THE HAPPY VALLEY,

DES BLANCS AU KENYA

 DEUXIÈME PARTIE

 

 

 

 

 

 [ Nous utilisons dans ce message des photos ou images trouvées sur internet, que nous créditons. En cas de contestation, nous les supprimerons à la première demande des ayant-droit ]

 

 

 

 

EVELYN WAUGH AU KENYA

 

 

 

 

Au début des années 30, le jeune mais déjà célèbre écrivain anglais Evelyn Waugh visita l’Afrique et notamment le Kenya.

Il en tira un livre de voyages, Remote People (Gens  éloignés, 1931, traduit en français sous le titre Hiver africain).

Waugh, de toutes façons politiquement conservateur, voire réactionnaire, s’intéresse fort peu aux Noirs, mais semble avoir été séduit par la communauté blanche, en tous cas certains d’entre eux qui font partie d’un groupe social particulier, qu’il décrit ainsi : «  a community of English squires established on the Equator” (une communauté de nobles campagnards anglais établis sous l’Equateur).

A plusieurs reprises, il présente les choses ainsi : il arrive  au beau milieu d’une réunion ou d’une course de chevaux et aussitôt les gens (évidemment des Blancs), qui pourtant ne le connaissent pas, l’‘intègrent à leur groupe, il s’amuse avec eux et prend du bon temps (on vide pas mal d’alcool - ce qui était le faible de Waugh) ; à la fin, quelqu’un dit : ne croyez pas que ça se passe toujours comme ça au Kenya, c’est exceptionnel…

Et, la dernière fois où Evelyn Waugh décrit ce scénario, il devance son interlocuteur : je sais ce que vous allez me dire, que c’est exceptionnel et que  je ne dois pas croire que ça se passe toujours comme ça au Kenya !

Et (bien entendu) son interlocuteur, hilare, lui répond : Mais au contraire, ça se passe toujours comme ça au Kenya !

 A lire Waugh, les Blancs du Kenya passaient leur temps à faire la fête et cela n’avait rien pour lui déplaire. Comme il écrivait à une époque où il était encore de de bon ton de ne pas faire certaines allusions dans des livres « grand public », et encore moins de donner des détails précis, Evelyn Waugh s’est abstenu de parler de ce qui était sans doute la caractéristique principale de la façon de vivre d’au moins certains des propriétaires blancs qu’il avait fréquentés, une vie sexuelle libre, débarrassée des « préjugés » qui avaient cours ailleurs. Il semble que cette particularité ne lui avait pas échappé - et les invitations obtenues chez plusieurs résidents ont dû lui permettre de le constater par lui-même.

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Le public britannique avait d'ailleurs conscience que la vie au Kenya était plus libre que celle que la très grande majorité des gens menait en métropole, spécialement en ce qui concernait le nombre de partenaires sexuels. Une plaisanterie courante à l'époque en témoigne. On demandait : êtes-vous marié ou est-ce que vous vivez au Kenya?

 

 Evidemment, tout le Kenya n'était pas peuplé de Blancs hédonistes. Il est même probable que la plupart des colons avaient des conceptions morales assez conformistes.

 

Près de trente ans après, Waugh est revenu au Kenya pour une courte escale, en 1960, peu avant l’indépendance.

Il nota alors que le fossé s’était encore creusé entre les administrateurs coloniaux et les settlers (colons, propriétaires blancs) : les premiers voulant gouverner le pays comme une école Montessori [écoles privilégiant des méthodes pédagogiques basées sur la sensibilité et l'autonomie de l’enfant] et les autres comme une ligue de domaines féodaux (A Tourist in Africa, cité par https://evelynwaughsociety.org/2018/travelers-waugh/).

 

 

 

 LORD DELAMERE, LE FONDATEUR

 

 

 

A l’origine de la présence au Kenya de ces Anglais, Ecossais et Irlandais de bonne famille, en plus grand nombre que dans d’autres colonies, on trouve la figure du fondateur de la colonie, Lord Delamere.

Hugh Cholmondeley, troisième baron Delamere (1870 – 1931) était un chasseur passionné qui revenait tous les ans en Afrique pour satisfaire sa passion, chassant  en Somalie britannique. Lors d’une chasse il fut blessé par un lion et en garda une boiterie le restant de sa vie.

Lors d’une expédition de chasse, il pénétra dans ce qui allait être le Kenya et fut séduit par les terres fertiles des Highlands. Il décida que c’était là qu’il devait vivre, avec sa femme, une aristocrate anglo-irlandaise, fille du comte d’Enniskillen

En 1903, il obtint la concession pour 99 ans de 100 000 acres * (400 km2) par le gouvernement britannique (qui contrôlait le territoire sous forme d’un protectorat) contre un loyer annuel de 200  livres et l’obligation d’y investir 5000 livres sur cinq ans. Delamere y fonda le Equatoria Ranch. Il acquit une autre ferme de plus de 50,000 acres (210 km²), le Soysambu Ranch, qui atteindra finalement la superficie de 200 000 acres (810 km2) en bordure du lac Elementeita

                                                                                                                             *  L'acre anglo-saxonne vaut 40,469 ares

 

Lord Delamere essya toutes les formes de culture (bétail, dont des moutons mérinos, culture du maïs et du blé) et dut surmonter bien des diffcultés avant d’obtenir les premiers retours sur investisement. Passionné par l’Afrique et la culture des Masaï, sans cesser de croire à la supériorité de la "race britannique",  il vivait quasiment dans des baraques en bois, où son élégant mobilier amené de de ses propriétés anglaises ou de celle de sa femme en Ulster, pourrissait. Devenu un des principaux largemen (très grands propriétaires) du Kenya, Lord Delamere s’employa à faire venir au Kenya des connaissances appartenant à l’aristocratie.  

 

Son beau-frère, Lord Galbraith Cole, s’installa au Kenya en 1903. Il devait épouser  Eleanor Balfour, fille du premier comte de Balfour et nièce d’ Arthur Balfour qui fut un moment Premier ministre.

Lord Delamere recruta des “settlers” (colons, principalement éleveurs et planteurs) pour le Kenya avec l’approbation du haut-commissaire britannique : environ 200 settlers s’installèrent sur des terrains de 640 acres (2, 6 km2) concédés par le gouvernement, sans  se préoccuper des premiers posseseurs des terrains, les tribus des différentes ethnies. Beaucoup de ces nouveaux arrivants étaient des Boers d'Afrique du Sud.

Des étrangers étaient aussi intéressés par l’avenir du Kenya. En 1913, le baron suédois Blixen et sa femme Karen s’insalllèrent au Kenya pour faire la cuture du café, prenant la suite d'un exploitant qui était déjà un Suédois. Comme on le sait cette experience  fut l’origine du célèbre livre de Karen Blixen, Out of Africa (La ferme africaine).

 

Les settlers blancs s’installèrent principalement dans la région tempérée des White Highlands (voir plus loin).

