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Le comte Lanza vous salue bien
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10 octobre 2015

QUELQUES IMAGES DE LA RESTAURATION ANGLAISE PREMIERE PARTE

 

 

 

 

QUELQUES IMAGES DE LA RESTAURATION ANGLAISE

PREMIERE PARTIE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En France, le mot Restauration évoque une période assez terne, débutée après la première abdication de Napoléon (1814), puis poursuivie en 1815 après la chute définitive du régime impérial (épisode des Cent Jours et défaite de Waterloo). Le mot "Restauration" renvoie à la restauration des Bourbons sur le trône de France..

La période se poursuit jusqu'à la révolution de 1830 qui inaugure un nouveau régime de monarchie libérale avec Louis-Philippe, membre de la branche cadette des Bourbons (famille d'Orléans), qui ne fait plus partie de la Restauration.

Période jugée sans sympathie, souvent comprise comme le retour aux valeurs monarchiques et cléricales d'avant la Révolution française, donc, au sens propre une période réactionnaire . Peu importe à cet égard que l'historien italien Guglielmo Ferrero ait dit que la déclaration des droits de l'homme ne fut pas appliquée en France avant la Restauration. Pour la plupart des Français d'aujourd'hui, la Restauration est considérée comme une sorte de retour en arrière, même si on a oublié qu'à son début elle fut saluée avec un enthousiasme presque unanime car elle mettait fin au pouvoir napoléonien , donc à la guerre permanente. Quant à la période révolutionnaire, qui pouvait la regretter ?

 

En tous cas la monarchie française restaurée et surtout modernisée par une charte constitutionnelle ambigüe, se hâta de reprendre à son profit les principales "conquêtes" de la Révolution : la toute - puissance de l'Etat face à l'individu isolé et la départementalisation, machine à détruire les identités régionales, et même la conscription qu'elle avait juré d'abolir. Elle conserva aussi  en vigueur  les apports napoléoniens, comme les préfets, les lycées, le code civil bourgeois .  

L'Etat était encore peu gourmand et lorsque le président du conseil  (premier ministre) M. de Villèle déclara aux députés, lors du vote du budget de 1828 ( le vote du budget annuel est une pratique qui date de la Restauration), qui atteignait pour la première fois un milliard de dépenses, à financer par l'impôt ou l'emprunt : "contemplez bien ce chiffre, Messieurs, vous ne le reverrez plus jamais",  il ne croyait pas si bien dire...

Mais laissons ce sujet.

En Angleterre (Grande-Bretagne ? toujours la même hésitation - ce qui s'applique à l'Angleterre proprement dite s'applique t-il au reste du Royaume-Uni ?) le mot Restauration évoque tout autre chose, une époque passablement débridée et romanesque.

Et d'abord quelles sont ses limites temporelles ?

La Restauration, au sens strict, est celle de la monarchie en 1660 après la période républicaine de Cromwell. Mais la fin de la période est moins facile à marquer puisqu'on parle du "théâtre de la Restauration" (une période faste pour le théâtre anglais, surtout en matière de comédies) jusqu'en 1710 environ, soit pendant 50 ans et quatre règnes !

Pour d'autres, tenant compte des changements politiques, la Restauration est une période qui couvre les règnes de Charles II et de son frère Jacques II  (James II) jusqu'à la Glorious Revolution de 1688, qui chasse Jacques II et le remplace par Guillaume III (William III), son beau-fils.

Mais cette révolution ne change pas grand chose à la société ; elle ne constitue en rien une coupure comme la Révolution française. Quasiment toute la société anglaise (pour les Ecossais, c'est un peu moins clair et encore moins pour les Irlandais) se rallie au nouveau régime qui lui-même est conçu comme une sorte de Restauration des valeurs anglaises, protestantes - en fait anglicanes - et libérales, qui avaient été mises en danger (réellement ou pas) par Jacques II, monarque catholique tenté par l'absolutisme.

On peut presque dire que le révolutionnaire, c'était Jacques II et que la révolution de 1688 est comprise (avec un peu d'hypocrisie) comme un retour à l'ordre traditionnel, l'expulsion d'un trublion incompatible avec les valeurs anglaises.

 Mais quelque chose a changé pendant ces années - c'est l'atmosphère de libertinage qui prédomine sous le règne de Charles II et se fait ensuite plus discrète,  sans disparaître totalement.

 

 

 

 

LA REPUBLIQUE DE CROMWELL

 

 

 

En 1658, Oliver Cromwell, le Lord Protecteur ou dictateur de la république britannique (appelée plus exactement Commonwealth), meurt après une dizaine d'années de gouvernement solitaire.

Pendant la guerre civile, de 1642 à 1647, Cromwell, un député campagnard qui se révéla comme chef de guerre,  avait commandé les armées du Parlement en lutte contre le roi Charles Ier Stuart. Le Parlement reprochait au Roi sa tendance  l'absolutisme et à imposer une vision de la religion anglicane qui lui paraissait du catholicisme camouflé. En effet depuis Henri VIII le roi d'Angleterre est le chef de l'église anglicane.

Les préoccupations religieuses et l'antagonisme entre Anglicans et Puritains jouèrent un grand rôle dans le conflit. En simplifiant,  les Puritains partisans de la simplicité évangélique et contre la hiérarchie ecclésiastique  étaient dans le camp du Parlement (mais celui-ci n'était pas seulement composé de Puritains) et les Anglicans soutenaient plutôt les royalistes. La grande aristocratie (avec des exceptions) soutenait le roi, la bourgeoisie commerçante soutenait le Parlement. Les classes populaires n'étaient pas vraiment impliquées dans le conflit.


La lutte entre "Cavaliers" (partisans du roi) et "têtes-rondes" ( membres de l'armée du Parlement, ainsi nommés en raison de leurs cheveux courts) se termina par la défaite des royalistes et la condamnation à mort du roi, exécuté en 1649. Au cours de cette lutte, nombreux avaient été les protagonistes à hésiter entre les deux camps et nombreuses les tentatives de conciliation, tandis que les Ecossais et les Irlandais (eux-mêmes divisés) appuyaient l'un ou l'autre camp et surtout jouaient leur propre jeu.

 

Après l'exécution de Charles Ier, on dit que Cromwell ouvrit le cercueil où le corps du roi décapité avait été déposé et soupira en regardant le corps : "cruelle nécessité". Puis le cercueil fut remis à un groupe de grands seigneurs qui le placèrent dans un carrosse blanc orné de plumes blanches, couleur du deuil royal, et le corps fut emmené à Windsor pour y être enterré dans la chapelle royale.

Peu de jours après la mort du roi, paraissait un ouvrage relatant ses souffrances et présentant le roi comme un Saint. Il ne semble pas que le gouvernement républicain ait interdit cet ouvrge qui eut un grand succès.

Ceci montre que malgré une similitude de surface avec les événements de la révolution française, presque 150 ans après, l'atmosphère de la révolution anglaise fut bien différente.

Les Ecossais, après avoir accepté la chute de la monarchie et joué un rôle ambigu, avaient reconnu comme roi le fils de Charles Ier en échange de concessions religieuses avantageant les presbytériens, branche du protestantisme assez proche des Puritains - un comble pour le jeune Charles II qui combattait les Puritains d'Angleterre et s'alliait en Ecosse avec leurs homologues écossais. Cette alliance peu naturelle tourna à la déroute quand Charles II entra en Angleterre avec une armée écossaise et fut battu (1651).

Puis Cromwell  soumit l'Irlande (pour celle-ci, après une campagne très dure dirigée autant contre les catholiques que contre les Anglicans royalistes d'Irlande) ; il supprima les statuts d'autonomie (si on veut aller vite) de l'Ecosse et de l'Irlande.

Cromwell gouverna seul par la suite, supprimant le Parlement, faisant expulser les députés par ses mousquetaires et fermant lui-même la porte de la salle des séances en y accrochant un écriteau "A louer".

Puis il rétablit un Parlement à ses ordres.

Pendant la période où il dirigea l' Angleterre (ainsi que l'Ecosse et l'Irlande, unies avec l'Angleterre dans le même Commonwealth) il renforça la puissance martitime, militaire et commerciale du pays, lui donnant un rang respecté en Europe.

Il refusa la couronne royale mais lorsqu'il mourut, bien des aspects des pratiques monarchiques et du protocole royal avaient été rétablis. Cromwell distribua des titres de noblesse.  Lors de ses grandioses funérailles, la couronne royale fut placée sur la tête de Cromwell et le sceptre dans sa main.

 

Comment juger Cromwell ?

L'écrivain et homme politique John Buchan ( mort en 1940, il fut à la fin de sa vie gouverneur-général du Canada avec le titre de  Lord Tweedsmuir, mais on se souvient surtout de ses romans d'avenures comme les Trente-neuf marches, plus que de ses livres d'histoire, dont une biographie de Cromwell), écrivit de lui :

"the tenderest, he had continually to harden his heart; the most English of our greater figures, he spent his life in opposition to the majority of Englishmen; a realist, he was condemned to build that which could not last." 

