LA LIGUE ET l'ITALIE

 

 

VOUS AVEZ DIT POPULISME,

DEUXIÈME PARTIE

 

 

 

 

 

  [ Nous utilisons dans ce message des photos de presse trouvées sur internet, que nous créditons. En cas de contestation, nous les supprimerons à la première demande des ayant-droit ]

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MIROIR, MON BEAU MIROIR, DIS-MOI QUI EST LE PLUS NATIONALISTE

 

 

 

 

 

 

C’est entendu, les populistes sont généralement des nationalistes et être nationaliste est détestable.

Du moins quand ce sont les autres qui le sont.

On constate que les plus  hostiles au populisme nationaliste se prétendent généralement patriotes. En France notamment, où il est assez difficile de déclarer qu’on n’est pas patriote (quelques anarchistes, peut-être ?).

Le nationalisme serait donc très différent du patriotisme.

Mais un peu comme on a dit que la pornographie, c’est l’érotisme des autres, on peut se demander si le nationalisme n’est pas simplement le patriotisme des autres.

Entendons-nous bien : si le nationalisme consiste à penser que son pays doit dominer les autres y compris par la force, il existe bien peu de nationalistes en Europe aujourd’hui dans ce sens et pas plus chez les populistes qu’ailleurs.

Par contre, si par nationaliste on comprend l’opinion qui considère qu’il faut avant tout rechercher l’avantage de son pays et donner priorité à ses intérêts, et aux intérêts de ses habitants, c’est un point de vue très largement partagé, y compris par les dirigeants libéraux ou sociaux-libéraux des pays occidentaux (ce qui ne veut pas forcément mis en application par ces dirigeants).

De même, l’opinion qui consiste à penser que toute mesure, toute évolution, tout changement, soit résultant d’une volonté délibérée, soit de circonstances, devrait être compatible avec l’esprit propre de la nation, avec son identité ou sa culture, et que si tel n’est pas le cas, il faut chercher les moyens de s’y opposer, est un point de vue qui peut être qualifié de nationaliste de façon polémique selon les interlocuteurs, mais qui est très courant.

 

En France, tous les leaders politiques « sérieux » tiennent leurs meetings au milieu d’une marée de drapeaux tricolores, particulièrement lors des élections présidentielles, se réfèrent à la patrie et à ses grandes heures ou grandes figures, exaltent parfois le « roman national ». Mais ils vous jureront tous qu’ils ne sont pas nationalistes, en dépit des apparences : ce vilain mot est pour les autres.

Quant aux  gens ordinaires mais qui se disent "éduqués", ceux qui proclament bien haut que les nationalistes sont exécrables, on remarque souvent chez eux un patriotisme chauvin consistant à penser que la France est supérieure aux autres pays, qui se manifeste par des commentaires méprisants sur les autres pays et leurs habitants.

Il nous semble donc que reprocher aux populistes d’être nationalistes renvoie à la vieille parabole : je vois la paille dans l’œil de mon voisin et pas la poutre dans mon œil…

Mais dans ce cas, quand les populistes accusent les élites d’être indifférentes au sort de leur pays, de le sacrifier aux à leur idéologie,  est-ce que cette accusation est fondée, alors que ces mêmes élites (en tout cas, en France, mais c’est certainement la même chose dans tous les pays occidentaux) ont tout le temps le drapeau à la main et le patriotisme sur les lèvres ?

Si on se borne au cas français, il existe dans les élites politiques une habileté considérable à présenter comme patriotiques les idéaux progressistes. Ainsi, pour les dirigeants, les idéaux progressistes sont l’expression du patriotisme français, vont dans le sens même de la continuité historique, de la « mission universaliste » de la France.

S’agissant de l’immigration, on rappelle que la France a « toujours » été une terre d’immigration, ou que les Français sont « tous » (ou presque !) des descendants d’immigrés… peu importe que ce soit vrai ou pas.

On répète que nous sommes « toujours » battus pour les valeurs de la république (enfin, depuis qu’il existe une république), valeurs universelles qui, comme chacun le sait, comportent comme des poupées-gigognes les idées progressistes du 21ème siècle.

Le patriotisme peut même être exalté à gauche de la gauche, comme le montre l’exemple d’un parti  (d’ailleurs présenté comme populiste de gauche par certains, ce que ce parti conteste) qui a rendu hommage aux combattants français (évidemment) de 14-18, au motif qu’ils se sont battus pour la république et pour les valeurs de liberté-égalité-fraternité *.

 

                                                                                                                      * Ces militants projettent donc sur la diversité des combattants (en majorité non volontaires, il ne faut pas l’oublier) de 14-18 leurs propres idéaux politiques, de plus dans une signification qui n’était sans doute pas celle de l’époque (les principes républicains de l’époque étaient compatibles avec la colonisation, avec les théories de supériorité raciale etc). Ces militants, qui n’en sont pas à ça près, oublient que cette guerre (qu’on a mieux caractérisée comme guerre civile européenne) fut faite sous le signe de « l’union sacrée » : des hommes comme Maurras (monarchiste autoritaire et antisémite) ont apporté leur soutien au gouvernement et étaient aussi virulents que le républicain Clemenceau pour dénoncer les traîtres et les pacifistes (ce qui, pour eux, était la même chose).

 

 

Il n’y a donc pas de contradiction entre une forme de patriotisme qui peut aller jusqu’au chauvinisme et le progressisme, surtout dans un pays profondément  marqué par la révolution française qui a fondé en France le modèle historique du progressisme.

 Que ce patriotisme affiché, de la part des élites,  soit sincère ou seulement le moyen tactique de faire passer auprès d’une partie de l’opinion quelques pilules, peu importe finalement.

 

 

 

 

 

 

ITALIA, ITALIA ! (Italiam, Italiam, Virgile, Enéide)

 

 

Nous n’allons pas examiner en détail tous les mouvements ou dirigeants qui sont jugés populistes par des observateurs plus ou moins partisans et objectifs, partout dans le monde. Cela va de Donald Trump  (pourtant élu comme candidat du Parti républicain, un des deux grands partis qui alternent au pouvoir aux USA depuis plus de 150 ans – souvenons-nous que Lincoln était membre du Parti républicain, comme Trump !) au Hongrois Viktor Orbàn, même en nous limitant aux pays européens ou nord-américains (il n’est pas évident que le terme « populiste » soit pertinent pour les autres continents ; nous n’entrerons pas dans ce débat).

Mais nous allons regarder ce qui se passe en Italie.

Vu de France, la situation italienne permet de maintenir une sorte d’état d’alerte anti-populiste. Le vice-président du conseil italien Matteo Salvini, ministre de l’intérieur et « homme fort » du gouvernement dirigé par le plus pâle président du conseil * Giuseppe Conte, constitue un repoussoir idéal pour la « majorité morale » française, qu’elle soit de gauche ou centriste libérale.

                                                                                                            * En Italie, le président du conseil des ministres est l'équivalent d’un premier ministre qui dirige effectivement le gouvernement, tandis que le président de la république a un rôle surtout protocolaire; le rôle du président du conseil italien est donc comparable à celui du premier ministre britannique ou du chancelier allemand etc, alors que le premier ministre français doit agir en accord avec le président de la république qui est le vrai dirigeant du pays. 

 

 

Salvini et ceux qui le soutiennent sont non seulement qualifiés de populistes, mais encore de nationalistes, d’extrême-droite  et même de fascistes.

Ces étiquettes sont sans doute données de bonne foi par certains. D’autres y voient un moyen polémique de discréditer des politiques qui leur déplaisent.

Une fois l’étiquette attribuée, tout ce que font ou disent les porteurs de l’étiquette est jugé en fonction de celle-ci et de ce qu’on croit savoir des positions fascistes, nationalistes etc dans l’histoire. Les capacités d’analyse passent en pilotage automatique chez ceux qui se targuent le plus de leur niveau intellectuel et se moquent de l’ignorance des populistes.

 

Or les étiquettes d’extrême-droite, de fasciste, de nationaliste, sont-elles méritées par Salvini et le mouvement qu’il dirige, la Ligue ? Dans les médias français, quand on cite la Ligue, on indique souvent ente parenthèses « extrême-droite » afin que tout de suite le lecteur sache de quoi on parle. Ainsi, d’emblée, on espère susciter le rejet.

La réalité est forcément plus complexe.

 

 

 

 

OÙ SONT LES DRAPEAUX ?

 

 

 

 

Commençons par une image : nous avons vu qu’en France, les partis politiques, de la gauche à l’extrême-droite, tiennent leurs rassemblements dans une marée de drapeaux tricolores.

C’est particulièrement le cas pour les grands candidats aux élections présidentielles, au point qu’on peut se demander si ce n’est pas celui qui avait le plus de drapeaux dans ses rassemblements qui a finalement été élu.

On s’attendrait donc, puisque Matteo Salvini est, pour les Français, un nationaliste (italien, bien entendu), à trouver des photos de lui environné d’une flopée de drapeaux vert, blanc rouge, le tricolore italien. Ce n’est pas le cas, et si on voit des drapeaux, ou bien ce sont ceux de la Ligue ou des drapeaux que les Italiens reconnaissent probablement fort bien mais qui sont plutôt  inconnus en France. Curieux pour un nationaliste. 

  

 

 Piazza Duomo Comizio Salvini-2

 Lors d'une des dernières réunions avant les élections, le 24 février 2018, sur la place du Dôme de Milan, noire de monde, Salvini, sur une estrade où est inscrit son slogan de campagne " Prima gli Italiani "(d'abord les Italiens) jure sur la Constitution et les Evangiles "d'être fidèle à mon peuple, à 60 millions d'Italiens, de les servir avec honnêteté et courage, d'appliquer vraiment la Constitution italienne, ignorée de beaucoup, et de faire respecter les enseignements des Evangiles."

