DES BLANCS AU KENYA, AUJOURD'HUI

 

SIXIÈME (ET DERNIÈRE !) PARTIE

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 [ Nous utilisons dans ce message des photos trouvées sur internet, que nous créditons. En cas de contestation, nous les supprimerons à la première demande des ayant-droit ]

 

 

 

Quel héritage a laissé au Kenya la présence britannique ?

Comme dans tous les pays anciennement colonisés, le colonisateur a laissé sa marque, parfois dans des détails, parfois dans des tendances plus profondes. Le pays anciennement colonisé, même s’il est critique envers le colonisateur, même s’il exalte ses traditions antérieures à la colonisation ou sa lutte de libération nationale, doit s’accommoder de l’héritage colonial – et en tire parfois un certain orgueil..

 

Dans le cas du Kenya, la présence de nombreux Britanniques qui y vivent ou qui y séjournent régulièrement, fait que l’influence de l’ancienne puissance coloniale n’est pas seulement un héritage du passé. La culture et le style de vie britannique continuent d’influer sur  la vie au Kenya. Bien entendu cette influence est plus ou moins nette selon les milieux sociaux. Quasi nulle pour le paysan pauvre ou le déraciné vivant d’expédients dans  les townships (le mot est aussi utilisé au Kenya) en périphérie des grandes villes,  elle sera forcément plus significative pour le Kenyan à son aise qui joue au golf ou au polo, pour l’homme de loi qui pratique les mêmes règles que son confrère britannique, puisque tous deux se réfèrent à la common law, pour les dirigeants toujours heureux d’accueillir un membre de la famille royale en visite : le Kenya est un pays du Commonwealth et le Chef du Commonwealth est la reine Elizabeth.

Enfin, l’infuence culturelle britannique résulte aussi de la présence de personnes d’ascendance britannique dans la classe moyenne et supérieure du pays (Kenyans d'origine britannique, possédant ou pas la double nationalité).

 

 

 

LE SOUVENIR DE LORD DELAMERE : STATUE, RESTAURANT ET YAOURTS

 

 

 

A l’époque britannique, le souvenir de Lord Delamere (le 3ème baron), considéré comme le fondateur de la colonie, était manifesté par le nom donné à la plus importante avenue de Nairobi et par la statue de Lord Delamere sur cette avenue.

Cette statue représentait Lord Delamere, simplement vêtu, en pull-over et chemise à col ouvert, ses jumelles à la main, assis avec l’air pensif, comme s’il réfléchissait au destin du “pays” qu’il avait fondé - un territoire bien individualisé, même si c’était à l’époque une colonie.

Dès l’indépendance, l’avenue fut renommée Kenyatta Avenue. Quant à la statue, il semble qu’elle fut démontée peu avant l’indépendance, à la demande de la famille Delamere, peut-être pour prévenir des actions hostiles. Seul le piédestal de la statue demeura en place.

La statue fut réinstallée dans la propriété familiale, à Soysambu. Lord Delamere parait contempler les vastes terres  qui appartiennent toujours à sa famille.

 

Il y a quelque temps, un journaliste kenyan, John Kamau, plaidait dans un article pour que la statue soit réinstallée à Nairobi :

«  Nairobi should return the statue of Lord Delamere from the shores of Lake Elementeita to its original plinth. We cannot use sites and monuments to settle old scores. » (Nairobi devrait faire revenir la statue de Lord Delamere des rives du lac Elementeita et la réinstaller sur son piédestal originel. Nous ne pouvons pas nous servir des sites et monuments pour régler de vieux comptes).

                                                                                      * Le même journaliste se désole que des vandales aient récemment détruit une statue de la reine Victoria qu'on trouvait dans un square de Nairobi.

https://www.businessdailyafrica.com/analysis/Return-Lord-Delamere-s-statue-to-Nairobi/539548-2685830-xcp515/index.html

 

 

 

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 Statue de Lord Delamere, dans la propriété famliale de Soysambu.

https://drivebybirdingkenya.weebly.com/blog/the-lords-land-soysambu-conservancy

 

 

 

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 Lord Delamere Terrace au Fairmont The Norfolk Hotel.

https://eatout.co.ke/nairobi/lord-delamere-s-terrace-at-fairmont-the-norfolk

 

 

 

 

Mais le nom des Delamere n’a pas disparu de l’espace public.

Le restaurant et bar du Fairmont Hotel The Norfolk s’appelle Lord Delamere Terrace.

Le  Norfolk Hotel fut ouvert  en 1904. Il connut plusieurs propriétaires avant d’être récemment racheté par la chaîne d’hôtels de luxe Fairmont. Le nom de Lord Delamere a été donné au restaurant probablement en souvenir du temps où l’hôtel accueillait Lord Delamere et ses amis pour des soirées parfois agitées au début du 20ème siècle. On a gardé le souvenir d’un jour où Lord Delamere entra à cheval dans l’hôtel et s’amusa à sauter par dessus les meubles comme dans un concours de saut d’obstacles.

Du Lord Delamere Terrace, le site Lonely Planet écrit «  While the atmosphere may be a bit too colonial for some people’s tastes, there’s no denying the sense of history that ebbs from the walls” (bien que l’atmosphère puisse paraître un peu trop coloniale pour le goût de certains, on ne peut pas nier qu’il se dégage de ces murs une impression d’histoire) 

 

Le nom de Lord Delamere survit aussi dans les Delamere Flats (appartements Delamere). Il s’agit de 9 immeubles de trois étages à Nairobi, construits dans un style minimaliste par l’architecte allemand Ernst May (1886-1970), qui s’était établi au Kenya dans les années trente, pour fuir la montée des totalitarismes en Europe. Les plans furent réalisés dès la fin des années trente à la demande de Derek Erskine, un colon influent, qui voulait construire des immeubles pour la classe moyenne européenne. Les immeubles furent construits seulement en 1951.Ils comportent divers aménagements novateurs. Nous ne savons pas précisément pourquoi le nom de Delamere leur a été donné, sinon comme hommage à celui qu'on considérait comme le "créateur" du Kenya.

Quant à Derek Erskine (1905-1977), négociant en produits alimentaires, introducteur de l’athlétisme au Kenya et membre du conseil législatif de la colonie, il plaidait pour l’égalité raciale (au point d’être expulsé un moment du conseil législatif en 1952). Il fut l’un des rares Blancs à soutenir Kenyatta lorsque ce dernier fut emprisonné. Après la légalisation du parti de Kenyatta KANU, Derek Erskine devint le chef de file du parti (whip) au conseil législatif dans les années précédant immédiatement l’indépendance. Il fut l’un des premiers Blancs à prendre la nationalité kenyane. En 1964, il fut anobli par la reine, à la demande de Jomo Kenyatta, en remerciement de ses efforts en faveur du Kenya. En 1969, après l’assassinat de Tom Mboya, ministre de Kenyatta et espoir du Kenya, Sir Derek Erskine, qui était un ami de Mboya, publia dans la presse une lettre pour demander que son nom soit donné à un boulevard de Nairobi, ce qui fut fait.

 

 

 

Mais dans la vie quotidienne des Kenyans, Delamere est principalement une marque de produits laitiers.

Les laiteries Delamere (Delamere dairies) ont été créées en 1927 par le 3ème baron. Aujourd’hui, l’entreprise (qui n’appartenait probablement plus à la famille fondatrice depuis longtemps) produit des yaourts. La marque est passé en 2013 (semble-t-il) sous le contrôle de la société Brookside. En 2017, pour le 90ème anniversaire de la marque, une nouvelle gamme de yaourts a été lancée et la présentation a bien sûr eu lieu à Delamere Terrace.

La société Brookside est intéressante. Cette société, créée en 1993, a racheté de nombreuses sociétés de production laitière et les marques en dépendant (outre Delamere, elle a racheté Ilara, Spin Knit Dairy et Buzeki Dairy Ltd) ; elle est devenue un acteur majeur non seulement au Kenya (où elle contrôle 44% du marché des produits laitiers) mais dans le reste de l’Afrique (Ouganda, Tanzanie, projets d’expansion au Nigeria et en Ethiopie).

Le capital de Brookside est ainsi composé :

-          Famille Kenyatta, 50%

-          Danone 40%

-          Abraj Capital (fonds d’investissement basé à Dubaï) : 10 %

Ainsi, de façon assez symbolique, le nom de marque Delamere est possédé maintenant par la famille Kenyatta.