Les cultures que pratiquaient les propriétaires blancs étaient des cultures demandant un lourd investissement  : le peuplement initial fut en pratique limité à des gens possédant des ressources suffisantes

 

Une seconde vague de colons s’installa au Kenya après la guerre de 14-18, bénficiant d’un programme prévu en faveur des Britanniques (au sens large, y compris Canadiens, Australiens, etc mais à condition d’être Blancs) qui avaient servi l’Empire durant le conflit

 

Delamere devint le porte-parole de la communauté britrannique installée au Kenya. Il fédéra les associations de settlers et  et lorsque le Kenya  fut érigé en colonie de la Couronne (1920), il devint un des membres de l’assemblée législative de la colonie et chef du Reform party. Il fut à Londres le chef de la délégation de settlers  lors des discussions qui aboutirent à la déclaration Devonshire (voir plus loin)

Delamere se consacra à l’amélioration de l’agriculture et de l’économie du Kenya. Il fut notamment à l’origine de la Kenya Cooperative Creameries (KCC) qui regroupait les producteurs laitiers blancs.

 

A côté de cet aspect sérieux de sa personnalité, il y avait d’autres aspects. On a retenu l’image de Delamere entrant à cheval dans la salle-à-manger du Norfolk Hotel de Nairobi et sautant par-dessus les tables, ou tirant sur les réverbères dans les rues pour s'amuser. Il envoyait également des balles de golf sur les toits du Muthaiga Country Club, le club de l’élite blanche,  et montait ensuite sur le toit,  pour jouer la balle.

Malgré ses vastes propriétés, Lord Delamere était à la fin de sa vie un homme endetté. Il avait perdu ses propriétés en Angleterre et devait 500 000 livres (selon d’autres sources, 230 000 livres) à la National Bank of India (devenue aujourd’hui la Kenya Commercial Bank) ; il fut mortifié du refus de la Kenya Farmer’s Association, qu’il avait fondée, de lui venir en aide. Ses difficultés précipitèrent peut-être sa mort, à 61 ans en 1931,

La colonie lui manifesta sa reconnaissance en donnant dès l’année suivante le nom de Delamere à la principale avenue de Nairobi. Sa statue fut installée sur l’avenue. Sa deuxième épouse, Gwladys, devait être la première femme élue maire de Nairobi en 1938.

Malgré son admiration pour la culture Masaï, Lord Delamere est aujourd’hui considéré au Kenya comme l’homme qui a dépossédé les Masaï de leurs terres.

 

 

 

THE WHITE HIGHLANDS

 

 

 

Après l’installation des premiers colons (souvent de très grands propriétaires) au cours de la première décennie du 20 ème siècle, l’immigration blanche au Kenya fut relancée après la fin de la première guerre mondiale  lorsque le gouvernement décida d’attribuer des terres à d’anciens soladats (Ex-Soldier Settlement Scheme - Plan d’établissement des anciens soldats).

Ces anciens soldats étaient souvent issus de milieux aristocratiques. Ils espéraient trouver au Kenya un mode de vie fastueux avec de vastes propriétés et de nombreux serviteurs. Ce mode de vie disparaissait en Grande-Bretagne, qui se démocratisait, et lorsqu’il subsistait, la plupart des aristocrates n’avaient plus les moyens de se l’offrir (surtout lorsqu’ils étaient les cadets de familles sans espoir de succéder au titre et aux biens héréditaires).

 

Le vicomte Bury, le vicomte Broome, le baron Milne, Sir Hubert de la Poer Gough, le baron Egerton, Phaedrig O'Brien, baron Inchiquen, furent parmi les aristocrates britanniques qui se fixèrent au Kenya à la faveur de ce programme, en même temps que d’autres colons issus de milieux plus modestes. Un des membres les plus éminents de l'aristocratie était Lord Francis Scott,  fils cadet du duc de Buccleuch et Queensberry, apparenté à la famille royale. Après la mort de Lord Delamere en 1931, il devint à son tour le leader de la communauté blanche.

 

La population blanche s’élevait en 1921 au chiffre (encore modeste) de 9651 habitants. Toutefois, selon l’article    Brief: History of Land Conflicts in Kenya http://www.focusonland.com/fola/en/countries/brief-history-of-land-conflicts-in-kenya/) en 1934, il y avait environ 30 000 propriétaires blancs (en comptant leur famille, probablement) soit 0 ;25% de la population qui contrôlaient 1/3 des terres cultivables (mais selon d’autres chiffres, les Blancs n’étaient que 23 033 après la seconde guerre mondiale, pour une population africaine de  5.2 millions ?).

 

 

Les propriétaires blancs se concentrèrent sur le territoire qu’on appela The White Highlands, les Hautes-Terres blanches (des terres au climat tempéré, bien arrosées par les pluies, propices aux cultures, à une altitude d’environ 1500 mètres ou plus). Ces terres situées à l’est et à l’ouest de la Rift Valley, empiétaient sur les territoires de plusieurs ethnies (principalement les Kikuyus, mais aussi les Masaïs) mais lorsque les Blancs les occupèrent, ils eurent l’impression qu’elles étaient abandonnées (de fait les Masaïs et les Kikuyus, à la suite d’épidémies ou de famines avaient transféré ailleurs leurs habitations et leurs cultures mais considéraient que ces terres leur appartenaient toujours). Le gouvernement britannique considéra que les terres appartenaient à la puissance souveraine et qu’elle pouvait en disposer au profit des colons, moyennant des baux de très longues durée.

 

Une loi de 1902 réserva la propriété dans cette zone aux Blancs et elle fut abrogée seulement en 1961. La zone réservée aux Blancs fut progressivement étendue en procédant de force à l’expulsion des indigènes, forcés de s’installer dans des réserves.

Les Blancs ne pouvaient ni ne souhaitaient pas cultiver eux-mêmes leurs terres. Ils eurent recours aux Noirs qui, refoulés sur les terres les moins fertiles et de plus contraints de payer des taxes, durent pour survivre s'engager comme travailleurs sur les propriétés blanches - souvent dans des conditions très défavorables, avec des violences de la part des propriétaires (coups de fouet etc).

Comme le remarquait  avec cynisme un propriétaire blanc, le capitaine Ewart Grogan : Nous avons volé leurs terres aux Noirs, aujourd'hui nous volons leurs bras !

La situation était meilleure pour les Noirs qui obtinrent de cultiver, à côté de leur travail pour le propriétaire blanc,  leur propre lopin de terre attribué,  à titre précaire, par le propriétaire : c'est ce qu'on appellait les squatters. Dans ce cas, le propriétaire blanc ne payait pas le cultivateur noir qui devait se procurer de quoi vivre avec son terrain. Les Blancs veillaient de plus à ce que la production des parcelles indigènes, qui se multiplièrent,  ne vienne pas concurrencer la production de leurs propres grandes expolitations, qui étaient souvent peu rentables.

 

 

 

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 Carte ethnique du Kenya. Université de Laval (Canada).

Cette carte de 2012 ne représente pas forcément la répartition des ethnies telle qu'elle était dans la première moitié du 20 ème siècle, bien que les grandes masses n'aient sans doute pas été modifiées de façon significative. Il faut aussi rappeler qu'il y a eu des forts mouvements de déplacement de population, notamment en 1997-98 et 2008 dans des conflits politico-ethniques.

 http://www.axl.cefan.ulaval.ca/afrique/kenya.htm

 

 

 

 

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Carte du Kenya montrant les Hautes Terres blanches (White Highlands).

La comparaison avec la carte précédente montre que les White Highlands étaient en grande partie établies en-dehors du territoire occupé par les grandes ethnies (sous réserve que la carte ethnique de l'époque n'ait pas été modifiée substantiellement), sauf une partie du territoire des Kikuyus, mais la question centrale était de savoir si les Blancs se sont établis sur des terres inoccupées ou s'ils ont contraint au départ les occupants antérieurs, ou encore si les terres, bien qu'inoccupées, continuaient d'appartenir aux diverses ethnies. Il semble que les trois situations se présentaient.