Le président leghiste de la région, Maroni, membre de la vieille garde bossiste, a boudé la réunion.

Comme le montre la photo, on ne voit pas de drapeau italien dans la foule. On voit des drapeaux vénitiens, rouge et or, on devine des drapeaux blancs de la Ligue, soit avec le guerrier stylisé Alberto Da Giussano soit avec le symbole vert du soleil des Alpes,  et moins discernables, des drapeaux blancs à croix rouge de Lombardie ou rouges à croix blanche du Piémont.

En se référant à l'application véritable de la Constitution, Salvini fait peut-être allusion au fait que la Constitution prévoit déjà des possibilités d'évolution vers le fédéralisme.

http://www.milanotoday.it/cronaca/comizio-salvini-duomo-casapound.html

 

 

 

 

 

LA LEGA, CHANGEMENTS ET CONTINUITÉ

 

 

 

Si vu de France, traiter de fascistes les dirigeants, adhérents et sympathisants de la Ligue peut sembler presque naturel, ce n’est pas le cas en Italie, car la Ligue (à l’origine Ligue du Nord), historiquement, s’est toujours présentée comme antifasciste (pas dans le sens extrémiste que le mot a fini par prendre en France où les « antifa » sont des militants d’extrême-gauche).

L’antifascisme de la Ligue avait un sens, dans un pays qui a été le berceau du historique du fascisme avec Mussolini et où il existe des partis qui se réclament du « néo-fascisme » ou du « post-fascisme ».

Il faut faire ici, en raccourci, l’histoire de la Ligue, histoire vieille de prés de quarante ans et riche en péripéties, scissions, exclusions, succès et défaites électorales.

Vers 1980, apparaissent  en Italie du nord des mouvements régionalistes avec une audience devenue importante après quelques années et une forte participation de militants (contrastant avec des groupements régionalistes antérieurs à l’audience limitée, mais qui ont constitué le terreau de la Ligue, comme le mouvement bergamasque). Les militants, qui s’appuient sur des identités locales fortes, demandent un traitement particulier de leur région, autonomie ou même pour certains, indépendance. Ils sont extrêmement critiques envers le gouvernement italien et l’organisation politique de l’Italie, qui opère notamment, selon eux, un transfert de ressources vers le Sud au détriment des intérêts des nordistes. Ces mouvements se constituent en ligues, par référence historique à la création de la Ligue des villes lombardes,  dirigée au Moyen-Age contre l’empereur germanique qui prétendait imposer son autorité au nord de l’Italie.

La Liga Veneta (Ligue vénète) est la première à apparaître en 1980.

Puis en 1984, Umberto Bossi crée la Lega Lombarda, Ligue Lombarde, avec Roberto Maroni et quelques militants régionalistes de la région de Bergame. C’est Bossi qui a l’idée de regrouper une dizaine de ligues dans un organisme fédéral, la Lega Nord, Ligue du Nord (créée en 1989 mais qui sera vraiment opérationnelle en 1991, au congrès fédéral de Pieve Emanuele, près de Milan), dont il devient le chef parfois flamboyant (secrétaire fédéral), mais pas forcément incontesté.

Sont ainsi unies dans la Ligue du Nord :

 - la Lega Lombarda de Umberto Bossi, Roberto Maroni, Franco Castellazzi et Francesco Speroni;

- la Liga Veneta de Franco Rocchetta et Marilena Marin;

- Piemònt Autonomista de Gipo Farassino;

- l'Uniun Ligure de Bruno Ravera;

- la Lega Emiliano-Romagnola de Giorgio Conca et Carla Uccelli;

- l'Alleanza Toscana de Riccardo Fragassi

.On remarquera les différences d’écriture dues aux dialectes/langues utilisés : la Lega et la Liga.

Plusieurs de ces organismes gardent une organisation  « nationale » propre, c'est notamment le cas de la Liga Veneta qui associe à son nom le nom de Lega Nord.

 

La Ligue du Nord est loin de regrouper tous les mouvements régionalistes nordistes. Notamment, depuis les trente dernières années, on a vu apparaître et disparaître, fusionner ou se diviser, principalement en Vénétie, une infinité de mouvements, dont les chefs ou les militants sont parfois passés par la Ligue du Nord – Ligue Vénète avant de rompre avec elle.

Il existe aussi des partis régionalistes/autonomistes  (même si les régions concernées sont déjà autonomes) au Sud-Tyrol et au Val d'Aoste, qui peuvent avoir des points de convergence avec la Ligue ou d'autres mouvements et sont généralement solidaires avec eux, sans se fondre dans un mouvement unique. 

 

 

 

 

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 Franco Rocchetta faisant le V de la victoire, dans les plis du drapeau vénitien, sur la place Saint Marc, après avoir été libéré de détention à la suite d'une inculpation pour complot contre l'Etat italien (2014).  A sa droite, probablement un militant du Sud-Tyrol, venu avec beaucoup d'autres militants régionalistes/séparatistes  manifester sa solidarité avec les militants "vénétistes" 

Franco Rocchetta est l'un des fondateurs en 1980 de la Ligue Vénète, qui se fédère avec d'autres mouvements dans la Ligue du Nord en 1989-1991. Comme beaucoup de compagnons de route de Bossi, il rompt par la suite avec ce dernier.

Franco Rocchetta poursuit sa carrière d'indépendantiste vénète. En 2014, il est arrêté avec d'autres par la police, sur signalement des services secrets. au motif qu'il préparerait une action violente. Après deux semaines de détention, il est libéré, le tribunal n'ayant pas de charges suffisantes (l'affaire sera ensuite définitivement classée). Tous les partis régionalistes (dont la Ligue du Nord) ont manifesté pour sa libération et celle des autres inculpés, demandée aussi par des personnalités politiques de gauche ou de droite. Le jour de la Saint Marc 2014, après sa libération, une grande manifestation a lieu sur la place Saint Marc à Venise, en présence des militants "vénétistes" de toutes tendances et de militants de partis régionalistes/séparatistes d'autres régions. Franco Rocchetta, qui a toujours affirmé son pacifisme, est ovationné. Il dépose une couronne de fleurs à la mémoire des victimes de "tous les fascismes". Il est embrassé  par Tommaso Cacciari*, l'un des leaders des centres sociaux (centres alternatifs anticapitalistes, situés à l 'extrême-gauche). Comme le jour de Saint Marc est aussi le jour anniversaire de la Libération en Italie, Rocchetta souligne que ces mémoires ne sont pas en contradiction - ce qui n'est pas l'avis de tous.

ilmanifesto.it

 

                                                                                               *  A ne pas confondre avec Massimo Cacciari, universitaire et deux fois maire de Venise, démocrate de gauche.

 

 

 

La Ligue du Nord de l’époque Bossi est-elle nationaliste ?

Oui, si on reprend les analyses du politologue canadien Denis Monière ( Pour comprendre le nationalisme au Québec et ailleurs, Les Presses de l'Université de Montréal, 2001) qui classe les formes de nationalisme selon deux branches :

L’une distingue les critères d'appartenance à la Nation : nationalisme ethnique  ou nationalisme civique (ou politique).

L'autre distingue les nationalismes selon leurs objectifs.

- nationalisme de domination,

- nationalisme de libération

- nationalisme de conservation

- nationalisme de revendication.

La Ligue se situe donc dans un nationalisme de libération (par rapport à l’Etat italien) et de revendication.

Mais selon cette classification, on peut considérer que les partisans d’un Etat unitaire, qui s’opposent aux tendances séparatistes, se situent quant à eux, qu’ils l’admettent ou pas, dans un nationalisme de domination et de conservation.

Umberto Bossi donne progressivement un but commun à ces ligues, mais qui reste vague : l’indépendance d’un état nouveau qu’il appelle la Padanie (référence au fleuve Pô).

Le nom de la ligue devient officiellement Ligue du Nord pour l’indépendance de la Padanie. Bossi proclame même, lors d’un rassemblement aux sources du Pô, l’indépendance le 15 septembre 1996 : à cette occasion, il recueille symboliquement une ampoule d'eau du Pô et qulques jours après, à Venise, il la verse  dans l'Adriatique. Ce cérémonial reste.sans suite pratique, évidemment, sinon un réferendum non officiel organisé par la Ligue sur l'indépendance de la Padanie en 1997, auquel auraient participé 4 millions de votants.

La création par Bossi d'une garde nationale padane en 1998, alarme le gouvernement et une partie de l'opinion. Bossi préfère dissoudre cette formation qui s'apparentait plus à des voisins vigilants qu'à une force paramilitaire.

Bossi voit la Padanie comme un état fédéral, rassemblement de républiques fédérées, tout en considérant que chaque composante peut décider si elle souhaite faire partie de la Padanie ou opter pour une indépendance complète. Ses adversaires se moquent de cet Etat qui n’a pas de fondement historique (mais qui regrouperait, sur une base volontaire, des régions avec de fortes identités historiques).

La doctrine de la Ligue varie fréquemment sur l’organisation géopolitique de l’Italie du Nord, entre autonomie, séparatisme, fédéralisme, constitution d’une Italie divisée en trois républiques confédérées.  Ces changements d’orientation, tout en restant dans une logique particulariste, amènent des ruptures avec certains militants, notamment  ceux qui n’acceptent pas que Bossi paraisse mettre de côté l’indépendance à partir des années 2000, quand la Ligue participera aux gouvernements de centre-droit, ou qui plus simplement ceux se plient mal à l'autoritarisme de Bossi.

