MAIS QUI DIRIGE L’ITALIE ACTUELLE ?

DEUXIÈME PARTIE

 

 

 

 

 [ Nous utilisons dans ce message des photos trouvées sur internet, que nous créditons. En cas de contestation, nous les supprimerons à la première demande des ayant-droit ]

 

 

 

 

SALVINI ET LE DRAPEAU NATIONAL

 

 

 

Salvini est surnommé dans son parti il capitano (une référence aux équipes de football sans doute - mais pour certains, c'est il capitano Nutella depuis qu'il s'est fait photographier mangeant des tartines de Nutella et vu son embonpoint).

Devenu ministre de l‘intérieur et vice-président du conseil, et le ministre le plus en vue du gouvernement –  Salvini a l’occasion (ou l’obligation) d’exprimer un patriotisme italien assez anodin lors des manifestations officielles, comme pour le 2 juin 2019, « fête de la république » (fête nationale italienne).

ll fut un temps pas si lointain (2013) où Salvini estimait que le 2 juin, il n'y avait que dalle à célébrer (non c'è un cazzo da festeggiare - le mot cazzo, bite, sert fréquemment pour renforcer certaines expressions). https://www.huffingtonpost.it/entry/quando-salvini-il-2-giugno-diceva-oggi-non-ce-un-co-da-festeggiare_it_5cf3abade4b0e346ce7f9f45

Evidemment, pour la fête nationale  en 2019, le ton a changé et il s'est fendu de plusieurs messages sur sa page Facebook, dont l'un pour célébrer "les femmes et les hommes [probablement l'armée et les forces de l'ordre] qui avec courage et passion, défendent la sécurité, l'honneur et le futur de notre pays et de nos enfants". *

                                                                      * Il semble que ce message était une réaction au message de Roberto Fico, le président 5 Etoiles de  la chambre des députés, figure de l'aile progressiste du mouvement, qui dédiait la fête nationale aux migrants et aux Roms.

 

Il publie aussi un message pour rendre hommage aux pilotes des Frecce tricolore (l’équivalent de la patrouille de France) : Frecce tricolore : specttacolo !!! (les flèches tricolores, quel spectacle), avec un petit drapeau tricolore comme smiley en fin de phrase. Ce n’est quand même pas du délire chauvin.

Le compte Facebook Contro la discriminazione met ce message en rapport avec un soit-disant message de 2011 du même Salvini, qui est reproduit, ainsi rédigé :« Io, il tricolore lo uso come carta igienica » (moi, le tricolore, je l’utilse comme papier hygiénique), avec le hashtag Padania is not Italy (la Padanie n’est pas l’Italie).

Un site de vérification a recherché si la déclaration attribuée à Salvini en 2011 était exacte. En 2011, Salvini était déjà l’un des responsables de la Ligue du Nord qui était encore sur la ligne « padane », séparatiste/indépendantiste (au moins en théorie) d’Umberto Bossi. Or aucune déclaration semblable de Salvini n’a été retrouvée (de plus une telle déclaration publique aurait été imprudente car passible de pousuites). Le message de Salvini de 2011 était donc un faux, une bufala («Il tricolore lo uso come carta igienica», il post bufala su Matteo Salvini, https://www.open.online/2019/06/03/il-tricolore-lo-uso-come-carta-igienica-il-post-bufala-su-matteo-salvini/

 

 

 

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Le vrai message de M Salvini de 2019 et le faux message de 2011.

Site Open on line

https://www.open.online/2019/06/03/il-tricolore-lo-uso-come-carta-igienica-il-post-bufala-su-matteo-salvini/

 

 

 

Le site a retrouvé une interview authentique de 2011 dans laquelle Salvini déclarait seulement : « Il tricolore non mi rappresenta, non la sento come la mia bandiera. Il tricolore è solo la nazionale di calcio, per cui io non tifo » (le tricolore ne me représente pas, je ne le ressens pas comme mon drapeau. Pour moi le tricolore, c’est seulement l’équipe nationale de football, dont je ne suis pas supporter (io non tifo).

Evidemment, en privé Salvini a peut-être fait des déclarations plus scatologiques…

On trouve de nombreuses photos (et ce n’est pas surprenant) de Salvini avec des t-shirts marqués de l’inscription Padania is not Italy (en anglais, langue internationale, pour assurer plus de publicité au slogan), montrant que Salvini adhérait pleinement à la ligne séparatiste de la Ligue à l’époque. Sur les photos les plus anciennes – au début des années 2000 sans doute - Salvini n’a pas encore sa fameuse barbe et pose volontiers en compagnie féminine.

En 2011, lors du cent-cinquantenaire de l’Italie unie, Salvini se fit remarquer, avec les autres conseillers municipaux de la Ligue à Milan, en boycottant ostensiblement les cérémonies officielles et en distribuant des drapeaux lombards et de la Ligue dans la rue.

Umberto Bossi, le dirigeant de la Ligue avant Salvini, a prononcé publiquement, en 1997, dans deux occasions, des phrases similaires à celle attribuée à tort à Salvini. C’était au moment de la plus forte tension entre la Ligue et l’état italien. Bossi déclara : « Il tricolore lo uso per pulirmi il culo » (le tricolore je l’utilise pour me nettoyer le cul) et «il tricolore lo metta al cesso, signora» (le tricolore, je le mets aux toilettes, madame). Pour cela, Bossi fut condamné à un an et quatre mois de prison pour outrage au drapeau italien (selon le site de vérification cité plus haut), peine qu’il ne semble pas avoir effectuée. Il semble que vers cette époque d’autres membres de la Ligue aient été pareillement poursuivis pour outrage au drapeau.

Que dirait aujourd’hui Salvini du drapeau italien ? On le voit souvent en survêtement marqué Italia avec au col les trois couleurs italiennes, peut-être le survêtement de l’équipe de football nationale dont il affirmait il y a 8 ans ne pas être tifosi ?

 

 

 

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Salvini avec un autre responsable de la Ligue du Nord, avec le t-shirt Padania is not Italy, à l'époque de Bossi. Salvini avait déjà sa célèbre barbe. Le leghiste à côté de lui porte le foulard vert avec le "soleil des Alpes", emblème de la Ligue.

Site Medium article de Fabio Chiusi 21 mai 2019 ·

https://medium.com/@fabiochiusi/how-salvini-is-dominating-the-agenda-in-italy-and-leading-the-country-into-a-far-right-nightmare-a9c50b22cc8a

 

 

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 Photo plus ancienne, sans doute extrême-fin des années 90 ou début des années 2000. Salvini, sans barbe, en compagne d'une amie, Sylvie Lubamba. On remarque que celle-ci porte aussi le foulard aux couleurs de la Ligue.

https://www.dagospia.com/rubrica-3/politica/se-ldquo-rsquo-effetto-catalogna-rdquo-vi-spaventa-tranquilli-157610.htm

http://www.bergamosera.com/cms/2009/08/13/salvini-lega-nord-se-la-turchia-entra-in-europa-la-padania-esce/

 

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Matteo Salvini,  toujours en t-shirt Padania is not Italy, lors d'un rassemblement de la Ligue du Nord, avec des admiratrices. Photo sans doute prise le même jour que la précédente, Salvini porte exactement  les mêmes vêtements.

Compte Twitter Matteo Leonardon

https://twitter.com/bknsty

 

 

 

LE CENTROSINISTRA

 

 

 

Aussi curieux que ça puisse paraître pour un Français, lorsqu’on évoque la vie politique italienne, deux courants dominants existent, qui ne sont pas la gauche et la droite, mais le centre-gauche et le centre-droit (centrosinistra et centrodestra)*. En effet, la plupart des partis italiens se rangent dans ces deux catégories.

                                                               * En italien, ces mots s’écrivent le plus souvent sans trait d’union.

A proprement parler le centrosinistra et le centrodestra désignent une alliance de partis, soit de gauche ou de droite, et de partis centristes, plus qu’une option politique précise. Mais le terme introduit un flou très profitable et les partis de l’alliance préfèrent souvent dire qu’ils appartiennent au centrodestra ou au centrosinistra plutîot que se définir plus précisément.