 

 

 

 

LES HOMMES (ET FEMMES) LES PLUS RICHES

 

 

 

L’influence culturelle d’une minorité sur l’ensemble de la population depend en grande partie du statut social de cette minorité.

On ne trouve pas de Blancs (dont la majeure partie au Kenya est d’ascendance britannique) parmi les 10 ou 20 Kenyans les plus riches, le premier serait Martin Dumford (groupe Tamarind, hôtellerie-restauration) à la 26ème place selon certains classements.

Par contre on trouve des Européens (pas forcément  d’ascendance britannique).ou des Américains parmi les plus grands propriétaires terriens.

Pour se limiter au plateau de Laikipia (environ 10 000 kms2 ou 2.5 millions d’acres) au centre-ouest du pays, dans la Vallée du Rift, on y trouve le plus grand nombre de propriétaires blancs, qui détiennent plus de 2 millions d’acres, le reste étant possédé par les tribus masaï. C'est dans ce comté qu'ont eu lieu des incidents en 2017 entre propriétaires européens et  leurs employés d'un côté, et "squatters" tribaux de l'autre, faisant plusieurs victimes (voir cinquième partie).

Les propriétaires sont des Kenyans blancs (d’ascendance généralement britannique et possédant probablement la double nationalité) mais aussi des membres de la jet-set internationale.

Parmi les plus grandes propriétés, on trouve :

- Ol Ari Nyiro Ranch – 100 000 acres* appartenant à Kuki Gallman, une riche italienne naturalisée kenyane (parfois qualifiée de baronne ?), qui en a fait une réserve naturelle;

                                                                                                         * 1 acre = 4046 mètres carrés; 10 acres = 4,04 hectares.

 

- Ol Jogi Ranch – 67 000 acres, appartenant à Alec et Guy Wildenstein, fils du marchand d’art français Daniel Wildenstein; le fisc français reproche aux héritiers Wildenstein d’avoir dissimulé cette propriété et d’autres biens;

- La reserve Loisaba – 61 000 acres, autrefois connue comme Colcheccio, appartenait au comte italien Alberto Ancilotto qui lui donna le nom Colcheccio (à peu près : occupez-vous de ce qui vous regarde) car c’est ce qu’il répondit à ceux qui s’étonnaient de le voir acheter; la propriété a  été rachetée par un organisme international The nature conservancy ;

- Segera Ranch – 50 000 acres, appartient à Jochen Zeitz, l’ancien PDG de Puma, qui y héberge une grande collection d’art;

- Ole Malo Ranch – 50 000 acres, propriété de  Colin Francombe, un Kenyan banc, qui élève du bétail et en gère une partie en reserve naturelle

- Mugie Ranch – 47 000 acres, appartient à la famille Hahn et est géré par un Kenyan blanc, Claus Mortensen, comme reserve et lieu de safari;

 - Lewa Downs – 45 000 acres appartient à la famille Craig depuis 1918. Le duc de Cambridge (le prince William) s’y est rendu en 2016 pour assister au marriage de son ancienne girlfriend Jessica, fille de Ian Craig, le proprétaire actuel. Une grande partie du domaine est une reserve naturelle. Sur l’autre partie Ian Craig élève du bétail et une partie sert de  terrain d’entraînement à l’armée britannique;.

- Suyian Ranch – 43 000 acres, appartient depuis 1920 à la famille Powys qui y élève du bétail et héberge des espèces protégées;

 - Mogwooni ranch – 40 000 acres est la propriété de Jackie Kenyon, et est consacré principalement à l’élevage;

 - Ole Naisho Ranch – 30 000 acres appartient au Kenyan blanc Jeremy Block, president d’un groupe de production de café; on y pratique l’élevage et c’est aussi un terrain d’entraînement de l’armée britannique;

- Chololo Ranch – 25 000 acres appartient à Sammy Jessel, dont la famille possède trois autres ranches;

 La liste donnée par l’article Revealed : Kenya’s biggest landowners (Révélations: les plus grands propriétaires du Kenya) sur le site Nairobi Wire (2016) ne concerne que des propriétés du comté de Laikipia. Mais on trouve des grands propriétaires blancs ailleurs, comme les Delamere à Naivasha (l’article indique 50 000 acres – mais on donne souvent le chiffre de 100 000). Il existe aussi des grands propriétaires africains, souvent membres de la classe politique :

- Charles Njonjo, un veteran de la politique kenyane (voir plus bas)  détient le Solio Ranch, plus de 100 000 acres;

- Mwai Kibaki (ancient president le da république) possède plusieurs propriétés formant un total de 30 000 acres;

- Daniel arap Moi (ancien president de la république) possède* environ 100 000 acres en plusieurs propriétés;

La famille Kenyatta posséderait 500 000 acres de terres réparties sur tout le pays.

http://nairobiwire.com/2016/07/revealed-kenyas-biggest-landowners.html

                                                          * (D. arap Moi est  décédé en février 2020)

 

 

La liste des 20 personnes les plus riches du Kenya peut différer d’une source à l’autre. Mais on retrouve généralement les mêms noms, pas forcément dans le même ordre. Quant au montant de leur fortune, il est aussi sujet à variation  (selon le magazine américain Forbes, aucun Kenyan ne serait milliardaire en dollars, alors que les listes des sites kenyans comprennent quelques personnes atteignant ou dépassant le milliard ?).

si on retient par exemple la liste publiée sur le site Urban Kenyans https://urbankenyans.com/richest-people-in-kenya/ on a les noms suivants :

- Daniel arap Moi, l’ancien président de la république (maintenant décédé), et sa famille posséderaient un patrimoine de 3 milliards de dollars; les sociétés qu’ils contrôlent exercent  dans presque tous les secteurs d’activité;

- Les héritiers de Nicholas Biwott (mort en 2017),1 milliard de dollars (centres commerciaux, Air Kenya); Nicholas Biwott était aussi un politicien, député et plusieurs fois ministre sous la présidence de Daniel Moi;

- Mama Ngina Kenyatta, veuve du premier président, 1 milliard (banque, hôtellerie, immobilier);

 - Bhimji Depar Shah, 700 millions de dollars (holding de sociétés de produits manufacturés, exportation);

 - Naushad Merali, 700 millions (agriculture, construction, information, technologie, téléphonie mobile, immobilier, finance);

- Uhuru Kenyatta, l’actuel président, aurait une fortune personnelle de 500 millions de dollars;

- Chris Kirubi, 300 millions de dollars (fonds de capitaux, centres commerciaux); également connu comme philanthrope;

- Manilal (Manu) Premchand Chandaria, 270 millions de dollars, - mais une autre liste lui attribue, 1, 65 milliards. Il est vrai que certaines de ses sociétés sont en difficulté, d’où peut-être l’explication de la différence ? (acier, plastique, aluminium, immobilier);

- Atul Shah, 290 millions de dollars (supermarchés au Kenya, Ouganda, Tanzanie, Rwanda);

 - Peter Kahara Munga, 280 millions de dollars, dirigeant de Equity Bank group;

 - Raila Odinga, l’habituel adversaire de Uhuru Kenyatta, posséderait 250 millions de dollars (ses avoirs consistent esentiellement dans la société East African Spectre, créée par son père Oginga, l’opposant historique à Kenyatta puis à Daniel Moi; fabrication de reservoirs pour le gaz de pétrole liquéfié, et la société Spectre International Limited, qui investit dans la production d’ethanol);

- James Mwangi; 170 millions de dollars, dirigeant et actionnaire de banque (Equity Group Holdings Limited) et de compagnie d’assurances (Britam - British American Insurance Company Limited);

- S. K. Macharia, 150 millions de dollars, dirigeant de The Royal media company qui regroupe plusieurs stations de radio et chaînes de télé; participations dans l’immobilier, les transports, la banque;

- Baloobhai Patel (tourisme, actionnaire de banques et compagnies d’assurance);

- Titus Naikuni (dirigeant d’entreprise);

- Joseph Wanjui (dirigeant de sociétés, UAP Holdings, Unilever);

 - Bharat Thakrar (marketing);

 - Jane Wanjiru Michuki (cabinet d’avocats);

- Duncan Ndegwa (ancien dirigeant de la Central bank of Kenya);

 - Pradeep Paunrana (cimenteries).