Le théoricien, d'abord fédéraliste, puis séparatiste de la Ligue, le professeur de droit Miglio, s'éloigne ainsi. Mais la tactique de Bossi peut aussi s’expliquer par la nécessité d’une action graduelle avant de parvenir à l’indépendance.

Le positionnement autonomiste, voire séparatiste de la Ligue  lui vaut l’opposition du parti néo-fasciste Alleanza nazionale (Alliance nationale) de Gianfranco Fini, qui en raison des fondements historiques de son parti, est fermement partisan de l’unité nationale et « nationaliste italien ».

On voit même des militants du parti Alliance nationale, dans les années 1990, avec des t-shirts marqués La Lega, me la sega (la Ligue, je m’en branle)*.

 

 

                                                                                                            * Dès 1946, des nostalgiques du fascisme créent le Mouvement social italien (MSI) dont le chef emblématique fut Giorgio Almirante. Le MSI reste marginal en raison de sa référence au fascisme.  En 1972, il fusionne avec le principal mouvement monarchiste et devient MSI-Destra nazionale (droite nationale).

Après l’éloignement et la mort d’Almirante (1988), son jeune dauphin, Gianfranco Fini ; entreprend de donner au parti une forme de respectabilité et commence par changer le nom au profit de Alleanza nazionale (1994-95).  Il écarte la vieille garde des nostalgiques du fascisme. Devenu fréquentable, le parti participe aux gouvernements de centre-droit (de Berlusconi notamment).

En 1994, aux élections législatives, le parti qui porte pour peu de temps le nom de MSI - Alleanza nazionale, a 109 députés, presque à égalité avec ses alliés de Forza Italia et de la Ligue, et entre au premier gouvernement Berlusconi.

En 1996 Alleanza nazionale est le troisième parti d'Italie.

Son positionnement est proche d’un parti de droite classique, mettant l’accent sur le rôle de l’Etat et l’unité de la Nation (on l’a comparé au RPR français).

G. Fini est ministre à plusieurs reprises et président de la Chambre des députés. Après des échecs électoraux, Fini s’éloigne de la politique et le parti se divise. Il donne naissance au parti Fratelli d’Italia (frères d’Italie, premiers mots de l’hymne italien) présidé par Giorgia Meloni, qui aux dernières élections de 2018, formait une coalition avec le parti de Berlusconi et la Ligue de Salvini.

 

 

 

 

 LA PARTICIPATION AU GOUVERNEMENT

 

 

 

Dès 1988, la Ligue est représentée au Parlement italien, d'abord avec deux élus, dont Bossi, qui est élu sénateur..

La Ligue crée la surprise en obtenant des succès électoraux et devient un acteur important de la vie politique italienne, au moins dans le Nord.

Les partis de gouvernement ont besoin d'elle. Malgré sa vision ultra-critique du monde traditionnel politique italien et de la prépondérance de Rome, centre du pouvoir (Rome la voleuse !), Bossi accepte de passer des alliances avec les partis de gouvernement de centre-droit.

La Ligue s’allie avec Forza Italia de Berlusconi, alliance où entrent aussi le parti de Fini et d’autres partis du centre ou de droite.

En 1994, la Ligue obtient le plus grand nombe de députés (117) de la coalition de droite  à la chambre des députés (mais avec seulement 8,5% des voix), devançant un peu ses alliés Forza Italia et l'Alliance nationale.

La Ligue entre donc au premier gouvrnement Berlusconi avec un poste de vice-président du conseil, ,5 ministres  et 9 sous-secrétaires d'Etat.  Le leghiste Roberto Maroni est vice-président du conseil et ministre de l'intérieur (comme le sera Salvini, presque 25 ans après).

 

On voit donc paradoxalement (mais de façon très italienne) siéger au même gouvernement, dès 1994, puis encore à plusieurs reprises, des ministres leghistes (de la Ligue), dont Bossi lui-même, séparatistes au moins en intention, et leurs adversaires de l’Alliance nationale, partisans de l’unité nationale.

La première participation est un échec car au bout de sept mois, Bossi rompt avec Berlusconi. L'arrivée au pouvoir de la gauche en 1995 détermine Bossi à entreprendre ce qu'on a appelé la "phase d’isolement padan":  tentative de doter la Padanie de contre-institutions, déclaration symbolique d'indépendance  et volonté de se situer en-dehors du jeu politique italien. Cette phase,qui durera jusqu'en 2000, sera un échec. 

 

A la fin des années 90, la Ligue reste suspecte de préparer des actions séparatistes violentes et ses actions symboliques donnent parfois lieu à des poursuites. Des perquisitions de police ont lieu dans les permanences de la Ligue. 

 

Dans un ouvrage universitaire français de sociologie sur la Ligue, L'idiotie en politique, Subversion et néo-populisme en Italie, de Lynda Dematteo, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2007 https://books.openedition.org/editionsmsh/9663?lang=fr (qui reste très marqué par un parti-pris contre la Ligue), réalisé à partir d'une enquête sur place en 1999-2000, l'auteur (elle-même Française d'origine italienne) rapporte les déclarations du secrétaire provincial de la Ligue à Bergame, selon qui il peut être dangereux de s'affirmer leghiste : des poursuites sont possibles, lui-même a été poursuivi pour outrage au drapeau (italien). L'auteur, qui a suivi des manifestations de la Ligue, indique : 

 

" La plupart [des militants] semblent se contenter de crier par provocation : « Bruciamo il Tricolore ! » [brûlons le tricolore] Sans doute le militant de base craint-il de se faire inculper pour « outrage au drapeau »."

 

L'auteur décrit le secrétaire provincial de la Ligue à Bergame comme un garçon sympathique qui ne se prend pas au sérieux, un peu macho, qui a dans son bureau, outre le drapeau de la Padanie, les drapeaux de la Corse, du Pays basque, de la Bretagne, du Québec et du Tibet... et "un calendrier padan où s’étalent des filles en maillot de bain vert, toutes immanquablement rousses ou blondes."         .

 

 

Au fil des élections, la Ligue alterne des succès et des échecs. A partir de 2000, Bossi revient à l'alliance de centre-droit avec Berlusconi.  

Bossi justifie les participations au gouvernement par la possibilité de pousser ses réformes, tendant en priorité à transformer l’Italie en état fédéral. En  2001-2004, puis de nouveau entre 2008 et 2011, il est ministre chargé de la réforme territoriale et même du fédéralisme. Mais la participation aux gouvernements, si elle embourgeoise les leghistes, ne débouche sur pas grand-chose.

En 2006, le projet tendant à transformer (avec prudence) l'Italie en état fédéral, préparé par le gouvernement Berlusconi et Bossi (entretemps le gouvernement de centre droit  a cédé la place au gouvernement de centre-gauche de Romano Prodi), est rejeté par 61% des voix, mais le Nord-Est a voté en faveur du projet.

 

Bossi annonce : ou nos réformes passeront, ou nous n’aurons d’autre choix que la lutte de libération nationale. Mais rien ne se passe et en dernier lieu, la Ligue se rabat sur la notion plus modeste de fédéralisme fiscal.

Parallèlement, des scandales financiers mettent à mal l’image de Bossi et de sa famille. Bossi, qui de plus a eu des ennuis de santé, abandonne la direction de la Ligue en 2012 tout en restant prêt à revenir au premier plan.

Il est alors élu président à vie de la Ligue, mais ce n'est qu'un titre honoraire.

 

 

 

 

 

UMBERTO BOSSI, ANTIFASCISTE À SA MANIÈRE

 

 

 

Puisque la Ligue du Nord est une création de Bossi, disons quelques mots de ce personnage.

Bossi fait partie depuis très longtemps du paysage politique italien. Il est réélu sénateur sans interruption depuis plus de trente ans (le record en Italie) ; on le surnomme il senatùr (le sénateur en dialecte lombard).

Il est sans équivalent en France, où il n’existe pas de parti de premier plan se donnant pour but une modification radicale de l’organisation territoriale du pays, par sécession ou par fédéralisation.

Umberto Bossi est né en 1942 dans une famille modeste de la province de Varese (Lombardie); son père était paysan, puis ouvrier et sa mère concierge de l'immeube social où ils habitaient après avoir quitté la campagne. Bossi a dit de lui-même qu'à 20 ans, il était un vaurien et presque un délinquant. Il rêva un moment d'une carrière de chanteur, et il est resté intéressé par la poésie dialectale. Il  semble qu'il a suivi des cours d’électronique par correspondance (à l’époque où les informaticiens étaient encore rares) et une formation de comptable. Puis il a fréquenté la faculté de médecine sans obtenir de diplôme. Il a vécu assez longtemps d'expédients, sans profession stable. Dans une classe politique formée de "dottore" (titre donné à ceux qui ont un diplôme universitaire, même si ce n'est pas un doctorat), il ne pouvait que jouer le rôle du vilain petit canard.

Il semble que ses débuts en politique se font comme sympathisant (ou militant ?) communiste. Il parle volontiers de ses racines antifascistes familiales. Mais sa rencontre par hasard avec un dirigeant de l’Union Valdôtaine (parti régionaliste du Val d’Aoste), Bruno Salvadori, lui fait prendre conscience de ce qui compte le plus : l’appartenance à une région, sa culture et ses traditions et donc la place que doit tenir cette appartenance dans la vie politique.