 

S’agissant de la gauche, on a fait remarquer judicieusement qu’en Italie, ce qu’on appelle la gauche représente environ 10% de l’opinion *: ce sont d’une part les partis se réclamant du communisme et d’autre part les groupements « extraparlementaires » d’extrême-gauche plus ou moins radicaux, se présentant souvent comme antifascistes. Peu nombreux en pourcentage électoral - ou refusant pour les plus contestataires de prendre part aux élections, les courants de gauche et d’extrême-gauche sont actifs et très mobilisés. Leur action est décuplée par l’opposition au gouvernement représenté par Salvini.

                                          * Voir l’article de Gaël Brustier, L’Italie, le pays où la gauche a disparu, site Slate, 12 février 2018 http://www.slate.fr/story/157501/italie-gauche-disparu

 

Le centrosinistra occupe donc le terrain de ce qui, dans les autres pays européens, est la gauche de gouvernement.

Le principal parti de centrosinistra est le Parti démocrate (créé en 2007), convergence des traditions  social-démocrate* et démocrate chrétienne. Peut-être pour complaire au courant démocrate-chrétien, le Parti démocrate préfère se présenter comme appartenant au centrosinistra et non à la sinistra.

                      * Il trouve son origine plus lointaine dans la dissolution du parti communiste italien en 1991 et la conversion des anciens communistes à la social-démocratie, d'abord rejoints par des socialistes, puis des démocrates-chrétiens.

Il en découle que le terme de sinistra en Italie évoque donc plutôt une gauche extréme, en faveur de changements radicaux.

Selon Wikipedia italien le centrosinistra se compose des partis suivants (non qu’ils fassent partie d’une structure formelle, mais ils sont le plus souvent amenés à se retrouver dans les mêmes  alliances électorales) – les dates sont celles de création du parti:

 

Partito Democratico ( 2007)

Federazione dei Verdi (1986)

Articolo Uno (2017)

Partito Socialista Italiano (2007)

Possibile (2015)

Italia dei Valori (1998)

Green Italia - Verdi Europei ( 2014)

Democrazia Solidale (2014)

+Europa ( 2017)

Italia in comune ( 2018)

 

On notera que la plupart des partis ont des dates de création récentes, car les partis italiens se transforment, modifient leur nom, fusionnent ou se scindent en permanence.

Notons que les Radicaux italiens ne sont pas cités, mais le parti (héritier du Parti radical de Marco Pannella) est à l’origine de + Europa (parti d’Emma Bonino).

En outre, la liste ne comprend pas les nombeux partis locaux (notamment autonomistes) mais on peut signaler, par exemple, qu’aux élections de 2018, le Partito Autonomista Trentino Tirolese (PATT) et le Südtiroler Volkspartei  (parti du peuple du Sud-Tyrol) appartenaient à la coalition de centrosinistra. Mais ces partis peuvent varier dans leurs alliances selon leur intérêt politique du moment : aux élections européennes de 2019, le Südtiroler Volkspartei  était allié avec Forza Italia.

Le parti Liberi e Uguali (Libres et égaux) de l’ancien président du Sénat Pietro Grassi n’est pas dans la liste du Wikipedia italien, peut-être parce qu’il s’est dissout en avril 2019, mais probablement parce qu’il se situait plus clairement à gauche, le marqueur de la gauche en Italie paraissant être une plus ou moins grande référence à l’égalitarisme. Moins elle est affirmée et plus on se situe au centre-gauche.

De même  le parti Sinistra italiana (SI), constitué en 2017 par la fusion de Sinistra Ecologia Libertà (SEL) et de Futuro a Sinistra (futur à gauche), allié de Rifondazione comunista et de Liberi e Uguali, n’appartient pas au centrosinistra *.

                                               * Aux élections européennes de 2019, Sinistra italiana, Rifondazione comunista et L'Altra Europa con Tsipras avaient formé une liste commune sous le nom de La Sinistra, n’obtenant aucun siège.

 

 

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 Matteo Renzi fut quelque temps le principal dirigeant du centrosinistra. On le voit ici avec sa famille, en visite officielle chez le pape François en décembre 2014. Il semble que M. Renzi rendit également plusieurs visites secrètes au pape.

Matteo Renzi fut secrétaire du Parti démocrate (2013-2018) et président du conseil (2014-2016). Actuellement aucune personnalité n'occupe la position de leader du centrosinistra.

 Flickr . Palazzo Chigi Auteur : Palazzo Chigi

 

 

LE CENTRODESTRA AU POUVOIR ?

 

 

On retrouve une configuration identique pour le centrodestra. Ici encore, le mot désigne plutôt une coalition qu’une ligne politique, mais les partis de la coalition adoptent la désignation pour se définir. Comme la gauche de gouvernement avec le centrosinistra, la droite préfère se référer au centrodestra.

 

Selon Wikipedia italien, le centrodestra se compose des partis suivants :

 

Lega (Matteo Salvini)

Forza Italia (Silvio Berlusconi)

Fratelli d'Italia (Giorgia Meloni)

Cambiamo! (Giovanni Toti)

Partito Sardo d'Azione (Christian Solinas)

Fare! (Flavio Tosi)

Unione di Centro (2002) (Lorenzo Cesa)

Identità e Azione (Gaetano Quagliariello)

Energie per l'Italia (Stefano Parisi)

Movimento Nazionale per la Sovranità (Roberto Menia)

Partito Liberale Italiano (Stefano De Luca)

Nuovo PSI (Stefano Caldoro)*

Nuovo CDU (Mario Tassone)

Rinascimento (Vittorio Sgarbi)

Rivoluzione Cristiana (Gianfranco Rotondi)

Partito Pensionati (Carlo Fatuzzo)

#DiventeràBellissima (Nello Musumeci)

 

 * Le Nuovo Partito socialista italiano fait partie du centre-droit. Fondé en 2001, notamment par des anciens du Partito socialista italiano, qui s'était dissout en 1994 après les scandales ayant provoqué la chute (ainsi que la fuite à l'étranger) de son dirigeant Bettino Craxi. Se réclame du socialisme libéral et des alliances de centrodestra. Se distingue ainsi du Partito socialista italiano classé au centre-gauche, qui fut fondé en 2007 en reprenant le nom de l'ancien parti socialiste.

 

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Segio Berlusconi,  à la grande époque de son pouvoir : verre de champagne, costume-cravate et casque de chantier.

Pendant plus de 20 ans, le parti de Berlusconi (qui changea de nom à plusieurs reprises pour revenir à son premier nom, Forza Italia), fut le pivot du centrodestra. Mais le parti n'a pas su se dégager de la personnalité de son fondateur, maintenant âgé et discrédité. Son audience est tombée à un faible pourcentage de l'opinion. La Ligue de Salvini l'a maintenant remplacé comme parti pivot du centrodestra.

Site Medium article de Fabio Chiusi 21 mai 2019 ·

https://medium.com/@fabiochiusi/how-salvini-is-dominating-the-agenda-in-italy-and-leading-the-country-into-a-far-right-nightmare-a9c50b22cc8a

 

 

 

On constate sans surprise que le Mouvement 5 Etoiles  (Movimento 5 Stelle, désigné en Italie par le sigle M5s) ne fait partie d’aucun bloc.

On peut être étonné de trouver la Ligue au centrodestra, de même que Fratelli d’Italia.

En effet Fratelli d’Italia est souvent présenté comme un mouvement “post-fasciste”. Il s’agit d’un parti qui trouve ses origines dans le mouvement Alleanza nazionale, lu-même issu du Mouvement social italien, néo-fasciste. Toutefois, comme on l’a dit dans d’autres messages, dans les années 90, le parti, sous la direction de Gianfranco Fini, se transforma en parti politique classique de droite, répudiant le fascisme - avec des formulations soigneusement pesées:

"Il est juste de demander à la droite italienne de reconnaître sans réticence que l’antifascisme fut un moment historiquement essentiel pour le retour des valeurs démocratiques que le fascisme avait supprimées (Gianfranco Fini au congrès d’Alleanza nazionale de 1995). “Nous défendrons les valeurs sur lesquelles se fonde la Constitution et qui sont aussi les valeurs de ceux qui ont combattu le fascisme (Giorgia Meloni, 2008). Il est vrai que la même Giorgia Meloni, ministre de la jeunesse du gouvernement Berlusconi, avait déclaré plus familièrement : assez avec cette histoire de fascisme et d’antifascisme...