How Colonial Railroads defined Africa’s Economic Geography, sur le site African economy historic network.

 https://www.aehnetwork.org/blog/article-how-colonial-railroads-defined-africas-economic-geography/

 

 

 

LA DÉCLARATION DEVONSHIRE

 

 

 Après la première guerre mondiale, les propriétaires blancs s'opposaient sur divers points au gouvernement. Les relations devenaient tendues avec les Indiens, qui demandaient l'égalité des droits et qui étaient désormais plus nombreux que les Blancs (5 Indiens pour un Blanc). Les Blancs, de leur côté, rêvaient d'un statut semblable à l'Afrique du Sud, à l'Australie ou au Canada, où un gouvernement blanc autonome serait chargé de diriger le pays et non plus un gouverneur colonial représentant le gouvernement britannique.

Des discussions eurent lieu à Londres en 1923 où furent invitées des délégations blanche et indienne (mais pas africaine), sous la présidence du duc de Devonshire, ministre des colonies.

Lord Delamere dirigeait la délégation des settlers blancs. Il choqua la société londonienne en présentant ses serviteurs somalis comme "ses fils" (plaisanterie ou réalité ?). Les Somalis, de religion musulmane, étaient considérés comme plus civilisés que les autres ethnies "natives" et étaient souvent employés comme majordomes ou domestiques à l'intérieur des demeures des Blancs, les autres ethnies travaillant à l'extérieur.

Les discussions réglèrent un certain nombre de points mais déçurent aussi bien les Indiens que les Blancs, car elles aboutirent à la déclaration du duc de Devonshire dans un "livre blanc", selon laquelle la Grande-Bretagne était au Kenya dans l'intérêt des Africains et que chaque fois que les intérêts des communautés immigrées ("immigrant races", soit les Blancs et les Indiens) entreraient en conflit avec les intérêts des Africains, ces derniers devaient être privilégiés ( "the interests of the African natives must be paramount ... when, those interests and the interests of the immigrant races should conflict, the former should prevail."). Prétendre vouloir protéger les intérêts des Africains pouvait aussi servir à écarter les demandes des Indiens.

Mais cela conduisait aussi à enterrer le rêve des colons blancs d'un pays dirigé par eux. Aussi bien la déclaration en resta au stade des grands principes et très peu fut changé dans l'immédiat aux criantes inégalités  entre les différentes communautés, sinon que des écoles techniques pour Africains furent ouvertes et qu'un représentant africain fut nommé au conseil législatif de la colonie tandis que plusieurs Indiens et encore plus de Blancs représentaient des populations bien moins nombreuses.

 

  

 

 

 HAPPY VALLEY, LA VALLÉE HEUREUSE

 

 

 

Parmi les Bancs installés sur les White Highlands, un petit groupe devait appeler l’attention. Il s’agit de ceux qui s’étaient fixés dans la Wanjohi Valley, surnommée the Happy Valley, la vallée heureuse.

 

L’expression Happy Valley est due au premier colon qui s’y installa au début du 20 ème siècle, Geoffrey Buxton, qui venait de la région plus sèche et aride de la Rift Valley.

La vallée est située dans ce qui était la Province centrale du Kenya, près de la chaîne des monts Aberdare; dans sa plus grande extension, elle comprend le village de Naivasha, près du lac du même nom et la ville de Nyeri, capitale administrative locale. Des membres du groupe vivaient aussi à Gilgil, au nord du Lac Elementaita.

 

 

Les membres du groupe de La Vallée heureuse se retrouvaient volontiers au Muthaiga Country Club, à 15 minutes du centre de Nairobi, ou, plus près de chez eux, au Lake Naivasha Country Club (mais celui-ci fut ouvert en 1937 seulement, comme escale de la ligne d’hydravions de l’ Imperial Airways reliant Le Cap à Londres).

Mais surtout ils se retrouvaient ente eux, dans leurs belles maisons, donnant des réceptions peu conventionnelles.

 

Qui étaient les membres de ce groupe, au contour variable (comme les conteurs de la Vallée Heureuse elle-même, le terme étant semble-t-il utilisé pour une zone plus étendue que la Wanjohi Valley) ?

 

Quelques mots de deux qui n’en faisaient pas partie.

 

 

 

  

KAREN BLIXEN ET LORD BADEN-POWELL

 

 

  

La célèbre écrivain (mais pas connue comme telle quand elle résidait au Kenya) Karen Blixen, avait sa résidence dans une banlieue de Nairobi, près des monts Ngong où se trouvait la plantation. Elle ne résidait donc pas dans la Happy Valley. Lorsque le quartier urbain fut créé, peu après le départ de Karen Blixen, ses promoteurs l’appelèrent Karen, (il semble que la légende a fini par se confondre avec la vérité, car le nom initial aurait été donné en souvenir de la compagnie de café de la famille de Karen Blixen, la Karen Coffee company, dont le nom évoquait une autre Karen, fille du propriétaire, et non de Karen Blixen elle-même   !  ( cf l’article Karen sur Wikipedia en anglais                  https://en.wikipedia.org/wiki/Karen,_Kenya)

 

Bien qu’elle ait fréquenté des membres du groupe de la Happy Valley, elle n’était sans doute pas habituée des réunions les plus libres des membres du groupe. Karen Blixen, séparée de son mari qui avait démontré son incapacité à gérer la plantation aussi bien que la vie du couple par ses infidélités, ne réussit jamais à faire fonctionner de façon rentable la plantation. Elle quitta le Kenya en 1931, lorsque les commanditaires au Danemark de la plantation (des membres de sa famille) décidèrent d’arrêter l’exploitation.

 

Son émotion en quittant l’Afrique transparaît ans la lettre qu’elle écrivit à ce moment :

 

«  Même si elle a été un peu plus tendre envers certains autres, je suis malgré tout persuadée que j'ai été l'un des favourite children (enfant favori) de l'Afrique. Un vaste univers de poésie s'est ouvert à moi et m'a laissée pénétrer en lui ici, et je lui ai donné mon cœur. J'ai plongé mon regard dans celui des lions et j'ai dormi sous la Croix du Sud, (…)  j'ai été l'amie de Somali, de Kikuyu et de Maasaï*, et j'ai survolé les Ngong Hills : « j'ai cueilli la plus belle rose de la vie » — je crois que ma maison a été une sorte de refuge pour les passants et pour les malades, et qu'elle a été pour tous les Noirs le centre d'un friendly spirit » (esprit d’amitié)

 

*L’orthographe de la traduction française est conservée pour les noms d’ethnie, qui, en français, prennent généralement la marque du pluriel.

 

 

 

 

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La maison de Karen Blixen, depuis Musée Karen Blixen. La maison fut acquise par le gouvernement danois, qui en fit cadeau au gouvernement kenyan lors de l'accession du Kenya à l'indépendance..

La maison fut construite en 1912 par l'architecte et ingénieur suédois Ake Sjogren pour sa compagnie Suédo-africaine du café, sur un domaine de 6000 acres. Le baron Blixen acquit le domaine en deux fois en 1913-1916. Karen Blixen appela la maison “Bogani” ou “Mbogani” (la maison dans les bois) et l'occupa jusqu'en 1931.