De façon caractéristique, dans un de ses premiers discours à ses compatriotes de Lombardie, il s’exprime ainsi :

Vous tous ici, vous êtes différents. Vous êtes riches ou vous êtes pauvres, vous êtes jeunes ou vous êtes vieux, vous êtes de gauche ou vous êtes de droite. Mais il y a quelque chose qui vous réunit et qui est plus important que vos différences : vous êtes tous des Lombards.

 

  

umberto-bossi-75-anni

 Umberto Bossi, alors dirigeant de la Ligue Lombarde, lors d'un des premiers rassemblements de Pontida, en 1990 ou 1991.

Il Post.

 https://www.ilpost.it/2016/09/01/foto-darchivio-55/umberto-bossi-ha-75-anni/

 

 

 

 La participation de Bossi aux instances dirigeantes de l’Etat italien n’a rien changé, non seulement à ses idées mais même àses façons volontiers provocatrices.

Alors qu’en tant que ministre il vient de prêter serment à la Constitution, selon l’usage italien, il explique aux journalistes qu’il ne sent pas engagé par ce serment car il n’est pas Italien, il est Padan.

Une autre fois, alors qu’il est toujours ministre, dans un meeting, il cite des mots de l’hymne italien et fait un doigt d’honneur (il est vrai que sa moquerie s’adressait à un passage en particulier, où il est question de Rome). Certains voudraient qu’il soit inculpé pour outrage à l’hymne national, mais l’affaire en reste là.

En 2011, pour le 150ème anniversaire de la création de l’Italie unie, les parlementaires sont réunis lors d’une séance solennelle – ainsi que d’autres personnalités dont des dignitaires de l’Eglise. On chante l’hymne italien Fratelli d’Italia. La plupart des parlementaires de la Ligue ne sont pas venus. Seuls Bossi, ministre à l’époque, et quatre collègues sont présents (sur 60 élus de la Ligue), mais ils s’abstiennent de chanter l’hymne italien.

 

 

 

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 Au congrès fondateur de l'UDC (union démocrate chrétienne)  petit parti centriste, modeste  héritier de la puissante démocratie chrétienne (qui avait  disparu comme parti à la suite des scandales financiers des années 90), les chefs des autres partis de la coalition de centre-droit sont venus en amis : de gauche à droite: Umberto Bossi, Gianfranco Fini (Alleanza nazionale) et Silvio Berlusconi. Fini et Belusconi chantent l'hymne national, Bossi non (2002).

L'Espresso

http://espresso.repubblica.it/foto/2011/11/14/galleria/la-lunga-storia-del-cavaliere-1.80682#10

 

 

C’est Bossi qui a trouvé les symboles de la Ligue : le guerrier médiéval, brandissant une épée, qui orne le logo et les drapeaux de la Ligue, est Alberto da Giussano, l’homme qui mena au combat les troupes de la Ligue lombarde au Moyen-Age contre l’empereur germanique.

Ou encore le cercle vert à rayons qu’on voir sur les drapeaux  de la Ligue : il s’agit du rozon ou soleil des Alpes, connu dans les régions alpines, y compris en France. Les drapeaux avec ce symbole représentent la Padanie, mais peuvent aussi être considérés simplement comme les drapeaux de la Ligue..

L'étalage de références historiques fait que le parti de Bossi est surnommé par la presse Il carroccio, qui rappelle le char sur lequel l'étendard de  Ligue lombarde était hissé pendant les batailles du Moyen-Age.

L’idée d’habiller ses partisans de chemises vertes peut sembler pour un Français une malheureuse référence aux « chemises noires » de Mussolini. Mais on peut considérer qu’il s’agit d’une astuce visuelle destinée à faire connaître son mouvement à ses débuts.  Mussolini lui-même imitait sans doute les « chemises rouges » de Garibaldi.

Bossi a aussi inventé le rassemblement de Pontida (en Lombardie) : la Ligue tient un grand rassemblement annuel dans la prairie (il prato sacro, la prairie sacrée, disent les leghistes) où se sont réunis, au Moyen-Age, les représentants des villes de la Ligue lombarde pour prêter serment de combattre l’empereur germanique. Lors de certains rassemblements, Bossi apparaissait sur l’estrade entouré de guerriers en tenue médiévale et les représentants de toutes les ligues fédérées venaient prêter serment, chacune dans son dialecte ou langue régionale, parfois en habit régional.

Mais les militants sont eux plus décontractés et plusieurs portent des casques « gaulois » pour rire, car les habitants du nord de l’Italie (en tous cas les leghistes !) considèrent qu’ils descendent des Celtes et non pas des Latins (d’ailleurs les Romains de l’Antiquité appelaient le nord de l’Italie la Gaule cisalpine).

Le mouvement se dote d'une sorte d'hymne avec le célèbre choeur de Nabucco de Verdi, Va pensiero.

Bossi a dit une fois qu’il voulait chercher les fascistes de maison en maison (cercare i fascisti casa per casa) - pour les chasser -  et une chanson célèbre des années 80-90 qui exalte la culture de la Vénétie, et qui a un ton nettement autonomiste ou séparatiste (mais pas forcément leghiste), dit : Fora i fascisti di casa mia , dehors les fascistes de chez moi – de mon pays.

On peut se demander si pour Bossi et ses partisans, et plus généralement les autonomistes ou séparatistes, les fascistes ne se confondent pas plus ou moins avec les partisans de l’unité italienne…

La politique « nationale » de la Ligue, séparatiste ou autonomiste,  est une chose ; mais y a-t-il une politique économique et sociale ?

Tous les observateurs considèrent que  la Ligue est un parti attrape-tout. Certains politologues ont constaté que dans des zones où le vote communiste avait autrefois été fort, la Ligue avait récupéré en partie les électeurs communistes.

Il est certain qu’à ses débuts la Ligue était pro-européenne même si elle a évolué par la suite.

Par contre, pour des motifs culturels et économiques, elle a toujours été hostile à l’immigration, surtout extra-européenne.

Elle a aussi longtemps été sur des positions écologiques.

Il lui est difficile pour la Ligue de risquer de diviser son électorat en axant trop son programme économique sur la défense d’une seule catégorie sociale. Néanmoins, dans un Nord où les petites entreprises sont nombreuses, la Ligue a un programme anti-étatique, anti-fiscal et favorable aux entrepreneurs.

Mais Bossi lui-même, en 2008, dans trop craindre les contradictions, déclarait que le programme de la Ligue était à la fois socialiste et libertarien (la philosophie libertarienne, implantée surtout aux USA et peu représentée en France, estime  que le rôle de l’Etat doit être le plus réduit possible et que les libertés individuelles, de toute nature, doivent passer avant tout ; néanmoins la doctrine est plus subtile qu’une simple loi du plus fort comme on pourrait le croire - les libertariens refusent en général que l’individu soit opprimé, aussi bien par l’Etat que par des groupes ou sociétés ou d’autres individus) ;

Il est difficile – sinon impossible -  d’être à la fois socialiste et libertarien. Bossi ajoutait que s’il y avait quelque chose qu’il retenait des doctrines politiques de droite, c’était celle  qui considère que le poids de l’Etat doit être le plus léger possible.

Enfin, il déclarait que l’homme politique qu’il admirait le plus était Matteotti, le député socialiste opposé à Mussolini, assassiné par un commando fasciste alors qu’il était réfugié en France.

On voit que malgré ses contradictions, Bossi en revenait toujours à l’antifascisme, ce qui est compréhensible dans la mesure où le fascisme italien s’est caractérisé par un nationalisme hostile aux identités régionales (qui pour lui devaient  se fondre dans une même identité nationale)* et par la prééminence et l’omniprésence de l’Etat , ce qui est en opposition directe avec les idéaux de la Ligue, quelles que soient par ailleurs les positions de celle-ci sur d’autres questions qui, de toutes façons, ne se posaient pas à l’époque du fascisme, comme l’immigration.

 

                                                                                                                         * Attitude  reprise par les néo-fascistes : dans les années 50, le MSI, dont on a parlé, se prononça contre le statut d’autonomie du Trentin-Haut-Adige et la reconnaissance officielle dans cette région, de la langue allemande. A la fin des années 60, les néo-fascistes vinrent perturber les meetings du mouvement régionaliste du Bergamasque et de la "liste Edelweis", réunissant plusieurs partis régionalistes du Nord (qui préfigurait la Ligue). Enfin, lors des débuts de la Ligue, Bossi et ses adhérents ont parfois dû faire le coup de poing contre les néo-fascistes.

 

 

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Umberto Bossi et Silvio Berlusconi vers 2010-2011. Ici, Bossi apparait en homme d’état aux côtés de son allié Berlusconi et non en tribun de la Ligue. On pourrait trouver beaucoup de photos de Bossi faisant un doigt d’honneur ou un bras d’honneur. Les mouvements protestataires en Italie pratiquent volontiers une forme de vulgarité délibérée. Beppe Grillo, le fondateur du Mouvement 5 Etoiles, avait lancé des rassemblements sous le nom de V days  (pas Victory day, mais Vaffanculo day – le jour « va te faire enc… »; le V fait aussi référence à la bande dessinée et au film V for Vendetta, une des références des militants antisystèmes).

Lors d’une manifestation à Rome de la Ligue de Salvini, en 2015, le slogan à l’adresse du président du conseil de l’époque était Vaffanculo Renzi.

 https://www.lettera43.it/it/articoli/politica/2011/08/25/berlusconi-chiama-bossi-ma-risponde-renzo/17947/

 

 

 

 

L’ÊRE SALVINI

 

 

 

Après deux ans où la Ligue du nord est dirigée par Roberto Maroni (un des fondateurs historiques de la Ligue, plusieurs fois ministre dans les gouvernements Berlusconi, notamment de l'intérieur et des affaires sociales, puis élu président de la région Lombardie en 2013), Salvini est élu secrétaire fédéral en 2013, par une très forte majorité (81% des voix) contre Bossi qui se représentait et qui subit une défaite humiliante.