 

Puis Alleanza nazionale se fondit (2009) dans le parti de Berlusconi, dénommé à l’époque Il popolò d’Italia. Fini quitta ensuite Il popolò d’Italia en reprochant à Berlusconi son “illibéralisme” et de trop s’aligner sur les positions fédéralistes de la Ligue du Nord de Bossi, et créa son propre mouvement. Par la suite, d’autres membres du parti berlusconien issus d’Alleanza nazionale, mais  de tendance plus conservatrice, avec notamment Giorgia Meloni, ont créé Fratelli d’Italia en 2013 (ce sont les premiers mots de l’hymne national italien). Sans se réclamer du fascisme*, ce mouvement est sensiblement plus à droite que l’ancienne Alleanza nazionale, surtout telle que Fini** la représentait.

                                *  On prête à Giorgia Meloni la formule : nous ne sommes ni fascistes ni antifascistes.

                                ** Fini est par exemple partisan du droit du sol, qui n’existe pas en Italie, et de l’union légale de personnes de même sexe.

 

Une nouvelle catégorie politique peut s’appliquer à ce parti et à d’autres, selon Wikipedia italien, il s’agit du “conservatisme national”:

“le conservatisme national est réapparu avec la création d’Alleanza nazionale (qu’on a toutefois aussi caractérisé comme un parti moderne libéral-conservateur), et est aujourd’hui représenté par Casa Pound, Fratelli d'Italia, par le Movimento Nazionale per la Sovranità et par le courant salviniste de la Ligue” (article Conservatismo nazionale).

Or dans les partis cités comme relevant du conservatisme national, certains se classent comme on l’a vu, au centrodestra (Fratelli d’Italia, la Ligue) et d’autres comme Casa Pound sont classés à l’extrême-droite (Casa Pound prétend incarner le fascisme du 3ème millénaire).

 

Quant au Movimento Nazionale per la Sovranità, comme son nom l’indique, il défend des positions opposées à l’Union européenne et une ligne très conservatrice. Il a été créé par des anciens d’Alleanza nazionale, Gianni Alemanno, Roberto Menia et Francesco Storace. Ce dernier, qui a été président de la région Latium, avait quitté Alleanza nazionale en désaccord avec le centrisme de Fini et fondé un parti appelé simplement La Destra (la droite) – voulant ainsi afficher un positionnement clairement à droite, plutôt rarement revendiqué en Italie. La Destra et une autre formation ont fusionné dans le Movimento Nazionale per la Sovranità, que Storace a ensuite quitté.

 

S’agissant de la Ligue, son rattachement au conservatisme national n’est pas si évident.

A l’époque de Bossi, la Ligue du Nord, essentiellement autonomiste ou séparatiste, réunissait des tendances allant d’un bout à l’autre de l’échiquier politique. Son créateur, Bossi, prétendait être antifasciste, socialiste mais aussi partisan du moins d’état possible. Son positionnement théorique « de gauche » (tendance libertarienne !) ne l’empêchait pas d’être très opposé à l’immigration et l’allié plus ou moins constant de Berlusconi.

Avec Salvini, le positionnement de la Ligue est sans doute plus clairement conservateur, notamment dans les questions de société, avec des références à la famille traditionnelle. Mais surtout, Salvini se réclame du « bon sens », du refus des idéologies, veut être proche des besoins des citoyens ordinaires, attitude qu’on définit généralement comme populiste.

Un auteur sur Internet, Fabio Chiusi, écrit : " Si tous les politiciens sont corrompus et toutes les idéologies ont échoué, alors "n'importe quoi marche" (anything goes), du moment que cela se présente sous l'aspect du "bon sens" (un mot clef pour comprendre le succès de Salvini) et sert un besoin immédiat, dicté par l'émotion, de la population." Il signale que Salvini n'a aucun arrière-plan intellectuel cohérent d'extrême-droite (il s'est même, autrefois, présenté comme un "communiste padan")  ce qui n'empêche  pas l'auteur de titrer son article (écrit en anglais) : Comment Salvini domine l'agenda en Italie et entraîne le pays dans un cauchemar d'extrême-droite.

https://medium.com/@fabiochiusi/how-salvini-is-dominating-the-agenda-in-italy-and-leading-the-country-into-a-far-right-nightmare-a9c50b22cc8a

 

Néanmoins, la Ligue fait bien partie des alliances de centre-droit.

Evidemment, cela ne veut pas dire que tout le monde accepte l’idée que le positionnement de la Ligue actuelle est au centre-droit. Les militants de gauche en Italie, considèrent que la Ligue est d’extrême-droite, point de vue largement partagé en France et dans d’autres pays.

Les sociologues Gianluca Passarelli et Dario Tuorto ont publié en 2018 un livre La Lega di Salvini. Estrema destra di governo (La Ligue de Salvini, extrême-droite de gouvernement), provoquant les réactions de quelques responsables de la Ligue reprochant aux auteurs, universitaires, de manquer à leur devoir de loyauté envers le gouvernement.

 

Enfin, le gouvernement actuel* de l‘Italie ne peut pas exactement être caractérisé comme de centrodestra. du fait de la participation du Mouvement 5 Etoiles. Mais, sans participer au gouvernement, Fratelli d’Italia et Forza Italia peuvent soutenir certains aspects de sa politique, retrouvant ainsi l’alliance de centrodestra.

Par contre, tous les commentaires politiques qualifient de centrodestra les alliances au niveau local où on retrouve notamment la Ligue, Forza Italia et Fratelli d’Italia, comme le montrent les exemples de la Sardaigne et de la Sicile.

                                                                           

                                                                    * Cet article a été commencé en août 2019, avant l’annonce par Salvini de son intention de mettre fin à l’accord de gouvernement avec le Mouvement 5 Etoiles, puis la démission effective du gouvernement Conte.

 

 

 

LES INDÉPENDANTISTES SARDES ENFIN AU POUVOIR CHEZ EUX

 

 

 

Lors des élections régionales en Sardaigne (l’une des quatre régions italiennes avec un statut d’autonomie) en février 2019, tous les journaux annoncèrent le triomphe du centrodestra, représenté par une coalition de la Ligue, de Forza Italia, de Fratelli d’Italia, du Parti sarde d’action et de divers mouvements locaux :

- Elezioni in Sardegna, vince il centrodestra con Solinas (élections en Sardaigne, le centre-droit vainqueur avec Solinas),

- Elezioni in Sardegna, trionfo Solinas Presidente con il Centrodestra al 47,8%: risultato negativo per il M5s, si dimette il sindaco Pd a Sassari (élections en Sardaigne, Solinas triomphe avec le centre-droit à 47,8% : résultat négatif pour le M5s, le maire Pd [Parti démocrate] de Sassari démissionne)

- Sardegna, centrodestra trionfa. Altro flop per Di Maio: il M5s crolla (Sardaigne, le centre-droit triomphe. Autre flop pour Di Maio : le M5s s’effondre).

Lors de la campagne électorale, tous les leaders du centrodestra étaient venus soutenir la coalition et poser ensemble pour la photo, Matteo Salvini apparaissant même en survêtement blanc avec le blason stylisé de la Sardaigne !

La Ligue arrivait en tête des votes, suivie du Parti sarde d’action (en théorie indépendantiste), et des autres formations de la coalition (Forza Italia, Fratelli d’Italia, Riformatori Sardi, Unione Democratica di Centro (UDC), Fortza Paris* etc), avec un total de 52% des voix contre 32% au Parti démocrate et ses alliés. Le Mouvement 5 Etoiles faisait un flop, n’atteignant pas 10% et perdant 65 % des votes qu’il avait recueillis lors des élections de 2018.

                                                           * Fortza Paris est une expression typiquement sarde qui veut dire tous ensemble.

En même temps, les électeurs votaient pour le président de la région : le président du Parti sarde d'action (Il Partidu Sardu - Partito Sardo d'Azione, en sigle PSd’Az) Christian Solinas, candidat désigné de la coalition de centrodestra devenait président de la région avec 47% des suffrages (mais son parti n’avait obtenu que 9,88% des suffrages !).

Le maire de Sassari, du Parti démocrate, désavoué aux élections régionales, démissionnait de son mandat.

Enfin, en juillet 2019, aux élections municipales, nouveau triomphe du centre-droit, salué notamment par des tweet de Giorgia Meloni (Fratelli d’Italia, FdI) : «Grand succès pour le centrodestra et pour Fratelli d’Italia qui fait élite à Cagliari le maire Paolo Truzzu et pour la première fois atteint le poucentage jamais réalisé de 12%, ce qui est un signal aussi pour la politique nationale”.