Air France travels - Kenya.

https://www.airfrance.sg/SG/en/common/travel-guide/karen-blixen-museum-in-the-footsteps-of-author-karen-blixen.htm

 

 

 

 

 

 

 

 Bien entendu, le célèbre Lord Baden-Powell ne faisait pas partie de la coterie de la Vallée heureuse, même s'il a habité Nyeri, la ville principale de la vallée, à la fin de sa vie . Et si des échos sur le comportement des membres de la coterie sont venus jusqu’à lui, il est probable que le fondateur du scoutisme a énergiquement condamné ces comportements immoraux !

L'idée du scoutisme avait été inspirée à Baden-Powell par ses expériences dans l’armée : notamment lors du siège de Mafeking (1899-1900) pendant la guerre des Boers, où bloqué dans la petite ville de Mafeking par les Boers, il organisa la défense avec des enfants et adolescents

C’est la fondation du scoutisme (organisé dans les années 1910) qui devait  le rendre mondialement célèbre et lui valoir son titre de baron.

 

Lord Baden-Powell et son épouse s’étaient retirés en 1939 dans un petit cottage à Nyeri (il avait déjà fait un séjour de santé à cet endroit), situé sur le terrain de l’Outspan Hotel, qui appartenait à un ami (l’Hôtel existe toujours). C’est là qu’il mourut en janvier 1941, âgé de 84 ans. Quelques semaines après, la mort d’un autre Lord britannique résidant de la Wahangi Valley allait causer plus de remous – on en parlera*.

La tombe de Baden-Powell et son petit cottage à Nyeri est devenue un lieu de pèlerinage pour les scouts du monde entier.

                                                                                   

                                                                                                                               * Cet autre Lord est Lord Hay of Erroll. Une photo montre Lord Erroll, en tenue militaire, participant  aux obsèques de Lord Baden Powell.

                                                                      

 

 

 LADY IDINA SACKVILLE ET LORD HAY OF ERROLL

 

 

 

Qui étaient les membres de la bande de la Vallée Heureuse ? On peut supposer qu’ils étaient une petite minorité parmi les propriétaires blancs de la région, et avaient en commun d’être arrivés récemment au Kenya (au début des années 20 voire plus tard). Ils avaient formé un groupe hédoniste uni par un même mépris des conventions (au moins de celles concernant la morale ordinaire) et le goût du plaisir.

La consommation d’alcool, de drogue et le sexe sans tabou caractérisaient ce groupe. On disait que ce n’était pas de l’eau qui coulait dans la rivière Wahanji, mais le liquide des cocktails.

 

Un écrivain anglais , Cyril Connolly, décrivit leur mode de vie, dans un article à la fin des années 60, sous le signe des trois A : Altitude (ils habitaient les hautes terres), Alcool, Adultère. Il est probable que Cyril Connolly faisait ironiquement allusion aux trois C que la colonisation britannique se flattait d'apporter : Commerce, Civilisation et Christianisme. 

Leur mode d’existence s’étendit sur la période de  l’entre deux-guerres avant que le groupe, déjà écorné par des drames et des décès tragiques, se disperse et que ses membres connaissent des fins en général peu reluisantes.

 

Il est probable qu’à l’origine du groupe, il y a Lady Idina Sackville et Lord Hay of Errol.

Idina Sackville, fille du 8ème comte De La Marr, était une héritière en vue dans la bonne société britannique.

Sans être une beauté classique, elle était extrêmement séduisante. Elle épousa en 1913 un homme riche, Euan Wallace, qui appartenait au prestigieux régiment des Life Guards (gardes royaux à cheval).

En 1915, pendant que son mari était au front, un admirateur américain avait commandité un portrait d’elle par un peintre alors célèbre, Sir Wiliam Orpen, démarche assez curieuse et indiscrète qu’accepta Lady Idina.

Probablement Sir William Orpen est-il aussi tombé sous le charme de son modèle.

 

 

 

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Lady Idina Sackville, Mrs Euan Wallace, à 22 ans.
Portrait par Sir William Orpen 1915.

Ce portrait a été vendu en 2013 pour 1 million de livres, relançant la côte du peintre.

Daily mail on line, Portrait of a woman hooked on seduction, 2013.

 https://www.dailymail.co.uk/news/article-2511499/Idina-Sackville-portrait-woman-hooked-seduction.html

 

 

Après avoir participé à la guerre, Wallace  avait entrepris une carrière d’homme politique. Le couple avait deux enfants .

En 1919 Idina divorça de son mari, qui était tombé amoureux d’une autre femme et elle épousa le capitaine Charles Gordon, avec qui elle partit au Kenya (sans doute parce que cette colonie avait déjà une réputation d’être moins conventionnelle que l’Angleterre où les divorces et remariages vous mettaient toujours à l’écart des cercles sociaux les plus élevés).

Idina laissa ses deux enfants derrière elle, elle ne devait pas beaucoup les revoir.

Au Kenya, il semble qu’Idina révéla sa vraie nature et son mari comprit qu’il avait épousé une nymphomane.

 

Idina revint à Londres et se fit remarquer par des attitudes typiques des privilégiés des années folles, se baignant dans du champagne ou dansant sur les tables.  

 

 

 

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 Idina Sackville, probablement  vers 1925. Photographie par Cecil Beaton, le célèbre photographe de la haute société britannique durant plus de quarante ans. Parution initiale dans le magazine Vogue.

Daily mail on line, Portrait of a woman hooked on seduction, 2013.

 https://www.dailymail.co.uk/news/article-2511499/Idina-Sackville-portrait-woman-hooked-seduction.html

 

 

 

 

 

Gordon et Idina, sans doute déjà séparés, divorcèrent en 1923. Idina avait alors rencontré un séduisant  jeune homme, plus jeune qu’elle de 8 ans, Josslyn Hay, petit-fils du comte d’Erroll, qui avait commmencé (sans conviction) une carrière diplomatique dans le sillage de son père. Ils se marièrent en 1923. A partir de 1928, après la mort à un an de distance de son grand-père et de son père, Josslyn Hay allait hériter du titre de comte d’Erroll (22ème comte) et baron Kilmarnock, et des fonctions honorifiques de Grand Constable (High Constable) d’Ecosse.

 Josslyn Hay semble avoir été doté d'un grand pouvoir de séduction et de fascination: on dit que lors de sa scolarité à Eton (l'une des écoles privées préférées des classes supérieures, que les Anglais appellent paradoxalement des public schools), lorsqu'il marchait dans la rue, il était suivi par la moitié des élèves admiratifs. Il en fut renvoyé après deux ans pour des raisons mystérieuses,  mais sans doute pour une "affaire" amoureuse (avec une domestique ?).

 

 

 

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Idina Sackville et Josslyn Hay le jour de leur mariage le 22 septembrer 1923.

Photo extraite d'un article du New York Times, 2010.

https://www.nytimes.com/2010/08/12/fashion/12bolter.html

 

 

 

 

Avec tout ça, il était peu argenté. Le couple décida de s’installer au Kenya pour pratiquer l’élevage de moutons, bien qu’apparemment ni l’un ni l’autre n’étaient doués pour ce métier.

On dit que lors du voyage en bateau les menant au Kenya, Josslyn Hay avait couché avec une autre passagère. Cela donnait la tonalité du mariage.