Il prenait en mains un parti tombé à son plus bas niveau  avec 4% des voix aux dernières élections.

Matteo Salvini, né en 1973, est originaire de Milan (qui n’est pas d’ailleurs la ville de Lombardie où la Ligue fait les plus gros scores, bien qu'elle ai déjà eu un maire leghiste; la Ligue est mieux implantée dans les petites villes et les villages).

Fils d’un petit entrepreneur, il a fréquenté l’université sans décrocher de diplôme et a fait des petits boulots pour vivre, comme livreur de pizzas. Il a aussi fréquenté les « centres sociaux », ces structures anticapitalistes, alternatives et autogérées, qui mettent à disposition des habitants des services et des lieux de rencontre, notamment le centre Leoncavallo, célèbre à Milan et il a dit récemment que vu ses conditions de vie de l’époque, ce centre l’avait aidé et qu’il s’y sentait bien.

Or, quand il fréquentait ce centre qu’on pourrait qualifier de « gauchiste », il était aussi adhérent de la Ligue, où il est entré à 17 ans. Lorsque Bossi crée un « Parlement padan » non officiel, qui devait, comme tout parlement national, représenter toutes les opinions politiques, Salvini y est élu au titre des « communistes padans ». Etait-il vraiment communiste ?

Il s’occupe du journal et de radio de la Ligue, gravit les échelons rapidement, servi par son sens populaire du contact et son talent pour la communication , d’abord dans le sillage de Bossi, puis contre lui, incarnant une génération plus jeune et moins marquée par les combats des débuts et les affaires qui ont dégradé l’image des fondateurs.

Il se fait connaître par des propositions provocatrices (comme réserver des voitures du métro de Milan pour les seuls Milanais) et ses plaisanteries douteuses sur les habitants du Sud. En 2011, lors des festivités du 150ème anniversaire de l'unité italienne, alors qu'il est chef du groupe de la Ligue au conseil municipal de Milan, il se fait remarquer, comme la plupart des leghistes,  en boudant ostensiblement les cérémonies et en distribuant dans la rue des drapeaux lombards portant le sigle de la Ligue.

Son style plus à l’aise en sweat à capuche ou en T-shirt  qu’en costume lui a sans doute valu le vote de beaucoup de jeunes  des milieux populaires lors des dernières élections. Il est un bien entendu un "milaniste", un supporter du club de football Milan AC.

Salvini est réélu secrétaire fédéral de la Ligue en 2017 avec près de 83% des voix.

 

 

 

 

 RELATIONS DANGEREUSES ?

 

 

 

Dès 2014-2015, les observateurs se demandent si la Ligue a changé. Lors de réunions publiques de la Ligue, en dehors de ses terres nordistes, on remarque la présence de militants extrémistes ou néo-fascistes, qui font le salut « romain » bras tendu, ou portent des drapeaux avec la croix celtique.

On se demande : Ma la Lega di Matteo Salvini è ancora la Lega? (Mais la Ligue de Salvini est-elle toujours la Ligue ?

https://www.panorama.it/news/politica/diabolus-in-politica/lega-matteo-salvini-ancora-la-lega/

 

En 2015, lors d'une manifestation de la Ligue à Rome contre le gouvernement de centre-gauche de Matteo Renzi (Parti démocrate, ex-social-démocrate), on voit parmi les manifestants et les orateurs, mêlés aux leghistes, les fascistes de Casa Pound, portant des drapeaux tricolores et qui ont sans doute peu en commun avec les jeunes leghistes qui dans la même manifestation, scandent sans grand écho un slogan en perte de vitesse : "Padania libera !".

 

A Milan, certains membres de la Ligue, dont des élus,  entretiennent des alliances avec un mouvement Lealtà e Azione, qualifié de fasciste.

La stratégie de Salvini qui vise à donner à la Ligue une audience nationale, implique de gommer certains aspects de son idéologie  et d’accepter une convergence au moins tactique avec d’autres  formations sans que pour autant qu’il y ait d’unité de doctrine entre eux.

D'ailleurs on a vu aussi à certaines de ses réunions des représentants de la gauche anti-capitaliste, proches du premier ministre grec Tsipras. Il semble que  Casa Pound cessa ses contacts avec la Ligue quand celle-ci s'allia avec Forza Italia, symbole du libéralisme consumériste que combat le néo-fascisme.

 

En fait il ne semble pas que Salvini rapproche vraiment son programme d’un programme fasciste, même actualisé. Il est probable qu’il n’est pas hostile à cette fraction de l’opinion, qu’il considère avant tout comme des protestataires. Si les soi-disant fascistes l’applaudissent, il ne refuse pas leurs applaudissements.

Son attitude se place dans le rapport particulier que l’Italie entretient au fascisme, qui est une création italienne.

 

Il peut paraître curieux que le fascisme, cette doctrine qui exalte la toute-puissance de l’Etat et de l’autorité, soit née dans un pays où – selon l’image qu’on en a fréquemment, la plus grande partie de la population se méfie de l’Etat et cherche à échapper à son autorité et à contourner les lois.

 

Un article stimulant d’une revue italienne en ligne se demande :

" Buona parte dell’opinione pubblica non sembra infatti turbata dai rigurgiti neofascisti. I casi sono due: o non avverte il pericolo di un sovvertimento delle istituzioni repubblicane nate dalla Resistenza o minimizza la portata degli eventi perché prova, in fondo, per questi «camerati che sbagliano»* (so’ ragazzi) una qualche forma di simpatia. È l’ipotesi di molti commentatori che s’interrogano sulla nostra biografia collettiva: l’Italia è un Paese fascista, il fascismo nasce in Italia, in qualche modo siamo tutti un po’ fascisti, e dunque nessuno è fascista.

Siamo tutti un po’ fascisti? Forse

Forti delle recenti legittimazioni elettorali, gli attivisti di Casa Pound sono sempre più numerosi e diffusi. L’opinione pubblica non è in allarme. Ma siamo sicuri che siano «solo ragazzi ? "

(Une bonne partie de l'opinion publique ne semble pas troublée des résurgences néo-fascistes. Il y a  deux explications possibles: ou le péril d'une subversion des institutions républicaines nées de la Résistance ne lui parait pas fondé ou cette partie de l'opinion minimise les faits car elle éprouve au fond, pour ces "camarades qui se trompent" * (ce sont des gamins)  une forme de sympathie. C'est l'hypothèse de beaucoup de commentateurs qui s'interrogent sur notre passé collectif : l'Italie est un pays fasciste, le fascisme y est né. De quelque façon, nous sommes tous un peu fascistes et donc personne n'est fasciste.

Nous sommes tous un peu fascistes ? Peut-être. Forts des récentes légitimations électorales, les activistes de Casa Pound sont toujours plus nombreux et répandus. L'opinion publique ne s'en alarme pas. Mais sommes-nous sûrs que ce ne sont que des gamins ? ).

 

                                                         [ * Allusion probable à une réaction de Salvini dont on parlera plus bas, à la suite d'un incident survenu à Côme impliquant des militants d'extrême-droite ]

 

L'auteur conclut qu'à un moment où toutes les idéologies progressistes sont mortes,où plus personne ne veut plus se dire de gauche, où le libéralisme triomphe sans être aimé, les jeunes Italiens, dont personne ne s'occupe dans un pays vieillissant, risquent de se tourner de plus en plus vers le fascisme.  

Andrea Rossi, Siamo tutti un po fascisti forse (Nous sommes tous un peu fascistes, peut-être). Revue Style

17 janvier 2018

https://style.corriere.it/top-class/siamo-tutti-un-po-fascisti-forse/?refresh_ce-cp

 

Pourtant les scores électoraux des mouvements néo-fascistes restent extrêmement faibles.

 

Bien entendu, Salvini , pour les élections, fait alliance avec Fratelli d'Italia (et avec Forza Italia). Mais Fratelli d'italia,  parti, considéré comme "post-fasciste" est depuis longtemps entré dans la catégorie des partis de gouvernement sous son précédent nom, Alleanza nazionale.  

 

On voit assez bien ce qui sépare la vision des extrémistes de la vision de la Ligue : les fascistes plus ou moins déclarés insistent sur l’Italie avant de parler des Italiens. La Ligue nouvelle manière se contente de dire « Les Italiens d’abord ». Elle prétend (à tort ou à raison) améliorer la vie quotidienne des Italiens et ne parle pas de grandeur ou de destin historique, encore moins de sacrifice.  Préconisant généralement « moins d’Etat » (sauf en ce qui concerne la sécurité !), son positionnement est très éloigné des doctrines fascistes classiques.

Le fascisme groupusculaire et protestataire  n’a non plus aucune appétence, à la différence de la Ligue, pour le fédéralisme ou l’autonomie qui affaiblissent l'Etat. Quant au fascisme historique il était forcément hostile à tout particularisme régional (à l'instar du Jacobinisme français, d'ailleurs).

On pourrait aussi dire que la Ligue reste souvent au niveau le plus pragmatique de la vie politique, comme en témoigne le slogan, bien peu fasciste, de la Ligue inscrit derrière l’estrade lors du rassemblement de la victoire à Pontida, après les élections de 2018 et la formation du gouvernement : "Il buonsenso al governo", le bon sens au gouvernement.

 

 

 voir en annexe :  L'héritage fasciste en Italie.

