes  communautés extra-européennes), cosmopolitisme dont on pouvait discuter à l'infini pour savoir s'il était la cause ou l'antidote des événements qui s'étaient passés.

Les appariteurs de l'Hôtel de ville, en jaquette verte et gilet rouge (les couleurs du blason de la ville), bicorne, culotte au genou et bas noirs, représentaient pour leur part la vieille culture bruxelloise. Il est probable que ce sont des vieux Bruxellois (Brusseleir),encore capables de parler le dialecte ancien de Bruxelles, le brusseleer (mais on peut aussi écrire brusseleir ou brusselair), mélange de flamand et de tournures francophones (mais incompréhensible aux seuls francophones)dont l'article Wikipedia dit : " Dans le Bruxelles cosmopolite du XXIe siècle, le brusseleer est en voie de disparition lente, une grande partie de la population, naguère bilingue français-brusseleer, étant devenue complètement francophone (plus rarement néerlandophone) ".

 

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 Appariteurs de la ville de Bruxelles en bicorne et vêtements rouge et vert. Notez les lions emblématiques de l'escalier de l'Hôtel de ville. Le lion représente la Belgique depuis plusieurs siècles - bien avant la création de la Belgique comme pays indépendant. On disait leo belgicus, le lion belge.

Photo de l'auteur

 

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 Appariteurs de la ville de Bruxelles en bicorne et vêtements rouge et vert.

Photo de l'auteur

 

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 L'affluence sur la Grand place, week-end de Pâques 2016 (le samedi). Pas aussi importante que d'habitude toutefois.

Photo de l'auteur

 

 

 

 

LA BELGIQUE DES DUCS, DES ROIS  ET DES EMPEREURS

 

 

 

 

Nous avons visité la Maison du roi (en face de l'Hôtel de ville) qui porte aussi curieusement, en flamand, le nom de Broodhuis (Maison du pain). En fait ce bâtiment servait de bureau fiscal à l'administration du duc de Brabant et on disait Maison du duc ('s Hertogenhuys);  quand le titre et les possessions des ducs de Brabant  furent repris par Charles-Quint (toujours lui), on parla de Maison du roi ('s Conincxhuys).

Mais comme le bâtiment avait aussi été antérieurement la Halle au pain, l'autre nom était aussi mérité.

L'immeuble avait été très endommagé par le bombardement français de 1695; il survécut mais sans doute avec une apparence différente de celle qu'il présente actuellement.

 Lors de son séjour en Belgique (1864-1865), Baudelaire donna des conférences dans une salle de la Maison du roi (appartenant à cette époque au Cercle artstique et littéraire). Je n'ai pas vu d'inscription qui en parle mais je n'ai peut-être pas fait suffisamment attention.

Ces conférences furent des échecs, le public clairsemé finissant par déserter la salle. Cet échec, alors que Baudelaire comptait sur son séjour en Belgique pour se refaire une santé financière, a certainement joué un rôle dans les invectives excessives voire extravagantes que Baudelaire adresse à la Belgique dans des textes qu'il espérait publier et qui portent peut-être également la marque de sa santé mentale déjà chancelante (voir nos messages BAUDELAIRE ET LA BELGIQUE 1 et 2 sur ce blog   http://comtelanza.canalblog.com/archives/2014/02/01/29095114.html).

Dans les années 1870, ce qui restait de la Maison du roi fut démoli et reconstruit par l'architecte Jamaer qui s'efforça de lui redonner l'allure qu'elle avait à la grande époque du gothique tardif. 

Aujourd'hui la Maison du roi est le musée de la ville de Bruxelles. On y voit des céramiques et de l'argenterie bruxelloises, de beaux retables peints ou en bois sculpté et coloré du Moyen-Age ou du début de la Renaissance, des statues depuis le Moyen-Age jusqu'au 19ème siècle, des maquettes de grande dimension représentant la ville dans les siècles passés, des tableaux représentant des paysages urbains, dont la Grand place durant le bombardement de 1695.

Dans une pièce du dernier étage, des vitrines renferment tous les costumes offerts au Manneken-pis. Cet usage est ancien : le premier à avoir offert des habits au Manneken-Pis fut un duc de Bavière, gouverneur des Pays-Bas du Sud (La Belgique actuelle) en 1698. Au milieu du 18ème siècle, Louis XV offrit un costume d'officier français pour faire excuser le vol du Manneken-pis par des soldats français, qui occupaient la ville; les soldats l'avaient rendu ensuite. Le roi le décora de l'ordre de Saint-Louis pour être sûr que les soldats le respecteraient et lui conféra même la noblesse.

Au début du 19ème siècle, Napoléon, qui régnait aussi sur la Belgique, incorporée à la France, se prêtant au jeu, semble lui avoir donné, non des habits, mais l'avoir nommé chambellan honoraire, à la demande des Bruxellois.

Il est amusant de penser que la salle où Baudelaire donna ses conférences ratées est peut-être celle qui contient aujourd'hui les costumes du Manneken-Pis. La sculpture d'origine du Manneken-Pis, endommagée après un vol dans les années 60, est aussi conservée dans la Maison du roi.

Dans l'escalier de la Maison du roi, et au dernier étage, des vitraux représentent les blasons de toutes les possessions effectives ou théoriques de Charles-Quint, dont la Corse (voir nos études sur ce blog LE BLASON ET LE DRAPEAU DE LA CORSE : A TESTA MORA en trois parties http://comtelanza.canalblog.com/archives/2014/09/15/30591622.html ).

 

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La Maison du roi ou Broodhuis. Il ne s'agit pas du bâtiment d'origine mais de la reconstruction dans le style gothique tardif par l'architecte Jamaer dans les années 1870.

Photo de l'auteur.

 

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Dans l'escalier de la Maison du roi, les blasons des différentes possessions, réelles ou théoriques, de Charles-Quint. On reconnait les blasons de l'Autriche, de la Navarre, de la Bourgogne, de la Flandre, du Brabant, de la Franche-Comté, de l'Aragon, de la Castille, de Jérusalem, de la Corse, de la Sardaigne  et bien d'autres.

Photo de l'auteur.

 

 

Il était temps de se rendre à la Bourse.

 

 

 

 

PLACE DE LA BOURSE  (BEURSPLEIN) 

 

 

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La place de la Bourse dans les jours qui ont suivi les attentats du 22 mars.

On remarque les drapeaux déposés en hommage par des résidents étrangers, soit de pays existant soit de nations non reconnues : par exemple le drapeau de la Bosnie-Herzégovine, celui de l'Albanie, le drapeau amazigh (Berbères) sur la deuxième colonne du palais à partir de la gauche. Dans un immeuble voisin, un résident a placé à sa fenêtre un petit drapeau belge (l'habitude de mettre à sa fenêtre le drapeau belge date de bien avant les attentats, pour manifester son soutien à l'unité de la Belgique) tandis que son voisin du dessus a placé, non sans intention, le drapeau flamand avec le lion noir sur fond jaune.