 En 1930, le couple, qui avait eu un enfant (une fille, envoyée en Angleterre pour son éducation, bien entendu !), divorça. Idina reprochait à Josslyn, devenu comte d’Erroll (mais ce titre n’avait rien pour monter à la tête d’Idina, d’un milieu équivalent) de vivre à ses crochets. Lui reprochait-elle aussi son infidélité ?

Il semble qu’Idina était très tolérante en la matière. Après tout, elle avait déjà partagé son mari avec Alice de Chanzé, comme on va le dire, sans être jalouse.

 

A ce moment, les membres et les habitudes de la bande de la Vallée heureuse étaient bien en place.

Idina Saville, comtesse d’ Erroll, recevait ses invités dans sa maison, nommée Slains, alors qu’elle se baignait dans sa baignoire d’onyx, puis s’habillait sans gêne devant eux en continuant de discuter.

 

L’échangisme (avec quelques fioritures quand même ) était une pratique courante chez Idina et sans d’autres chez tous les amis de leur cercle. Lors des soirées, on mettait une plume sur une serviette et chacun était invité à souffler la plume vers la personne de son choix - qui pouvait sans doute la souffler dans une autre direction jusqu’à ce que les couples soient formés pour la nuit.

 Parfois les pratiques étaient plus corsées, lors de certaines soirées, des trous étaient découpés dans un drap et les messieurs étaient  invités à y faire entrer leur pénis : les dames, de l’autre côté du drap, devaient reconnaître à qui le membre appartenait.

Notre époque, en la matière, a dû trouver mieux…

Les habitants de la Vallée heureuse consommaient énormément d'alcool, quoique Erroll était plus sobre - ou finit par le devenir - sa réputation d'amant vient peut-être de cette sobriété qui lui permettait de conserver ses forces. Et progressivement, la drogue se mêla aux activités habituelles du petit groupe.

Evidemment, les habitants de la Vallée heureuse partageaient aussi les activités plus classiques des membres de la classe supérieure dans l'Empire britannique : chasse au gros gibier ou chasse à courre (sans doute sans l'attirail classique utilisé en Grande-Bretagne), golf, polo (probablement à l'époque réservé aux hommes), réceptions formelles en tenue de soirée, parties de bridge, mais il est probable qu'ils préféraient aux soirées en smoking ou habit à queue de pie et robes longues, leurs soirées intimes où on se metttait en pyjama dès le début de la soirée...

 

Sans être peut-être informés des particularités les plus piquantes, les Britanniques en métropole savaient que certains (mais pas tous, évidemment) colons du Kenya menaient une vie très libre. On dit que le roi George V, plutôt austère, avait exprimé son mécontentement à cet égard et donné des instructions pour que le gouverneur colonial y mette un peu d'ordre. Mais que pouvait y faire le gouverneur? Sans doute se limiter à ce qu'aucune conduite scandaleuse n'ait lieu en public.

 

A côté de cela, le Kenya présentait ausi un aspect de Far-West. Beaucoup de colons, de milieu plus populaire,  étaient pauvres et  une visiteuse notait dans les rues de Nairobi, vers 1930, un grand nombre de jeunes gens impécunieux, en short ou pantalons de golf, avec souvent un revolver à la ceinture, coiffés de chapeaux de cow-boy.

 

 

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Idina Hay, au milieu, avec à gauche la comtesse N. de Graevenitz et à droite Mrs N. Roberts, toutes vêtues de robes africaines (kanga), vers 1926.

 Article de Nick Scott, Altittude sickness, sur le site The Rake, The modern voice of classic elegance.

 https://therake.com/stories/icons/happy-valley-set/

 

 

 

 ALICE DE  JANZÉ, FRÉDÉRIC DE JANZÉ ET RAYMOND DE TRAFFORD

 

 

 

 

On peut supposer que Lord Delamere, considéré comme le fondateur de la colonie, avait été heureux de voir arriver de nouveaux résidents issus de l’aristocratie. Mais lui-même était sans doute trop “colonial”, trop rustique dans ses attitudes et ami de l’âme africaine, sans parler de son appartenance à une génération antérieure, pour partager les plaisirs particuliers des habitants de la Vallée Heureuse, où d'ailleurs il ne semble pas que se trouvaient ses propriétés principales

 

Sur une photo, Lord Delamere pose avec quelques résidents de la Vallée heureuse dont on va parler, un couple franco-américain, le comte Frédéric et la comtesse Alice de Janzé, et Raymond de Trafford.

 

 

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De gauche à droite, Raymond de Trafford, Frédéric de Janzé, Alice de Janzé et Lord Delamere en 1926.

Article Wikipedia, Happy Valley set.

Photo extraite du livre d'Errol Trzebinski The Life and Death of Lord Erroll: The Truth Behind the Happy Valley Murder (2000), p. xii. Crésits  "courtesy of Sir Dermot de Trafford".

 https://en.wikipedia.org/wiki/Happy_Valley_set#/media/File:HappyValley.jpg

 

 

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La comtesse Alice de Janzé était une américaine de Chicago, très riche, née Silverthorne, qui avait eu une jeunesse à la fois malheureuse et agitée, ce qui explique sans doute son comportement ultérieur. Après avoir travaillé dans la mode à Paris, elle s’était mariée avec un comte français, quasiment un lieu commun de l’époque où les aristocrates européens se refaisaient une santé financière en épousant des héritières américaines.

 

Ayant connu les Hay à Paris, les Janzé furent leurs invités au Kenya en 1925-26. Là, Alice de Janzé coucha avec Josslyn (qui n’était pas encore connu comme comte d’Erroll), sans provoquer la jalousie d'Idina. Au contraire, elles furent très bonnes amies. Par contre, il n'est pas établi si le comte Frédéric coucha avec Idina.

 

Puis Alice rencontra un autre beau garçon,  Raymond de Trafford, le fils d'un baronnet appartenant à une très ancienne famille catholique anglaise, qui se trouvait au Kenya où sa famille, mécontente de sa conduite, l’avait expédié en lui donnant de quoi faire fonctionner une ferme.

 

Ce de Trafford n’était pas un personnage vraiment recommandable, même dans le milieu où il évoluait. Il était connu comme joueur, alcoolique et homme à femmes .Evelyn Waugh, qui l’avait rencontré lors de son séjour au Kenya, le décrit dans une lettre comme “ baisant, jouant, se bagarrant et se saoûlant de façon dégoûtante tout le temps ”.

Une nuit qu’il était ivre, de Trafford s’amusa à mettre le feu à des cases de travailleurs noirs – un geste qui ne semble pas lui avoir valu trop d’ennuis…

 

Alice de Janzé tenta de s’enfuir en Europe avec son nouvel amoureux, puis revint. Son mari, le comte Frédéric, d’abord enclin à prendre à la légère cette liaison, décida de rentrer en France avec sa femme.

 

Alice espérait épouser Raymond de Trafford après avoir divorcé du comte. Mais la famille de Trafford menaça de couper les vivres à ce dernier et de le déshériter s’il épousait la comtesse.

 

Aussi anticonformistes dans leurs moeurs qu’étaient les membres du groupe, il semble qu’ils tenaient tous à passer (au besoin plusieurs fois !) par la case mariage.