( l'homme le plus tendre, il eut continuellemet à endurcir son coeur; le plus Anglais de nos grands hommes, il passa sa vie en opposition à la majorité des Anglais; l'homme réaliste, il fut condamné à bâtir ce qui ne durerait pas ).

En 1895, dans les dernières années du règne de la reine Victoria,  le gouvernement libéral proposa l'érection d'une statue à Cromwell près du Parlement à Westminster.

L'opposition des conservateurs et des nationalistes irlandais (qui ne pouvaient pas oublier la brutale reconquête de l'Irlande par Cromwell) fit échouer le projet.

Mais en 1899 la statue fut installée à la suite d'une initiative privée.

L'ancien Premier ministre, le libéral impérialiste Lord Rosebery, prononça un discours lors de l'inauguration, où il faisait l'éloge de Cromwell, en tant que raiser  and maintainer of the power of the Empire of England (celui qui avait été à l'initiative et qui avait maintenu le pouvoir de l'Empire anglais).

Plus tard on devait apprendre que Rosebery avait lui-même payé une grande partie du coût du monument, probablement avec des "souscripteurs juifs",  qui voulaient rendre hommage  à la tolérance de Cromwell pour les israélites.

Dans son poème The Cromwell's statue, le poète Swinburne, le plus grand poète anglais du moment,  parla de lui ainsi :

...the light that lit on England's way

(...)

The noon time of  her most imperial  day

la lumière qui éclaira la route de l'Angleterre,

(...)

Le midi de son jour le plus impérial

 

Cromwell était réintégré dans l'histoire anglaise, non comme régicide, mais comme héros, au nom de l'impérialisme.

 

 

 

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 Statue d'Olivier Cromwell dans les jardins du Parlement de Westminster., oeuvre du sculteur Hamo Thornycroft. inaugurée en 1899. Cromwell tient à la main une Bible et s'appuie sur son épée.Le lion britannique monte la garde.

http://blog.sylfel.info/2010/02/19/londres-westminster/

 

 

 

 

Le fils d'Olivier Cromwell, Richard, un homme sans beaucoup de talents et peu intéressé par le pouvoir, fut choisi pour lui succéder comme Lord Protecteur par les dirigeants républicains. Le désordre s'accrut et Richard démissionna.

C'est alors que l'un des chefs militaires républicains, le général Monck, prit contact avec le fils du roi Charles Ier,  Charles II pour ses partisans, qui vivait chichement en exil aux Pays-Bas. Monck négocia son retour sur le trône en lui apportant le soutien de l'armée. Un Parlement dénommé Convention fut élu qui se prononça en faveur du rétablissement de la monarchie,  tandis que le futur roi faisait une proclamation rassurante sur les prérogatives du Parlement.

Le 29 mai 1660, le prince Charles, désormais pour tous le roi Charles II, fit son entrée à Londres au milieu de l'allégresse générale, pour ne pas dire de l'hystérie.

 

 

 

CHARLES II

 

 

 

Le roi Charles II avait connu une vie aventureuse. Par nature c'était un ami des plaisirs. Son accession au trône lui donnait l'occasion de les satisfaire largement. Politiquement il se méfiait du Parlement et aurait sans doute préféré avoir les coudées franches comme son "cousin" Louis XIV en France; mais instruit par les malheurs de son père, il évita de se mettre à dos la majorité du Parlement par des pratiques trop autoritaires, dans les débuts du règne au moins. Cela lui était d'autant plus facile que le nouveau Parlement élu après le retour du roi était composé de partisans convaincus de la Restauration ("Parlement cavalier").

Il était facile de présenter les Puritains (les protestants les plus convaincus et les plus austères, souvent  membres d'églises "non-conformistes"), qui avaint été partisans de Cromwell (et pour certains, déçus par l'évolution presque monarchique du régime cromwellien) comme des ennemis de la liberté et de la majorité du pays.

La majorité de la population, les anglicans modérés, étaient tout disposés à soutenir la monarchie si elle  respectait les droits du Parlement et opprimait les minoritaires, aussi bien les catholiques que les Puritains...En effet les Puritains avaient profité de leur victoire sous le Protectorat de Cromwell pour établir une sorte de dictature morale qui déplaisait au grand nombre. Le retour de la monarchie était aussi, d'une certain façon, le retour de la joyeuse Angleterre ("merry England") amie des plaisirs et des distractions pas toujours raffinées. 

 

 Le roi Charles II symbolise cet état d'esprit. on l'appelle "the merry king" (le roi joyeux) et il donne le ton.

Sa silhouette est reconnaissable : petite moustache, perruque noire, chapeau à plumes à large bord, quelque chose dans l'allure du capitaine Crochet de Walt Disney; il se déplace souvent avec ses petits chiens trottinant autour de lui, justement des King Charles.

Dans le film d'Otto Preminger Ambre  (Forever Amber) tiré du roman de Kathleen Winsor, l'acteur anglais George Sanders en donnera une image pleine de vie.

 

 

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Une image du film Forever Amber (Ambre) de Otto Peminger (1947) avec George Sanders dans le rôle de Charles II et Linda Darnell dans celui d'Ambre, jeune femme aventureuse qui devient la maîtresse du roi alors qu'elle continue d'aimer son premier amour, Bruce Carlton, qui la méprise et la rejette.

http://www.classicmoviefavorites.com/review-of-linda-darnell-in-forever-amber-1947/

 

 Un homme d'esprit de l'époque, et ami du roi, le comte de Rochester (un de ces rakes ou libertins dont on va parler) , fit ces quelques vers sur le monarque :

 

We have a pretty witty king,

Whose word no man relies on,

He never said a foolish thing,

And never did a wise one

 

 Nous avons un joli roi plein d'esprit,

A qui aucun homme ne se fie 

Il n'a jamais dit quelque chose d'insensé

Et n'a jamais fait quelque chose de sage

 

Ce à quoi Charles II aurait répondu : rien d'étonnant, mes mots sont à moi, alors que mes actes sont ceux de mes ministres !

 

Peu vindicatif par lui-même,Charles II a laissé ses partisans excepter de la loi d'amnistie qu'il avait fait voter par le Parlement, quelques uns des responsables de la condamnation à mort de son père, Charles Ier : certains seront pendus ou condamnés à la prison. Le corps de Cromwell est déterré et pendu.

Mais ces condamnations n'émeuvent pas grand monde.

Monck, un des artisans de la Restauration, ancien compagnon de Cromwell, reçut le titre de duc d'Albermarle et des propriétés en Angleterre et dans les colonies mais fut tenu à l'écart de la vie politique.

Le principal homme politique du début du règne est Edward Hyde, devenu ensuite lord Clarendon, un roturier d'origine, avocat de formation. 

Après avoir servi Charles Ier comme ministre durant la guerre civile (où il faisait figure de modéré dans le camp royaliste), il a suivi Charles II pendant son exil.  A son retour le nouveau roi fait de lui son principal ministre. Sa fille Anne et le frère du roi, James duc d'York, se sont connus durant leur exil à l'étranger et sont tombés amoureux. Anne Hyde devient enceinte. Les amoureux se marient discrètement en 1660, malgré l'opposition du père qui y voit une mésalliance. Mais le mariage sera plutôt heureux. Hyde y gagnera le titre de baron puis de comte Clarendon.

Clarendon finira par se brouiller avec le roi à qui il reproche ses maîtresses et notamment Barbara Palmer, duchesse de Cleveland. Des accusations infondées de corruption  et des accusations d'avoir violé la loi d'Habeas corpus en faisant détenir des citoyens sans procès, lancées par des rivaux formant une cabale,  causent sa chute en 1667 : le Parlement vote son empeachment,  l'obligeant à partir en exil en France, où il mourra.

Charles II ne fera rien pour défendre son vieux serviteur qui n'aura que quelques rares soutiens à ce moment, dont son beau-fils le duc d'York.

A la maîtresse du roi, Barbara Palmer, qui ayant appris sa disgrâce, lui lançait un sarcasme, Clarendon répondit  : madame,  si vous vivez, un jour vous serez vieille aussi.

 

 

 

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Barbara Villiers, duchesse de Cleveland, d'après Sir Peter Lely, vers 1670.

Collection: The Geffrye, Museum of the Home

 http://www.bbc.co.uk/arts/yourpaintings/paintings/barbara-villiers-16401709-duchess-of-cleveland--133004

 

Barbara Villiers, épouse Palmer, appartenait à une famille dont une branche avait acquis le titre de duc de Buckingham. Très belle, issue d''une famille royaliste ruinée, elle épousa en 1659, à 19 ans, un mathématicien catholique, Palmer, alors qu'il était de notoriété publique qu'elle était déjà la maîtresse du comte de Chesterfield, veuf et débauché, avec qui elle ne rompit vraiment qu'après son mariage.