Photo de l'auteur.

 

 

 Comme à Paris, les attentats de Bruxelles et de Zaventem (l'aéroport, situé à 30 kms de Bruxelles, dans la province du Brabant flamand) ont causé une émotion qui s'est manifestée par des personnes se rassemblant spontanément dans un endroit symbolique, et y déposant des objets ou des bougies en hommage aux victimes et des inscriptions, entrainant la venue d'autres personnes pour voir et se recueillir dans ce qui devient une sorte de mémorial.

A Bruxelles,ce lieu fut la place de la  Bourse, Beursplein en néerlandais.

La place de la Bourse est un lieu de rendez-vous central à Bruxelles. Tout naturellement elle devint le lieu où se rassemblèrent les gens après les attentats. L'imposant palais de la Bourse (dont l'intérieur, rarement visitable, est parait-il magnifique) n'est plus le lieu des cotations et tractations financières. Il fut édifié à l'initiative du bourgmestre Anspach dans les années 1870. Avec ses colonnes classiques et ses escaliers gardés par des sculptures de lions belges  (le jeune Rodin participa au décor sculpté), la place devant la façade de ce monument  de l'âge d'or du capitalisme se trouva en quelques heures envahie par des bougies, des fleurs, des plantes en pot et des messages sur des papiers, les escaliers couverts de banderoles et les murs du palais de graffitis.

Des gens qui réfléchissent ont trouvé curieux ou puéril de répondre au terrorisme par des bougies. Mais si certains pensent que c'est effectivement  la réponse au terrorisme, elle est  insuffisante. Il vaut mieux y voir l'expression du chagrin.

 

Cette façon de manifester son chagrin en déposant des messages, des bougies, bien entendu des fleurs mais aussi des oursons en peluche (quand il y a des enfants parmi les victimes ou bien quand l'ourson est justement déposé par un enfant ?), ne parait pas très ancienne. Une de ses premières expressions fut il me semble l'émotion qui suivit la nouvelle de la mort de Diana, ex-princesse de Galles, en 1997.  

 Les graffitis ont recouvert les soubassements du palais de la Bourse; ils paraitront intéressants à étudier pour un sociologue ou un historien.

L'un d'entre eux montrait un cornet de frites avec l'inscription "Je suis frites" (parodiant le célèbre "Je suis Charlie", qui apparut après l'attentat de Paris en janvier 2015 contre le journal Charlie Hebdo).

 Les Belges, après tout, conservent un sens de l'humour bienvenu.

Les drapeaux installés sur les escaliers et la façade du palais de la Bourse (voir mes photos) montrent que ces manifestations d'hommage émanent aussi de ressortissants étrangers.

Le style des manifestations de deuil après les attentats de Paris en novembre 2015 a certainement inspiré les manifestations de mars 2016 à Bruxelles.  

Il est normal que les choses s'estompent avec le temps et la Bourse a repris dans les semaines suivantes son aspect habituel. 

 

Lorsque je suis allé place de la Bourse, quatre jours après les attentats, les abords étaient envahis de véhicules de télévision. Les journalistes étaient nombreux devant la façade du palais, avec leurs installations. Un journaliste japonais, très grand et en manteau foncé strict, faisait son direct devant les marches.

Mais derrière le palais, deux hommes qui ne paraissaient pas se connaître, plutôt jeunes, échangeaient des propos - en admettant qu'ils aient eu le sens que je leur prête, un peu plus ironiques et désinvoltes : "Ici, c'est le bon endroit, on voit passer toutes les espèces".

 

Le lendemain des attentats, à midi, une foule considérable se rassembla place de la Bourse et une minute de silence fut observée, comme dans toute la Belgique. Des applaudissements prolongés suivirent pour rendre hommage aux victimes (les applaudissements dans des circonstances de deuil sont aussi un usage récent - plus ancien sans doute en Italie).

Quelques jours après les attentats, le dimanche de Pâques, une grande marche contre le terrorisme et en hommage aux victimes devait être organisée; elle fut annulée pour des raisons de sécurité mais des manifestants se rassemblèrent quand même place de la Bourse. Des militants d'extrême-droite, venus en train de Flandre pour manifester contre le terrorisme - mais aussi contre l'immigration qui selon eux a rendu possible le terrorisme, furent empêchés d'approcher par la police qui voulait aussi éviter la confrontation avec les autres manifestants dont certains criaient : « nous sommes tous des enfants d’immigrés ». Le bourgmestre de Bruxelles polémiqua à ce sujet avec le ministre de l'intérieur qui n'avait pas empêché les manifestants d'extrême-droite de venir jusqu'à Bruxelles.

Début avril, une manifestation d'extrême-droite devait voir lieu au même endroit. Des militants "antifascistes" s'étaient aussi rassemblés, prêts à s'opposer aux "fascistes". La police fit savoir que les manifestations étaient interdites.

L'extrême-droite renonça à sa manifestation, mais les antifascistes sur place furent appréhendés par la police.

On s'en doute, ces incidents ont alimenté des polémiques politiques dans un pays où le vice-premier ministre et ministre de l'intérieur (Jan Jambon) est non seulement Flamand mais membre du principal parti nationaliste flamand, la Nieuw-Vlaamse Alliantie (N-VA, Alliance néo-flamande) que certains classent (un peu facilement) à l'exrême-droite, mais qui fait partie du gouvernement de coalition présidé par Charles Michel (centre-droit).

Finalement eut lieu le 17 avril une "marche contre la terreur et la haine" qui passa par la commune de Molembeek (d'où pusieurs terroristes étaient originaires)  ; elle semble n'avoir regroupé que 7000 personnes.

Les attentats ont évidemment provoqué une réaction de choc en Belgique où les insuffisances des politiques gouvernementales ont été mises en évidence. Mais comme il faut s'y attendre, chacun dans les partis et les groupes linguistiques se renvoie la responsabilité de la situation et est en désaccord sur les solutions (en admettant qu'il y en ait !), Les nationalistes flamands y  voient  l'échec de la Belgique unie bien que fédérale, les partisans de la fermeté (souvent les mêmes) dénoncent le laxisme complaisant envers les cultures immigrées,  tandis que les partisans du multiculturalisme dénoncent le racisme plus ou moins camouflé des premiers.

 

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La place de la Bourse dans les jours qui ont suivi les attentats du 22 mars.

Photo de l'auteur

 

 

 

 PERMANENCES ?

 

 

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Les galeries Saint-Hubert. Le drapeau rouge et vert de Bruxelles, avec la silhouette de Saint-Michel, est en berne.