Il est clair que G. Meloni souhaite l’éclatement de l’alliance Ligue-Mouvement 5 Etoiles au niveau national. Remarquons que le pourcentage de 12% (sur l’ensemble de la Sardaigne) n’est pas très élevé, bien qu’à Cagliari le candidat FdI ait dépassé 50%. Le système électoral italien, où la représentation proprotionnelle est utilisée avec des correctifs, favorise l’émiettement des voix sur de très nombreux partis (qui ont intérêt à s'allier).

Revenons un peu sur le Parti sarde d’action (PSd’Az), parti théoriquement indépendantiste,  qui est allié de la Ligue depuis les élections législatives de 2018. Grâce à cette alliance, son chef Christian Solinas a pu être élu sénateur en 2018 et la Ligue forme un groupe parlementaire commun au Sénat avec le PSd’Az. Avant les élctions de 2018, Salvini était venu en Sardaigne tenir des meetings communs avc Salinas et sur ses affiches le leader de la Ligue avait remplacé “Prima gli Italiani” par “Prima I Sardi ” (d'abord les Sardes) ; derrière le visage souriant de Salvini on voyait le drapeau sarde aux quatre têtes de Maure.

Puis comme on l’a vu, Solinas est devenu président de la région autonome avec le soutien du centrodestra.

 

 

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Photo illustrant un article pour l'élection de Christian Solinas à la présidence de la région Sardaigne. De gauche à droite: Salvini, Giorgia Meloni (Fratelli d'Italia), Solinas, Sergio Berlusconi (Forza Italia), avec la légende  : Christian Solinas con i leader del Centrodestra.

Salvini porte un survêtement avec le blason stylisé de la Sardaigne. Le logo du le PSd’Az représente aussi les 4 têtes de Maure, mais regardant dans un autre sens que le blason et drapeau officiel de la Sardaigne.

Il Sussidario.net, 25 2 2019

https://www.ilsussidiario.net/news/politica/2019/2/24/christian-solinas-video-elezioni-sardegna-candidato-centrodestra-luomo-di-salvini/1851188/

 

 

Le PSd’Az a été fondé dans les années 20 par un antifasciste, Emilio Lussu, qui se donnait comme objectif l’indépendance de la Sardaigne. Lussu manqua d’être assassiné par des squadristi fascistes, tua un de ses agresseurs et fut condamné à la détention aux îles Lipari d’où il s’évada avec quelques compagnons de captivité. Il participa à la guerre civile espagnole avec les républicains. A la Libération de l’Italie, il devint ministre; il avait à ce moment quitté le PSd’Az pour le parti socialiste où il a défendu une ligne fédéraliste.

De son côté le PSd’Az a poursuivi son chemin en dents de scie, toujours partisan théorique de l’indépendance de la Sardaigne, sans arriver à convaincre la majorité des Sardes et subissant la concurrence d’autres mouvements indépendantistes. Le statut d'autonomie de la Sardaigne a aussi contribué à affaiblir la ligne indépendantiste. Dans les années récentes, le PSd’Az s'allia avec la coalition de l'Olivier (centre-gauche) de Romano Prodi puis avec le centre-droite et il a déjà été l'allié de la Ligue du Nord de Bossi.

Il arrive au pouvoir sur sa terre - tout en restant très minoritaire-  grâce à l’alliance avec le centrodestra et surtout avec la Ligue.

 

L’alliance du PSd’Az avec la Ligue a d’ailleurs valu au pemier quelques déboires : le PSd’Az a été suspendu de l’Alliance libre européenne (alliance des mouvements autonomistes ou indépendantistes en Europe) ce qui est commenté ainsi par le site d’information Corsica Oggi (Corse aujourd'hui, en italien) : Elezioni in Sardegna: vince Solinas, l’indipendentista messo alla porta dagli indipendentisti (élections en Sardaigne, victoire de Solinas, l’indépendantiste mis à la porte par les indépendantistes, https://www.corsicaoggi.com/sito/elezioni-in-sardegna-vince-solinas-lindipendentista-messo-alla-porta-dagli-indipendentisti/). Ce site rapporte que le Partito di a Nazione Corsa avait conseillé aux Sardes de ne pas voter pour le PSd’Az. L’alliance avec la Ligue (du moins celle de Salvini) suffit à rendre infréquentable*.

                                               * Mais celle de Bossi n’avait pas meilleure réputation, notamment en raison de ses sorties contre l’immigration. En son temps, la Ligue de Bossi avait été exclue de l’Alliance libre européenne et par la suite, il semble que le PSd’Az fut suspendu pour s'être allié à elle.

 

 

Le courant le plus progressiste du PSd’Az a aussi contesté l’alliance avec la Ligue. D’autres indépendantistes, en Italie, critiquent aussi les choix du PSd’Az.

Ainsi, à l’occasion d’une élection législative partielle en Sardaigne qui avait été favorable au Parti démocrate (mais seuls 16% des électeurs s’étaient déplacés), un article de Roberto Bernardelli, publié en janvier 2019 dans le quotidien lombardo-vénète en ligne L'Indipendenza Nuova * commentait l’échec des protagonistes de l’alliance de centrodestra dont le PSd’Az :

                                                                    *  Qui se définit ainsi : “un journal qui porte ce nom parle aux territoires, parle aux fédéralistes, aux autonomistes, aux indépendantistes, parce que l’ennemi commun est le néocentralisme italien et européen”. Le journal a été fondé par Stefania Piazza, une journaliste qui a quitté la Ligue du Nord.

 

Hanno perso, quelli che hanno abbandonato l’indipendentismo autentico per un posto da qualche parte  (ils ont perdu, ceux qui ont abandonné l’indépendantisme authentique pour un quelconque poste), en s’alliant à une Ligue « en rien crédible » qui a elle-même abandonné l’autonomie de la Lombardie et de la Vénétie [la Ligue de Salvini avait bien dans son programme l'autonomie pour certaines régions mais les travaux avançaient difficilement, on en reparlera ]. L’article notait que le  parti indépendantiste sarde recueille le mépris pour son alliance avec la Ligue : «  Sur le siège du PSd’Az sont apparus des graffitis : Parti sarde d’Action, mercenaire, askari »* (http://www.lindipendenzanuova.com/sardegna-al-voto-1-bernardelli-ai-seggi-in-16-elettori-su-100-la-lega-non-se-la-bevono-piu-tutti/)

                                      *  Les askaris (comme le savent les lecteurs d’Hugo Pratt), étaient les soldats indigènes dans les anciennes colonies italiennes d’Erythrée et de Somalie.

 

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 Salvini avec les responsables du Parti sarde d'action. A droite Christian Solinas. Comparé à l'allure réservée des Sardes, Salvini  paraît bien plus "méridional" qu'eux...

L’independanza nuova, 21 janvier 2019

http://www.lindipendenzanuova.com/sardegna-al-voto-1-bernardelli-ai-seggi-in-16-elettori-su-100-la-lega-non-se-la-bevono-piu-tutti/

 

 

 

Bernardelli s’est trompé car en février, grâce à l’alliance de centre-droit, le PSd’Az a obtenu la présidence de la région, puis en juin, aux municipales, le centre-droit a été conforté, tandis qu’au niveau national, la Ligue et le centre-droit sortaient victorieux aux élections européennes.

Qui est Roberto Bernardelli ? Certes pas un homme politique de premier plan, mais son parcours est instructif.

Bernardelli, ancien de la Ligue, et d’autres membres qui ont quitté la Ligue  plus récemment, après le congrès de Parme qui a consacré la ligne Salvini*, ont fondé un nouveau parti Grande Nord, qui veut aboutir à l’autonomie ou l’indépendance des régions du nord. Umberto Bossi, l’ancien dirigeant de la Ligue, participa à la mise en place du nouveau parti mais finalement sans y adhérer, préférant rester dans la Ligue, qu’il avait fondée (pour ceux qui s’y intéressent, nous donnons en annexe la notice Wikipedia sur ce mouvement, qui a la particularité d’être rédigée en dialecte milanais).

                                                                   * Voir première partie. Depuis que la Ligue existe, des centaines de militants et de responsables, en désaccord avec les orientations ou l’autoritarisme de Bossi, l’ont quittée, et le même phénomène se reproduit avec Salvini, mais cette fois ce sont les “bossistes” qui partent.