Elle et son mari allèrent visiter le prétendant (futur Charles II) en exil sur le continent et on dit qu'elle devint la maîtresse du futur roi dès ce moment. On affirme qu'elle coucha avec le roi le soir  de son entrée à Londres en 1660. Elle devint plus tard la favorite officielle et son mari plutôt complaisant reçut le titre de comte de Castlemaine, puis elle-même fut titrée duchesse de Cleveland. Elle se convertit publiquement au catholicisme, faisant dire au roi qu'il n'en pensait rien, puisqu'il s'intéressait au corps des femmes, pas à leur âme. On jugea cette conversion en disant que l'église anglicane n'y avait rien perdu et l'église catholique rien gagné.

La liaison de Barbara Palmer (vivant désormais séparée de son mari) et du roi n'empêchait pas le roi d'avoir d'autres liaisons et Barbara d'avoir d'autres amants, tolérés par le roi. 

Elle eut de nombreux enfants dont certains furent reconnus par le roi et reçurent des titres de noblesse et pas d'autres (pour lesquels le roi  avait des doutes !). Après que le roi eut rompu avec elle (mais en restant en bons termes) elle eut parfois pour amants des acteurs de mauvaise renommée. Devenue âgée, elle se remaria avec un bel homme plus jeune qu'elle qui se révela être bigame.  

"Malédiction de l'Angleterre" pour le chroniqueur de l'époque John Evelyn, elle était aussi une femme capable de sentiments généreux.  

 

 

 

 L'EPOQUE DES RAKES

 

 

 

Après la période cromwellienne, marquée par la prédominance des Puritains et de leur morale austère, la Restauration est comme on l'a dit, représentée comme une période de joie de vivre, un des moments  de la Merry England, la joyeuse Angleterre,ce concept nostalgique inventé au début du 19ème siècle pour parler d'une Angleterre qui n'existait plus, avant la révolution industrielle.

Bien entendu les Puritains n'ont pas disparu - même si bon nombre émigrent en Amérique- c'est dans les communautés puritaines de l'Est américain que se répandra, à l'époque de la Restauration,la vogue des procès de sorcellerie comme à Salem.

En Angleterre, le peuple et la haute société veulent jouir de la vie et partagent le même gout pour les plaisirs des sens - sexualité ou ivrognerie. Les gens de la haute y ajoutent le goût pour le théâtre ou les plaisirs de la conversation, de la danse et de la vie de cour - sans pour autant être toujours délicats sur le reste de leurs amusements.

L'idée - plus ou moins exacte - que donne l'époque est celle d'un mélange des classes à la poursuite des mêmes plaisirs, comme l'illustre la présence du roi et des courtisans dans les théâtres, où vont aussi, lorsqu'ils peuvent se le payer, les gens du peuple. Les réussites spectaculaires de courtisanes issues de milieux modestes et partageant la faveur royale ou celles de grands seigneurs est aussi une illustration d'une (relative) mixité sociale, comme on ne disait pas encore.

Dans les classes supérieures, une catégorie de personnages donne le ton : ce sont les rakes, mot dificile à traduire (on traduit parfois par roués, expession qui en France sous la Régence du duc d'Orléans, donc quelques décennies plus tard, désignera les seigneurs jouisseurs et dissipés). On peut aussi traduire par libertins dans tous les sens du mot.

Les plus connus des rakes formaient à la cour du roi Charles II  the merry gang (la joyeuse bande) et comprenaient notamment Jonn Wilmot; deuxième comte de Rochester, Sir Charles Sedley, Charles Saville, sixième comte de Dorset, les auteurs de théâtre William Wycherley et George Etheridge, le duc de Buckingham, et épisodiquement, le roi lui-même. 

En 1663 Sedley et d'autres membres de la bande, haranguèrent le public depuis une fenêtre d'un débit de boisson à Covent Garden, nus et mimant des actes sexuels entre eux.

Pour cela ils furent poursuivis en justice et condamnés  à une amende importante, le juge estimant que c'était à cause de tels comportements que la colère de Dieu "nous menaçait".

 Les frasques de la joyeuse bande se prolongèrent une quinzaine d'années, mais l'âge venant, ils se calmèrent - ou moururent jeunes. D'autres libertins leur succèdèrent, bien entendu (nous reparlerons de Lord Wharton - un champion du protestantisme pourtant) mais avec la mort de Charles II et l'avènement de Jacques II, une page était tournée.

Les rakes de l'époque de Charles II jognaient en effet la débauche sexuelle et l'ivrognerie à des prétentions littéraires et à une philosophie sceptique et hédoniste, représentée par le comte de Rochester. Les libertins qui leur succéderont seront des amis des plaisirs sans prétexte philosophique, comme il y en a toutes les époques.

Rochester, le plus spirituel des rakes, fut, selon un de ses amis, continuellement ivre pendant cinq ans. Il se moqua et critiqua  souvent Charles II et fut banni par lui à plusieurs reprises, mais le roi le rappela toujours, ne pouvant se passer de son esprit.

Lorsqu'il boxa un compagon de Charles II, Killigrew, en présence du roi lors d'un dîner, il tomba sous le coup de l'accusation (extensive) de trahison mais le roi lui pardonna.

En 1676 leurs relations se refroidirent quand Rochester  après une beuverie, fut mêlé avec quelques compagnons  à une bagarre avec la garde de nuit, et qu'un de ses amis fut tué.

 Rochester pendant qulques semaines, joua le rôle du docteur Bendo, un charlatan de place publique, spécialiste des problèmes d'infertilité. Il raconta avoir eu un grand succès. On pense qu'il en profita pour jouer le rôle de donneur de sperme auprès des femmes dont le mari ne pouvait avoir d'enfant et, sous l'identité de la femme du pseudo-docteur, procéder à des examens gynécologiques !

 Rochester écrivit des poèmes où il exprimait son scepticisme et sa conception pessimiste de l'humanité. il mourut à 33 ans seulement, probablement des conséquences de maladies vénériennes. La plupart de ses poèmes ne furent publiés que bien après sa mort, ou parurent anonymement car contraires à la morale établie et  la religion ( A Satyr Against Mankind  - une satire conte l'humanité, 1675). 

Il s'ocupa aussi de théâtre et on ne  sait pas si la pièce  Sodom, or the Quintessence of Debauchery (Sodome ou la quintessance de la débauche), qui lui été attribuée,  est vraiment de lui. Presque tous les exemplaire de la pièce, jugée obscène, furent détruits et ce n'est qu'en 2004 qu'un exemplaire fut retrouvé.

A la mort de Rochester,un de ses amis, Burnet, futur évêque, prétendit avoir réussi à le convertir sur son lit de mort et l'avoir décidé à détruire certaines de ses oeuvres immorales.

D' autres rakes eurent une vie plus longue et une fois passée leur jeunesse dissipée , ils furent des citoyens éminents.

Le comte de Dorset fut un protecteur généreux de la littérature, faisant preuve de qualités humaines; il fut l'un des promoteurs de la Glorious Revolution de 1688, fut nommé ministre de la justice (Lord Chancellor) par Guillaume III, puis Lord Chief Justice et fut élu fellow de la Royal Society, l'académie scientifique du royaume. Poète occasionnel, il mourut à 68 ans, un âge correct pour l'époque. 

 Sir Charles Sedley finit par se consacrer à la politique. Membre du Parlement, il s'opposa à la politique pro-catholique de Jacques II et fut exclu du Parlement. Retrouvant son siège après la Glorious Revolution, sa carrière culmina avec sa nomination comme Speaker (président) de la Chambre des Communes.

 

 

 

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Une représentation privée à la cour de Charles II, image extraite de  Charles II, The power and the passion, télefilm de la BBC en 4 épisodes (2003)

http://ecaresearchblogpopea.blogspot.fr/2012/09/charles-ii-power-and-passion.html

 

 Les rakes furent souvent représentés au théâtre de la Restauration. Les auteurs les présentèrent parfois comme des personnages futiles et  ridicules, mais aussi comme des personnages plutôt sympathiques, élégants et désinvoltes sans méchanceté,  qui refusent de se lier malgré l'amour qu'ils éprouvent pour une femme,  pour conserver leur liberté.

 Shadwell, un auteur de théâtre, de sympathies whig (libéral, représentant les idéaux bourgeois et  ennemi de l'autorité royale) présenta  les rakes comme antipahiques et même dans certains cas comme odieux, criminels et violents (The Liibertine, inspiré du personnage de Don Juan - il est vrai que l'action ne se passait pas ans l'Angleterre contemporaine).

Au fur et à mesure que la période allait sur sa fin, les oeuvres théâtrales montrèrent le rake finissant par céder à l'amour et se convertissant à la fidélité, donnant ainsi l'image du gentleman achevé, unissant la bonne éducation, l'esprit  et les valeurs morales et préfigurant les modèles sociaux du 18ème siècle anglais.