Photo de l'auteur.

 

 

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 Les galeries Saint-Hubert

Photo de l'auteur.

 

 

Il est toujours agréable de passer par les galeries Saint-Hubert, à n'importe quelle heure (pas la nuit toutefois, car je suppose qu'elles sont fermées à partir d'une certaine heure). Elles peuvent raccourcir un trajet entre deux quartiers et elles donnent un sentiment de permanence rassurant.

Aussi curieux que cela paraisse, des gens y habitent dans les deux étages surmontant les boutiques, et on se demande à quoi ressemblent les appartements, car il doit y avoir deux expositions, l'une sur la galerie et l'autre sur une cour, à l'air extérieur ?

Les commerces sont donc séparés les uns des autres par les portes ouvragées des "immeubles".

A l'une des  portes, on voit la plaque de l'ordre rosicrucien AMORC - une société initiatique et ésotérique qui parait mériter  sa place dans ces galeries un peu hors du temps. En regardant d'autres panneaux de sonnettes, on est surpris par des noms : Baudelaire ?

Un parent du poète habiterait ce lieu symbolique de Bruxelles, alors que  Charles Baudelaire détestait ou prétendait  détester  la ville ?

Mais il s'agit de noms de fantaisie :  on remarque d'autres noms de peintres ou de poètes illustres. Les résidents - au moins certains d'entre eux - préfèrent donner des pseudonymes que leur vrai nom.

  

 

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 Une rue qui se dirige vers la Grand Place. On remarque deux militaires en armes et gilet pare-balles, mais la présence militaire est discrète.

 Photo de l'auteur.

 

 

 

 

 CHANGEMENTS ?

 

 

 

Lorsqu'on veut déjeuner ou dîner à Bruxelles, un lieu s'impose fréquemment. Ce qu'on appelle l'ilôt sacré est un quadrilatère de rues près de la Grand place où il n'y a que des restaurants. Certes ce ne sont pas des restaurants quatre étoiles, mais très suffisants et peu chers.

Le restaurant Aux Armes de Bruxelles est plus prestigieux et se démarque de ses voisins, avec ses vitres à petits carreaux teintés  et son décor élégant : " Le roi Léopold III venait y déguster, une fois par mois, sa sole meunière et son plat de moules, en compagnie de son aide de camp".

 

Ce jour-là, il y avait vraiment peu de monde dans les rues de l'ilôt sacré et les chefs de salle de chaque restaurant avaient rarement l'occasion de héler le client comme ils le font toujours pour le convaincre de choisir leur établissement; en France, "racoler" le client est interdit - je ne sais pas si c'est la même chose en Belgique, mais si c'est le cas, personne ne s'en soucie !

Tous ces chefs de salle et serveurs - et cuisiniers probablement - sont majoritairement issus de l'immigration, le plus souvent nord-africaine (Maroc prédominant, je suppose). Les menus comportent des plats standard de cuisine européenne et des spécialités belges - waterzoï, endives flamandes, lapin à la gueuze et bien entendu moules frites, cuisinés et servis par un personnel venu d'ailleurs. Quelles sont les conditions de vie de ce personnel ?  Difficile de savoir, mais on ne doit pas s'enrichir comme serveur ou cuisinier, ici comme ailleurs, et gagner seulement de quoi vivoter, logé peut-être au-dessus du restaurant ?

Tous les serveurs se connaissent d'un restaurant à l'autre et plaisantent entre eux en attendant le client.

Une fois installé confortablement dans une salle vraiment déserte, on pouvait observer la rue et le défilé, incessant en temps ordinaire, mais très clairsemé dans cette période difficile, des touristes cherchant  un endroit où déjeuner.

En profitant du pain et du beurre que la tradition belge (excellente !) met à disposition des clients en attendant l'arrivée des plats, je voyais passer quelques touristes. Certes ce n'est pas l'endroit où il est recommandé de se placer pour observer la population bruxelloise - ou belge - puisque les Bruxellois et les Belges sont sans doute bien moins nombreux à fréquenter ces parages que les touristes du monde entier.  A un moment trois ou quatre soldats en armes passèrent dans la rue, rappelant que l'armée avait été déployée pour assurer la sécurité.

Parmi ceux qui passaient dans la rue, une physionomie me parut remarquable : ce monsieur à lunettes et moustache en brosse, le sourire aux lèvres, d'environ 60 ans, l'air disponible du touriste qui ne se hâte pas mais prend son temps, me parut le portrait jumeau de Peyo (de son vrai nom Pierre Culliford, né à Schaerbeck près de Bruxelles), le dessinateur belge des Schtroumpfs (et de Johan et Pirlouit) décédé prématurément il y a déjà un certain nombre d'années.

Pour ce que j'en sais, c'était peut-être un touriste néerlandais - mais sans doute pas français, ni italien, ni d'un pays du sud, ni anglais ou américain...et je décidai que c'était un touriste belge venu visiter la capitale et un peu symboliquement, je me dis que ce monsieur à la moustache en brosse représentait peut-être un type d'individu belge en voie d'extinction, en quelque sorte " le dernier des Belges", dans une Belgique qui avait changé.

Ce n'était qu'une impression bien entendu et je la donne comme je l'ai ressentie, sans plus de commentaire.

 Dans l'après-midi, je cherchais un grand bouquiniste qui dans ma mémoire se trouvait boulevard Anspach ou boulevard Lemonnier (c'est en fait le même boulevard qui change de nom, comme dans l'autre sens, après la place de Brouckère, il devient boulevard Adolphe Max). Je ne l'a pas trouvé (il semble que je ne suis pas allé assez loin).

Je pus constater que les passants sur  les boulevards Anspach et Lemonnier étaient  en majorité nord-africains - ils habitent probablement dans les immeubles de style haussmannien de ces boulevards, autrefois assez bourgeois. S'y ajoutent maintenant, souvent assis par terre avec des pancartes, des "réfugiés" ou soi-disant réfugiés syriens, familles complètes avec des enfants. Quant aux  boutiques, téléphonie, épiceries, kebabs, elles sont évidemment  destinées à la population du quartier.

Ces constats n'ont rien sans doute pour étonner les Bruxellois qui remarqueront que les populations immigrées se regroupent dans certains quartiers "bon marché" ou que l'évolution a fait devenir tels, et qu'on ne les trouvera pas à Ixelles, commune bourgeoise de Bruxelles-capitale, avec ses petites maisons coquettes dans des jardinets. On remarquera aussi que ces regroupements se produisent aussi dans d'autres capitales européennes et ne sont pas spéciaux à Bruxelles.

Mais le constat que des quartiers du centre ville sont maintenant habités en majorité - on pourrait presque penser en totalité - par des populations immigrées est quand même surprenant.