 Dans cette liste on trouve 7 Indiens sur 20 (Bhimji Depar Shah, Naushad Merali, Manu Chandaria, Atul Shah, Baloobhai Patel, Bharat Thakrar, Pradeep Paunrana). La petite minorité indienne du Kenya * est donc très bien représentée. L’un des leaders emblématiques de cette communauté est Manu Chandaria, âgé maintenant de 90 ans. Il a notamment été décoré en 2003 de l’Ordre de l’Empire britannique par la reine Elizabeth.

 

                                           * En 2009, les Indiens étaient 81 000 soit 0,88% de la population, majoritairement hindouistes;  environ 60% ont la nationalité kenyane.  

 

 Une autre liste met en bonne position William Ruto, l’actuel vice-président, ce qui tend à démontrer que le pouvoir politique et la richesse sont souvent liés au Kenya.

 

 

  

 

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 Une famille (presque) comme les autres : le président Uhuru Kenyatta, sa femme Margaret et leurs trois enfants.

 https://answersafrica.com/richest-people-kenya.html

 

 

 

 

LIFESTYLE (STYLE DE VIE)

 

 

 

 

Le mot lifestyle est maintenant assez courant dans les médias français pour désigner le mode ou  style de vie,  mais pas celui de tout le monde, celui des gens qui  ont les moyens..

Reste-t-il encore des traces du style de vie de la classe supérieure anglaise chez les riches du Kenya aujourd’hui ?

Dans les années 65-70, Jomo Kenyatta, le père de l’indépendance, adopta un style vestimentaire britannique: costumes rayés et rose à la boutonnière. Lorsque Jomo Kenyatta mourut et que son corps fut exposé pour recevoir l’hommage du public, on n’oublia pas de mettre une rose à sa boutonnière.

Le premier président  roulait également en Rolls-Royce.

Ce style a presque complètement disparu au profit d’un style plus international - mais même en Grande-Bretagne, le style international s'est largement imposé.

Au Kenya, seuls des gens âgés, qui ont grandi à l’époque coloniale, affichent encore la british touch, comme Charles Njonjo.

 

 

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 Jomo Kenyatta, père de l'indépendance du Kenya et premier président de la république, arrive au stade de Nairobi pour les cérémonies d'anniversaire de l'indépendance dans sa Rolls-Royce Phantom V (fin des années 60 ou début des années 70). Cette Rolls Royce fut  achetée à Londres en 1963 par Kenyatta qui était alors premier ministre; c'était à ce moment la voiture la plus chère sur le marché. Cet achat semble avoir provoqué une polémique compte tenu des difficultés économiques du pays.

 http://www.coastweek.com/3950-kul-bhushan-Kenya-memorable-photographs-celebrating-Independence-Uhuru-Day-12-December.htm

 

 

 

 

Charles Njonjo, qui est connu dans les medias Kenyans comme "Sir Charles" (non qu’il ait été anobli, mais c’est une référence à son style de gentleman britannique) ou (plus ironique encore) le duc de Kabeteshire, est un des hommes les plus riches du Kenya, même si son nom ne figure pas dans toutes les listes ou dans les premiers de liste. Fils d’un chef tribal dévoué aux Anglais, homme de loi de formation, il exerça des fonctions administratives de haut niveau à la fin de la période coloniale. Il fut l’un de ces “loyalistes” qui paradoxalement, à la fois permirent la défaite des Mau-Mau et furent les principaux bénéficiaires de l’indépendance.

Njonjo fut nommé Attorney general (chef de l’administation de la justice) dans le premier gouvernement de Jomo Kenyatta et le resta jusqu”en 1980, date à laquelle il fur ministre de la justice et des affaires constitutionnelles jusqu’en 1983. Puis il fut accusé - à tort semble-t-il - d’avoir comploté contre le president Daniel arap Moi et tomba en disgrâce. Il quitta les affaires poliiques et se consacra aux affaires tout court, devenant l’un des hommes les plus riches du Kenya, toujours en bonne forme malgré ses 99 ans. Il s’est marié plutôt sur le tard avec une Kenyane blanche*, rencontrée en assistant à l’office à l’église anglicane.

                                  * Le journal Kenyan qui évoque ce mariage (les anniversaires de Charles Njonjo sont une sorte de “marronnier” pour la presse kenyane et donnent lieu à un article annuel où il est généralement question de ses secrets de longévité) n’emploie pas le mot “blanche” mais “caucasienne”; on peut supposer que ce terme est usité au Kenya pour décrire l’appartenance à la minorité blanche (de même qu'il est employé aux USA pour désigner les Blancs - les vieilles théories anthropologiques situant vers le Caucase le berceau de la race européenne blanche).

En 2009, l’une des filles de Njonjo a épousé un Blanc. La cérémonie nuptiale à la cathédrale anglicane All Saints de Nairobi, a eu lieu dans l’intimité et le seul politicien présent était Raila Odinga avec sa femme - Charles Njonjo avait soutenu Raila Odinga lors de l'élection présidentielle de 2007.

Célèbre pour ses costumes rayés faits sur mesure à Londres et sa rose à la boutonnière, Charles Njonjo évoque un monde presque disparu  où le style anglais était encore le comble du bon goût.

 

 

 

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Charles Njonjo.

The Star, article pour son 99 ème anniversaire, 21 janvier 2019.

https://www.the-star.co.ke/news/2019-01-23-duke-of-kabeteshire-charles-njonjo-turns-99/

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Daniel arap Moi et sa famille ont aussi gardé quelque chose de ce style. L’ancien président Moi, décédé en février 2020 âgé de 95 ans, qui était lui aussi un des hommes les plus riches du Kenya, portait couramment une rose à sa boutonnière et le syle vestimentaire de son fils, Gideon Moi, sénateur et homme d’affaires, paraît  inspiré par une version modernisée du chic anglais, portant souvent des gilets colorés et une fleur à la boutonnière, marquant la continuité de la tradition famliale.

 

 

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 Gideon Moi, fils cadet de l'ancien président de la république Daniel arap Moi. Sénateur, il a repris en mains le parti KANU (longtemps le parti gouvernant du Kenya); on pense qu'il pourrait se présenter aux élections présidentielles de 2022. Il a des contacts avec Raila Odinga. Joueur de polo, Gideon Moi montre aussi son attachement aux traditions de l'ethnie Kalenjin. Cette ethnie est partagée entre le soutien à Gideon Moi et le soutien à l'un de ses adversaires politiques,  William Ruto, vice-président de la république, également membre de l'ethnie Kalenjin.

Compte Twitter de Gideon Moi.

 https://twitter.com/moigideon

 

 

 

Par contre l’actuel president Uhuru Kenyatta préfère un chic international plus passe-partout, notamment les costumes du couturier italien Brioni -  il est vrai que les acteurs Pierce Brosnan et  Daniel Craig , dans le rôle de James Bond, sont aussi habillés par Brioni.*

                                                              * Brioni a été racheté par le groupe Kering , qui appartient à François-Henri Pinault.

 

On dit fréquemment que les très riches du Kenya sont discrets et préfèrent mener une vie sans ostentation. Le frère du président Kenyatta,  Muhoho  Kenyatta, qui gère le patrimoine familial (probablement la première fortune du pays si on tient compte qu’elle est répartie entre plusieurs membres de la même famille, dont la mère d’Uhuru et Muhoho), évite d’être pris en photo (voir en fin de message une photo de lui et de sa mère, assistant à la messe).

 

Les riches du monde des affaires laissent  le style bling-bling aux riches du monde du spectacle Kenyan, où il est bien représenté. Mais qu’il s’agisse des riches discrets ou des riches au style plus “voyant”, tous sont amateurs de belles voitures et on trouve au Kenya les voitures de tradition  anglaise, Rolls-Royce, Bentley  ou Aston-Martin, les plus récentes, même si les autres marques de luxe (européennes en général) sont bien présentes, comme Ferrari, Maserati, Porsche ou la gamme la plus chère de Mercedes.

De même certains riches affectionnent les villas spectaculaires, là où d’autres préfèrent les residences discrètes et n’en doutons pas, bien surveillées dans un pays marqué par une forte criminalité et le  terrorisme islamique. Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que la sécurité privée soit un secteur important d’activité.