 Au début de la Restauration, les rakes, liés à l'entourage royal, étaient présentés,  au théâtre, comme l'antithèse des bourgeois,  Ceux-ci étant des whigs, des partisans de la monarchie limitée et travaillant pour s'enrichir et progresser socialement, alors que les rakes étaient des aristocrates dilapidant leur héritage et soutenant le roi presque inconditionnellement.

25 ans après, les véritables rakes survivants se confondaient désormais avec les whigs, applaudissaient la monarchie limitée et ne cherchaient plus à s'opposer à la bourgeoisie ascendante.

 

 

 

 

 

LA COLERE DE DIEU

 

 

 

Le magistrat qui infligea une amende aux débauchés provocateurs  de 1663 dont on a parlé avait dit que leurs indécences  provoquaient la colère de Dieu.

Ce magistrat – qui n’avait pas besoin d’être un Puritain pour avoir cette opinion, ne croyait sans doute pas si bien dire.

Deux années successives  allaient apporter sinon à toute l’Angleterre, du moins à Londres, des épreuves terribles.

 

D’abord ce fut en 1665 la grande peste qui frappa Londres mais aussi une partie de l'Angleterre à partir d'avril mais avec le plus haut de l'épidémie en juillet.

 

Daniel DeFoe, l’auteur de Robinson Crusoe, était un jeune enfant à l'époque; il a laissé un récit  semble-t-il exact, écrit bien après au début du 18ème siècle, d'après des témoignages, le Journal de l'année de la Peste.

 

La Grande peste fit environ 100 000 victimes. Les gens qui le pouvaient - et bien entendu la famille royale et la Cour,  qui à l'époque se trouvait au palais de Whitehall (Buckingham Palace, résidence des rois et reines de Grande-Bretagne, ne serait construit que plus tard) quittèrent Londres pour se réfugier notamment à Oxford.      .

 

L'épidémie avait à peine pris fin que Londres fut confrontée à un nouveau fléau.

En 1666, dans une ville qui avaot perdu u quart de sa population du fait de la peste, le Grand incendie détruisit une grande partie des habitations entre le 2 et le 5 septembre.

Le feu prit dans une boulangerie de la City  (cette partie de la ville où se regroupaientles commerces et administrée par les corporations de marchands) et l'incendie prit des proportions énormes parce que le Lord Maire de Londres, représentant des corporations, refusa pendant trop de temps l'intervention des soldats du roi (en raison des privilèges de la City et de l'opposition politique feutrée entre le roi et la bourgeoisie), puis repoussa également, au nom du respect de la propriété privée,  le conseil du roi de détruire des habitations pour faire des coupe-feu. Finalement le roi passa outre les pouvoirs du Lord  Maire et prit les mesures qui 'imposaient mais il était trop tard.

Le frère du roi, James, duc d'York (le futur roi James II ou Jacques II pour les Français) fut chargé par le roi de diriger les secours. Une partie de la population, en proie à la panique, cherchait des boucs émissaires et pensait que l'incendie était criminel et que les auteurs étaient les catholiques et les étrangers (Français, Hollandais); on s'en prit à eux dans les rues, dans l'atmosphère de folie qui régnait pendant les cinq jours de l'incendie. James et ses soldats et pompiers furent autant occupés à sauver les personnes poursuivies par la foule qu'à combattre l'incendie. Celui-ci se propagea à la cathédrale Saint Paul qui était en réfection.  Enfin l'incendie diminua d'intensité avec les destructions d'immeubles et les explosions orgnisées par l'armée.

Les chroniqueurs de l'époque, Samuel Pepys et John Evelyn, suivirent les événements heure par heure.

 Le roi Charles II et son frère se signalèrent par leur  activité et leur implication dans l’organisation des secours, au demeurant bien impuissants par rapport à la puissance du sinistre.   

 13 000 maisons représentant les logements de 70 000 à 80 000 personnes furent détruits et de très nombreux bâtiments publics, mais officiellement on ne compta que de six morts à dix morts - même si ce chiffre a paru bien sous-évalué. La mortalité dans les mois qui suivirent, en raison du dénuement d'une partie de la population, n'est pas comptée. Le roi prit des mesures pour aider les gens qui avaient perdu leurs biens et leur logement, notamment pour permettre leur réinstallation dans d'autres villes, mais ce furent plus des mesures administratives qu'une assistance directe qui n'était pas dans l'esprit du temps.       

Ces deux années terribles  marquèrent les esprits des survivants comme on peut s’en douter, même si ceux qui n’habitaient pas Londres virent les choses avec plus d’éloignement, au moins pour l'incendie.

 Une grande partie du Londres médiéval  avait disparu. La reconstruction de la ville aurait pu donner lieu à un aménagement urbain complètement repensé  avec des grandes avenues mais le coût fit reculer les gestionnaires et la ville fut rebâtie sur les découpages anciens. 

Toutefois de nouvelles constructions de monuments dans le goût de l'époque (baroque modéré) donnèrent une apparence moderne à Londres; ces constructions furent notamment l'oeuvre de Sir Christopher Wren, l’architecte de la nouvelle cathédrale Saint Paul et d'une cinquantaine d'églises - Wren mourut nonagénaire et considéré comme un héros national en 1723.     .

Il fut enterré dans Saint Paul et sur sa tombe très simple, on lit l'inscripion fameuse (en latin) : Si tu cherches un monument, regarde autour de toi.

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LE DEUXIEME DUC DE BUCKINGHAM

 

 

 Parmi les membres les plus connus de la joyeuse bande, figurait le duc de Buckingham.

On a dit qu' à l'époque de Charles Ier, le roi était l'image de Dieu sur terre. Cette période de la monarchie sacrée n'existe plus. Avec Charles II, le roi est plus simplement le modèle social à imiter. Tous les gentlemen d'Angleterre veulent ressembler au roi. Le snobisme devient l'un des fondements de la monarchie et le snobisme peut être partagé même  par  les roturiers; d'ailleurs eux-ci pouvaient rêver d'accéder à la noblesse, comme le montraient beaucoup d'exemples du moment, pas seulement la petite noblesse, guère distincte des classes moyennes, mais la noblesse titrée donnant accès à la chambre des Lords.

La grande aristocratie continuait à tenir les premiers rôles, à la Cour, ce qui va de soi, mais aussi dans le gouvernement où elle devait faire une place à des roturiers anoblis ou en voie de l'être comme Clarendon. Elle était toute-puissante à la chambre haute du Parlement, la Chambre des Lords, où les anoblis, lorsqu'ils y étaient nommés, s'efforçaient de se fondre avec les nobles de plus ancien lignage.

Mais la grande aristocratie était loin de présenter un front uni. Plus que des divisions de parti encore embryonnaires (bien que les souvenirs récents de la période républicaine continuaient d'opposer les familles qui s'étaient ralliées à la répubique cromwellienne et celles qui étaient restées fidèles au roi) les oppositions étaient le fait d'individus, dans une monarchie où le roi n'exerçait pas lui-même le pouvoir comme en France mais laissait le pouvoir  à ses favoris du moment - où aux favoris du Parlement - quitte à les désavouer ensuite.

Après la chute de Clarendon, ceux qui ont organisé sa chute et qu'on surnomme The Cabal (la cabale, le complot) en raison  de la première lettre de leur nom (Clifford, Arlington, Buckingham, Ashley Cooper, Lauderdale), exercent le pouvoir.

Le plus remuant d'entre eux est le deuxième duc de Buckingham, George Villiers, fils du pemier duc, le ministre favori de Charles Ier, qui périt assassiné par un Puritain (le premier duc est l'un des personnages des Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas, amant ou au moins amoureux de la reine de France Anne d'Autriche)

 

Le duc de Buckingham, quand il était jeune homme, avait combattu dans les rangs royalistes lors de la guerre civile, se battant avec panache, dans le meilleur style "cavalier".

Puis après l'exécution de Charles Ier, il avait soutenu les entreprises du prince Charles (le roi Charles II pour ses partisans) et l'avait accompagné  durant son exil. Les deux hommes avaient à peu près le même âge et les mêmes goûts pour les plaisirs et  surtout les femmes. Mais une brouille était survenue car Buckingham courtisait la soeur de Charles et aussi pour des questions d'argent, permanentes chez ces exilés impécunieux.

Pensant que la restauration des Stuarts n’était pas pour demain et fâché avec le prétendant, Buckingham rentra en Angleterre en 1657, dans les derniers temps du régime de Cromwell. Soucieux de faire un bon mariage, il jeta son dévolu sur la fille de Lord Fairfax, un riche aristocrate rallié à Cromwell et l'épousa - alors que les bans du mariage de celle-ci avec le comte de Chestefield avaient déjà été publiés.