 

Ce nouveau parti a rejoint le grand nombre de partis autonomistes/indépendantistes du nord de l’Italie, notament du Veneto, souvent très critiques envers la Ligue. Celle-ci, comme on le verra, poursuit pourtant ses objectifs autonomistes, défendus par les dirigeants leghistes locaux.

 

 

 

 

LE GENTILHOMME DE SICILE

 

 

Parmi les partis qui forment le centrodestra, la plupart ont une vocation nationale, mais certains sont à vocation régionale, comme le PSd’Az. Tel est aussi le parti Diventerà bellissima, présent en Sicile. Le dirigeant du parti est aussi le président de la région autonome. Le nom du parti (tu deviendras très belle) est une prédiction faite à la Sicile par le juge Borsellino, assassiné par la Mafia. Souvent le nom est présenté avec un hashtag.

Le dirigeant du parti et président de la région autonome, Nello Musumeci a lui-même été un temps président de la coordination régionale antimafia.

Wikipedia it. définit #Diventerà bellissima  comme un parti autonomiste et méridionaliste, "fondé sur les valeurs chrétiennes et sociales de la civilisation européenne et méditeranéenne", selon les statuts du parti. Mais on peut comprendre qu'il s'agit aussi d’un parti conservateur.

Musumeci a appartenu d’abord au MSI, devenu Alleanza nazionale, puis en désaccord avec Fini, a quitté le parti ; il a fondé Alleanza siciliana, puis a fusionné ce parti avec La Destra, enfin a quitté La Destra pour fonder Diventerà bellissima. Le parti est assez proche de Fratelli d’Italia, le parti de Giorgia Meloni.

Dans une interview datant déjà d’un an, Nello Musumeci précisait son parcours. La journaliste disait en introduction :

« On l’appelle le fasciste gentilhomme et il est diffcile de savoir s’il est plus satisfait de la première ou de la seconde de ces qualifications. Mais certainement la définition lui va comme un gant. Nello Musumeci est un signore sicilien élégant et affuté, réfléchi et cérémonieux, avec une assurance de soi et de son rôle propre qui viennent d’une expérience politique de presque 50 ans ».

Le titre de l’article est «Sì, sono di destra. Ma i migranti li chiamo fratelli». Parla Nello Musumeci» (oui, je suis de droite. Mais j’appelle les migrants des frères. Nello Musumeci parle), interview de Stefania Rossini, 24 août 2018

http://espresso.repubblica.it/palazzo/2018/08/24/news/si-sono-di-destra-ma-i-migranti-li-chiamo-fratelli-1.325912

Il est intéressant d’en donner quelques extraits .

Tout d’abord Musumeci, est réservé sur le gouvernement Conte-Salvini-Di Maio. Il observe intelligemment que “ la geografia del centrodestra nel Paese non è la stessa del Parlamento” (la géographie du centre-droit dans le pays n’est pas la même qu’au Parlement): on peut comprendre que le centre-droit au pouvoir dans les régions se présente différemment de la majorité parlementaire qui soutient le gouvernement, pourtant aussi, d'une certaine façon, de centre-droit.  C’est surtout l’alliance de gouvernement avec le Mouvement 5 Etoiles qui lui déplaît.

Avec Salvini, le contact est bon et Musumeci est même allé à Pontida (lieu traditionnel des réunions de la Ligue depuis Bossi) pour dire à la tribune que “il Nord senza il Sud non va da nessuna parte” (le nord ne va nulle part sans le sud) et à sa grande surprise, il fut chaleureusement applaudi.

Sur l’immigration, Musumeci ne prononce pas les paroles qui donnent leur titre à l’article: une manie curieuse des journaux italiens est de faire une synthèse des déclarations de la personne interrogée qui est parfois loin des véritables expressions utilisées. Musumeci pense que la fermeture des frontières a servi à mettre à nu l’égoïsme de l’Europe, qui, “si elle continue ainsi, ne mérite plus notre présence [de l’Italie]”- de sorte que sa pensée est probablement proche de celle de Salvini, au moins en ce que celui-ci reproche à l’Europe de faire peser sur l’Italie le poids de l’accueil des migrants.

A la question : Que pensez-vous du racisme rampant  [ou latent ] (Che ne pensa del razzismo strisciante?) il répond qu’il n’y en a pas et moins encore en Sicile qu’ailleurs car celle-ci a connu 15 dominations et est habituée à vivre avec l’autre. Mais qu’il est nécessaire de lutter contre l’exploitation de nos frères sur le dos desquels certains s’enrichissent.

La journaliste, bon public, lui déclare alors qu’il parle comme un homme de gauche : ce n’est pas la première fois qu’on me le dit. Je suis orgueilleusement de droite mais j’ai la chance d’avoir des gens de gauche qui votent pour moi, c’est la plus grande réussite pour un homme politique.

La journaliste lui demande à quel type de droite il appartient : celle de Giorgio Almirante, le fondateur du parti néo-fasciste MSI (Mouvement social italien), auquel il a adhéré très jeune, en 1970. Il n’est pas nostalgique du passé, mais le seul portrait qu’il a dans son bureau est celui, dédicacé, de G. Almirante.

Pourquoi cette adhésion chez un adolescent de 15 ans ? Musumeci répond qu’il était un jeune qui croyait à la liberté et qui n’aimait pas les pressions des activistes rouges qui disaient : qui n’est pas avec nous est fasciste. Il s’est donc rapproché des jeunes de droite [en fait d’extrême-droite] et s’y est trouvé bien, d'autant plus que sa mère venait de mourir et qu'il trouva dans le parti un réconfort.

Etait-ce une tradition familiale ? Non, mon père était un conducteur d’autobus des plus ordinaires (un autista di autobus del tutto qualunquista), qui votait “pour les amis” [comprendre sans doute dans un système de clientèle où on vote pour qui rend service].

Il évoque son mariage, son beau-père qui ne voulait pas que sa fille épouse “un fasciste sans le sou”, puis sa séparation d’avec sa femme (la politique, comme il arrive souvent, désunit les familles), il élude une question sur la mort d’un de ses fils, quelques années auparavant : Je m’en suis relevé et la politique a été mon grand soutien.

Pense-t-il réussir à faire devenir la Sicile plus belle ? L’île est déjà très belle esthétiquement, il rêve de lui donner une beauté éthique. Nous les Siciliens avons un ennemi plus puissant que la mafia, la résignation. Si vous réfléchissez que dans notre langue, le futur n’existe pas, vous avez tout compris.

Il ne compte pas se représenter, ce qui lui donne plus de liberté d’action. Et ensuite ? Il n’y a pas que les élections dans la vie ; je m’occuperai de la jeunesse.

 

Il s’agit d’une interview surprenante (au moins pour un Français) car un homme qui présente des idées plutôt humanistes exprimées avec sensibilité et modération, affirme qu’il reste fidèle à son engagement néo-fasciste de jeunesse, à travers la personnalité de G. Almirante*. Et on peut être surpris de lire que son engagement au MSI a été dicté parce qu’il croyait à la liberté. En fait, on peut comprendre que Nello Musumeci reste surtout fidèle à sa propre jeunesse, dans ces années 70 marquées par la position dominante de l’extrême-gauche, qui pouvait susciter des rejets violents.

 

                                                                      * Giorgio Almirante fut une personnalité contestée mais charismatique de l’Italie d’après-guerre jusqu’aux années 80. Dirigeant du parti néo-fasciste MSI, il était apprécié de certains de ses adversaires et les appréciait : on dit qu’il pleura en apprenant la mort d’Enrico Berlinguer, le chef du parti communiste italien, et il vint se recueillir devant sa dépouille exposée au siège même du PCI; quand Almirante mourut, des députés communistes furent présents à ses obsèques. A la fin de sa vie, Almirante désigna comme dauphin Gianfranco Fini, qui fit évoluer le parti vers le libéralisme conservateur sous le nom d’Alleanza nazionale. En 2008, lorsque le maire de Rome Giovanni Alemanno (Alleanza nazionale à l’époque) proposa de donner le nom d’Almirante à une rue, Fini, président de la chambre des députés, se déclara défavorable en disant que les idées d’Almirante étaient à l’opposé des valeurs de l’Italie actuelle. En 2018, la municipalité à majorité 5 Etoiles de Rome, sur proposition des conseillers du groupe Fratelli d’Italia, vota pour donner le nom d’Almirante à une rue mais devant les réactions, la maire Viriginia Raggi revint en arrière, prétendant s’être laissé surprendre. Quant à Salvini, il déclara que s’il y avait des rues Togliatti (dirigeant communiste d’après-guerre), il pouvait bien y avoir des rues Almirante.