 

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Le richissime homme d'affaires Chris Kirubi est connu pour son goût des belles voitures : ici deux de ses voitures, une Mercedes  S Class Maybach  et une Bentley  Continental, avec des plaques à ses initiales.

 site Victormatara.com

 https://victormatara.com/list-of-insanely-expensive-cars-driven-by-billionaire-chris-kirubi/

 

 

 

 

 

MARIAGES INTERRACIAUX

 

 

L’exemple du mariage « interracial » de Charles Njonjo et celui de sa fille conduit à dire quelques mots des relations entre Blancs et Noirs dans le Kenya d’aujourd’hui. - un sujet qui mériterait évidemment des développements plus importants.

 

On se bornera à un court aperçu sur les mariages (et unions !) interraciaux*.

                                                       * Au Kenya et dans d'autres pays, notamment les USA, on utilise fréquemment le mot "interracial" pour parler des relations maritales, entre Blancs et Noirs (ou d'autres communautés). En France, où le mot "race" est mal vu, on parle de "mariages mixtes" (sauf que l'expression est utilisée pour parler de mariages entre personnes possédant des nationalités différentes, ce qui n'est pas la même chose...)

 

Si on se fie aux articles de la presse populaire locale, le rêve des Africaines est d’épouser un Blanc (on utilise souvent le mot africain  Mzungu pour Blanc); car ils sont considérés comme  plus romantiques, plus attentionnés, et plus riches ....sauf que ces Blancs sont  présentés comme des foreigners, des étrangers ou expatriés. La question des mariages interraciaux avec les Kenyans blancs semble escamotée.. Par contre, il ne semble pas que le rêve des Kenyans africains soit d'épouser une Blanche ?

La question des relations interraciales est évoquée dans un livre  de Janet McIntosh, Unsettled: Denial and Belonging Among White Kenyans (mot à mot : Instable : déni et appartenance chez les Kenyans blancs), Université de Californie, 2016 (extraits sur Google livres).

 

L’auteur remarque que les mariages interraciaux entre étrangers (non-Kenyans) et Kenyans ne sont pas rares. Mais c’est tout différent quand il s‘agit de la minorité blanche du Kenya. L'auteur a discuté avec l'anthropologue Richard Leakey, un Kenyan blanc appartenant à une vieille famille, qui a eu une activité politique  (d'abord opposant à Daniel Moi, puis chef de l'administration du même Moi, avant d'être renvoyé *). Leakey dit que beaucoup de Kenyans blancs sont  « a pretty racist people » (des gens joliment racistes). Il note qu’ils peuvent avoir fait leurs études avec des Noirs, avoir des amis noirs, mais quand il s’agit de se marier, c’est toujours un Blanc avec une Blanche, qui font une réception  à Laipikia, avec 300 invités blancs et pas de Noirs sinon les serveurs…

                                                                                         * Richard Leakey est un des rares Blancs du Kenya à avoir eu une activité politique (d'ailleurs marginale dans sa carrière). Son frère Philip a été à un moment élu du parti présidentiel KANU et ministre à l'époque de Moi. De façon générale, les Blancs s'abstiennent de se mêler de politique au Kenya, surtout s'il s'agit d'opposition au pouvoir en place. Cette discrétion a longtemps été considérée par eux comme une condition pour maintenir leur situation dans la société kenyane.         .

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 L'auteur Janet McIntosh confirme que les Kenyans blancs ont du mal avec l'idée des unions interraciales. Mais que, paradoxalement, ils considèrent cette attitude comme une preuve de leur intégration dans la société kenyane. L'une des personnes interrogées par l'auteur dit : "People stay with their own cultures" (les gens restent dans leur propre culture) et justifie ce comportement : c'est exactement ce que font les  Kikuyus, les Luos, etc. Ils préfèrent fréquenter des gens de leur propre ethnie. Les Blancs seraient donc, au Kenya, une tribu comme les autres, ni plus ni moins  ! L'auteur, qui parle de "mild tribalism" (tribalisme doux), n'est pas convaincu par  la sincérité et la pertinence de cette justification..

 

 

 

 

COURSES ET POLO

 

 

On peut sans doute considérer que la popularité des courses de chevaux au Kenya fait partie de l’héritage britannique, avec tout le petit monde des propriétaires, des entraîneurs, des jockeys et des parieurs de tous milieux sociaux qui tourne autour du turf.

Certes on ne trouve pas au Kenya l’équivalent des étalages de mondanité que sont les courses d’ Ascot ou d’Epsom en Angleterre, mais le système des courses suit le modèle britannique et on retrouve les noms habituels des épeuves comme le Derby ou le Saint Leger.

On trouve aussi des Kenyans blancs dans ce milieu, comme la célèbre jockey  Lesley Sercombe.

Le polo est un sport cher qui appartient lui aussi à la tradition britannique, qui l’a ramené des Indes où iI était déjà pratiqué. On peut penser que le pourcentage de Blancs qui jouent au polo est plus important que celui des joueurs africains. Mais il existe des Africains passionnés de polo (et suffisamment riches, cela va de soi, pour pratiquer ce sport) comme Gideon Moi, fils de l’ancien président de la république Daniel Moi.

 

 

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 Au Polo-club de Nairobi. L'équipe Afrika Aviation remporte le tournoi Six-Goal, septembre 2018.

 https://www.sportpesanews.com/posts/post/Aviation-Scoop-Kenya-Six-Goal-Tournament-Trophy/16010

 

  

 

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Le directeur du groupe Britam (British American Insurance Company Limited ), Dr. Benson Wairegi remet le trophée Britam Kenya Guiness à Lesley Sercombe, janvier 2018.

 https://www.standardmedia.co.ke/article/2001266784/horse-racing-no-stopping-red-hot-dragon-at-britam-kenya-guineas

 

 

Enfin il existe au Kenya des établissements  réputés d'élevage de chevaux où on procède à des croisements de races ou à l'insémination artificielle. Ces établissements, notamment  dans le comté de Laipikia, sont dirigés par des professionnels d'origine britannique, parfois des jeunes femmes comme Tatiana Mountbatten (voir plus loin) ou Venetia Philipps.

 

 

ROYAL FAMILY

 

 

Le Kenya  entretient des relations plutôt cordiales avec l’ancienne puissance coloniale. Mais aux relations classiques intergouvernementales s’ajoutent les relations avec les membres de la famille royale. A l’étranger, et notamment dans les pays du Commonwealth, le rôle de la famille royale n’est pas que protocolaire et ses membres abordent les questions politiques avec les gouvernants des pays concernés lors de leurs visites.

Ainsi en 2018, le prince William, duc de Cambridge, est venu visiter les troupes britanniques présentes au Kenya dans le cadre de la Batuk (British Army Training Unit Kenya). Il a visité une unité des Irish Guards et une unité de l’armée kenyane en compagnie de la ministre de la defense kenyane. Avec le president Kenyatta, il a abordé la question de la coopération militaire (probablement dans le cadre de la lutte anti-terroriste) et de la lutte contre le braconnage et la préservation de la vie sauvage.

A ces visites officielles s’ajoutent éventuellement des visites privées. En effet, c’est dans la propriété des Craig (voir plus haut) où ils séjournaient tous deux que William a fait sa demande en mariage à Kate Middleton.en octobre 2010

Et en 2016, comme on l’a indiqué, iI est revenu pour assister au mariage de son ancienne girlfriend Jessica (Jecca) Craig. Cette visite annoncée comme privée (et qui n’a pas donné lieu à des photos publiques du prince lors du mariage) n’a pas empêché le prince de rendre visite à Uhuru Kenyatta pour discuter des points d’actualité.

Bien entendu, Uhuru Kenyatta participe aux sommets du Commonwealth et peut ainsi renforcer les liens qui unissent le Kenya aux autres pays du Commonwealth.

Bien que le Kenya et la Grande-Bretagne aient des vues proches sur la politique internationale, Uhuru Kenyatta s’est plaint, lors de la visite de Theresa May en août 2018, qu’aucun Premier ministre britannique n’était venu au Kenya depuis Margaret Thatcher, 30 ans avant, alors que le Kenya avait considérablement changé depuis.