En quête d'un rôle politique et d’esprit aventureux, Buckingham se mêla d’une conspiration contre Cromwell  en compagnie de presbytériens (une frange du protestantisme influente  en Ecosse) ce qui lui valut un séjour en prison - il fut libéré en 1659 grâce à son beau-père qui paya sa caution et après s'être engagé à soutenir le gouvernement.

Au moment de la Restauration, son beau-père Lord  Fairfax  fit ce qu’il fallait en se rendant aux Pays-Bas avec une délégation pour rencontrer le prétendant  et assurer le futur monarque qu’on l’attendait avec joie. Mais une fois rentré en Angleterre,  le roi Charles II se méfiait du duc de Buckingham et se souvenait qu’il avait abandonné sa cause pas tellement  longtemps avant.

Mais comment résister à Buckingham, joyeux compagnon  et homme d’esprit ?

 Le roi et lui furent vite raccommodés. Buckingham récupéra ses terres familiales (confisquées pendant le gouvernemen de Cromwell ) et devint un des particuliers les plus riches du pays

 Le duc menait une vie turbulente, et faisait partie comme on l'a vu, des rakes les plus connus, appartennt au merry gang de jeunes libertinsqui gravitait autour du roi.

Selon les témoins de l’époque c’était un athée et  un homme dont les appétits sexuels ne respectaient ni le sexe, ni l’âge (dans quel sens ?) ni la condition.

Envoyé en France avec la soeur du roi, Henrietta, pour négocier le mariage de celle-ci avec le frère de Louis XIV, il dut être vite rappelé en Angleterre : il profitait de sa mission pour faire des avances à la princesse.

Toujours taraudé par l’envie de jouer un rôle politique, on a vu qu’il fut un des artisans de la chute de Lord Clarendon.

Buckingham trouva sur son chemin un homme politique important et connu pour son intégrité, le duc d’Omonde, lord-lieutenant d'Irlande. Il  accusa d'Ormonde, Anglo-irlandais, de favoriser les Irlandais lors du vote d'une loi sur les importations de bétail  (une accusation toujours efficace en Angleterre  !). Le fils du duc d'Ormonde le défia en duel mais Buckingham refusa le duel. 

Lors d’un débat à la chambre des Lords, Buckingham et un autre aristocrate en vinrent aux mains et s’arrachèrent mutuellement leur perruque, Buckingham arrachant  aussi  les cheveux de son antagoniste.

On envoya les deux protagonistes se calmer quelques semaines à la Tour de Londres. Buckingham fut ensuite à la veille d'être arrêté pour trahison et rentra en grâce presqu'aussitôt. 

Pour  pouvoir manœuvrer le roi plus facilement, Buckingham favorisa le goût de celui-ci pour Nell  Gwynn, qui devait être une des maîtresses les plus célèbres du roi. C’est Buckingham qui présenta au roi Nell Gwynn qui supplanta la maîtresse en titre du moment, Barbara Palmer née Villiers  (pourtant parente de Buckingham).

Après la chute de Clarendon, Buckingham fut avec les autres membres de la Cabale un des personnages – sans poste bien  défini - qui dirigeaient le pays entre 1668 et 1673. Buckingham favorisa des mesures sur la tolérance religieuse, en particulier la "déclaration d'indulgence" de 1672.

Pour le reste son passage au pouvoir fut marqué par des scandales et la corruption. Il devint  l'amant de la comtesse de Shrewsbury, tua son mari en duel et installa cette "veuve de sa propre création" chez lui en compagnie de son épouse légitime.

 

 

 

mw35257

 

George Villiers, deuxième duc de  Buckingham

gravure de Robert White, 1679

National Portrait Gallery, Londres

 

http://www.npg.org.uk/collections/search/portraitLarge/mw35257/George-Villiers-2nd-Duke-of-Buckingham

 

 

 

Buckingham intrigua contre le frère du roi, le duc d'York, contre des hommes d'Etat honnêtes, Sir Roger Coventry et le duc d'Omonde (un vieil ennemi). En 1669  Buckingham fut accusé d'avoir projeté de faire assassiner  Ormonde : un aventurier (qui avait auparavant essayé de voler les bijoux de la couronne !), sans doute soldé par Buckingham, enleva d'Ormonde qui parvint à s'échapper. En présence du roi, le fils du duc d’Ormonde jura de tuer Buckingham s'il arrivait malheur à son père.

Il devint de plus en plus opposé au duc d'Arlington, un de ses "collègues" de la Cabale. Catholique, Arlington avait négocié le traité de Douvres avec Louis XIV (1672) dont une clause secrète prévoyait le versement de subsides par la France à condition que Charles II se convertisse au catholicisme et rétablisse la religion catholique en Angleterre. Or Buckingham, impliqué dans les négociations,  ignorait cette clause secrète.

Les hommes de la Cabale, en désaccord entre eux, finirent par aller chacun de son côté. Buckingham essaya  en vain d'obtenir l'"impeachment" d'Arlington.

Il perdit son influence et fut attaqué à la chambre des Communes et à celle des Lords.

Il décida de jouer la carte de l’opposition. Le roi était suspecté d’être trop favorable aux catholiques et Buckingham devint le porte-parole des protestants.

Il se retira à la campagne et reprit ostensiblement des habitudes de vie réglée. Il s'opposa à des mesures favorables aux catholiques et au rebours proposa en 1675 des mesures en faveur des protestants non conformistes ou dissidents (dissenters) qui étaient regardés par les Anglicans comme à peine mieux que les catholiques, surtout du fait qu’ils avaient été les soutiens du régime de Cromwell.

En 1677 il émit avec trois autres Lords une protestation contre la politique royale qui court-circuitait le Parlement . Sommés de s'excuser, et ayant refusé de le faire, les quatre Lords furent  brièvement incarcérés.

Au moment de l'agitation anticatholique de 1678, Buckingham fut un des chefs de l'opinion anti-catholique. Les élections de 1679 amenèrent une majorité whig au Parlement (les Whigs dont le nom apparait alors sont des protestants  partisans d'une monarchie contrôlée) mais Buckingham se sépara des Whigs sur la question de la loi d'exclusion, qui voulait exclure de la succession royale les catholiques et visait donc le duc d'York, frère et héritier du roi, converti  au catholicisme.

Il est vrai que  Buckingham n'avait aucune sympathie pour le duc de Monmouth qui aurait alors été le candidat à la succession,  ni pour le principal chef whig, Lord Shaftesbury (un ancien membre de la Cabale, Ashley Cooper devenu comte de Shaftesbury). De ce fait, il retrouva la sympathie du roi Charles II qui sans enfant, voulait assurer la succession de son frère.

 Lorsque Charles II mourut et que son frère Jacques II monta sur le trône en 1685, Buckingham décida de se retirer de le vie politique.

Il passa ses dernières années dans ses domaines en  regrettant le temps perdu et en faisant retour sur lui-même.Il publia un livre sur les Raisons de l'homme d'avoir une religion, dans lequel il faisait l'éloge de la tolérance, livre qui fut salué par William Penn, le fondateur des Quakers et le créateur de l'Etat de Pennsylvanie.

Il disait : J’ai gaspillé toutes mes richesses et la principale d’entre elles, le temps !

Buckingham mourut brutalement d’un refroidissement après une partie de chasse. Il mourut en avril 1687 dans la modeste demeure d'un paysan. Il exprima ses regrets sur sa vie passée et déclara qu'il se sentait despised by my country and I fear forsaken by my God (méprisé par mon pays et j'en ai peur, condamné par mon Dieu).

Le poète du 18ème siècle Pope décrivit sa mort en exagérant le côté sordide de celle-ci, In the worst inn’s worst room (dans la pire chambre de la pire des auberges).

Néanmoins il fut enterré à Westminster avec plus de splendeur que l'avait été Charles II. Mais sans enfant légitime, son titre s'éteignit et ses biens furent dispersés.

 Quel souvenir laissa Buckingham à ses contemporains ? ¨Les avis sont partagés. Pour certains contemporains, il représentait l'abrégé des qualités humaines, pour d'autres c'était un homme sans moralité, égoiste et vain.

Mais tous sont d'accord sur son extraordinaire charme et son allure inimitable: lorsqu'il apparaissait quelque part, on ne pouvait pas s'empêcher de le suivre des yeux tant tous ses mouvements étaient gracieux.

 

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 Augustus Egg, La vie et la mort du duc de Buckingham (The Life and Death of the Duke of Buckingham), exposé en 1855, huile sur toile.

Yale Center for British Art, Paul Mellon Collection.

en. Wikipedia

 

Le peintre de l'époque victorienne Augustus Egg a représenté dans deux toiles jumelles, la vie et la mort de Buckingham. Dans la toile qui représente la mort, Buckingham, seul, git de travers sur un mauvais lit dans une chambe délabrée.