 

Le parti dirigé par Musumeci n’est d’ailleurs pas néo-fasciste, mais est une composante du centrodestra (ce qui n’empêche pas Musumeci de se dire “orgueilleusement de droite”).

Enfin, si le président de la région Sicile considère les immigrés comme des frères, sa déclaration qu’il n’existe pas de racisme rampant peut surprendre ou susciter l’ironie des antiracistes ...

Dans une autre interview, Musumeci s’amuse qu’en Sicile tous les hommes politiques jouent à qui sera le plus autonomiste.

 Enfin, après l’annonce par Salvini de la fin de la coalition, Musumeci dans une interview du 15 août 2019, répondait au journaliste qui lui disait :

“ Le principal effet de la crise est de reconstituer le centre-droit.

-  Quand le centre-droit est uni, il est toujours victorieux. Et en Italie le centre-droit est une majorité morale  avant même d’être une majorité au Parlement (...) Salvini est un des membres fondateurs du centre-droit."

Interview de Mario Barresi dans La Sicilia https://www.lasicilia.it/news/politica/272126/musumeci-e-la-crisi-di-governo-calvario-finito-e-vedra-berlusconi.html

 

 

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Nello Musumeci à gauche, avec les dirigeants du centrodestra en 2017 : Matteo Salvini, Giorgia Meloni, Sergio Berlusconi.

Journal La Sicilia, 15 août 2019.

https://www.lasicilia.it/news/politica/272126/musumeci-e-la-crisi-di-governo-calvario-finito-e-vedra-berlusconi.html

 

 

 

 

LES LEGHISTES AUTONOMISTES NE LÂCHENT RIEN

 

 

 

Dès l’arrivée au pouvoir du gouvernement Conte-Salvini-Di Maio en juin 2018, il fut question de l’autonomie des régions du nord. Lors du rassemblement de Pontida (lieu habituel et emblématique des réunions de la Ligue du Nord depuis l’époque de Bossi *), le 1er juillet 2018, où Salvini vint remercier les militants et célébrer la victoire, le président lehgiste du Veneto, Luca Zaia, monta à la tribune avec des militants qui portaient un immense drapeau vénitien au lion de Saint Marc, avec l’inscription « autonomia subito », l’autonomie tout de suite.

Les choses n’allaient pas être si simples.

                    * Pontida fut choisi par Bossi comme le lieu des grands rassemblements de la Ligue du Nord car c’est dans cette prairie que se rassemblèrent, au Moyen-âge, les représentants des cités lombardes pour jurer de s’unir dans une Ligue contre l’empereur germanique qui prétendait leur imposer sa suzeraineté. Le parti fondé par Bossi s’appelait la Ligue lombarde et avec d’autres mouvements, il donna ensuite naissance à la Ligue du Nord, mais les sections régionales de la Ligue continuent, au moins en Lombardie et dans le Veneto, à porter les noms de Ligue lombarde et Ligue vénète.

 

Très vite, on partit sur l’hypothèse que dans un premier temps l’autonomie devait concerner les régions où la demande en ce sens était la plus importante et qui en raison de leur développement économique pouvaient le plus facilement assumer de nouvelles attributions avec leurs ressources propres : la Lombardie, la Vénétie, l’Emilie-Romagne. C'est ce qu'on appela l'autonomie différenciée (autonomia differenziata).

 

Mais les négociations s’avérèrent difficiles, et loin d’aboutir à l’autonomie pour Noël (2018) comme le disait Erika Stefani, la ministre leghiste chargée des réformes institutionnelles, le projet gouvernemental était toujours en discussion en juillet 2019.

De son côté, le Mouvement 5 Etoiles voyait d’un mauvais œil une réforme qui allait dans l’ensemble, attribuer aux régions autonomes la gestion d’une grande partie des ressources provenant de l’impôt, plutôt que de laisser au gouvernement central le soin de les redistribuer sur l’ensemble du pays, une péréquation favorable au sud notoirement moins développé.

En juillet 2019, les négociations achoppèrent notamment sur la question de l’éducation, que le gouvernement voulait maintenir dans les compétences nationales, alors que les régions demandaient que cette attribution leur soit confiée.

Le président du conseil Conte avait arbitré en faveur d’une conception limitée de l’autonomie, provoquant un conflit entre lui et Salvini qui soutenait les revendications des présidents leghistes des régions concernées.

Le président de la région Lombardie, Attilio Fontana*, déclara alors : cela me stupéfie que Conte, que j’estime encore, soit impliqué dans cette farce (questa cialtronata, le projet d’autonomie tel que proposé par le gouvernement), tandis que Luca Zaia déclarait : si l’autonomie ne se fait pas, le gouvernement n’a pas de sens ».

                                                                  *  Ne pas confondre avec le ministre Lorenzo Fontana dont il a été question au début de notre article (première partie).

 

Ce constat de blocage a certainement été l’une des raisons de la décision de Salvini de provoquer la fin de gouvernement de coalition.

 

 

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Le “premier” Giuseppe Conte (au centre, impassible) et à droite, le “gouverneur” de la Lombardie, le leghiste Attilio Fontana, qui semble lui tourner ostensiblement le dos (Crédit ANSA)

Les médias italiens appellent fréquemment le président du conseil “premier” (en français dans le texte et sans ajouter ministre), et les présidents de région “governatori” à l’imitation des USA.

 http://www.ansa.it/sito/notizie/topnews/2019/07/20/autonomia-fontana-stupito-da-conte_bafbd44e-fda9-49a0-bd5d-273550672da1.html

 

 

 

 

DERNIÈRES PÉRIPÉTIES

 

 

Le mois d’août 2019 a apporté de nouvelles péripéties à la vie politique italienne.

Matteo Salvini a fait  la tournée des plages, d’abord pour procéder en maillot de bains aux séances de selfie dont il est friand, puis pour tenir des meetings dans lesquels il a annoncé son intention de mettre fin à la coalition de gouvernement avec le Mouvement 5 Etoiles et de recourir à de nouvelles élections. Le président du conseil Conte, sans doute pris au dépourvu, malgré le contexte de tension de plus en plus vif des différentes composantes du gouvernement, a réagi en déclarant que ce n’était pas au ministre de l’intérieur de décider de la démission du gouvernement et de nouvelles élections.

 

 

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Salvini durant ses vacances à la plage en août 2019.

Photo illustrant l'article du New York Times du 8 août 2019, intitulé Italy’s Most Powerful Populist Rules From the Beach  (le plus puissant populiste d'Italie gouverne depuis la plage). Le journal définit Salvini comme " a populist Everyman with a talent for expressing Italy’s id" (un Monsieur tout-le-monde populiste avec un talent pour exprimer les pulsions de l'Italie - id ou ça, dans la théorie psychanalytique, désigne les pulsions inconscientes de la personnalité).

Prenant plusieurs semaines de vacances, Salvini a multiplié les photos avec des vacanciers anonymes ou avec ses enfants et s'est lui-même moqué de sa bedaine. On l'a vu et filmé dans un club de plage où il a ses habitudes (le Papeete à Milano Marittima, une station réputée au bord de l'Adriatique, fondée par des Milanais, d'où le nom), aux côtés d'un disc-jockey qui a passé l'hymne italien, repris en choeur par le public (mais Salvini n'a pas chanté...), tandis que des filles en maillot léopard se trémoussaient sur la musique ( https://video.repubblica.it/politica/salvini-in-consolle-le-cubiste-ballano-l-inno-di-mameli-al-papeete/341017/341606?refresh_ce ). Ses adversaires lui ont reproché son manque de tenue et de négliger les devoirs de son ministère.

https://www.nytimes.com/2019/08/08/world/europe/matteo-salvini-italy-beach.html

 

 

Mais, de façon évidente, c’est au leader de la Ligue de décider s’il souhaite ou non continuer à participer au gouvernement, quel que soit le scénario choisi. Il est peu probable qu’un gouvernement sans la Ligue obtienne une majorité de rechange au Parlement (quoiqu’on parle d’un gouvernement Parti démocrate/Mouvement 5 Etoiles), ce qui rendra inévitables de nouvelles élections.