Bruxelles et la Belgique n'ont jamais été le lieu d'une seule culture : la Belgique est un pays de culture latine (ou mieux, celto-latine) et germanique, wallonne (francophone et dialectophone) et flamande; mais ces cultures (pour les réduire à deux malgré leur complexes intéractions) sont historiques en Belgique, elles s'y sont développées au fil des siècles et elles sont toutes deux, malgré leurs différences et leurs points de tension, des cultures de l'ensemble européen.

Mais cette dualité historique est maintenant dépassée par ce qu'on appelle le multiculturalisme, diffus dans certains quartiers et qui dans d'autres, prend figure de nouveau monoculturalisme.

Lors d'un précédent séjour, nous avons traversé un quartier (de Bruxelles ou d'une commune limitrophe ?) qui - sauf peut-être le style des immeubles - aurait pu être le quartier d'une ville nord-africaine.

Est-ce une chose sans conséquence ? Est-ce un début ?

Que chacun y réfléchisse mais qu'on ne balaie pas ces interrogations avec les arguments banals qu'il s'agirait de propos racistes. On peut respecter ses semblables humains et tenir à ce que les cultures historiques restent prédominantes dans le lieu où elles se sont développées. 

 

 

 

 BELGIQUE OFFICIELLE

 

 

 

La Belgique se distingue de la France, dans son organisation politique, par deux caractéristiques : c'est une monarchie et c'est un état fédéral (pour cette seconde caractéristique, il s'agit d'une évolution en plusieurs étapes, commencée dans les années 1970 mais qui s'est accélérée depuis une vingtaine d'années).

Le fédéralisme en Belgique s'est imposé en raison de l'existence de deux communautés à peu près égales numériquement, les Wallons francophones et les Flamands néerlandophones.  On peut ajouter une modeste communauté germanophone (enclavée dans la Wallonie) et mettre à part le cas de Bruxelles, où les francophones sont prédominants aujourd'hui, et qui avait autrefois une identité bien plus mixte, avec un dialecte propre, le brusseleer, dont on a parlé.

 Les institutions belges combinent trois régions, la Wallonie, la Flandre et la région Bruxelles-capitale (19 communes dont Bruxelles), et trois communautés, la communauté française (sic - mais depuis peu son nom a changé pour «Fédération Wallonie-Bruxelles» ), la communauté flamande et la communauté germanophone. Chaque région et communauté a son parlement, ses ministres et son président. Toutefois les institutions de la région Flandre et de la communauté flamande ont fusionné depuis longtemps sous le nom de la "Vlaamse gemeenschap".

Les deux régions Wallonie et Flandre comportent chacune 5 provinces. 

Bruxelles est à la fois la capitale de l'état fédéral, la capitale de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la capitale de la région Bruxelles-capitale et la capitale de la communauté et région flamande (puisque la communauté flamande qui n'est pas territorialisée, existe aussi à Bruxelles, les institutions flamandes ont choisi d'implanter leur siège à Bruxelles) . Namur est la capitale de la Wallonie et Eupen de la Communauté germanophone.

Et bien entendu, Bruxelles est aussi le siège des Institutions de l'Union européenne - qui occupent, en dehors du centre, des immeubles modernes dont le célèbre Berlaymont.

 Le roi a les pouvoirs limités de tout monarque constitutionnel, mais la monarchie est souvent présentée comme le ciment de la Belgique. La famille royale fait en quelque sorte partie de la vie quotidienne des Belges, et en exagérant à peine, de leur propre famille.  Le roi est probablement plus populaire en Wallonie qu'en Flandre (il y a cinquante ou soixante ans, c'était le contraire). A Bruxelles de nombreuses boutiques affichent le portait du roi et de la reine.

 Les souvenirs monarchiques sont partout, héritage de plus de 180 ans de règne de la dynastie des Saxe-Cobourg. Chez les antiquaires, il est bien rare qu'on ne trouve pas en vitrine un buste de Léopold Ier ou de sa femme, ou une gravure représentant les monarques du 19ème siècle  - alors qu'on trouverait rarement un buste de Louis-Philippe ou de Napoléon III en vitrine chez un antiquaire parsien, je pense. C'est qu'en France la monarchie a disparu,qu'elle n'est plus qu'un moment historique, alors qu'elle est toujours vivante et même assez populaire en Belgique.

 Pour autant il ne faudrait pas penser que la population belge - ou en l'ocurrence bruxelloise - vive au quotidien dans un respect exagéré des formes monarchiques et institutionnelles, passées ou présentes, comme le laisseraient croire les nombreux noms compassés et officiels des rues de Bruxelles : la rue de la Loi, la rue de la Régence (il semble qu' il s'agisse de la désignation de la Belgique lorsqu'elle faisait partie du royaume des Pays-Bas avant l'indépendance et non de la régence qui fut justement proclamée après la révolution de 1830, en attendant la nomination d'un roi), le boulevard de l'Empereur, celui de l'Impératrice, la rue Ducale, le boulevard du Régent, la rue Royale, la place Royale, la rue de la Reine, la place du Trône, la rue des Princes... et pourquoi ne pas ajouter la rue des Colonies, qui évoque la fierté pour la "petite Belgique" d'avoir acquis un empire colonial bien plus vaste qu'elle et, bien entendu, destiné à disparaître un jour.

 

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 La place Royale avec la statue de Godefroi de Bouillon; dans le fond, l'église Saint-Jacques sur Coudenberg, encadrée par les deux hôtels du Coudenberg, dont l'un abrite la Cour constitutionnelle.

Photo de l'auteur.

 

 

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 Le Palais royal.

Photo de l'auteur.

 

 

 

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Dans le Parc de Bruxelles, les chevaux de la police montée.

 

 

 

 

RUE DU LOMBARD (LOMBARDSTRAAT)

 

 

 

 La rue du Lombard rejoint la place Saint-Jean à la rue du Midi et aux abords du boulevard Anspach; elle réunit donc un quartier central plus bourgeois et administratif à un quartier plus populaire; la rue du Midi suit en parallèle les boulevards Anspach puis Lemonnier vers la gare du Midi..

Le nom de la rue du Lombard m'a tojours fait rêver car enfant, et même ensuite, j'achetais des bandes dessinées qui portaient l'indication "les éditions du Lombard" et sur les plus anciennes, on trouvait l'indication précise de l'adresse.

Les aventures de Blake et Mortimer paraissaient aux Editions du Lombard alors que les aventures de Tintin paraissaient chez Casterman, mais le journal Tintin lui-même était publié par les édtions du Lombard. Celles-ci, en conservant leur nom quittèrent assez vite en 1958 la rue du Lombard pour s'établir près de la gare du Midi, dans un immeuble sumonté d'une tête géante de Tintin qui existe encore (l'immeuble et la tête !): la tête est maintenant classée au patrimoine belge.