En parlant à Theresa May, Uhuru Kenyatta a (probablement) fait semblant de ne pas se souvenir du nom de Boris Johnson (Boris … comment déjà, le type qui fait du vélo), avec qui le courant n’était sans doute pas passé quand “Bojo” était ministre des affaires étrangères.

 

 

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 Affiche pour un thé accompagnant la retransmission du mariage du prince Harry et de Meghan Markle, 2018, au restaurant Lord Erroll de Nairobi. Les frais d'admission étaient de 6000 shillings kenyans pour deux personnes. Un autre établissement proposait une journée de réception pour 1 million de shillings (1 shilling kenyan ou KES = 0,0088 euros; 6000 KES = 53 euros  ; 1 million KES = 8840 euros).

Le restaurant tire son nom de Lord Hay of Erroll, célèbre aristocrate et séducteur de l'époque coloniale, mystérieusement assassiné en 1941, peut-être par un mari jaloux (voir troisième et quatrième parties). Le restaurant appartiendrait à Zahra Moi, épouse de Gideon Moi, fils de l'ancien président Daniel Arap Moi.

Site Citizen TV

 https://citizentv.co.ke/blogs/would-you-pay-ksh-1m-to-watch-prince-harry-meghan-markle-wedding-200044/

 

 

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 Le prince William, duc de Cambridge, dans le cadre d'une visite aux militaires britanniques de la force Batuk, stationnée dans le comté de Laikipia, s'entretient avec des militaires kenyans (octobre 2018). Il est accompagné à gauche par la ministre de la défense du Kenya, Raychelle Omamo (presque cachée sur la photo). En chemise blanche, le haut-commissaire (ambassadeur) du Royaume-Uni au Kenya  (haut-commissaire est le nom donné au représentant d'un pays du Commonwealth dans un autre pays du Commonwealth)..

Site Brits in Kenya

 https://www.britsinkenya.com/2018/09/30/prince-william-joins-batuk-to-see-how-british-and-kenyan-troops-train-together/

 

 

 

 

 

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Uhuru Kenyatta (5ème à partir de la gauche au 2ème rang) au Sommet du Commonwealth à Londres en avril 2018. Au premier rang , de gauche à droite, Theresa May, la reine Elizabeth, la secrétaire générale du Commonwealth Patricia Scotland et le président du Rwanda Paul Kagame (dont le pays, bien que n'ayant jamais été une possession ou un protectorat britannique, a adhéré au Commonwealth).

Site Citizen TV

https://citizentv.co.ke/news/uhuru-kenyatta-cnn-interview-with-amanpour-to-air-at-9pm-197697/

 

 

 

 

LAWYERS (HOMMES ET FEMMES DE LOI)

 

 

 

Le droit Kenyan est fondé en grande partie sur la Common law anglaise (corps de règles issus de la pratique judiciaire).

The legal system is based on English Common Law (le système légal est basé sur la Common Law).Helping U.S. Companies Export https://www.export.gov/article?id=Kenya-legal-regime

 “Kenya’s legal system is largely based on English common law and comprises private and public law. The primary sources of law in Kenya are the 2010 Constitution (which is the supreme law binding on all persons and state organs), statutes and case law (le système juridique du Kenya est largement fondé sur la Common law anglaise…Les sources primaires du droit au Kenya sont la Constitution de 2010 (loi supreme s’imposant aux individus et aux organisms d’Etat)  les lois votées par le Parlement (statutes) et les précédents jurisprudentiels)..

Country Focus - Kenya: The Legal Landscape In association with MMAN Advocates, 2018

https://mman.co.ke/sites/default/files/docs/Getting%20the%20Deal%20Through%20-%20Kenya%2C%20The%20Legal%20Landscape.pdf

 

Certaines lois britanniques sont encore applicables telles quelles au Kenya, de même que, de façon assez marginale, la loi islamique, quand le requérant est mulsulman évidemment, ou les coutumes tribales si ells ne contredisent pa d’autres règles.

L’article du site Globallex (2016) Researching Kenyan Law de Tom Ojienda et Leonard Obura Aloo énumère précisément les sources du droit Kenyan; on peut s’y reporter http://www.nyulawglobal.org/globalex/Kenya1.html

Le monde judiciaire kenyan n’a pas seulement hérité du colonisateur une partie de son système legal mais aussi son style vestimentaire. Robes et perruques des avocats et magistrats s’inspirent du modèle britannique. Des tentatives de moderniser la tenue, ainsi que les appellations (My Lord ou My Lady pour s’adresser aux magistrats auraient été remplacés par Your Honour, à l’américaine)  avaient été envisagées par le precedent Chief Justice du Kenya, Willy Mutunga, mais semblent avoir été abandonnées par l’actuel Chief Justice David Maraga, de tendance conservatrice, sinon que le port de la perruque est devenu facultatif (pour les avocats seulement ?)*.

                                                                                                                       * En Angleterre même, le port de la perruque semble abandonné en matière civile.

 

On trouve fréquemment dans la presse africaine de langue anglaise des attaques contre la tradition vestimentaire des juges et avocats, qui est présentée comme un héritage colonial dont il faudrait se débarrasser. Mais les intéressés, eux, paraissent y tenir, comme “either a source of pride and prestige or a symbol of the profession” (soit une source d’orgueil et de prestige, soit un symbole de la profession) (This is Africa, article de Kylie Kiunguyu, 3 septembre  2018, Willy Mutunga’s campaign against colonial-era robes and wigs disintegrates (la campagne de Willy Mutunga contre les robes et perruques de l’ère coloniale se désagrège)

https://thisisafrica.me/chief-justice-mutunga-on-colonial-robes-wigs/

Le plus haut magistrat du pays est le Chief Justice. Assez significativement, le site internet du gouvernement kenyan donne la liste de tous les Chief Justice y compris ceux de la période coloniale,

https://www.judiciary.go.ke/about-us/our-history/

De la même façon, le site du Parlement Kenyan  donne la liste de tous les présidents y compris de ceux du conseil législatif colonial. Une brochure officielle présentant l'histoire du Parlement (2017) fait débuter cette histoire avec le conseil colonial (http://www.parliament.go.ke/sites/default/files/2018-04/24_History_of_the_Parliament_of_Kenya.pdf).

 

Dans ses documents officiels, le Kenya reconnait donc une continuité avec la période coloniale.

 

Les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale portent aussi la perruque longue.

 

Le dernier Blanc à avoir occupé le poste de Chief Justice était Robin Allan Winston Hancox en 1989-1993, c’est-à-dire une trentaine d’années après l’indépendance. Il ne semble pas aujourd’hui que des Blancs kenyans exercent dans la magistrature ou même le barreau.

La question de savoir si des avocats non Kenyans pouvaient exercer (en tous cas comme avocats de l’accusation ?) sans formalité particulière  s’est posée récemment lors d'une affaire en cours, aux implications politiques évidentes.

 La vice-Chief Justice (deputy Chief Justice) et vice-présidente de la Cour suprême, Philomena Mbete Mwilu, a été accusée d’avoir utilisé ses fonctions dans des buts d’enrichissement personnel. Cette accusation prend place dans le programme du president Uhuru Kenyatta de lutte contre la corruption*, même si certains y devinent des arrière-pensées politiques car Philomena Mwilu  avait pris une position défavorable à Kenyatta lors de la contestation par Raila Odinga du résultat de la dernière élection présidentielle (2017),.aboutissant à l’oganisation de nouvelles élections, remportées de nouveau par Kenyatta.

                                                        * En 2017, le Kenya figurait à la 143ème place, sur 180, dans le rapport annuel de l'ONG Transparency International sur la corruption (France-Info Afrique).

Pour démontrer l’objectivité des poursuites contre Philomena Mwilu, l’Attorney general a décidé d’avoir recours à un avocat étranger (dans le système juridique de tradition britannique, ce sont des avocats qui soutiennent l’accusation) et son choix s‘est porté sur un célèbre avocat londonien et professeur de droit,  Khawar Qureshi, QC *

                                                             * Rappelons que QC signifie Queen’s counsel et que c’est un titre honorifique pour les avocats qui ont acquis un renom dans la profession, en Grande-Bretagne et dans certains pays du Commonwealth. Dans d'autres pays anciennement britanniques, l'appellation est le plus souvent Senior counsel.