Si Salvini a précipité la rupture, c’est que les sondages lui prédisent des intentions de vote très favorables, de l’ordre de 36 ou 38 %. Dans les élections, il pourra compter sur le soutien de Fratelli d’Italia et peut-être de Forza Italia, bien déchue de son importance passée. La formule des gouvernements de centrodestra devrait encore servir, mais avec cette fois la Ligue en formation dominante, succédant dans ce rôle au parti de Berlusconi*.

                                             * Au cours des 25 dernières années, la Ligue a participé 4 fois aux gouvernements Berlusconi: autour du parti de ce dernier (Forza Italia ou d’autres appelations), se groupaient la Ligue du Nord de Bossi, Alleanza nazionale et des petits partis comme l’UDC.

 

 En France, les raisons immédiates de la décision de Salvini de rompre la coalition ont été mises au compte du désaccord entre la Ligue et le M5 E sur la nouvelle  liaison ferroviaire Lyon -Turin, que désapprouve le M5 E en raison de son coût élevé et de son impact écologique, alors que les travaux ont déjà commencé. La décision de Salvini qui veut gouverner “seul”, sans des partenaires qui sont aussi des adversaires (une exigence semble-t-il de tous les gouvernements dans la plupart des pays) a provoqué en France les commentaires alarmistes des journaux, évoquant inévitablement Mussolini, le défi aux institutions démocratiques (en quoi ?) et la future alliance électorale avec Fratelli d’Italia, qualifié systématiquement de parti post-fasciste*.

                                                                * Preuve de la méconnaissance complète de la vie politique italienne par certains journalistes français : par deux fois, les présentateurs du journal télévisé de la 2 (édition de 13 h et de 20 h), évoquant la cérémonie pour l’anniversaire de l’effondrement du pont Morandi à Gênes (14 août), ont signalé que Salvini et son adversaire “le premier ministre Di Maio”  étaient présents, alors que Di Maio est vice-président du conseil (comme Salvini) et ministre du travail et de la protection sociale ainsi que du développement économique.

 

Mais outre les sujets de désaccord avec Di Maio et le Mouvement 5 Etoiles, il existait un autre désaccord de fond entre Conte et Salvini sur l’autonomie.

Bien que Salvini soit, du fait de ses fonctions, plus occupé de politique nationale, il ne peut se désintéresser des revendications des grands dirigeants leghistes du nord. Salvini a d’ailleurs dit un jour que l’autonomie était dans l’ADN de la Ligue.

Il serait sans doute inexact d’imaginer Salvini en maître tout-puissant de la Ligue, dont les autres responsables ne seraient que des exécutants. Si les barons leghistes du nord lui donnent leur soutien, il doit aussi les soutenir. La décision de Salvini de mettre fin au gouvernement de coalition en août 2019 résonne comme l’écho de l’avertissement de Luca Zaia en juillet 2019 : “Se non si fa l’autonomia, il governo non ha senso” (si l’autonomie ne se fait pas, le gouvernement n’a pas de sens).

 

 

 

 

 CONCLUSION

 

 

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Le discours de démission de Giuseppe Conte au Sénat le 20 août 2019. A droite, Luigi Di Maio. Malgré le ton parfois amical (Caro Matteo), Salvini apparait accablé par les reproches de Conte.

La Reppublica

https://www.repubblica.it/politica/2019/08/20/news/crisi_di_governo_conte_al_senato-233949397/

 

 

Eh bien, c’est fait.

Le président du conseil Conte a déposé sa démission le 20 août 2019, après un discours au Sénat, où il a fait peser la responsabilité de la crise sur Salvini, qui écoutait, mal à l’aise, assis à côté de lui. Giuseppe Conte a notamment déclaré : “Quand une force politique fait ses choix uniquement par intérêt électoral, elle ne compromet pas que la noblesse de la politique, mais aussi les intérêts nationaux du pays entier. » «  Nous n’avons pas besoin des pleins pouvoirs [demandés par Salvini], mais de dirigeants ayant le sens des institutions. ». Selon le président du conseil démissionnaire, l'impossibilité de gouverner en raison des blocages provoqués par le Mouvement 5 Etoiles, argument avancé par Salvini, était une invention de ce dernier. Giuseppe Conte a également repris Salvini sur ses façons de mélanger la religion et la politique, qui offense à la fois les croyants et la laïcité, principe fondamental de tous les gouvernements aujourd'hui (allusion aux attitudes de Salvini qui se montre avec un chapelet ou fait référence à la religion dans ses discours)*

                         * Salvini, l'air abasourdi de ce reproche,  sortit alors son chapelet de sa poche, le plaça sur le pupitre, puis après l'avoir considéré un instant, le porta à ses lèvres, un geste étonnant dans une enceinte parlementaire, même dans un pays de tradition catholique.

 

Assis de l’autre côté du président du conseil, se trouvait Luigi di Maio, qui a embrassé Conte après son discours. Di Maio a déclaré à la presse que Conte était l’honneur de l’Italie.

 

Une grande partie de l’assemblée a chaleureusement applaudi le président Conte, donnant ainsi l’impression que Salvini était isolé.  Dans son discours en réponse, Salvini, retourné à son banc de sénateur, plaida pour que le peuple tranche le conflit par  nouvelles élections. Son discours, dans une ambiance très agitée, a paru en-deça de ses capacités de tribun. Comme s’il avait voulu montrer qu’il n’avait rien à faire de la ”leçon” de Conte sur la religion, Salvini cita Jean-Paul II et invoqua la protection de Marie immaculée, non sur lui, mais sur l'talie (provoquant les éclats de rire de plusieurs de ses adversaires). Il retourna l'argument de Conte : ce dernier a bien peu d'estime pour les Italiens, catholiques ou pas, s'il croit qu'il suffit d'un chapelet pour décider de leurs votes ...

 Il ne manqua rien à la journée parlementaire du 20 août, ni la civiltà du président Conte qui commença son discours par la formule de politesse : Gentile presidente, gentile senatrice, gentile senatori (aimable président, aimables sénatrices, aimables sénateurs) jusqu'à la familiarité brutale d'un sénateur  5 Etoiles qui, debout,  cria à Salvini "Tu, vai a casa" (toi, rentre à la maison) et au reproche d'un autre sénateur 5 Etoiles de la Calabre - et coordinateur parlementaire anti-Mafia - qui accusa Salvini, avec ses attitudes de religiosité, d'envoyer des signaux à la N'Drangheta (la Mafia calabraise, dont les membres manifestent  une dévotion du même genre), intervention qui fut mal perçue en Calabre et retomba sur son auteur ! 

 

 

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 Matteo Salvini le 20 août 2019 au Sénat. Ayant repris sa place parmi les sénateurs de son parti (les ministres italiens qui sont parlementaires restent membres du Parlement), il répond au discours de Giuseppe Conte. Salvini évoque une Italie souveraine, qui n'obéit pas à l'Union européenne, qui croit à la famille, qui a des enfants, des enfants qui ont un papa et une maman...

L'inscription en surimpression rappelle qu'au Sénat, le groupe parlementaire de la Ligue s'appelle Lega-Salvini Premier- PSd'Az (Salvini Premier était le slogan de la campagne électorale de la Ligue en 2018) et que le Parti sarde d'action (théoriquement indépendantiste) forme un groupe commun - bien qu'il n'ait qu'un élu - avec la Ligue.

Capture d'écran You Tube - La Reppublica

 https://www.youtube.com/watch?v=b6f2YtGdtgo

 

 

 

Y aura t-il une majorité de substitution pour un nouveau gouvernement ou faudra-t-il aller vers de nouvelles élections ? Evidemment, les prochaines semaines apporteront la réponse.

 

Commentée avec indignation dans les autres pays, la demande de Salvini de retourner devant les électeurs pour avoir “les pleins pouvoirs” (a priori il ne s’agit pas de pleins pouvoirs dictatoriaux), qui a précipité la crise,  est pourtant conforme à la pratique politique de la plupart des pays, où on n’imagine pas de gouverner avec des contradicteurs... Encore une fois, si Salvini n’est pas irréprochable, la condamnation presque unanime par les pays européens et surtout la France, apparait passablement hypocrite.

 

La période faste de Salvini est-elle terminée ? Sa présence au gouvernement a été axée sur la lutte contre l’immigration, au point que le président du conseil Conte en a parlé, peu avant la démission du gouvernement, comme d’une obsession déraisonnable. Cet objectif est-il suffisant pour qu’une majorité relative d’Italiens le confirme au pouvoir ?