 

De Trafford, lui aussi revenu en Europe, expliqua à Alice qu’iI ne voulait pas se marier avec elle. Le résulat fut qu’à Paris, à la gare du Nord, Alice tira sur son amant qui partait pour l’Angleterre, puis essaya de se suicider (mars 1927). Mais les blessures de l’un et de l’autre n’étaient pas mortelles (bien que très graves pour de Trafford) . Le fait divers fit beaucoup de bruit en raison de l’appartenance des protagonistes à la haute société.

Alice fut jugée en France (décembre 1927) pour avoir tiré sur de Trafford et au procès, elle évoqua son caractère suicidaire. Elle fut condamnée à 6 mois de prison avec sursis et 100 francs d’amende, son amant, maintenant rétabli, ayant témoigné en sa faveur.  Entre temps, le divorce avait été prononcé entre elle et le comte Frederic de Janzé.

 

En 1928 Alice retourna au Kenya mais le gouvernement colonial lui ordonna de quitter le territoire, y étant indésirable. Pendant le peu de temps qu’elle y resta, elle logea chez Karen Blixen, qui était amie avec Errol.

 

En 1932, elle et de Trafford se marièrent enfin (à Neuilly- sur- Seine), sans doute parce que de Tafford se sentait un peu coupable et surtout parce qu’Alice avait beaucoup insisté,  mais ce mariage était mal parti. de Trafford était inquiet du caractère instable de son épouse. A peine trois mois après leur mariage, il la quitta lors d’une dispute dans un wagon de chemin de fer, croyant qu’elle allait de nouveau tirer sur lui, au moment où Alice lui proposait de revenir vivre au Kenya.*

                                                                                         * Raymond de Trafford émigra en Australie, tua un homme alors qu'il conduisait en état d'ébriété, fit à la suite de cet accident plusieurs années de prison, eut une entreprise qui fit faillite. Il mourut en 1971.

 

Finalement divorcée, et prévenue que son retour aux USA n’était pas souhaitable, elle revint s’établir au Kenya dans la Vallée heureuse, de plus en plus sous l’emprise de à la drogue et s’occupant d’animaux sauvages. Elle faisant un peu peur à ses voisins, comme en témoigne la cavalière et aviatrice Beryl Markham (dont on va parler).

Les indigènes la nommaient ‘Waceke’, la mince, en raison de son allure fragile.

 

Le comte Frédéric fut l’un des premiers membres du groupe à mourir prématurément, de scepticémie aux USA en 1933. Il avait eu le temps de publier un livre sur sa vie au Kenya où il parlait du caractère suicidaire de sa femme.

 

 

 

KIKI PRESTON

 

 

 

 Le cercle comprenait d'autres personnes, comme Kiki Preston (née Alice "Kiki" Gwynne).

Celle-ci était issue d'une riche famille américaine (encore), apparentée aux Vanderbilt, mais sa famille avait eu des revers de fortune et son père, plutôt extravagant,  était mort jeune.

Dans les années 20, Kiki vivait  à Paris et fut même danseuse de cabaret. Après un premier mariage raté, elle épousa un banquier, Preston. Dans l'intervalle elle avait rencontré Josslyn Hay et Alice de Janzé.

Kiki et son mari décidèrent de s'installer au Kenya et firent construire une maison près du lac Naivasha. Ils élevaient des chevaux et organisaient des chasses, ce qui était une façon de gagner de l'argent. Là ils participèrent activement à la vie des habitants de la Happy Valley. Très belle, Kiki Preston, fit sensation. Il semble qu'avant de partir au Kenya, elle avait été la maîtresse du prince George, duc de Kent, fils du roi George V, qui la retrouva au Kenya. On dit aussi qu'elle avait été la maîtresse de l'acteur Rudolph Valentino.

Mais Kiki Preston était aussi devenue toxicomane. Elle prenait de la drogue en public et il n'était pas trop difficile de s'en procurer dans la Vallé heureuse où un certain Greswolde Williams s'était fait une spécialité comme dealer, jusqu'à sa mort en 1932. 

On surnommait Kiki Preston "la fille à la seringue d'argent". La famille royale britannique fit évidemment le nécessaire pour rompre une union avec une femme mariée et toxicomane, car Kiki Preston avait incité le prince à se droguer. Le prince, qui devait mourir dans un accident d'avion en 1942, était bissexuel et on a aussi prétendu qu'un enfant était né de sa liaison avec Kiki Preston.

Entretemps, le mari de celle-ci était mort aux Etats-Unis en 1934, n'ayant pas fait de vieux os.

 

 

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Kiki Preston et Lord Delamere.

http://clintjefferies.com/african_history.html

 

 

 

 

 

 

 

 

BERYL MARKHAM ET D'AUTRES

 

 

 

 Sur le petit territoire de la Vallée heureuse, tout le monde se connaissait, dans le mileu des propriétaires blancs. Toutefois le degré d'intimité était variable et certains protagonistes sont plus des amis ou connaissances du groupe que des membres du groupe à proprement parler.

Ainsi Beryl Markham (née Clutterbuck) : son père, éleveur de chevaux de course, s'était installé au Kenya et Beryl fut élevée dans la nature,  sans aller à l'école (quand elle y alla, on finit par la mettre à la porte), vivant proche des indigènes, chassant avec eux et parlant swahili. Elle  était dès 19 ans éleveur de chevaux de course (la première femme professionnelle dans ce domaine).  Belle, grande, avec une démarche envoûtante, elle avait aussi une vie amoureuse très libre et on dit que son second mari, Mansfield Markham, à chaque fois qu'elle avait un nouvel amant, enfonçait  un clou dans le linteau de leur porte, qui comportait un grand nombre de clous...

Parmi ses amoureux, on trouve le fils de Lord Delamere, Tom, qui perdit parait-il sa virginité avec elle, dans une grange. Elle coucha aussi avec Bror Blixen, le mari (divorcé) de Karen Blixen, mais parce qu'il n'y avait personne d'autre de disponible à ce moment, comme elle le déclara des dizaines d'années après ...

En 1928 elle eut une liaison avec le prince Henry , duc de Gloucester, fils du roi George V, en visite au Kenya, mais quand Beryl vint à Londres pour revoir le prince, la famille royale interrompit cette relation, semble-t-il, en lui octroyant une rente à vie. On dit aussi (on ne prête qu'aux riches !) qu'elle fut la maîtresse du prince de Galles, frère du prince Henry, futur Edouard VIII (celui qu abdiqua pour pouvoir se  marier avec une américaine divorcée).

Puis Beryl fut la maïtresse du célèbre chasseur et aviateur Denys Finch Hatton, qui avait été l'amoureux de Karen Blixen. Hatton et un autre pilote (sans doute aussi amant de Beryl), Tom Campbell Black, l'initièrent à l'aviation. Lorsque Hatton invita Beryl à participer à une excursion en avion, Beryl refusa en  raison d'un pressentiment et Hatton partit seul :  son avion s'écrasa et Hatton fut tué.

En 1936, Beryl Markham partit en avion de Londres pour rejoindre New York. Son avion s'écrasa sans dommage pour elle au Canada, faisant d'elle la première personne à avoir traversé l'Atlantique d'est en ouest et lui valant une grande célébrité dans les pays anglo-saxons.

Beryl publia alors un livre de souvenirs West with the Night, qui passa un peu inaperçu en raison de la deuxième guerre mondiale. Après avoir vécu aux USA, elle revint au Kenya et reprit son métier d'éleveur de chevaux. Elle entraîna 6 vainqueurs du Derby du Kenya. En 1979, elle vivait assez chichement et le Jockey club du Kenya lui fit don d'un petit bungalow. On était alors dans le Kenya indépendant de Daniel arap Moi, successeur de Jomo Kenyatta.