Cette fin solitaire et  misérable contraste avec le tableau qui représente la vie de Buckingham à sa période de plus grande prospérité.

Buckingham est montré au milieu d'une assembée exubérante, au centre de la composition, le visage sans expression, en perruque blonde et vêtement de satin blanc.  La scène se passe la  nuit, la fenêtre dite à guillotine (très anglaise) est levée (il doit faire chaud) et on voit la lune tandis que la fête est à son point culminant.  Le duc occupe la place d'honneur, comme s'il était le roi, assis dans un fauteuil dont le dossier porte une couronne (peut-être le fauteuil destiné au roi?). Tout le monde boit à sa santé.  A gauche, debout, un personnage brun à petite moustache, le roi Charles II,  lève son verre  pour honorer le héros de la soirée, mais son visage  peu souriant semble démentir son action.

Les autres personnages s'entretiennent entre eux ou poussent des vivats, l'un est monté sur une chaise. Malgré leurs bruyantes démonstrations d'amitié, Buckingham semble isolé au milieu d'eux et  aussi solitaire que dans le tableau qui représente sa mort.

Selon certaines sources les persones figurant autour de la table sont les maîtresses du roi, Nell Gwynn, Louise de Kéroualle, duchesse de Portsmouth, Barbara Villiers Palmer, duchesse de Cleveland et des courtisans et politiciens.

L'intention du peintre est sans doute de montrer que dans cette brillante assembée de jolies femmes et de seigneurs emperruqués, qui semblent tous l'aduler,  Buckingham n'a pas un seul vrai ami. Les personnages qui l'entourent sont douze, ce qui n'est probablement pas un hasard. Mais la comparaison implicite avec le Christ (un Christ mondain) semble bien exagérée car après tout, malgré beaucoup de déboires, le destin de Buckingham ne fut pas si tragique que ça.

Probablement le peintre victorien a-t-il voulu montrer que la c'est la vie mondaine de Buckingham qui fut sa vrai tragédie, une vie vide de sens et une poursuite du néant.

Lorsqu'on demanda en 1953 à l'écrvain anglais Evelyn Waugh conservateur et catholique anticonformiste, quel était son peintre préféré, il répondit : je mets parmi les plus grands Augustus Egg.

 

 

 

 

 

 

LES MAITRESSES  DU ROI

 

 

 

 Le duc de Buckingham fit une fois allusion au roi Charles II en disant qu'il était le père de ses sujets (une comparaison classique) mais en ajoutant : au moins, d'un bon nombre d'entre eux.

Cette fois l'expression était à prendre au sens propre. Charles II a en effet eu beaucoup d'enfants illégitimes avec ses nombreuses maîtresses. Par contre, marié avec  Catherine de Bragance, fille du roi du Portugal, il n' a pu avoir d'enfants avec sa femme, donc pas d'héritier direct pour sa succession.

C'est donc son frère cadet James (Jacques) titré duc d'York, qui fut l'héritier désigné.

Evidemment Charles trouvait une partie de ses maîtresses dns l'aristocratie, comme Barbara Villiers Palmer.

Rares étaient celles qui lui résistaient.

Ce fut le cas de Francis Stewart, qui était selon le chroniqueur Samuel Pepys, la plus belle personne qu'il ait jamais vue. Vaguement cousine du roi (comme l'indiquait le nom Stewart, variante de Stuart) elle épousa un parent, le duc de Richmond et Lennox (dont les titres, après la mort du titulaire, dvaient être donnés à un enfant illégitime de Charles II).  Cette aristocrate vertueuse passa à la postérité pour avoir servi de modèle à la première pièce de monnaie représentant Britannia, la personnification de l'Angleterre.

 

Charles II n'hésitait pas à fréquenter les bordels et une histoire montre le duc de Buckingham (encore lui) surprenant sans se faire voir Charles et un ami de celui-ci en visite au bordel (que fréquentait donc aussi Buckingham); pendant que Charles et son ami étaient occupés, Buckingham subtilisa leurs vêtements et lorsqu'ils eurent fini, ils découvrirent qu'ils n'avaient plus rien à se mettre. 

 

Charles II aimait aussi le théâtre. Contrairement à ce qui se passait par exemple en France, où les acteurs se déplaçaient pour donner la représentation devant le roi, en Angleterre, le roi allait au théâtre public, une ambiance qu'il apréciait surtout parce qu'elle lui donnait l'occsion de rencontrer des jolies jeunes filles, tant parmi les actrices que les spectatrices.

Le théâtre, interdit comme immoral à l'époque de Cromwell, avait réapparu dès la monarchie rétablie et l'auteur et directeur de théâtre William Davenant,  royaliste anobli par le roi durant la guerre civile (accusé de trahison à l'époque de Cromwell et emprisonné, il avait pu sortir de prison rapidement et échapper  peut-être à une condamnation à mort grâce à l'intervention de Milton, le grand poète partisan de Cromwell), avait pu écrire en 1660, l'année de la Restauration:

Ceux qui ne voulaient plus de roi ne voulaient plus de théâtre.

Dans ces conditions il n'est pas étonnant que la plupart des maîtresses de Charles II aient été des actrices - qui avaient parfois eu des débuts très modestes.

Vers 1667 il rencontra Moll Davis, actrice de la troupe de Davenant, et fille naturelle d'un aristocrate. Le chroniqueur Samuel Pepys, secrétaire de l'Amirauté, appela Molly  the most impertinent slut in the world, la catin la plus impertinente du monde.

 

 En 1667 il note que  ''little Miss Davis" a dansé en habits de garçon à la fin d'une pièce, et a eu un grand succès, se montrant bien bien supérieure à Nell Gwynn,  qui dansait aussi  à l'occasion en habits de garçon.

Il va de soi que l'habit de garçon mettait particulièrement en valeur les formes féminines (qui à l'époque étaient plutôt plus plantureuses qu'aujourd'hui).

 Mais le roi qui prit Moll comme maîtresse se lassa vite de ses exigences en matière de maison et de bijoux.

Moll se maria ensuite avec un musicien d'origine française, James Paisible. Le couple suivit la cour de Jacques II en exil en France après la Glorious Revolution de 1688, puis revint en Angleterre où James Paisible fut nommé compositeur du prince de Danemark, mari de la princesse Anne, fille de Guillaume III et  héritière du trône (son oeuvre la plus connue est la Marche du prince de Danemark).

Un site consacré aux portraits britanniques (www.historicalportraits.com) note que les portraits des maîtresses royales (souvent reproduits par de nombreuses copies par l'atelier du peintre)  démontrent qu'à l'époque leur statut était comparable à celui des sex-symboles d'aujourd'hui.

 Les portaits des maîtresses étaient souvent peints par Sir Peter Lely, un peintre d'origine néerlandaise, très prisé par l'aristocratie, mort en 1680 après avoir été anobli. Les peintres de son studio se chargeaient des copies.

Les maîtresses royales ont souvent été représentées avec un corsage laissant les seins en grande partie découverts, et on a dit que c'était une façon d'illustrer leur statut  - mais cette pose existe aussi pour des modèles aristocratiques qui n'étaient pas des maîtresses royales.

Par contre, il semble que seules les maîtresses royales ont été peintes soit entièrement nues (avec un voile cachant l'entrejambe toutefois) ou avec la poitrine carrément découverte, probablement à la demande du roi qui consrvait le tableau sous un voile et le montrait à ses intimes.

 
 

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 Molly Davis, tableau par l'atelier de Sir Peter Lely.

II s'agit de la réduction d'un tableau représentant Molly en sainte Marie Madeleine, déguisement qui permettait de justifier une tenue négligée  puisque Marie Madeleine était le symbole de la pécheresse - il est vrai repentie.

 http://www.historicalportraits.com/Gallery.asp?Page=Item&ItemID=298&Desc=Mary-'Moll'-Davis-%7C-Sir-Peter-Lely,-Studio-of

 

 

 

 Après la mode des cheveux coiffés en petites boucles et en "anglaises" au début des années 1660 (visible sur les portaits dits des beautés de Windsor - une série d'une douzaine de portaits de jolies femmes de l'aristocratie peints par Peter Lely à la demande de Anne, l'épouse du duc d'York) , les maîtresses de Charles II ont souvent sur les tableaux datant de la fin de la décennie ou des années 1670 une coiffure  abondante mais assez courte séparée en deux masses de part et d'autre du front, avec des boucles épaisses. Elles présentent aussi le même visge charnu, ce qui peut être l'indice du goût du roi pour un même type de femme.

En 1668, le roi rencontra Eleanor (Nell) Gwynn (ou Gwyn ou encore Gwynne).