 

Les audiences de ce procès ont commence à se tenir en mars 2019. Avant cela, les avocats de Philomena Mwilu ont tenté de faire obstacle à la nomination de Khawar Qureshi comme chargé de soutenir l’accusation en invoquant qu’un avocat étranger ne pouvait pas intervenir au Kenya sans une procédure spéciale, mais la validité de sa nomination a été reconnue par la Haute cour en janvier 2019.

 

Pour terminer ce bref panorama du paysage judiciaire Kenyan, il faut signaler la décision prise par la Cour suprême en janvier 2019, annulant une décision de la cour d’appel qui avait jugé que des élèves musulmanes pouvaient revêtir un hijab dans des écoles non-musulmanes. La plainte avait été présentée par les parents de jeunes  musulmanes suivant leur scolarité dans une école méthodiste (une branche du protestantisme), St Paul's Kiwanjani Secondary School, qui avaient été exclues de l’école pour avoir refusé d’ôter leur hijab.

La Cour suprême a jugé que chaque école avait le droit de fixer ses règles en matière de tenue scolaire. Le journal kenyan The Nation évoque “ a triumph for the Methodist Church” (un triomphe pour l’Eglise méthodiste). https://www.nation.co.ke/news/Top-court-overturns-ruling-on-hijab-in-schools/1056-4948688-ewqojoz/index.html

Les musulmans représentent environ 11 % de la population du Kenya soit environ  5 millions de personnes (population du Kenya en 2017 : 46.6 millions habs. Serait passée à 51,2 millions en 2019 (?) selon http://www.worldometers.info/world-population/kenya-population/

Ajoutons que récemment le Chief Justice, qui ne cache pas son appartenance à l’Eglise des Adventistes du 7ème jour, a déclaré qu’à son avis, tous les lawyers (hommes et femmes de loi) devraient être chrétiens…

 

 

 

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 Les avocats de l'accusation dans l'affaire Mwilu : Alexander Muteti, Dorcas Oduor et au centre, Khawar Qureshi, en décembre 2018.

https://citizentv.co.ke/news/drama-in-court-as-qureshi-takes-centre-stage-in-mwilu-case-222174/

 

 

 

 

ARISTOCRATES AU SOLEIL

 

 

Comme on l’a vu, de nombreux aistocrates se sont installés au Kenya à l’époque coloniale. Les descendants de certains y sont toujours présents.

Mais d’autres aristocrates ont choisi plus récemment de résider au Kenya soit pour une partie de l’année soit pour un séjour permanent, au moins pour quelques années.

Dans le premier cas, on trouve par exemple Lord Valentine Cecil, fils du 6ème marquis de Salisbury et frère du 7ème et actuel marquis. Ses liens durables avec le Kenya ont commencé par l’achat en 1991 avec son frère Lord Michael Cecil, de Wilken Telecommunications Limited, une société kenyane, puis ils ont créé AfSat Communications Limited qui est devenu le service fournisseur d’internet par satellite le plus important d’Afrique. Ces entreprises ont été revendues depuis. Lord Valentine Cecil est president de l’Eastern Africa Association qui promeut les liens commerciaux avec l’Afrique de l’Est.

Bien que résidant en Angleterre, où il est habitué des champs de course, Lord Valentine Cecil passait une partie de l’année dans sa résidence de Laragai House, construite dans les années 90 dans le comté de Laikipia. La residence a été vendue en 2015, mais on peut supposer que Lord Cecil a encore ses habitudes au Kenya.

Dans un article paru en 2017 dans le magazine anglaisThe Tatler, Lord Cecil indiquait avoir découvert le Kenya 8 ans après l’indépendance. Il rapporte que beaucoup d’Anglais se demandaient alors s’ils allaient rester. Aujourd’hui leurs enfants et petits-enfants y sont encore, parce qu’ils aiment la vie au Kenya. Il ajoute : “'You can play polo at a fraction of the cost you could at home” (Vous pouvez jouer au polo pour une fraction de ce que ça vous coûte chez nous [en Angleterre])  Why do aristocrats love Kenya?, article de Sophia Money-Coutts  https://www.tatler.com/gallery/why-aristocrats-love-kenya-jack-marrian-case.

Bon connaisseur des choses du Kenya, Lord Cecil prévoyait dans cet article que Jack Marrian (voir cinquième partie) serait reconnu innocent, mais qu’il faudrait trois ans car la police et la justice kenyane ne voulaient pas perdre la face, ce qui s’avéra exact.

Arrivée au Kenya bien plus récemment, Lady Tatiana Mountbatten, née en 1990, petite-fille du dernier vice-roi des Indes Lord Louis Mountbatten et fille du marquis de Milford Haven, apparentée à la famille royale, est cavalière de compétition dans les épreuves de dressage.

L'article du Tatler indiquait en 2017 qu'elle pratiquait le dressage de chevaux sur le domaine Borana, propriété de la famille Dyers, voisine du domaine des Craig dans le comté de Laipikia. L’une des propriétés proches appartient à Michael Spencer, richissime actionnaire principal d’une société de courtage qui est le beau-père de Tatiana Mountbatten, ayant épousé sa mère, divorcée du marquis de Milford Haven (Why do aristocrats love Kenya?, article cité).  Depuis Tatiana Moutbatten a-t-elle quitté le Kenya ? Elle semble aujourd'hui s'entraîner et élever des chevaux dans la campagne anglaise.

 

 

 

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Tatiana Mountbatten (à gauche) et  Venetia Philipps (qui élève également des chevaux),  accompagnés par des rangers kenyans (2016). Comme le montre le ciel, le Kenya est aussi un pays orageux ou brumeux et pas seulement ensoleillé. Le climat se partage en une saison sèche et une saison pluvieuse.

Site Brits in Kenya.

https://www.britsinkenya.com/2016/08/06/riders-hoping-to-raise-30000-for-running-with-rangers-in-mongol-derby/80423fad-7efa-4730-b0ba-27a3c9a92b97/

 

 

 

 

 

 

 

ÉDUCATION A L’ANGLAISE

 

 

Le Kenya dispose d’un système éducatif public en progression (20% du budget de l’Etat, qui devrait être porté à 30%) et qui est soutenu par divers programmes internationaux.

Mais à côté des écoles publiques il existe de nombeuse écoles privées qui offrent un cursus scolaire anglais (English curriculum) et qui accueillent de nombeux élèves d’ascendance européenne. Ces écoles comportent ou pas des pensionnats (boarding schools). Certaines sont “non-denominational” (non religieuses), les autres se rattachent à l’église Anglicane, catholique, etc

Ces écoles sont généralement (on l’a deviné) plutôt coûteuses.

On peut citer parmi ls plus connues :

The Banda School, Nairobi,

Braeburn College, Nairobi, dont on precise qu’à l’encontre de la plupart des écoles du Kenya, l’école n’impose pas d‘uniforme, avec Braeburn High School, Braeburn Prep School et Braeburn Imani International School,

Braeside School, Nairobi,

Brookhouse International School ,Nairobi;

Greensteds International School, Nakuru,

Hillcrest Secondary et Hillcrest Prep School, Nairobi,

International School of Kenya, Nairobi,

Kenton College Preparatory School, Nairobi,

Peponi House preparatory school, Nairobi  et Peponi School, Ruiru (le nom à consonance italienne vient peut-être de son fondateur ?); la rumeur veut que cette école appartienne à la famille Kenyatta,

 Pembroke House, Gilgil,

St Andrew’s Turi Prep et St Andrew’s Senior School, Turi.

 

Le president Kenyatta a pris l’habitude, tous les mois d’inviter une classe du pays à visiter la résidence du président de la république. Lorsqu’il fit visiter les locaux aux enfants d’une classe de Pembroke House, dans leur très grande majorité blancs, certains Kenyans remarquèrent que ces éléves avaient été mieux traités que les autres éléves africains, car ils avaient posé pour la photo de groupe auprès du président, assis sur des petites chaises dorées…

Pembroke, dont la fondation remonte à plus de 90 ans, a commencé comme école pour un public blanc plutôt aristocratique. Elle s’est ouverte à un public multi-racial dans les années 1970 et aux filles en 1988.

Les élèves de Pemboke sont réputés pour leurs “delightful manners” (manières délicieuses).