 

 

 

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 Beryl Markham, photo illustrant un article du journal The Mercury 15 août 2018

 https://www.pressreader.com/

 

 

 

 

 En 1982, un Californien tomba sur une critique d'Ernest Hemingway du livre de Beryl Markham, qui disait qu'à côté d'elle, lui, Hemingway,  et d'autres écrivains reconnus, n'étaient rien, même si Beryl était peut-être "a high-grade bitch" (une putain de haut vol). Le Californien lut le livre de Beryl Markham, fut impressionné, et obtint que le livre soit réédité en 1983.  La réédition eut un grand succès et attira l'attention sur Beryl Markham, qui vivait toujours au Kenya, après avoir subi dvers malheurs (un cambrioleur l'avait battue, un soldat avait tiré sur elle pendant une tentative de coup d'état alors qu'elle conduisait sa vieille Mercedes dans les rues de Nairobi). On vint l'interviewer, on fit des émissions télé sur elle. Les  droits d'auteur de la nouvelle édition de son livre lui permirent de finir sa vie dans une relative aisance. Elle mourut en 1986.

 

D'autres individualités de la Vallée heureuse (ou en relation avec des membres du groupe, sans pour autant en faire partie ni même vivre dans la Vallée heureuse) étaient moins remarquables par leur style de vie que par leurs bizarreries de caractère.

On peut évoquer le commander Jack Soames (les hommes qui avaient acquis un grade dans l'armée le portaient toute leur vie, bien après avoir quitté l'armée) qui avait fait percer des trous dans les chambres de sa maison pour pouvoir épier ses invités lorsqu'ils faisaient l'amour, qualifié par son ex- femme de voyeur et sadique de la plus basse espèce.

John Evans-Freke, baron Carbery, n'était pas très différent.      

John Carbery était un Lord irlandais du comté de Cork (10ème baron et 6ème baronnet) qui avait abandonné ses titres et adopté le nom de famille de Carberry avec 2 "r" lorsqu'il était venu vivre au Kenya. Lui aussi passionné d'aviation, il avait convaincu sa seconde épouse de donner des leçons lors de meetings aériens. Lors d'une de ces démonstrations, elle se tua dans un accident, laissant une fille nommée Juanita. 

Carberry (retenons cette orthographe), qui gérait une plantation de café,  était - paraît-il - un homme cruel, presque sadique envers tout le monde, hommes et animaux et notamment envers sa fille, Juanita, qui n'était peut-être pas vraiment sa fille d'ailleurs. Pour compléter le tout, c'était un admirateur d'Hitler. Carberry vivait à son aise, quoique probablement de façon rustique. ll possédait un avion et 6 voitures. Il semble que c'est lui qui mit au défi Beryl Markham de traverser l'Atlantique et qui finança l' opération. 

 Jack Soames, ainsi que John Carberry, sa troisième femme June et sa fille Juanita, joueront un rôle dans le mystère de la mort de Lord Erroll que nous allons bientôt aborder

 

 

 ANNÉES TRENTE

 

 

 

Les années passant, l'insousiance primitive laissait place à une vie plus sombre  (encore que l'agrément de la vie dans la Vallée heureuse a certainement été surestimé, même dans  les années 20).

 La maison des Erroll, Slains, ainsi nommée en souvenir du château familial des comtes d'Erroll en Ecosse, qui avait été vendu par le grand-père de Josslyn, était certainement le lieu central de la petite coterie. Mais Idina n'était plus dans sa première jeunesse et son mari, plus jeune qu'elle, était lui au sommet de son pouvoir de séduction. 

Idina et Josslyn avaient eu une fille en 1926, Diana Denise Hay. Elle fut expédiée en Angleterre pour son éducation.

Idina reprochait à son mari ses dépenses et ses dettes.  De plus, Erroll était tombé amoureux d’une femme mariée, jolie et  passablement riche – ce qui était pour lui un avantage majeur, Edith Maude Ramsay-Hill, surnommée Molly.

Le mari, le major Cyril Ramsay-Hill (ancien officier et planteur, mais aussi acteur dans des films hollywoodiens, où il jouait, évidemment, les rôles de militaire colonial) poursuivit un jour Josslyn (ou plus familièrement Joss) qui était parti pour une partie de chasse avec Molly dans des voitures qui appartenaient au major, et frappa Joss à coups de fouet. Mais il finit par accorder le divorce, le juge estimant même qu'il aurait du être heureux d'être débarrassé d'une femme aussi peu recommandable, et s'étonnant que ce ne soit pas le cas .

De leur côté, Idina et Joss divorcèrent en 1930.

En 1930 également, Joss put se marier avec Molly à qui son mari abandonnait, semble-t-il, la plantation Osarian, comprenant un château  de style moresque The Djinn Palace, ce qui permit à Joss de jouer les châtelains. Le nom du château, dont les habitants buvaient sec,  permettait aussi des jeux de mots avec The Gin Palace.

Idina emménagea  dans une nouvelle maison, nommée un peu mélancoliquement Clouds (nuages). Elle se remaria avec un chasseur, un certain Donald Carmichael Haldeman dès 1930 (personne ne perdait de temps !), puis divorça de celui-ci en 1936. Elle allait d'amant en amant, manifestement à la dérive; la consommation de drogue ne devait pas améliorer les choses. L'un de ses favoris du moment fut un certain Boy Long, qui portait des boucles d'oreille et se donnait des allures de pirate, mais qui semble avoir été entrepreneur en bâtiment.

Evidemment le pouvoir de séduction d'Idina n'était plus, loin de là, ce qu'il avait été à l'époque du tableau de Sir William Orpen ou même dans les 10 années suivantes.

Sa réputation de nymphomane était telle que parait-il, les employés somalis refusaient de venir travailler chez elle de peur d'être obligés à des relations sexuelles. On pourrait en sourire, sauf que certaines sources précisent que la loi en application au Kenya prévoyait la peine de mort pour un indigène qui aurait des relations sexuelles avec une Blanche (il semble que rien n'étant prévu si c'était un Blanc qui avait des relations avec une indigène) - mais le point mérite peut-être confirmation.*

Dans tous les cas, la loi locale punissait de mort le viol et la mentalité coloniale pouvait considérer que toute relation sexuelle d'une Blanche avec un Noir était nécessairement un viol.

                                                                                          * On trouve cette indication dans le livre, généralement bien documenté, de Piers Brendon, The Decline and Fall of the British Empire (2007), mais sans référence précise à un texte de loi. Les colonies avaient leurs propre système pénal, différent de celui en vigueur en métropole.

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On peut remarquer que les photos des membres de la coterie prises à l'époque de la Vallée heureuse sont assez décevantes : ces personnages tellement vantés ont l'air en-dessous de leur réputation, de plus habillés n'importe comment (il suffit de voir l'allure de Raymond de Trafford sur certaines photos pour se demander ce que lui trouvait Alice de Janzé....) et cela ne s'améliore pas avec le temps. Sur les photos les plus tardives, Idina apparait maigre avec un petit visage chiffonné. 