 

 

 

  LA LIGUE ET LE NORD, UNE HISTOIRE QUI CONTINUE

 

 

 

 

On admet volontiers que Salvini a changé la Ligue, qu’il a abandonné le positionnement autonomiste « nordiste » pour une sorte de souverainisme italien, ce qui lui a permis de recueillir des votes  au centre de l’Italie et dans le Sud et les îles (Sicile, Sardaigne), régions qui n’avaient aucune raison de voter pour la Ligue du Nord.

Si on y regarde de plus près, la Ligue de Salvini  n’a pas abandonné le positionnement autonomiste. Sans doute Salvini s’y investit moins que Bossi.

Mais il soutient les initiatives en 2017, du président de la région Vénétie, Luca Zaia, et du président de la région Lombardie, Maroni, tous deux membres de la Ligue, qui organisent des referendums locaux pour savoir si les habitants veulent plus d’autonomie.

 

Luca Zaia, considéré comme un dirigeant efficace de la région Veneto, et qui est proche de Salvini, présente l’autonomie, avec prudence, comme une étape sur le chemin de l’indépendance*.

Il déclare :

Nous espérons que notre referendum sera la réponse unanime des Vénètes au plébiscite de 1866 (de rattachement au royaume d'Italie, contesté par les "vénétistes") et que les Vénètes voteront massivement pour l'autonomie et leur volonté génétique d'autodétermination."

Quant à Salvini, il déclare : " Je suis fier d'être le secrétaire de la Ligue qui a comme ADN l'autonomie et le fédéralisme. Quiconque veut s'allier avec nous sait que l'Italie ne peut rester unie (il utilise le mot insieme, ensemble) que si elle reconnaît sa diversité." http://www.veronasera.it/politica/referendum-data-indipendenza-veneto-zaia-salvini-lega-nord-21-aprile-2017-.html

 Pour Salvini, l'autonomie est bonne pour tourt le monde, même pour le Sud.

 

 

                                                                                                                           * En 2013, une consultation par internet avait donné  89% en faveur de l’indépendance du Veneto et les organisateurs, calculant que 89% auraient donné environ 56% en consultation réelle, avaient proclamé depuis le balcon d’un palais de Trévise, l’indépendance de la Vénétie « au nom de Saint Marc, de la démocratie  et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Zaia avait alors dit qu’il avait voté oui, mais que ce referendum n’avait qu’une valeur indicative et qu’il allait commencer à négocier avec Rome pour concrétiser les souhaits des Vénètes. Lors de la même consultation, les internautes avaient indiqué, avec plus de 50% des voix, être favorables à l'adhésion d'un état vénitien indépendant à l'Union européenne, à l'euro, et avec plus de 60 % des voix, à l'OTAN.

 

S'agissant de Luca Zaia, il avait souhaité en 2009 plus de place pour les cultures régionales sur les programmes de la RAI, suscitant l'incompréhension et les moqueries des milieux du spectacle et des médias.

La langue vénète est "protégée" par une loi du  Conseil régional du Veneto en 2007 (sous la présidence du prédécesseur de Zaia, le berlusconien Giancarlo Galan), sans avoir de statut de langue officielle (LEGGE REGIONALE  n. 8 del 13 aprile 2007, Tutela, valorizzazione e promozione del patrimonio linguistico e culturale veneto, .https://bur.regione.veneto.it/BurvServices/pubblica/DettaglioLegge.aspx?id=196722 )

                          

 

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Luca Zaia, président de la Région Vénétie (Regione del Veneto ou plus simplement Regione Veneto ) et Matteo Salvini (fidèle à son style décontracté - on espère que les tâches sur son polo vert sont des gouttes de pluie  !) lors de la campagne pour le référendum sur l'autonomie du Veneto d'octobre 2017. Le logo sur l'affiche  porte le drapeau au lion de Saint Marc et le slogan "Autonomia subito" - autonomie tout de suite.

https://www.liberoquotidiano.it/news/politica/13266062/luca-zaia-governatore-veneto-viminale-chiede-soldi-polizia-regioni-voto.html

 

 

Le oui au referendum, qui a lieu le même jour le 22 octobre 2017 dans les deux régions,  est massif (98% en Vénétie, 95% en Lombardie); la participation aatteint 57 % en Vénétie mais 35% en Lombardie. Le referendum est surtout une déclaration d’intentions qui appelle des initiatives ultérieures. En Vénétie, tous les partis politiques avaient appelé au « oui » sauf le parti héritier du parti communiste.

 

 

 

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Luca Zaia, président de la Région Vénétie, devant le lion de Saint Marc.

La Lega vola: Luca Zaia è il governatore più amato d'Italia

(La Ligue d'envole. Luca Zaia est le dirigeant régional le plus aimé d'Italie). Il Populista, 21 3 2018

http://www.ilpopulista.it/news/21-Marzo-2018/24614/la-lega-vola-luca-zaia-e-il-governatore-piu-amato-d-italia.html

 

 

 

BATAILLES POUR UN DRAPEAU

 

 

 

Il est intéressant de savoir que la Regione Veneto avait décidé, par une loi régionale de septembre 2017 de rendre obligatoire le déploiement de la bannière vénitienne (un drapeau d'allure médiévale avec ses pennons, représentant le lion de Saint Marc ) sur tous les immeubles et bateaux appartenant à des organismes publics, y compris ceux de l'Etat comme la préfecture, sous peine d'amende.

Le 4 octobre 2018, la cour constitutionnelle, qui avait été saisie par le précédent gouvernement italien,  a déclaré la disposition illégale en ce qui concerne les immeubles de l'Etat, car empiétant sur les droits de l'Etat italien. *

Luca Zaia a déclaré cette décision inacceptable, soulignant l'offense à un drapeau vieux de plus de 1100 ans, et qu'une autre loi similaire allait être prise, faisant confiance au nouveau gouvernement pour ne pas s'y opposer.

  

                                                                                                                                   *  Ce n’est pas la première fois que la Région défie le gouvernement central sur la question du drapeau vénitien. En 1997, quelques jours avant le 200ème anniversaire de la fin de la république de Venise, un groupe de militants séparatistes armés s’empare du Campanile de Venise et y fait flotter le drapeau vénitien en invoquant que la république de Venise existe toujours en droit. Ils seront arrêtés et certains seront condamnés à des peines sévères pour insurrection armée, même s’il n’y a eu aucune effusion de sang,

 Le ministre de l’intérieur, le communiste refondateur, Napoletano (qui sera ensuite un respecté président de la république) remet alors en vigueur une loi datant (semble-t-il) de l’époque du fascisme (!) qui interdit de hisser le drapeau vénitien dans l’espace public. Dès que les événements se sont un peu apaisés, le Conseil régional, présidé par le Berlusconien Giancarlo Galan  vote en 1998 une loi régionale qui rend obligatoire de hisser le drapeau vénitien sur tous les bâtiments publics appartenant à la Région, aux provinces et communes du Veneto

Quant aux "sérénissimes" comme on appellera les militants arrêtés (du nom de leur groupuscule) ils effectueront des peines de prison jusqu'à six ans, malgré les multiples interventions en leur faveur, dont celle du ministre de la justice Castelli, appartenant à la Ligue  (qui dira : "ils n'ont fait de mal à personne"), mais le président de la république refusera sa grâce. En 2011 la Cour de cassation annullera plusieurs des accusations contre eux. Bien que les "sérénissimes" n'aient pas été membres de la Ligue ou des autres partis nationalistes vénétistes, ceux-ci les considéreront comme des patriotes (vénètes, évidemment) injustement condamnés (l'un d'entre eux est mort à peine sorti de prison et on a mis en cause ses conditions de détention).

 

 

 

Un conseiller régional de la Ligue a récemment déposé une proposition de loi régionale qui prévoit d’offrir à chaque nouveau-né dans le Veneto un drapeau vénitien, une mesure qu'un maire d'une ville du Veneto a déjà mise en application. Le coût annuel est estimé à 50 000 euros (Veneto, 50mila euro per regalare ai neonati la bandiera di San Marco https://www.repubblica.it/cronaca/2018/09/21/news/il_vessillo_di_san_marco_ai_nuovi_nati_-206990631/.)

 

 

 

 

 

LA CAMPAGNE POUR LES ÉLECTIONS DE 2018

 

 

 

La tension augmente à mesure que la campagne pour les élections de mars 2018, dites en Italie "politicche" (on vote le même jour pour les députés et les sénateurs) entre dans sa phase finale.

Salvini, s'il réaffirme que "l'ADN" de la Ligue est autonomiste et fédéraliste, n'hésite pas non plus à donner des signes d'approbation - ou de compréhension - vers des tendances extrémistes de l'opinion.

 

 Le 28 novembre 2017, un groupe de skinheads envahit le local dune association d'aide aux migrants de Côme (Province de Côme, limitrophe de la Suisse, en région Lombardie), et lit une déclaration, sans violence physique toutefois..

Cette intervention musclée choque une partie de l'opinion, mais laisse indifférente une autre partie ou même suscite son approbation.

Une militante déclare :

" Ma le persone che hanno subito questa incursione sono rimaste stupite dal clima di indifferenza con cui l’episodio è stato accolto in città: Dall’amministrazione comunale non ci ha contattato nessuno – spiega Annamaria – e in rete si leggono commenti di critica a noi, gente che plaude all’iniziativa di Veneto Fronte Skinheads e invoca la democrazia. Ci siamo sentiti dire che dobbiamo essere democratici e accettare le posizioni di tutti. Ma non c’è niente di democratico in quello che abbiamo subito. Non c’è niente di più lontano dalla democrazia” .