La devise de l’école est “Fortuna favet Fortibus” (la Fortune favorise les braves)  

 

 

 

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 Le président Kenyatta fait visiter la résidence présidentielle aux élèves de Pembroke House, 2016.

 Chan O8.

http://chano8.com/uhuru-kenyatta-receives-criticism-discriminating-black-students/

 

 

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Jeunes filles élèves de Hillcrest School.

Site de l'école.

 http://www.hillcrest.ac.ke/secondary/

 

 

 

TROOPING THE COLOUR

 

 

On peut aussi trouver un héritage britannique clairement revendiqué dans les traditions de l’armée kenyane.

Le Kenya est l’un des trois pays africains avec le Ghana et l’Ouganda qui pratique la cérémonie d’origine britannique du Trooping the Colour (présentation du drapeau aux troupes), lors du Jamhuri Day (anniversaire de l’indépendance et de la proclamation de la républque, le 12 décembre - Jamhuri signifie "république" en swahili).

En presence du president de la république, les couleurs du regiment des Kenya Rifles sont montrées aux unités militaires réunies pour la commémoration. L’escorte du drapeau régimentaire et du drapeau présidentiel marche au pas de parade de l’armée britannique. La musique joue la marche British Grenadiers et By Land and Sea (sur terre et sur mer), marche des Royal Marines.

Avant cela, les drapeaux ont été bénis par les représentants des cultes.

 

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 Le président Kenyatta, en uniforme de commandant en chef des forces armées, remet le drapeau régimentaire et le drapeau présidentiel au régiment  des Kenya Rifles .lors de la cérémonie de Trooping the colour à l'occasion du 55ème anniversaire de l'indépendance, 12 décembre 2018. C'est la première fois que le président était en uniforme.

 Compte Twitter

 

 

 

CHURCHES (ÉGLISES)

 

 

Doit-on considérer la religion en Afrique comme un héritage colonial ?

La religion dominante est le christianisme (84 % de la population).

 L’Islam représente environ 10 à 11% de la population (majoritairement sunnisme).

 La religion animiste ne représente que 1,7% de la population.

Autres religions 1,8%. (Hindouisme, Judaïsme, Bouddhisme)

A l’intérieur du christianisme, le protestantisme représente 47, 7% (Anglicans, Presbytériens, Méthodistes, Baptistes, Luthériens, Pentecotistes).

Le catholicisme 23,4 %. L’Eglise catholique serait un grand propriétaire foncier et immobilier au Kenya.

Les autres formes de christianisme 11,9% (il s’agit généralement d’églises opérant une synthèse entre le christianisme et les traditions africaines ou d’églises comme les Mormons, les Témoins de Jéhovah, etc).

Pour les chiffres cités, cf. World Atlas https://www.worldatlas.com/articles/religious-beliefs-in-kenya.html

L’article Wikipedia en anglais fournit des répartitions un peu différentes mais il est inutile ici d’entrer dans le detail, cf.  https://en.wikipedia.org/wiki/Religion_in_Kenya

 

On peut retenir le succès des formes du protestantisme évangélique (les Quakers seraient plus nombreux au Kenya que dans n’importe quel pays, Adventistes, Pentecotistes etc).

Les Anglicans représentent 5 millions de personnes, soit 10% de la population. Bien que l'Eglise anglicane soit représentée partout dans le monde (dans les anciennes possessions britanniques notamment), ses attaches avec l'Angleterre, son pays d'origine, restent forts puisque l'archevêque de Canterbury est le chef spirituel de la Communion anglicane. 10% des Kenyans ont donc une religion qui a un lien spécial avec l'ancienne puissance coloniale.

 L’église orthodoxe compte 650 000 membres.

La Constitution garantit la liberté religieuse et la liberté de discussion. La coexistence religieuse est ordinairement  sans problème mais l’apparition du terrorisme islamique depuis ces dernières années a tendu les relations avec les Musulmans.

La coexistence religieuse et le rôle public des religions apparaissent dans des occasions comme la bénédiction des drapeaux lors de la cérémonie du Trooping the Colour que nous avons évoquée. Les principaux représentants des religions participent ensemble à la bénédiction et récitent des prières.

Le président, le vice-président, les ministres, les magistrats et officiers supérieurs qui entrent en fonctions prêtent serment, selon leur choix,  avec une formule faisant référence à Dieu, ou sans cette référence. Mais il est caractéristique, que, sans qu'il y ait obligation de le faire, le serment est souvent prêté en tenant le livre sacré à la main (la Bible pour les chrétiens). Les commentateurs notèrent que Uhuru Kenyatta avait prêté serment en tenant la Bible qui avait  servi à son père Jomo Kenyatta. Voir exemples de serments prêtés en tenant la Bible pour les commandants militaires https://www.youtube.com/watch?v=ltoE3gm7wVc&t=545s et pour le Chief Justice https://www.youtube.com/watch?v=ERLsnYFSpiY             .

 

 

On peut également indiquer que dans un pays majoritairement protestant, le président Uhuru Kenyatta est catholique. Sa mère, Mama Ngina, la veuve du premier président Jomo Kenyatta, s’est convertie au catholicisme (elle devait appartenir comme Kenyatta, du moins à l’origine, à l’Eglise presbytérienne) et elle assiste à la messe toutes les semaines avec certains membres de sa famille.

 

 

 

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 Les représentants des cultes bénissent les drapeaux appuyés sur des tambours avant leur remise au régiment,  lors de la cérémonie du 55ème anniversaire de l'indépendance, 12 décembre 2018

Kenya Citizen TV

 Capture d'écran You Tube.https://www.youtube.com/watch?v=vzc-guQzAo0&t=447s

 

 

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 Mama Ngina Kenyatta (à droite), veuve du premier président de la république Jomo Kenyatta, assiste à la messe avec son fils Muhoho  Kenyatta, frère du président de la république et gestionnaire de la fortune familiale, et l'épouse de celui-ci.

 Article du Daily Nation, Rise and rise of the Kenyatta family business empire, 12 février 2019. Le titre de l'article comporte une plaisanterie (on attend rise and fall - ascension et chute de l'empire du business de la famille Kenyatta, on a : rise and rise : ascension et ascension).

 https://www.nation.co.ke/news/Rise-of-Kenyatta-business-empire/1056-4984426-jf7m4g/index.html

 

 

 

 

CONCLUSION : UN MONUMENT POUR LA RÉCONCILIATION ET LES VACANCES DE BÉATRICE D'YORK 

 

 

 

 Le Kenya et l'histoire du Kenya sont probablement peu connus en France.

On imagine volontiers que la révolte des Mau-Mau a poussé les Britanniques à accorder l'indépendance. C'est très contestable si on pense que le Kenya est devenu indépendant en 1963, soit 7 ans après la fin pratique de l'insurrection (même si après 1956, un petit nombre de combattants ont encore tenu le maquis dans des zones reculées quelques années encore et même pour certains, au-delà de l'indépendance). De plus, le Ghana, le Nigéria, l'Ouganda, sont devenus indépendants avant le Kenya et il n'y avait pas de révolte armée dans ces pays... Certes la révolte a amené le gouvernement britannique et surtout les colons blancs,  à admettre l'évolution vers non seulement l'indépendance mais vers le gouvernement par la majorité noire. Mais l'indépendance n'est pas née de la révolte, puisque celle-ci a été vaincue.

La tendance inconsciente à survaloriser la révolte des Mau-Mau, qui paraît conforme au processus des émancipations coloniales telle qu'on le conçoit souvent à travers quelques exemples historiques, où l'indépendance survient après une guerre de libération, apparait par exemple dans l'illustration sur le site de France Info  ( https://www.franceinter.fr/emissions/rendez-vous-avec-x/rendez-vous-avec-x-26-octobre-2013 ) d'une émission de 2013, au moment où les survivants Mau-Mau réclamaient des indemnisations à la Grande-Bretagne : on y voit un momument de Nairobi présenté comme monument à la gloire des Mau-Mau, alors qu'il s'agit (comme le style du monument aurait déjà dû le suggérer) du monument aux combattants africains de l'armée britannique, érigé à l'époque coloniale !

Les Mau- Mau ont mis longtemps à avoir leur monument au Kenya. La "réhabilitation" des Mau-Mau est venue à travers les méandres de la politique kenyane au moment où Mwai Kibaki est arrivé au pouvoir en 2002 et a voulu se démarquer de ses prédécesseurs (voir fin de la première partie).