 

La grande force de Salvini, c’est finalement d’être un Italien moyen au pouvoir, pas forcément très efficace, même dans les objectifs qu’il se donne, mais “qui nous ressemble” et qui est en représentation permanente pour montrer à quel point il ressemble aux gens moyens et à quel point il travaille pour les défendre. En ce sens, comme Alberto Sordi incarnait l’Italien moyen des années 50-70 au cinéma, Salvini incarnerait l’Italien moyen d’aujourd’hui au pouvoir, avec d’ailleurs une dégaine plus méridionale que nordiste : un paradoxe pour celui qui a commencé sa carrière en déclarant que son pays (la Padanie) était en guerre contre l’Italie ! ( Quando il padano Salvini diceva: "Siamo in guerra con l'Italia, disobbediamo", Quand le Padan Salvini déclarait : nous sommes en guerre avec l'Italie, nous désobéissons https://www.globalist.it/politics/2019/07/18/quando-il-padano-salvini-diceva-siamo-in-guerra-con-l-italia-disobbediamo-2044366.html ).

 

 

Paradoxalement aussi, le retour de bâton pourrait venir du Nord. Dans une interview, l’universitaire Gianluca Passarelli, auteur avec Dario Tuorto, de l’étude La Lega di Salvini. Estrema destra di governo, déclarait il y a quelques mois:

“Il y a une partie de la Ligue qui accepte volontiers Salvini parce que, comme l'a dit Max Weber, tant que le dirigeant réussit, il est intouchable, mais en période de vaches maigres, il risque d'avoir deux problèmes: le parti et le Nord.”

https://www.michelesantoro.it/2019/05/lega-salvini-intervista-passarelli/

 

 

 

 

 

ANNEXE 1 : ORIGINALITÉ DE LA VIE POLITIQUE ITALIENNE

 

 

La vie politique de l'Italie est très différente de la vie politique de la France, en particulier en raison de l'existence de mouvements autonomistes ou indépendantistes qui non seulement jouent un important rôle local mais peuvent aussi intervenir au niveau de la politique nationale, par leurs alliances ou même, comme la Ligue, en acquérant une stature de premier plan (au prix d'un abandon d'une partie de ses objectifs premiers, il est vrai). Le système électoral italien, qui se fonde en partie sur la représentation proportionnelle, permet aux partis régionalistes (au sens large) d'être présents au Parlement.

Dans quel autre pays pourrait-on trouver un homme politique devenu ensuite un des ministres les plus importants du gouvernement, qui déclarait quelques années plus tôt qu'il ne se reconnaissait pas dans le drapeau national (déclaration faite non pas quand il avait 18 ans mais à 38 ans, alors qu'il était déjà député (européen) du parti qui allait accéder au pouvoir sous sa direction) ?

Dans quel autre pays un gouvernement prétendument nationaliste serait-il allié avec des indépendantistes locaux ?

Dans quel pays pourrait-on trouver un ancien président de la république (Giorgio Napolitano), sénateur à vie (cette position existe en Italie) qui siège au Sénat au groupe Per le Autonomie (pour les autonomies) composé des partis Südtiroler Volkspartei, Partito Autonomista Trentino Tirolese et Union Valdôtaine, partis certes parfaitement constitutionnels mais énergiquement autonomistes ?

Enfin, dans un genre différent, où trouverait-on un président de région qui est fier de se dire de droite et  de tradition néo-fasciste et qui appelle les immigrés des frères ? Et un dirigeant, qui se dit en faveur de la famille traditionnelle et qui, à la tribune du congrès d'une organisation conservatrice, déclare qu'on "fait l'amour avec qui on veut", formule aussi surprenante dans la forme que dans le fond !

Au moins de ce point de vue, la vie politique italienne est pleine de contrastes et d'anticonformisme, surtout comparée à la vie politique française qui ressemble à un concours de politiquement correct qui se tiendrait dans une grande école parisienne.

 

 

PATT_-per-la-festa-dell’Autonomia-esponiamo-la-bandiera

Sur le site du Partito Autonomista Trentino Tirolese : Il 5 di settembre esponiamo il simbolo della nostra Autonomia. Esponiamo la bandiera del Trentino! (le 5 septembre, [pour la fête de l'autonomie], déployons le symbole de notre autonomie, déployons le drapeau du Trentin !)

https://patt.tn.it/2019/09/05/patt-per-la-festa-dellautonomia-esponiamo-la-bandiera/

 

 

 

A titre d'exemple des très nombreux partis autonomistes/indépendantistes du nord, et comme indiqué plus haut, nous donnons ci-dessous le texte de la notice Wikipedia (en lombard/milanais)* sur le parti Grande Nord. Ce parti a été créé en 2017 après le congrès de Parme de la Ligue (qui a confirmé la ligne Salvini), notamment par d'anciens militants de la Ligue en désaccord avec l'orientation salviniste, rejoints par d'autres indépendantistes ou autonomistes nordistes. Pour l'instant, ce parti n'a pas obtenu de siège aux élections régionales e 2018 (" 'l ciappa nissun scagn").

                                  * A condition de lire un peu l'italien, on comprendra sans trop de peine ce texte, dont la syntaxe est quand même surprenante.

 

De Wikipedia

Grande nord

Quest articol chì l'è scrivuu in lombard grafia milanesa

 

El Grande Nord a l'è on partii politegh italian attiv in l'Italia del Nord de ideologia liberalista e federalista. L'aderiss al Manifest de Oxford e ai valor de l'Internazionala Liberala.

Storia

El partii el nass in del magg 2017 dòpo di primari de la Liga che han reconfermaa el roeul de Matteo Salvini segretari cont l'obietiv de parpoeu on partii federalista che 'l faga de "sindacaa territorial" compagn del SVP del Südtirol.

L'ha tolt dent sia di ex leghista de stampo bossian come 'l Marco Reguzzoni e 'l Marco Desiderati sia di alter ch'eren sortii giamò prima 'me 'l Giulio Arrighini e 'l Roberto Bernardelli oltra a di independentista de la zona veneta 'me 'l Fabrizio Comencini, fondator de la Liga Veneta Repubblica.

L'Umberto Bossi l'ha tolt part a la conferenza de fondazion del partii ma l'ha scernuu de deventà no mèmber.

Ai elezion regionai lombard del 2018 l'ha candidaa el Giulio Arrighini president e 'l ciappa nissun scagn.

El riess a ottegnì di resultaa in di elezion comunai del 2018, cont el 9% a Lonaa Pozzoeu e in del midemm period el ciappa, per la mort de 'na consiliera de la Liga, el primm reppresentant al Consili del Municipi 2 de Milan, el Fulvi Novares.

Riferiment

Vos correlaa

 

 Great North logo.jpg

 Logo du parti.

 

 

ANNEXE 2 : COMPOSITION DES GROUPES AU PARLEMENT ITALIEN

 

 

Composition des groupes au Sénat italien (2019) (site du Sénat  http://www.senato.it/leg/18/BGT/Schede/Gruppi/Grp.html)

 

 

* Südtiroler Volkspartei , Partito Autonomista Trentino Tirolese, Union Valdôtaine.

** Le groupe mixte comprend les élus de : Liberi e uguali, Partito socialista italiano (PSI), + Europa (Emma Bonini) et des non-inscrits.

 

 

Composition des groupes à la Chambre des députés (2019) (Site de la Chambre des députés https://www.camera.it/leg18/46)

 

FORZA ITALIA - BERLUSCONI PRESIDENTE

104

FRATELLI D'ITALIA

33

LEGA - SALVINI PREMIER

125

LIBERI E UGUALI

14

MOVIMENTO 5 STELLE

216

PARTITO DEMOCRATICO

111

MISTO

27

[Le groupe mixte comprend les élus suivants] :

+EUROPA-CENTRO DEMOCRATICO

 

3

CIVICA POPOLARE-AP-PSI-AREA CIVICA

4

MAIE - MOVIMENTO ASSOCIATIVO ITALIANI ALL'ESTERO

3

MINORANZE LINGUISTICHE*

4

NOI CON L'ITALIA-USEI

4

SOGNO ITALIA-10 VOLTE MEGLIO

3

Deputati non iscritti ad alcuna componente

6

Totale

630

 * Minoranze linguistiche (minorités linguistiques) : ce groupe, membre du groupe mixte, comprend notamment les élus du Südtiroler Volkspartei et du Partito Autonomista Trentino Tirolese ou élus de coalitions avec ces partis.