( Les personnes qui ont subi cette incursion sont restées aterrées du climat d'indifférence avec laquelle on a accueilli l'incident dans la ville. Nous n'avons eu aucun signe de la municipalité, explique Annamaria, et sur les réseaux, on lit  des commentaires qui nous critiquent et qui applaudissent l'initiative du Front Skinheads du Veneto, et invoquent la démocratie. On s'est entendu dire qu'on devait faire preuve de démocratie et accepter les positions de tout le monde. Mais il n'y a rien de démocratique dans ce que nous avons subi, rien n'est plus loin de la démocratie).

 

https://www.ilfattoquotidiano.it/2017/11/29/blitz-skinheads-il-racconto-di-como-senza-frontiere-ci-hanno-accerchiato-e-stata-intimidazione/4009136/

 

Pourtant, le président leghiste de la Lombardie, Maroni, condamne le raid, mais Matteo Salvini réagit en déclarant que le danger, ce sont les migrants, et que Maroni devrait plutôt "faire son travail' (sans doute contre les migrants). Et peu après il écrit :.

"Per buonisti, sinistri e giornalisti il problema dell’Italia sono dieci ragazzi di destra che leggono un volantino. Per me invece il problema sono le migliaia di clandestini che picchiano, rubano, stuprano” .

(Pour le camp du bien, pour la gauche et les journalistes, le problème en Italie, ce sont dix jeunes de droite qui ont lu un tract. Pour moi, ce sont les milliers de clandestins qui  tabassent, volent et violent).

 

Cette réaction ne plait pas à Umberto Bossi qui déclare :

“Il mondo è pieno di matti. Quei voti la Lega non deve cercarli. Io sono di una famiglia di antifascisti, combattenti non chiacchieroni (...). La penso come Spinelli, che considerava lo Stato Nazione il male assoluto anche se qualcosa di buono lo ha fatto come contenitore della democrazia” .

(le monde est plein de fous. La Ligue ne devrait pas rechercher les votes de ces gens. Je suis d'une famille d'antifascistes, des combattants, pas des parleurs ... Je pense comme Spinelli*, qui considérait que  l'Etat-Nation est le mal absolu, même s'il a pu faire quelque chose de bien comme soutien de la démocratie)..

                                                                                                                                                        * [ Altiero Spinelli (1901-1986), d'abord militant communiste et antifasciste, détenu sur l'île de Ventotene à l'époque de Mussolini, il rompt avec le communisme et rédige clandestinement le manifeste de Ventotene pour une Europe unie (1941), dans lequel il considère l'existence des Etats-Nations comme la cause de la guerre mondiale;  après la guerre, devient député, théoricien du fédéralisme, considéré comme un des "pères" de l'Europe politique].

 

Ainsi, même pour condamner les skinheads, Bossi utilise une de ses formules paradoxales, qui critique du même coup l'Etat-Nation (il donne à l'expression le sens d'Etat unitaire qui nie les identités régionales sur son territoire, par opposition à un Etat fédéral).

 

 

 

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Umberto Bossi et Matteo Salvini. Photo prise à Vérone durant la manifestation de solidarité pour les indépendantistes vénétistes arrêtés, avril 2014. Les deux hommes portent au cou des foulards au motif du drapeau vénitien, qu'on voit aussi derrière eux.

Illustration d'un article de 2016, intitulé "Umberto Bossi è stanco di Salvini" (Umberto Bossi est fatigué de Salvini).

Il Post. Photo ANSA/FILIPPO VENEZIA

https://www.ilpost.it/2016/11/28/umberto-bossi-e-stanco-di-salvini/

 

 

 

Lors d’un congrès de la Ligue au début de 2018, Umberto Bossi, après avoir constaté que le mot « Nord » n’apparait plus sur le nouveau simbolo du parti (le logo qui figure sur les affiches et les bulletins de vote) s’en prend à Salvini :

« Sei un nazionalista fascista !» (tu es un nationaliste fasciste). Le senatur interprète donc l’abandon de la référence au Nord comme une adhésion au nationalisme italien - et pourquoi pas au fascisme !

Salvini répond : Je ne peux quand même pas aller à Tarente [dans le Sud] avec un logo marqué « Nord » ! Depuis trois ans nous travaillons pour étendre le fédéralisme au pays tout entier et nous approchons du but, il faut en tirer les conséquences [donc il n’y a plus lieu de faire référence à une action qui n’aurait concerné que le Nord].

Et Luca Zaia répond à Bossi : Umberto, i tempi sono cambiati, Umberto, les temps ont changé !

 

La campagne électorale est marquée par la fusillade de Macerata (région des Marches, Italie centrale) le 3 février 2018: après l’assassinat dans cette ville quelques  jours auparavant d’une jeune fille (violée, tuée et démembrée) par un dealer de drogue et demandeur d’asile, un ancien candidat local de la Ligue ouvre le feu sur des Africains, faisant 6 blessés, et se laisse arrêter, enveloppé dans le drapeau tricolore,  devant le monument aux morts de la ville, en criant des slogans xénophobes.

 

Cet ancien candidat de la Ligue a certainement un profil très différent des vieux militants nordistes; il illustre - malencontreusement - la nouvelle audience de la Ligue en dehors de son territoire de naissance.

 Salvini et plus généralement la droite condamnent la fusillade mais lui trouvent des circonstances atténuantes. Salvini  déclare que « la responsabilité morale de la fusillade incombe à ceux qui ont rempli le pays de réfugiés ».

Les députés de gauche lui reprochent d’attiser la haine et de provoquer à la guerre civile.

 

Les accusations de fascisme ou de collusion avec le fascisme se multiplient (en Italie et à l’étranger) à l’égard de la Ligue :

" La deriva neofascista della Lega di Salvini . Non è più la Lega di Bossi."  Dans la Ligue "souverainiste et lepéniste" [sic] de Salvini, on ne retouve plus la Ligue de Bossi, tonitruant mais inoffensif.

 https://www.democratica.com/opinioni/salvini-lega-macerata-fascisti/]

 On parle des "amici neri di Salvini" (les amis "noirs" de Salvini - en Italie et ailleurs, "noir" est la couleur de l'extrême-droite). On titre : Se non è fascismo, cos'è? (Si ce n'est pas du fascisme, qu'est-ce que c'est ? (Huffington Post, 12 février 2018 https://www.huffingtonpost.it/mario-giro/se-non-e-fascismo-cose_a_23358637/)

Salvini traite ces accusations par l’ironie. En février 2018 il dit :

Il y a en ce moment  autant de chances d’une prise de pouvoir par les fascistes que par les communistes ou par les extra-terrestres.

 

 

 

  

LA CONQUÊTE DU SUD ?

 

 

 

 

Pour les élections de mars 2018, sans abandonner comme on l’a vu, les « fondamentaux » autonomistes nordistes (pris en charge par ses proches comme Luca Zaia), Salvini a entrepris une opération séduction envers le centre et le sud de l’Italie, ainsi que les îles.

Capitalisant sur sa popularité personnelle, et se doutant que les sudistes se méfient de la Ligue, il lance un mouvement « frère » de la Ligue, intitulé Noi con Salvini, en sigle NcS (Nous avec Salvini) destiné à recueillir les votes sudistes sur un programme capable de rassembler un maximum d’électeurs mécontents de la situation du pays. Ce programme tient en quelques idées simples : lutte contre l’immigration clandestine (mais on devine que la méfiance s’étend à toute forme d’immigration), dénonciation des politiques européennes, programme de réduction de la fiscalité (flat tax : impôt non progressif), recours fréquent à la démocratie directe.

En parallèle,  l’appellation du parti historique est modifiée (pas seulement sur le simbolo) et devient simplement « La Ligue ». Mais rien n’est changé (pour le moment…) aux statuts officiels où elle est toujours la « Ligue du Nord pour l’indépendance de la Padanie ».

En parallèle, Salvini lance un mouvement intitulé Lega per Salvini Premier (Premier, en français, est, curieusement, en Italie, la façon de surnommer le président du conseil, sans doute inspirée par le Premier ministre français) mouvement qui  pourrait remplacer à la fois la Ligue et NcS (article Lega Nord, Wikipedia en anglais)

Lors de la campagne, Salvini n’oublie pas de rendre hommage aux identités régionales.Dans le Sud, il commence par s'excuser d'avoir autrefois commis qulques plaisanteries anti-sudistes

Mieux, en Sardaigne, il s’allie au vieux Parti sarde d’action (Partidu Sardu - Partito Sardo d'Azione - PSd'Az, autonomiste/indépendantiste) et pose avec le drapeau aux quatre têtes de Maure aux côtés des dirigeants du parti sarde *.

Son slogan de campagne  est « Prima gli Italiani » (d’abord les Italiens), mais en Sardaigne, c’est « Prima I Sardi » - d’abord les Sardes !

Prenant acte de l'alliance, le président du parti sarde, Christian Salinas, conclut son intervention en commun avec Salvini par la formule sarde traditionnelle : Fortza paris ! (en avant, ensemble)

 

 

                                                                                                                         * Il est intéressant de savoir que le Parti sarde d’action, fondé au début des années 20, fut interdit par Mussolini en 1925 (avec tous les partis politiques autres que le parti fasciste). L'un de ses fondateurs, Emilio Lussu, faillit être assassiné par des squadristi fascistes et tua l’un d’eux en se défendant. Interné par le régime mussolinien aux îles Lipari, comme beaucoup d’opposants, il s’en évada avec quelques compagnons et se réfugia en France. Emilio Lussu participa à la guerre d'Espagne avec les Républicains, puis à la résistance italienne. Il fut brièvement ministre après la chute du fascisme et fut élu député puis sénateur pendant de longues années, ayant choisi de militer au parti socialiste.