En 2007 un monument en l'honneur de Dedan Kimathi, l'un des principaux chefs Mau-Mau (exécuté par les Britanniques en 1957)  fut inauguré à Nairobi et en 2015 un monument dédié aux victimes de la répression fut érigé, payé entièrement par la Grande-Bretagne, en forme de réparation et en signe de réconciliation. Le monument,  inauguré par le haut commissaire (ambassadeur) britannique et le président de l'association des vétérans Mau-Mau, ne rend pas hommages aux combattants en tant que tels, mais à ceux qui ont souffert de violences, viols et tortures de la part des Britanniques à l'époque du soulèvement. Cet acte de réparation faisait suite à la médiatisation par des historiens des comportements fautifs de la puissance coloniale, et au versement d'indemnisations. Cette médiatisation s'était accompagnée de controverses sur l'étendue des violations des droits de l'homme commises par les Britanniques et par leurs auxiliaires kenyans. 

                  

La Grande-Bretagne a indemnisé en 2013 5200 plaignants des violences subies notamment dans les camps de prisonniers. La Grande-Bretagne a toutefois refusé d'indemniser d'autres plaignants par la suite, d'autant que le nombre de plaignants (40 000) laisse soupçonner que beaucoup de plaintes émanent de personnes  qui n'ont pas de lien sérieux avec les événements.

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Toutefois, la réintégration des Mau-Mau dans la mémoire officielle du Kenya, au risque d'ailleurs de finir par oublier qu'ils n'étaient qu'une minorité de la population,  ne doit pas dissimuler un fait. Lors de l'indépendance, ce sont les "loyalistes", ceux qui s'étaient opposés aux Mau-Mau, qui ont  pris en charge le pays, sous la conduite de Kenyatta. Ce dernier, malgré sa condamnation à la prison  par les Britanniques, n'avait jamais été partisan des Mau-Mau et son emprisonnement ne le rapprocha pas de leurs objectifs, il ne se "radicalisa" pas, comme on dirait aujourd'hui  (au demeurant, lorsqu'il sortit de prison, l'insurrection était vaincue). A partir de 1961-62, Kenyatta fut désigné en quelque sorte par les Britanniques comme l'homme du consensus pour diriger le Kenya indépendant, réunissant autour de lui les anciens loyalistes et les nationalistes modérés.

Le rôle des loyalistes a été mis en évidence par l'historien Daniel Branch dans un livre au titre explicite Defeating Mau Mau, Creating Kenya: Counterinsurgency, Civil War, and Decolonization (Battre les Mau-Mau, créer le Kenya : contre-insurrection, guerre civile et décolonisation), 2010.

Selon la critique de ce livre par le Pr. Lonsdale, de l'université de Cambridge : "Mau Mau was not a war of heroic simplicity between noble nationalists and cruel colonialists. It was more complicated than that. (...)  And the loyalists not only won the war but were the more effective nationalists. Mau Mau was controversial enough before Branch came along. It is even more so now." (La guerre des Mau-Mau n'a pas été une guerre d'une héroïque simplicité entre de nobles nationalistes [au sens de partisans de l'indépendance nationale] et de cruels colonialistes. C'était plus compliqué que ça. (...) Et les loyalistes n'ont pas seulement gagné la guerre, mais ils ont été les nationalistes les plus efficaces. Mau-Mau était déjà un sujet de controverse avant l'analyse de Branch. Ça l'est encore plus depuis).

De son côté, le prof. David Anderson, spécialiste du sujet, indiquait en 2005  : "The Mau Mau lost their war against the British. They lost the peace, too. Kenyatta had little time for the former ‘freedom fighters’. He (...)  never conceded rights, rewards or genuine compensation to Mau Mau. When asked about the future role of Mau Mau in 1963, his answer was unequivocal: ‘We shall not allow hooligans to rule Kenya’" (Les Mau-Mau ont perdu leur guerre contre les Britanniques. Ils ont aussi  perdu la paix. Kenyatta avait peu de temps  à accorder aux anciens "combattants de la liberté". Il (...) ne leur concéda jamais de droits, de récompense ou une véritable indemnisation. Quand on lui posa en 1963 la question du rôle futur des Mau-Mau, sa réponse fut sans équivoque : Nous ne permettrons pas à des voyous de gouverner le Kenya) - History Today Volume 55, 2 février 2005.

La situation du Kenya après l'indépendance fut donc paradoxale par rapport aux schémas habituels (et aux idées conventionnelles sur la décolonisation). Ceux qui avaient soutenu les Britanniques (pour diverses raisons, et l'une d'entre elles est l'opposition à la violence des Mau-Mau) - mais qui n'étaient pas du tout opposés à l'indépendance de leur pays, du moment qu'elle se faisait dans le calme, devinrent, en grande partie, les gestionnaires du Kenya indépendant.

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A cette situation, on doit les caractéristiques que nous avons essayé de repérer dans cette étude.

Tout d'abord la présence d'une communauté européenne (d'origine britannique essentiellement) qui est restée dans le pays après l'indépendance. Bien entendu il y a eu des départs au moment de l'indépendance, mais pas au point de faire disparaître la communauté. et celle-ci  est en permanence rejointe par de nouveaux arrivants. La culture britannique a donc continué d'exister au Kenya du fait de la communauté britannique présente (composée de Britanniques et de Kenyans d'origine britanniques) et de son statut social qui reste élevé.

D'autre part, les loyalistes et les nationalistes modérés qui ont dirigé le pays après l'indépendance n'avaient aucune hostilité envers le style de vie et les traditions apportés par les colonisateurs. Ils ont donc maintenu sans difficuté l'environnement culturel des colonisateurs  dans le Kenya indépendant, en s'appropriant (pour utiliser cette formule) ces comportements qu'ils estimaient valorisants. Evidemment cette identification était plus importante dans la classe supérieure que dans le reste de la population.

Ce qu'on peut appeler, pour simplifer, l'influence culturelle britannique, s'est donc maintenue au Kenya en raison des deux facteurs signalés (persistance d'une communauté britannique renouvelée par des apports permanents et maintien des valeurs et comportements culturels britanniques par la classe dirigeante et supérieure du Kenya) et de leur intéraction.  Bien entendu cette situation de départ évolue et se modifie dans le temps et comme on l'a indiqué, l'influence culturelle britannique devient moins sensible aujourd'hui au profit d'une forme de culture occidentale  mondialisée.

 

Terminons sur un clin d'oeil.

 

Le séjour au Kenya de célébrités s'explique largment  par la beauté des paysages (aussi bien des savanes intérieures que de la côte) et aussi par un effet de mode et d'imitation : l'exemple une fois donné par une célébrité, les autres le suivent.

De nombreuses personnalités de la jet-set se sont notamment installées, pour des séjours plus ou moins longs, dans l'île de Lamu, au nord du pays, proche de la frontière somalienne. La vieille ville de Lamu est célèbre pour ses maisons anciennes  (selon le site de l'UNESCO, "fusion unique de styles de constructions swahilis, arabes, perses, indiens et européens"   https://whc.unesco.org/fr/list/1055). Dans une autre partie de l'île, à Shela, des célébrités ont fait construire des résidences luxueuses.

 

En février 2019, on pouvait apprendre en lisant les rubriques mondaines, que le princesse Béatrice d'York, petite-fille de la reine d’Angleterre, et son fiancé, le riche italien Edoardo Mapelli Mozzi, avaient passé des vacances à Shela, dans la maison du prince Ernst-August de Hanovre, mari de Caroline de Monaco, vacances perturbées par un petit drame : le chien de la princesse était mort, victime d'une intoxication alimentaire.

Depuis que les shebabs font régner l'insécurité à partir de la Somalie voisine, les touristes européens ont passablement déserté Lamu et si la princesse et son fiancé y sont allés en vacances, on suppose que c'est sous bonne garde.

Mais cette petite anecdote est une autre illustration, sous la forme de la rubrique people des magazines. des liens entre la Grande-Bretagne et le Kenya.

 

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 Une résidence de luxe à Shela, île de Lamu. Il s'agit peut-être de la maison du prince Ernst-August de Hanovre.

Photo sur Pinterest. Emma Maxwell.

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