Les éditions continuent leurs activités et ont seulement modfié leur nom, devenu  "Le Lombard".

Au fait pourquoi rue du Lombard ?

 Au début du 17 ème siècle, l'Infante Isabelle d'Espagne et son mari  l'archiduc Albert d'Autriche, qui régnaient sur les Pays-bas du Sud (la Belgique actuelle) par délégation du roi d'Espagne, créèrent un mont-de-piété qu'on appela Le Lombard car les prêteurs sur gages (et les banquiers) étaient souvent des Lombards. Le nom de la rue où se trouvait le mont-de-piété devint rue du Lombard.

 Si nous revenons quelques instants sur la bande dessinée, Bruxelles a joué un grand rôle dans la diffusion de la bande dessinée au 20 ème siècle :"l'école de Hergé", regroupant les dessinateurs du journal Tintin, était en concurrence avec "l'école de Marcinelle" qui regroupait les dessinateurs du journal Spirou (Jijé, Franquin, Peyo, Roba, Morris et d'autres), mais la plupart des dessinateurs de Spirou finirent aussi par s'établir à Bruxelles ou dans les environs.

La ville s'est dotée à partir des années 1990 de murs peints représentant les personnages de la bande dessinée, essentiellement belge (mais Corto Maltese et Astérix et Obélix sont aussi représentés). Parmi les peintures murales les plus récentes, on trouve la représentation de Yoko Tsuno (l'informaticienne japonaise, héroïne de Roger Leloup) rue Terre-Neuve  en 2011 et celle de Thorgal et son épouse Aaricia (les personnages de la série d'aventures historico-fantastiques de Rosinski et Van Hamme), Place Anneessens, au début du boulevard Lemonnier (2013).

 

C'est rue du Lombard que se trouve le siège du Parlement de la région Bruxelles-Capitale.

Selon le site www.belgium.be/fr/la_belgique/pouvoirs_publics/regions/region_de_bruxelles-capitale :

" Le Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale exerce le pouvoir législatif par vote d'ordonnances. Le parlement est composé de 89 députés, élus au suffrage universel direct pour une période de cinq ans. Les ordonnances ont force de loi au même titre que les décrets et les lois fédérales. Sur le plan strictement juridique, une ordonnance a cependant, dans certains cas, une "force" moindre qu'un décret ou une loi fédérale. 

Le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale exerce le pouvoir exécutif. Il est constitué d'un Ministre-Président et de quatre ministres, deux francophones et deux néerlandophones. Trois secrétaires d'État, dont au moins un néerlandophone, sont adjoints aux ministres régionaux. "

La Région de Bruxelles-Capitale a un drapeau représentant une feuille d'iris des marais (jaune) sur fond bleu - l'iris des marais étant autrefois commun aux alentours des remparts de Bruxelles et lié à une anecdote relative à une victoire du duc de Brabant : ses troupes galopaient seulement dans les zones où poussent les iris car ce sont des marais peu profonds, alors que ses ennemis, ne sachant pas cette particularité, se noyaient dans des zones de marécages profonds.

Tout paraitrait reativement simple si la Région Bruxelles-Capitale ne s'était pas, elle aussi, comme une Belgique en miniature, ou comme une poupée russe, dotée d'institutions pour tenir compte de l'existence sur son territoire (les19 communes de l'agglomération bruxelloise) de deux communautés, l'une majoritaire (francophone) l'autre minoritaire (flamande ou néerlandophone).

Ainsi sont nées la Commission communautaire française (COCOF) et la Commission communautaire flamande (Vlaamse Gemeenschapscommissie ou VGC), composées d'un exécutif et d'une assemblée, compétents  pour les questions liées à la culture, l'enseignement et les matières dites personnalisables (bien-être et santé). De plus la Fédération Wallonie-Bruxelles (ex-Communauté française) a délégué d'autres attributions à la Commission communautaire française

L'Assemblée de la Commission communautaire française, encore appelée le Parlement francophone bruxellois, est constituée des 72 membres du groupe linguistique francophone au sein du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale.Le Collège de la commission (exécutif)  se compose des ministres francophones et des secrétaires d'Etat francophones du gouvernement régional.

 

L'Assemblée de la Commission communautaire flamande  est composé des 17 membres néerlandophones du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale. Le Collège est composé des ministres néerlandophones et des secrétaires d'Etat néerlandophones du gouvernement régional (http://be.brussels/a-propos-de-la-region/les-institutions-communautaires-a-bruxelles/vgc)

Et pour finir, il existe une Commission communautaire commune, compétente pour les matières communautaires ne relevant pas exclusivement de la compétence d'une des deux Communautés.

Ce foisonnement me permet de m'adonner à un de mes centres d'intérêt (sans pousser jusqu' à la passion du spécialiste) qui est l'étude des drapeaux (qu'on appelle scientifiquement vexillologie !) car les deux commissions communautaires ont chacune leur drapeaux.

Dans une vitrine des bâtiments des assemblées (de la communauté flamande), rue des Lombards, on voyait le drapeau flamand, replié et attaché par un noeud noir en signe de deuil. 

Signalons pour les curieux que sur le drapeau de la Flandre (qui reproduit simplement le blason) en tant que partie de l'Etat belge, le lion a les griffes et la langue rouge ("armé et lampassé de gueules") aors que sur le blason et le drapeau des indépendantistes flamands, le lion a les griffes et la langue noire (ainsi il ne présente pas les couleurs du drapeau belge !). 

Aux balcons flottaient le drapeau de la Région et les drapeaux des deux communautés linguistiques régionales.

Le drapeau bruxellois est mêlé avec le drapeau wallon (le coq rouge sur fond jaune) pour former celui de la Commission communautaire française et avec le drapeau flamand (le lion noir sur fond jaune) pour former celui de la Commission communautaire flamande.

La disposition du drapeau de chaque communauté est différente mais conforme dans les deux cas aux usages anciens pour associer deux blasons  : écartelé pour le drapeau de la communauté française (drapeau divisé en quatre quartiers et reproduisant aux quartiers 1 et 4 le drapeau de la Wallonie, au quartiers 2 et 3 le drapeau de Bruxelles-Capitale).

Le drapeau de la commission flamande est coupé verticalement en deux surfaces inégales (1/3 et 2/3). La surface la plus petite  reproduit le drapeau de Bruxelles-Capitale et la plus grande le drapeau de la Flandre.

 

 

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Immeuble du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale, rue du Lombard. On voit au centre le drapeau de la Commission communautaire flamande, à droite les drapeaux de la Commission communautaire française et de la Région de Bruxelles-Capitale (il semble s'agir du nouveau drapeau, voir ci-dessous).