Elle avait débuté comme marchande d'oranges dans un théâtre (on mangeait des oranges pendant la représentation) et on devine que cette profession  était souvent  doublée par celle de fille facile ; on disait qu'elle avait  commencé sa vie comme prostituée enfant et sa mère semble avoir tenu un bordel et être morte d'un accident un soir où elle était comme souvent, ivre. Nell qui était jolie et talentueuse, encouragée par les acteurs Charles Hart et John Lacy (ses amants probables) devint actrice. Le grand dramaturge de l'époque Dryden, écrivit certains rôles pour elle.

Il semble que le duc de Buckingham a tout fait pour la présenter au roi dont elle a facilement fait la conquête.

C'est au théâtre que le roi la remarqua  - elle ne jouait pas mais assistait  à une représentation dans la loge voisine du roi qui  flirta avec elle (mais le roi l'avait peut-être déjà remaque sur scène).

Ce soir-là elle dîna dans une auberge avec le roi et un ami de celui-ci (membre de la famille Villiers) mais aucun d'eux n'avait de quoi payer l'addition et Nell paya en riant, disant qu'elle n'avait jamais dîné avec des Messieurs aussi fauchés !

Une histoire décrit Nell et son amie la femme auteur de théâtre  Aphra Behn, faisant absorber un laxatif à Molly Davis  un soir où cette dernière devait coucher avec le roi. Molly fut indisponible et Nell toute prête à la remplacer.

Samuel Pepys l'admirait et la qualifiait de pretty witty Nell (jolie et spirituelle Nell); il avait sur son bureau à l'amirauté une gravure de Nell à mi-taille déshabillée, représentant Cupidon.

 

 

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Nell Gwyn en Cupidon, gravure de Richard Thomson, d'après une peinture de Peter Cross, 1672.

en.wikipedia

 

 

 

 Bien que devenue une des maîtresses du roi, Nell continua le théâtre jusqu'en 1671.

En 1670 elle eut un fils du roi, nommé James Beauclerc (ou Beauclerk); le roi le reconnut  en lui donnant d'abord le titre de comte de Burford et baron Heddington (en 1676), puis celui de duc de Saint-Albans (en 1684). C'était le septième fils du roi , qu'il avait eus par cinq maîtresses différentes.

Elle eut un autre fils avec le roi, ce second fils mourut enfant  à Paris où on l'avait (assez curieusement) envoyé faire ses études.

Elle mourut encore jeune, en 1687 à 37 ans, probablement des suites d'une maldie vénérienne. A ce moment Charles II était mort depuis deux ans.

Malade, elle fit dans son testament un don aux  prisonniers de la prison de Newgate.               .

A ses funérailles, l'évêque de Canterbury, le plus haut prélat d'Angleterre,  fit un sermon  sur ces paroles des Evangiles, où Jésus dit : Je vous le dis, il y aura plus de joie au Ciel pour un pécheur qui se repent que pour 99 justes qui n'ont pas besoin de se repentir.

Nell était connue pour son franc parler.

Elle aurait dit au roi (mais ce n'est peut-ête qu'une légende) qui lui demandait comment il pourrait se faire aimer du peuple: Si vous  voulez être aimé, chassez vos maîtresses et faites votre métier de roi.

On raconte aussi que pour obtenir que le roi donne un titre à son fils (probablement encore une légende) elle aurait dit, un jour que le roi venait en visite chez elle, à son fils de six ans : Come here, you little bastard, and say hello to your father - viens, petit bâtard, dire bonjour à ton père. Comme le roi était choqué, Nell aurait dit qu'elle appelait son fils par le nom qui était le sien puisque son père ne lui en donnait pas d'autre.Le roi décida alors de le titrer comte de Burford.

Selon une autre histoire, elle aurait attendu à la fenêtre avec son fils l'arrivée du roi et aurait menacé de jeter l'enfant par la fenêtre si le roi ne lui donnait pas de titre, ce qui fait que Charles II aurait crié d'en bas : Dieu sauve le  comte de Burford  (donnant ainsi ce titre à son fils).

Un jour qu'elle passait en voiture à Oxford, la foule s'amassa pour l'insulter en croyant peut-être qu'il s'agissait d'une autre maîtresse du roi, la Française et catholique Louise de Kéroualle, impopulaire pour ces deux raison. Nell aurait lors dit aux gens : Pray good people be civil; I am the Protestant whore, s'il vous plait, braves gens, soyez polis, je suis la putain protestante, mettant les rieurs de son côté.

Une autre fois alors qu'elle attendait sa voiture elle vit le cocher revenir les habits en désordre et le visage ensanglanté. Il expliqua qu'il s'était battu parce que quelqu'un avait traité Sa seigneurie (Her Ladyship) de putain (whore). Nell déclara : je suis une putain, si tu commences à te battre chque fois qu'on me traitera de putain, tu n'as pas fini.

 Son fils Charles Beauclerc, duc de Saint-Albans ne fit pas une carrière extrêmement brillante. Il participa quand même sous les ordres des chefs de l'armée impériale, le prince Eugène de Savoie-Carignan et le prince Max Emmanuel de Bavière, à la prise de Belgrade contre les Turcs (1688). En faveur sous le règne de Guillaume III puis brouillé avec la reine Anne pour ses sympathies whigs, il redevint en faveur sous George Ier de Hanovre et mourut quinquagénaire dans la ville d'eaux de Bath.

La descendance de Nell Gwynn est toujours représentée.

 

 

 

 

 Beaucoup de portraits de l'époque sont supposés représenter Nell Gwynn, mais les visages sont parfois assez différents de l'un à l'autre.

Le site www.royprecious.co.uk signale un portrait aux alentours de 1675 qui est unquestionably (incontestablement) celui de l'actrice, vesion de studio d'un portrait de Nell par Sir Peter Lely, ayant appartenu à la collection de l'Honorable Clive Gibson.

Sur ce portait Nell, qui doit avoir 25 ans si on consdère la date approximative du tableau, apparait blonde, avec des cheveux courts et bouclés divisés de part et d'autre du visage; le visage est plutôt rond et la bouche a une expression innocente qui  est bien visible sur le détail du tableau.

A sa droite, il y a une urne avec un jasmin d'Espagne, qui symbolise la sensulalité  car cette plante produit un parfum exotique et entêtant spécialement la nuit (commentaire du sitewww.royprecious.co.uk).

 

Finalement Nell avait une certaine ressemblance de visage avec Barbara Palmer et avec Molly Davis.

 

 

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Portrait de Nell Gwynn, vers 1675; studio de Sir Peter Lely.

http://www.royprecious.co.uk/stock.asp?t=category&c=(B)+portraits+SOLD&offset=80

 

 

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Nell Gwynn, détail du portait précédent.

http://www.royprecious.co.uk/stock.asp?t=category&c=(B)+portraits+SOLD&offset=80

 

 

 D'autres portraits représentant Nell Gwynn paraissent celui d'une personne différente. Certes les portraits ont peut-être quelques années d'écart, ce  qui expliquerait (en partie) que les visages ne se ressemblent pas vraiment..

Ainsi  en 1680, un peintre néerlandais, plus connu comme peintre de fleurs que comme portraitiste, Simon Verelst, a représenté Nell  avec la poitrine nue; plus tard la poitrine a été recouverte  mais le portait a été restauré dans son état initial il y a quelques années.

Nell si c'est bien elle, apparait avec une abondante chevelure de couleur imprécise - gris-blond-chatain, avec un visage olein mais avec une morphologie et une expression différentes du portait du studio de Sir Peter Lely.

 

 

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 Version restaurée du portrait de Nell Gwynn par Simon Verelst, 1680.

La poitrine avait été repeinte pour la recouvrir.

http://www.dailymail.co.uk/news/article-2050520/Nell-Gwyn-portrait-Topless-painting-Charles-IIs-mistress-display.html

 

 

 

 

 

 LOUISE DE KEROUALLE ET LES AUTRES

 

 

 

 En 1670, Charles II faisait connaissance d'une Française originaire de Bretagne, appartenant à la noblesse locale,  qui allait vite devenir sa maîtresse.

C'était Louise de Kéroual (ou Kéroual) que les Anglais appellent aussi Louise de Kérouaille.

Cette jeune femme (21 ans en 1670) était dame de compagnie de la soeur du roi, Henriette d'Angleterre qui était l'épouse de Monsieur, le duc Philippe d'Orléans, frère efféminé de Louis XIV. En 1670 au cours d'une visite en Angleterre, Henriette mourut subitement  au point qu'on a évoqué un empoisonnement (on se souvient de l'évocation de la mort de Henriette dans la célèbre oraison funèbre de Bossuet : Madame se meurt, Madame est morte).

Louise n'avait plus de patronne et le roi Charles II la fit entrer au service de la reine d'Angleterre, Catherine de Bragance, à qui Louise manifesta toujours beaucoup de sollicitude, même après être devenue la maîtresse du roi.

Le roi fut séduit par les formes et le visage "enfantin" de Louise, comme le dit le chroniqueur John Evelyn. Il est certain que Louise avait à peu près le type physique de Barbara Villiers, de Molly Davis ou de Nell Gwynn.