Il faut dire que les photos n'étaient pas faites par des photographes en studio, capables de mettre en valeur leurs modèles. Seul Hay of Erroll semble avoir été épargné par ce phénomène et restait le modèle du play-boy blond et sûr de lui.

 

 

 

Le monde changeait. En 1934, Erroll fit un voyage en Angleterre et fut séduit par le mouvement fasciste anglais que venait de créer Sir Oswald Mosley (qui avait pourtant été peu de temps auparavant ministre dans un gouvernement du Labour party). Erroll revint au Kenya comme représentant local de la British union of Fascists et donna une conférence au Muthaiga country club, devant une assistance intéressée, où il expliqua que le fascisme n'avait rien à voir avec la dictature, mais au contraire représentait une loyauté totale envers le roi, de meilleurs salaires et un coût de la vie moins élevé, et au plan international, une attitude isolationniste. Lord Erroll assurait que le fascisme se confondait avec la liberté.

Le fascisme ainsi présenté n'avait rien pour rebuter la plupart des Blancs du Kenya, soucieux avant tout de conserver leur préeminence blanche et anglo-saxonne, mais rien non plus de très convaincant et il semble que Lord Erroll ait vite abandonné son militantisme. Il fut élu (a priori sans aucune référence au fascisme) au conseil législatif de la colonie et à la présidence de la fédération des associations de la colonie, paraissant ainsi vouloir se donner une stature politique locale.

Peut-être pouvait-il envisager un rôle similaire à celui qu'avait occupé Lord Delamere, de chef officieux de la communauté blanche, dans l'immédiat occupé par Lord Francis Scott, et qui sait, de Premier ministre si la colonie accédait un jour au statut de Dominion, ce qui était le rêve de certains colons ?

L' orgueil de Lord Erroll dut être satisfait lorsqu'il assista, en tant que pair du royaume, en robe rouge bordée d'hermine, au couronnement du roi George VI le 12 mai 1937, après l'abdication d'Edouard VIII.

 

 

Pendant ce temps, sa seconde femme, Molly, avait été convertie, sans doute par Kiki Preston, à la consommation habituelle de drogue.

Elle mourut en 1939. On dit parfois que la mort est survenue après avoir ingéré un mélange d'alcool, d'héroïne et de cocaïne. Mais sa santé était déjà grvaement détériorée au point qu'elle et Erroll s'étaient fixés à Nairobi pour qu'elle puisse mieux se soigner.

 

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 Clouds, la maison d'Idina Sackville, est aujourd'hui occupée par une famille nombreuse kenyane. Slains, la précédente propriété construite avec Lord Erroll, n'existe plus sauf quelques murs.

https://afarmhouseinkenya.wordpress.com/2011/05/10/visit-to-idina-sackvilles-house-the-clouds/

 

 

 

 

 

NOUVEAUX ARRIVANTS : SIR "JOCK" DELVES BROUGHTON ET SA FEMME DIANA

 

 

 

Dans l'Angleterre des années 30, Sir Henry Delves Broughton, surnommé "Jock",  était un membre à part entière de la haute société et il affichait tous les signes de la respectabilité apparente. C'était un baronnet issu d'une vieille famille (évidemment -  il était 11ème baronnet du nom), propriétaire de vastes domaines dans le Straffordshire et le Cheshire. En 1914, il faisait partie du prestigieux régiment des Gardes irlandais (Irish Guards) et il semble qu'il ait prétexté une maladie pour ne pas aller  au front.

Dans l'après guerre, il dut vendre une grande partie des biens de sa famille (on parle de l'équivalent de 250 millions de livres actuelles) en raison de ses dettes de jeu. Il s'occupa activement d'un champ de course avec des associés. Mais ses affaires ne s'amélioraient pas et il semble bien avoir commis plusieurs fraudes à l'assurance en déclarant mensongèrement volés des tableaux de famille et un collier de perles.

Peu avant la guerre, Sir Jock se disputa violemment avec son fils qui lui reprochait de dllapider son héritage. Des précautions légales furent prises pour empêcher Sir Jock de continuer ses dépenses.

Vers 1935,  Sir Jock avait fait connaissance de Diana Caldwell, une jeune femme  d'une vingtaine d'années. C'était une blonde aux yeux bleus, au type énergique. Elle fréquentait les milieux mondains londoniens, fut à un moment modèle de mode et co-propriétaire d'un dancing. Ellle était toujours à la recherche d'un beau parti. Elle avait pas mal d'amants. 

Au bout de quelques années, Sir Jock installa Diana chez lui, dans son manoir. A ce moment, il était séparé de sa femme (Vera, amatrice de chasse et d'explorations). Il semble que l'une des fraudes à l'assurance tentée par Sir Jock concernait un collier de perles dont il avait fait cadeau à Diana, qu'il déclara prétendûment volé sur la Côte d'Azur. Un ancien amant de Diana, Hugh Dickinson, aurait servi de complice.

Vera et Jock Delves Broughton divorcèrent en 1939. Avant cela, les Delves Broughton avaient marié leur fille à un aristocrate écossais, Lord Lovat (qui devait être un célèbre chef de commandos pendant la deuxième guerre mondiale et faire le débarquement en Normandie au son de la cornemuse, ayant avec lui son joueur particulier de cornemuse du clan Lovat; il fit plus tard une carrière politique).

En novembre 1940, alors que le Royaume-Uni était sous les bombes allemandes, Delves Broughton se remariait à Durban (Afrique du Sud) avec Diana Caldwell.

Sir "Jock" Delves Broughton avait 57 ans, la nouvelle mariée en avait 26.

L'union du gentleman "vieux jeu" (mais à la moralité douteuse) et de la jeune femme opportuniste paraissait assez mal assortie, mais chacun savait ce qu'il recherchait.

Conscient de la différence d'âge, il semble que Jock avait fait à Diana la promesse que si elle tombait amoureuse de quelqu'un d'autre et voulait le quitter, il ne s'y opposerait pas. Il avait même promis (quoi qu'il arrive ?) de payer à Diana 5000 livres par an pendant 7 ans - une promesse sans doute destinée à forcer le consentement au mariage de Diana.

 Le couple de nouveaux mariés se dirigea vers le Kenya où Sir Jock avait déjà séjourné et acquis des propriétés

Sir Jock espérait que ce nouveau séjour serait bon pour sa santé.

 

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 Sir Henry "Jock" Delves Broughton, sur un champ de courses, peut-être avec sa première femme ? En tous cas, il ne semble pas s'agir de Diana Caldwell.

Site du tailleur Henry Poole & Co, qui consacre un article à chacun des clients célèbres de la maison (fondée en 1806).

 https://henrypoole.com/hp/hall_of_fame/sir-jock-delves-broughton/

 

 

 

 

L'arrivée de ce nouveau couple allait apporter des bouleversements dans le petit monde des colons du Kenya.

Le principal de ces bouleversements fut que le 24 janvier 1941, le corps sans vie de Lord Erroll était retrouvé dans sa voiture sur la route de Nairobi. Il avait été tué d'une balle dans la tête.

 

 

 

 

 Sources :

L'article sur internet le plus complet sur le groupe de la Vallée heureuse est :

 The Rake, Altitude Sickness: The Happy Valley Set, de Nick Scott https://therake.com/stories/icons/happy-valley-set/

Nombreux emprunts à divers articles Wikipedia.

Les documents et indications extraits de site divers (notamment de journaux en anglais) sont référencés dans le texte.