 Photo de l'auteur.

 

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Immeuble du Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale. On voit de gauche à droite le drapeau de la Commission communautaire française, le drapeau de la Région de Bruxelles-Capitale (il semble s'agir du nouveau drapeau, voir ci-dessous).et celui de la Commission communautaire flamande.

Photo de l'auteur.

 

 

 

 

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 Les mêmes drapeaux sous un autre angle.

Photo de l'auteur.

 

 

 

DRAPEAU ET DIALECTE

 

 

 

Nous avons parlé du drapeau de la Région, représentant l'iris des marais.

Ce drapeau a récemment été modifié et le nouveau drapeau a été adopté en 2015 par le Parlement régional  (par 46 oui, 30 non et 3 abstentions). Ce nouveau drapeau n'est pas encore  utilisé partout, et comme le montrent les photos ci-dessus, ne l'est pas (pas encore ?) pour les drapeaux "composés" qui mêlent le drapeau de Bruxelles-Capitale avec celui de la Wallonie et de la Flandre.

 Une polémique est née sur ce changement, car certains considèrent que le nouveau drapeau, qui reprend le nouveau logo de la Région, n'a pas la dignité qui convient à un drapeau.

Une pétition pour s'opposer au nouveau drapeau a circulé (https://www.lapetition.be/petition.php/Non-au-nouveau-drapeau-de-la-Region-Bruxelles-Capitale/15363 ) que nous reproduisons ci-dessous.

Elle était rédigée en français, en néerlandais/flamand et en bruselleer (ou brusseleir), ce qui nous permet de voir un texte écrit dans ce dialecte. Même si on considère que le bruseleer est un dialecte influencé par des tournures françaises, on voit bien qu'il est incompréhensible par des seuls francophones. Nous donnons aussi le texte néerlandais pour ceux qui voudraient comparer.

 

 

Non au nouveau drapeau de la Région Bruxelles-Capitale

Français

 

La majorité au parlement Bruxellois a voté l'adoption d'un nouveau drapeau régional sans même prendre la peine de consulter sa population.

Pour voir le drapeau, suivez ce lien : https://dl.dropboxusercontent.com/u/106076839/Nouveau_Drapeau_RBC.png

Le parlement lui-même est largement divisé sur l'adoption de ce nouveau drapeau et les nombreuses réactions négatives des Bruxellois témoignent d'un certain malaise.

Si le ridicule ne tue pas, sommes-nous pour autant obligés d'arborer le mauvais goût de quelques-uns ?

C’est symbolique, mais ce drapeau doit être celui de tous les Bruxellois. Nous ne pouvons pas accepter de nous le voir confisquer pour être remplacé par un logo de pacotille ! Non, Mesdames, Messieurs, un logo n’est pas un drapeau.

Bruxelles et les Bruxellois méritent mieux que ça. Soyez certains que notre région peut toujours compter sur le talent de ses nombreux artistes, graphistes, stylistes, designers ou autres écoles d'art pour illustrer un étendard que nous pourrons brandir haut et fort, et avec fierté.

Dès lors, nous vous demandons de revenir sur cette malheureuse décision, de faire un large appel à projet avant tout changement et en soumettre les résultats à une consultation populaire.


Nederlands
 
De partijen van de meerderheid van het Brussels Parlement hebben een nieuwe vlag goedgekeurd zonder zelfs het project aan de inwoners voor te stellen.

Om de vlag te zien, volg deze link: https://dl.dropboxusercontent.com/u/106076839/Nouveau_Drapeau_RBC.png

Het parlement zelf blijft verdeeld over deze keuze en een vloed van negatieve reacties van Brusselaars stroomt reeds binnen.

Belachelijk zijn niet dodelijk wordt er beweerd, doch kunnen wij ons niet gedwongen voelen om van slechte smaak ons dagelijks brood te maken.

Alle Brusselaars moeten de symbolische betekenis van hun vlag kunnen delen. Instemmen met het vervangen ervan door een junk logo kan gewoon niet. Neen, beste Dames en Heren, een logo is en zal nooit een vlag zijn.

Brussel en de Brusselaars verdienen een beter lot. Onze Regio zal steeds kunnen beroep doen op het herkend talent van onze artiesten, grafici, stylisten, designers en andere kunstscholen om hoog en trots ons banier te zwaaien.

Daarom doen wij beroep op U om deze treurige beslissing in te trekken. Wij verzoeken U ook om een uitgebreide oproep voor projecten te maken voordat u onze vlag vervangt, en het resultaat ervan aan de bevolking voor te leggen, ter validatie.


Brusseleir
 

Inwoeiners kunne gewoein da nuut vlag vë Brussel Hoeifdstad ni reeke !

De partaaie van de mierderheid van 't Brussels Parlement emme veur 'n nuut vlag gedècideid zonder zëlf eetske on d'inwoeiners veu te stellen.

Nuut vlag : https://dl.dropboxusercontent.com/u/106076839/Nouveau_Drapeau_RBC.png

In 't parlement es uuik ni eederien t'akkaud en veul Brusseleirs emme al looidop gereklammeid teige daane projet.

't schaaint da zot zaain giene zier doot, mo da wil ni zegge da waaile zuu nen brol moete accepteire zonder mier.

En vlag, dat eit 'n valeur symbolique woe da ge ni meugt mè speile ! Gienen ienen Brusseleir dee zan eige respecteit zal onzen drapeau vë ne rotte logo wille rooile.

Brussel en alle Brusseleirs zèn mier weid as da. W'emme genoeg artiste, grafiste, styliste, dizaainers en andere kunstschaule om uug en feer onzen drapeau t'effe.

Voilà pourquoi waaile aale vroege om zoe rap meugelaaik dee beslissing in te trekke, nen oitgebraaide appel à projets te lanceire et - surtout - de resultoete on de mense veuï te legge èn rekening 't aage mè euile avis !

 

 

Ce dialecte possède ou possédait plusieurs variantes. A côté de ce dialecte (aussi appelé dialecte bruxellois flamand, ou "vloms" ou "brussels" par les néerlandais), on trouve, bien plus courant aujourd'hui, un parler bruxellois francophone qui utilise quelques mots  venus du flamand et des tournures locales du français (situation un peu comparable, par exemple,  au " Français de Marseille" utilisant des mots provençaux). C'est ce dernier dialecte qu'il est facile d'imiter avec un accent "belge" et des expressions  comme "une fois", "alleï" ("alleye")...

Deux  célèbres pièces de théâtre, Le mariage de mademoiselle Beulemans (1910) et Bossemans et Coppenolle (1938) utilisent un français mâtiné de nombreux termes et expressions issus du brusseleer (Wikipedia). Plusieurs écrivains ou artistes s'efforcent encore aujourd'hui de maintenir une écriture en brusseleer/brusseleir.