L'un de ses portaits les plus connus par Sir Peter Lely montre une jeune femme avec des cheveux bruns bouclés séparés en  deux masses par une raie médiane.

 

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 Portrait de Louise de Kéroualle, par Sir Peter Lely.

Wilipedia

 

 

On a raconté que Louise avait été exprès introduite dans l'entourage du roi pour servir les intérêts français.

Mais même si cette version n'est pas vraie, Louise fut certainement manipulée par l'ambassadeur de France dans le sens des intérêts de Louis XIV.

Elle fut  la moins populaire des maîtresses de Charles II en raison de son origine et de son catholicisme. Elle était pour les Anglais du peuple the catholic whore (la putain catholique).

Elle eut un enfant de Charles II en 1672, que le roi titra duc de Richmond et duc de Lennox en 1675, tandis qu'elle-même recevait dès 1673 le titre de duchesse de Portsmouth et les titres de baronne et de comtesse, ainsi que d'autres dons fastueux du roi. 

Louise quitta l'Angleterre à la mort de Charles II, n'y revenant qu'à de brèves occasions  et mourut en France, sa fortune très diminuée, en 1734, à 85 ans.

Sa descendance est représentée non seulement dans les familles les plus en vue du pairage britannique, auxquelles s'allièrent les ducs de Lennox et Richmond, mais aussi dans de nombreuses familles de la gentry.

Diana Spencer (connue sous le nom de Lady Di), première épouse du prince Charles, héritier de la couronne, Camilla, duchesse de Cornouailles, deuxième et actuelle épouse du prince Charles et Sarah, duchesse d'York, divorcée du prince Andrew (frère de Charles), descendent toutes trois de Louise de Kéroualle.

 

Il existe de très beaux tableaux, attribués à Sir Peter Lely, de nus allongés ou  le dos incliné contre des coussins, supposés représenter certaines des maîtresses de Charls II.

L'un semble bien représenter Louise de Keroualle (bien que les notices indiquent qu'il pourrait aussi s'agir de Nell Gwynn), l'autre ne ressemble vraiment à aucune des deux maîtresses.

 

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Portrait d'une dame, peut-être  Nell Gwynne, 1650-1687, ou Louise de Kéroualle, 16491734, Duchesse de Portsmouth

par Peter Lely et son atelier (notice du site BBC)

Huile sur toile, 104 x 152.5 cm

Collection: The Captain Christie Crawfurd English Civil War Collection

http://www.bbc.co.uk/arts/yourpaintings/paintings/portrait-of-a-lady-62640

 

 

 Le portait ci-dessus semble présenter bien des similitudes avec celui de Louise de Keroualle habillée, par Lely. 

 Un autre tableau, présenté comme l'oeuvre d'art la plus sensuelle de l'histoire de la peinture anglaise, pose le même problème d'identification.

 

 

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 Portrait d'une jeune femme avec un enfant, représentés comme Vénus et Cupidon, la jeune femme, en pleine longueur, nue, près d'une urne, un paysage derrière elle, étant très certainement soit  Barbara Villiers, comtesse de Castlemaine et duchesse de Cleveland  (1640-1709), ou Nell Gwyn (1650-1687); huile sur toile, 48¾ x 61¾ in. (123.8 x 156.8 cm.) par Sir Peter Lely (Westphalie 1618-1680 Londres)  

(notice du site http://www.christies.com )

Prix atteint le 5  juillet 2007, £1,588000

PROPERTY OF THE TRUSTEES OF THE DENYS EYRE BOWER BEQUEST, CHIDDINGSTONE CASTLE,  KENT 

Il emble que le même tableau soit passé à nouveau en vente en 2011 chez Christie's sans trouver preneur.

 http://www.christies.com/lotfinder/AAA/AAA-4942789-details.aspx 

 

 

 

 La personne représentée par Lely dans ce tableau ne parait pas correspondre au visage de Barbara Villiers dans le portrait par Lely que nous avons montré plus haut.

Mais sur d'autres portraits de Lely, Barbara Villiers a des cheveux bruns et lisses et un visage moins joufflu qui paraissent correspondre à ceux du personnage du  tableau nu.

Quant à Nell Gwynn, qu'il s'agisse des différents portraits par Lely qu'on a de Nell Gwynn ou même du portrait de Verelst, le visage parait différent de celui présenté sur le tableau nu.

Les partisans de l'identification à Nell Gwynn mettent en avant la description faite par le chroniqueur Vertue d'un tableau   ressemblant  à celui-ci, qui aurait représenté Nell Gwynn. Mais Vertue écrivait dans les années 1720 et a peut-être rapporté une identification erronée de l'époque. Vertue ajoute que le tableau était une commande de Charles II. Quant à l'identification à Barbara Villiers, elle est refusée au motif que celle-ci était une aristocrate et  n'aurait pas accepté de poser dans cette position (du moins une aristocrate anglaise !). De plus, à la date présumée du tableau (mais comment fixer cette date exactement ?)  Barbara avait eu cinq enfants et sa plastique ne devait pas ressembler à celle du tableau ci-dessus. Mais la morphologie plutôt gracile du modèle ci-dessus ne correspond pas non plus à  Nell Gwynn, qui parait avoir été bien en chair, autant que Barbara Villiers si on se fie à certains tableaux.

 

  Les plus conues des maîtrsses de Charles II  furent Barbara Palmer, duchesse de Cleveland, Moll Davis, Nell Gwynn, Catherine Pegge, Louise de Kéroualle, duchesse de Portsmouth, Elizabeth Killigrew, vicomtesse Shannon, Lucy Walter, Winifred Wells et on doit peut être y ajouter Hortense Mancini, la nièce de Mazarin et l'amour de jeunesse de Louis XIV.

Le monarque eut sans doute encore beaucoup de partenaires occasionnelles.

Avec certaines des maîtresses de la liste précédente il eut de nombreux enfants dont certains furent reconnus par lui (certes en demeurant illégitimes contrairment à certains des  batards de Louis XIV qui furent légitimés) et reçurent des titres qui existent encore dans leur descendance

Furent ainsi concédés par le roi les titres de ducs de Montmouth (au fils de Lucy Stewart), de Richmond et Lennox (au même enfant de Louise de Kéroualle) de Southampton et de Cleveland - titre  en suite de sa mère ( au premier fils de Barbara Villiers) , de Grafton (au psecond fils de Barbara Villiers ), de Northumberland (au troisième fils de Barbara Villiers)  et de Saint-Albans (au premier fils de Nell Gwynn).

Le fils de Catherine Pegge reçut le titre de comte de Plymouth.

Le roi eu également des filles : avec Moll Davis il eut une fille, titrée Lady Mary Tudor qui épousa le comte de Derwentwater.

Avec Barbara Villiers, il eut deux filles qu'il reconnut : Ann Lennard, comtesse de Sussex (qui était plus probablement la fille de Roger Palmer, le mari de Barbara!) et Lady Charlotte Fitzroy, qui devint par mariage comtesse de Lichfield - en revanche le roi ne reconnut pas Lady Barbara Fitzroy, qui était probablement la fille de John Churchill  - ensuite premier duc de Marlborough, bien que le mari de Barbara Palmer ait claironné qu'elle était la fille du roi !.

Beaucoup d'enfants reçurent comme prénoms Fitzroy (parfois écrit FitzRoy), qui a le sens transparent en vieil anglo-normand, de fils de roi.

La plupart des enfants de Charles II ont une descendance toujours vivante et compte tenu des alliances interfamiliales, très nombreuse  (nous en dirons quelques mots). 

Le seul de ses enfants qui émit des prétentions (du vivant même de son père) sur la couronne fut le duc de Montmouth.

Montmouth était le fils de Lucy Stewart, une des plus anciennes maîtresses du roi qui mourut en 1658, donc avant la Restauration, quand Charles n'était qu'un prince dépossédé errant de pays en pays sans grand moyens, entouré d'une petite cour de fidèles. Mais les prétentions de Montmouth allaient le conduire à la mort.

 

 

 

 

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Lady Charlotte Fitzroy, avec un serviteur indien, par Sir Peter Lely, York Art Gallery.

 

Lady Charlotte, plus tard comtesse de Lichfield, était la fille de Charles II et de Barbara Villiers. Très jolie comme sa mère, elle eut par contre une vie simple et honnête. Elle était la nièce préférée de Jacques II, le frère de Charles II.

Ce tableau est une des premières représentations d'un serviteur indien dans la peinture anglaise. Au 17ème siècle les Anglais avaient commencé à s'implanter en Inde et par son mariage avec Catherine de Bragance, Charles II avait acquis Bombay.

 

 http://www.nationalarchives.gov.uk/pathways/blackhistory/intro/docs/lely.htm

 

 

 

 

 

 

 

 

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Commentaires
Le comte Lanza vous salue bien
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