 

Il est à signaler que le magazine (bilingue français/néerlandais) de la Ville de Bruxelles s'appelle "Le Brusseleir/De Brusseleir" (et non "Le Bruxellois" en français...).

 

 S'agissant de la polémique sur le drapeau, nous ne pouvons qu'être d'accord avec la pétition : " Non, Mesdames, Messieurs, un logo n’est pas un drapeau."

 

 

 

 

DU  PALAIS DE JUSTICE AUX MAROLLES

 

 

 

L'immense palais de Justice de Bruxelles fut construit dans le dernier quart du 19ème siècle par l'architecte Polaert. Au fur et à mesure des travaux, on critiqua la démesure de Polaert, qui, découragé, se suicida avant d'avoir terminé son oeuvre.

Le moins qu'on puisse dire c'est que le bâtiment est écrasant.

On y accède au bout de la rue de la Régence (qui aboutit à son autre extrêmité à la Place Royale après avoir longé l'église Notre-Dame du Sablon et le Musée royal des Beaux-Arts) mais sa masse est visible de la place du Sablon et de beaucoup d'endroits.

Il présente l'idée curieuse d'un gigantesque bâtiment babylonien désaffecté - peut-être  parce que j'en ai fait le tour un dimanche ?

Malgré les événements de la semaine écoulée, le siège de la justice bruxelloise était aussi  dépourvu  d'activité que les autres fois où je me suis romené autour - mais il doit présenter une autre apparence en semaine.

Il surplombe le quartier populaire - autrefois - mais embourgeoisé aujourd'hui, des Marolles.

Entre les Marolles et le quartier du Palais de Justice, il existe une forte déclivité.

Pour descendre aux Marolles, des rues partent depuis l'arrière du Palais de Justice, mais il y a aussi un ascenseur.

Aux Marolles, le dimanche, on peut faire le tour du marché aux puces qui se tient place du Jeu de Balle, et supposer que c'est là que Hergé situe la scène où Tintin achète la maquette du bateau à voiles au début du Secret de la Licorne, qui va le propulser dans une nouvelle aventure.

 

A vrai dire,  le marché aux puces ne parait pas réserver beaucoup de possibilités de découvertes aujourd'hui,  mais sans doute faut-il s'armer de patience et revenir souvent...

 

Puisque nous parlons des Marolles, ce quartier fut (autrefois) un haut-lieu d'une des formes du dialecte bruxellois. Hergé, dans une interview peu de temps avant sa mort, témoignait de l'imprégnation du dialecte bruxellois pendant son enfance, mais aussi du mécanisme de sa disparition progressive, puisque lui-même déclarait ne l'avoir jamais parlé :

" Ma mère était une Bruxelloise de souche. Sa mère à elle était non seulement Bruxelloise mais Marollienne ; elle ne parlait que le marollien et je crois que c’est une chose qui m’a beaucoup marqué… […] Pendant mon enfance, j’ai donc entendu ma mère et ma grand-mère parler le bruxellois. Je ne l’ai moi-même jamais parlé mais toutes ces expressions sont restées gravées quelque part dans un petit coin de ma mémoire."

 

 Conversation avec Hergé,  dans  Le monde d’Hergé de Benoît Peeters.

 

 

 Signalons que des spécialistes des dialectes bruxellois ont réalisé deux versions  des Bijoux de la Castafiore :

 - Les stiene de la Castafiore, en français mêlé de termes issus du brusseleer ;

 - De bijous van de Castafiore, en brusseleer.

 

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Une vue très partielle de l'imposant Palais de Justice.

Photo de l'auteur.

 

 

 

 

 UN PAYS MALADE ?

 

 

 

 

En France, on a dans l'idée que les Belges ont une forme de complexe d'infériorité envers les Français. On pense qu'ils envient les Français et même qu'ils voudraient être Français. Il est peu probable en tous cas que ce sentiment, s'il n'est pas inventé pour flatter l'amour-propre français,  existe chez les Flamands !

Il est vrai que les Belges  qui ont un talent cherchent à faire carrière en France.

Mais ils restent Belges.

Dans un livre paru il y a une dizaine d'années, Le Mal du pays, l'écrivain belge Patrick Roegiers énumérait les 100 raisons pour lesquelles Jacques Brel était belge, certaines paradoxales car montrant que Jacques Brel cherchait à échapper à son identité belge - et qu'il était justement Belge pour cette raison  !

Patrick Roegiers écrivait :

Jacques Brel est Belge car il a fait sa carrière en France...

Mais aussi il énonçait les raisons montrant qu'il avait conservé une identité impossible à confondre avec une autre et notamment avec la culture prédominante en France :

Jacques Brel est Belge car il n'a jamais chanté Eluard ni Aragon (cité de mémoire).

 

 

Les Français trouvent souvent matière à plaisanter ou à plaindre la Belgique et les Belges, sur le thème : comment peut-on être Belge ?

Par ailleurs, les récents attentats donnent une autre couleur, tragique, à la Belgique, pas seulement parce que des attentats l'ont frappée,  mais parce que les auteurs étaient Belges ou résidaient en Belgique :

Schaerbeek, ville de 120 000 habitants dans l'agglomération bruxelloise, ville natale de Jacques Brel et de Michel de Ghelderode (un des grands noms de la littérature belge), mais aussi de Jean Roba (le créateur de Boule et Bill) et de Peyo (le créateur des Schtroumpfs), est aussi la ville qu'habitaient les auteurs des attentats de mars 2016 en Belgique. 

Molenbeek (Molenbeek-Saint-Jean, ou Sint-Jans-Molenbeek), autre ville de l'agglomération bruxelloise de près de100 000 habitants et autrefois un des hauts-lieux du dialecte bruxellois, est comme on sait, la ville dont sont originaires ou qu'habitaient plusieurs des auteurs des attentats de novembre 2015 en France;  parmi ces auteurs ou complices, certains ont, ou avaient pour ceux qui sont morts, la nationalité belge et d'autres la nationalité française.

D'autres lieux en Belgique se sont révélés liés au terrorisme (Verviers).

Dans tous les cas, l'existence de groupes  potentiellement dangereux avait été identifiée,  bien avant les attentats.

L'interrogation posée par les Belges mais aussi en France est de savoir si le gouvernement belge a été à la hauteur des menaces ou s'il les a sous-estimées, par manque d'organisation et de moyens. 

C'est pour beaucoup de Français un nouvelle  raison d'accuser l'incompétence et la faillite de l'Etat belge.

 

Jean Quatremercorrespondant à Bruxelles d'un journal français (Libération) commença  un article le 28 avril 2016, intitulé La Belgique près de défaillir, avec ces lignes : 

" La Belgique s’effondre sous les yeux incrédules de sa population. Les attentats du 22 mars ont fait éclater la bulle de déni dans laquelle le pays se complaisait depuis longtemps. La déliquescence de l’Etat, miné par les luttes incessantes entre la majorité néerlandophone et la minorité francophone, est apparue au grand jour..."

Il accusait les défaillances des institutions et des administrations, des politiciens (seulement préoccupés de leurs prébendes) mais aussi de professions ne voyant que leur intérêt et se mettant en grève ou perturbant les transports dans les jours qui ont suivi les attentats.

 

A la suite de cet article, les  réactions contre l'auteur, attaqué en tant que Français s'en prenant à la Belgique, firent dire ensuite à Jean Quatremer, dans un entretien accordé à la Libre Belgique (sous le titre donné par ce journal : " Quatremer : "Gravement malade, la Belgique est devenue une fabrique d’irresponsables") :

" Il y a un certain racisme anti-Français en Belgique francophone qui est totalement toléré et qui ne suscite guère de débat ."

Et de confirmer son propre diagnostic sur les causes de la quasi-faillite de la Belgique :

" Qui a dépecé l’État fédéral, si ce ne sont les nationalistes flamands ? La N-VA [principal parti nationaliste flamand] devrait logiquement se dire qu’il est temps de cesser ces conneries et remettre de l’ordre dans tout ça, mais elle ne le fera pas, car elle espère reconstruire un État central sans les francophones et limité à la Flandre. Au contraire, ce parti accuse le fédéral d’être responsable de la situation, c’est dire à quel point ce pays est malade. Il est poussé vers le précipice par les nationalistes flamands qui se succèdent depuis 40 ans. La 6e réforme de l’Etat a abouti à un Etat failli." ( http://bruxelles.blogs.liberation.fr/2016/05/12/il-y-quelque-chose-de-pourri-dans-le-royaume-de-belgique/  et http://www.lalibre.be/actu/belgique/quatremer-gravement-malade-la-belgique-est-devenue-une-fabrique-d-irresponsables-5729bb2835702a22d706bd21 )

 

 

Doit-on incriminer le fédéralisme et l'enchevêtrement de compétences du système administratif belge  (il y a pourtant bien une police fédérale et ce n'est pas le conseil de la communauté francophone ou flamande de Bruxelles-Capitale  qui sont responsables de la sécurité !) ou au contraire le sabotage du fédéralisme,  c'est une question sans doute insoluble.

L'Etat français, unitaire et il est vrai doté de plus de moyens (ne serait-ce que par la taille du pays) que l'état belge, ne parait pas très bien fonctionner de façon générale (ce n'est évidemment pas l'avis des dirigeants !) ni avoir très bien fonctionné dans les circonstances des attentats.

 Certes, aucune précaution ne peut assurer un risque zéro. Mais les situations qui ont abouti aux tragédies récentes existent depuis longtemps et il semble que les pouvoirs publics les ont laissé dégénérer, dans les deux pays. Il  est vrai que les problèmes sont complexes et qu'aucune solution simple n'existe. Mais au moins il importe de ne pas nier les problèmes ou de prétendre les traiter par des paroles ou des incantations (union nationale, vivre ensemble...).

 Enfin, certains en France, n'hésitent pas à dire que le communautarisme belge (Wallons d'un côté, Flamands de l'autre) a encouragé (?) le communautarisme des auteurs des attentats, comme si les deux questions (communautarisme des populations immigrées et identités autochtones) étaient en relation de causalité et comme si la France unitaire et centralisatrice n'était pas dans la même situation que la Belgique fédérale.

Si on veut regarder un pays d'Europe pour l'instant épargné par ce genre de problèmes, qu'on regarde donc vers la Suisse fédérale avec ses cantons "souverains" et ses quatre langues officielles...

 

 

 

 

 

RETOUR SUR LA GRAND PLACE

 

 

 

 

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 Un des immeubles de la Grand Place.

La Maison de la Chaloupe d'Or (en néerlandais : De gulden boot) était la maison de la corporation des tailleurs.Elle est surmontée de la statue de Saint Hommebon de Crémone, patron des tailleurs. Le buste féminin au premier étage est celui de Sainte Barbe.

Photo de l'auteur.

 

 

 

 

 

Dans ce monde tourmenté et instable, la Grand Place donne (ou parait donner...) une leçon de permanence.

Depuis plus de 250 ans, la statue équestre de Charles-Alexandre de Lorraine, le plus populaire des gouverneurs généraux des Pays-Bas autrichiens,  surmonte la Maison de l'Arbre d'Or ou Maison des brasseurs (Den Gulden Boom ou De Brouwershuis en néerlandais); la corporation des brasseurs voulut lui rendre hommage de son vivant par cette statue.

Le prince de Lorraine, conquérant pacifique, tend l'épée,  vers quoi ? L'avenir, l'éternité ?

Ce n'est pas la statue d'origine mais une statue placée en 1901, remplaçant une autre statue de 1854 qui avait remplacé l'original.  

La statue du prince de Lorraine avait d'ailleurs remplacé celle d'un duc de Bavière, gouverneur à l'époque du bombardement français de 1695 et qui avait contribué de ses deniers à la reconstruction de la place.

Après l'achèvement de la maison de l'Arbre d'Or,  un an seulement après le bombardement de 1695, l’architecte Guillaume de Bruyn  prononça la phrase célèbre devant ses maçons : « Vous avez eu la conscience de travailler pour l'éternité ! ».

Ces maisons sont antérieures à l'existence de la Belgique comme Etat, mais c'est bien par des Belges qu'elles ont été bâties, remplaçant d'autres maisons, dans une continuité d'esprit et de sentiment.

Regardez les façades de certains immeubles préservés à Bruxelles (malgré une urbanisation souvent catastrophique à partir des années 1960) et en bien d'autres endroits partout en Belgique : ce sont les mêmes façades qu'on voit sur les tableaux anciens, du temps de Bruegel, de Rubens, des régents Isabelle et Albert et avant cela, des "primitifs flamands" comme les frères Van Eyck ou Robert Campin ...

 

 

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Vieux immeubles dans une rue de Bruxelles.

Photo de l'auteur.

 

 

 

La Grand Place et les façades des vieilles maisons nous rappellent qu'une architecture, une ville, ne sont pas qu'un décor où les comédiens sont interchangeables et où on peut donner n'importe quel spectacle. Le peuple  qui a  bâti ce décor doit toujours le faire vivre et évoluer, avec ceux, même s'ils sont venus d'ailleurs, qui ont choisi de prendre place aux côtés des descendants des générations des bâtisseurs et des habitants d'autrefois.

 

 

 

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Commentaires
Le comte Lanza vous salue bien
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