 

 

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Affiche électorale pour la campagne des législatives de 2018 annonçant la présence de Matteo Salvini à Cagliari (capitale de la Sardaigne) avec les logo Noi con Salvini, Salvini Premier et Stop invasione, le slogan "Prima i Sardi" et le drapeau sarde. Les spécialistes noteront que, probablement pour ne pas utilisr le drapeau officiel de la région, l'affiche utilise (comme d'ailleurs le Parti sarde d'action) un drapeau un peu différent du modèle officiel (le bandeau est sur les yeux des quatre Maures tandis qu'il est sur le front dans le modèle officiel).

La dominante bleue des afffiches de Salvini est en rupture avec la dominante verte qui était la marque de la Ligue de l'époque Bossi.

http://www.ansa.it/sardegna/notizie/2017/09/25/migranti-salvini-a-cagliari-25-novembre_db4319bc-282c-4e0b-84b8-35302c84b5d7.html

 

 

 

 Toutefois les scores de la Ligue (ou plutôt de son alter-ego sudiste NcS) resteront modestes dans le Sud et sans comparaison avec les résultats dans le Nord.

C'est encore en Sardaigne que la Ligue réalisera ses meilleurs résultats avec, dans certains cas, de 11% à 17% des voix.

(voir les cartes des résultats parti par parti à l'article Wikipedia it. Elezioni politiche italiane del 2018,  Galleria d'immagini   https://it.wikipedia.org/wiki/Elezioni_politiche_italiane_del_2018 où on constate que la Ligue et le Mouvement 5 Etoiles ont des résultats inversés selon  qu'on est dans le Nord ou dans le Sud.

 

 

 

LA LIGUE AU POUVOIR 

 

 

 

Comme on le sait, en vue des élections législatives de mars 2018, la Ligue (et son parti jumeau, NcS) forma une coalition de gouvernement (outre les alliances avec des petits partis comme le Parti sarde) avec deux autres mouvements importants : Forza Italia de Berlusconi et Fratelli d’Italia de Giorgia Meloni (parti « post-fasciste » héritier de l’Alliance nationale de Fini), et plusieurs petits partis de droite et du centre (Noi con l'Italia (NcI), réunissant des éléments provenant de Alternativa Popolare, de la Scelta Civica, de Cantiere Popolare, du Movimiento per le Autonomie, d'Identità e Azione - IDeA, unis avec l'Unione dei Democratici Cristiani e Democratici di Centro).  Chacun des membres de la coalition se présentait toutefois sous sa propre étiquette.

 

Les élections se déroulent sur un seul tour de scrutin, le 4 mars selon un système proportionnel mixte.

Au résultat des élections, la Ligue devançait ses partenaires de coalition.

Elle obtenait 17,35% des voix, Forza Italia 14%, Fratelli d'Italia, 4,35% et les autres membres de la coalition, Noi con l'Italia uni à l'Union démocrate-chrétienne, 1,30%, soit un total de 37% pour la coalition de centre-droit..

L’autre formation dite populiste, le Mouvement 5 Etoiles (5 Stelle) de Luca di Maio, arrivait premier avec 32, 68% des voix.

 

Au passage, on enregistrera que le premier sénateur noir à être élu en Italie, Toni Iwobi, d'origine nigériane, est élu de la Ligue, dont il est adhérent depuis 1993.

 

La coalition de centre-gauche arrivait à  22,86% avec en tête le Parti démocrate (Matteo Renzi) avec 18,76%.

La coalition de centre-droit n'arriva pas à trouver une majorité pour gouverner. La Ligue envisagea alors un gouvernement avec le Mouvement 5 Etoiles. 

Après diverses péripéties qui durèrent 89 jours, un gouvernement, surnommé governo del cambiamento, le gouvernement du changement, réunissant les deux partis populistes, présidé par une personnalité indépendante, le professeur d''économie Giuseppe Conte, fut nommé par le président de la République le 1er juin 2018. 

 

 

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 Au moment des tractations pour la formation du gouvernement après les élections de mars 2018, les membres de la coalition de centre-droit n'arrivent pas à réunir une majorité de gouvernement et se séparent : Giorgia Meloni, présidente de Fratelli d'Italia, Silvio Berlusconi, dirigeant de Forza Italia et Matteo Salvini.

 https://www.liberoquotidiano.it/news/politica/13339400/giorgia-meloni-appello-disperato-matteo-salvini-molla-luigi-di-maio-incarico-governo-centrodestra.html

 

 

Au gouvernement Conte, la Ligue a 5 ministres de plein  exercice, contre 8 au mouvement 5 Etoiles et 6 indépendants.

 Lors du vote d’investiture du gouvernement, la gauche et le centre-droit traditionnel (notamment Forza Italia, sauf quelques exceptions individuelles) ont voté contre le gouvernement.

Fratelli d’Italia, post-fasciste (qui faisait partie de la même coalition électorale que la Ligue), s’est abstenu et a indiqué qu’il voterait au cas par cas les projets du gouvernement, de même que les partis régionalistes/autonomistes Union valdôtaine, Parti du peuple sud-tyrolien et Parti autonomiste tyrolien-trentin.

La presse parle de gouvernement giallo e verde (jaune et vert, les couleurs des deux partis alliés) mais Salvini préfère giallo e blu (jaune et bleu), car, en rupture là encore avec la tradition de Bossi, il a promu dans ses affiches et les t-shirts des militants le bleu (probablement en référence au bleu des républicains américains).

 

  

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 Image de la continuité de l'Etat italien: le président du conseil des ministres sortant,  Paolo Gentiloni (à gauche)  remet à son succeseur Giuseppe Conte, la petite cloche (campanella) qui est le symbole de son autorité sur le conseil des ministres (1er juin 2018). Derrière, un tableau ancien représente le pape qui, selon les récits, aurait arrêté l'invasion d'Attila, illustrant la permanence de la culture italienne. Des peintures à sujet religieux peuvent décorer les locaux officiels de l'Etat italien sans gêner personne (ou presque!). 

 www.governo.it

 

 

 

PONTIDA 2018

 

 

 

 En France, après la formation du gouvernement Conte, Salvini est présenté comme un "ultra-nationaliste" (journal  Libération). Cette appellation semble complètement erronée car à aucun moment Salvini n'exprime des sentiments qui pourraient mériter cette étiquette.

 

Au rassemblement de Pontida du 1er juillet 2018, dans une ambiance exubérante, Salvini remercie ses éle cteurs.

Les journalistes remarquent les délégations venues de Reggio de Calabre ou d'Olbia en Sardaigne.

Les habituels drapeaux des régions du nord de l’Italie et de la Ligue (blancs avec le soleil des Alpes vert ou avec le logo bleu au guerrier), toujours aussi nombreux,  sont rejoints par des drapeaux de la Sardaigne aux quatre têtes de Maure ou de la Sicile. On voit même des drapeaux indépendantistes catalans avec l'étoile blanche.

Si Salvini est "ultra-nationaliste",  alors ce n'est pas un ultra-nationaliste italien car on ne voit pas de drapeau italien (soyons honnêtes : on en repère un tout petit, accroché à un autre drapeau blanc de la Ligue). 

 Salvini, dans son discours, dénombrera tous les drapeaux des régions et  dira qu'il voit aussi un drapeau russe (il s'est déclaré partisan de lever les sanctions contre la Russie, d'où sans doute la raison de la présence du drapeau russe) et un drapeau d'Israël.

 

 

 

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Drapeaux au rassemblement de Pontida, 1er juillet 2018. On voit les drapeaux de la Ligue (notamment le drapeau blanc avec le soleil des Alpes vert) des drapeaux vénitiens rouges et or, même un drapeau catalan, mais de drapeau italien, on n'en voit pas. D'autres panoramiques montrent des drapeaux d'autres régions dont les drapeaux "sudistes" de la Sardaigne (aux 4 têtes de Maure) ou de la Sicile. De nombreux militants portent  des tenues vertes emblématiques de la Ligue.

Capture d'écran You Tube

https://www.youtube.com/watch?v=T1WDIIo0cmQ

 

 

 

 

Des personnages costumés de façon extravagante sont toujours là, donnant des allures carnavalesques au rassemblement. Les chemises vertes sont rejointes par des t-shirts bleu, nouvelle couleur promue par Salvini.

A la tribune, avec les inscriptions " Il buonsenso al governo" et  "Prima gli italiani ",.les responsables se succèdent, dont les présidents des régions, accompagnés parfois de militants brandissant les drapeaux de leur région ou province, par exemple le Frioul et la ville de Trieste.

Umberto Bossi est absent pour la première fois depuis des décennies, comme Roberto Maroni..

Mais Luca Zaia, à la tribune, n’oublie pas les fondamentaux de la Ligue. Après que les militants en t-shirt rouge avec le lion de Saint Marrc aient déroulé un immense drapeau vénitien, il réclame l'autonomie tout de suite, maintenant ou jamais.

Le président de la région Ligurie, Giovanni Toti, déclare : nous sommes un peuple de jeunes, de femmes et d'hommes qui ont des histoires diverses, des parcours divers et même des drapeaux divers, mais en commun nous avons un rêve, celui de changer la cité que nous gouvernons et le pays.

Puis apparait  Salvini, en chemise blanche sur le pantalon, ovationné comme il se doit. Il déclare :

" Non è la Lega che è cambiata, è il mondo che è cambiato. Abbiamo capito che da soli non andavamo da nessuna parte. Per vincere occorreva unire l'Italia, come occorrerà unire l'Europa" (ce n'est pas la Ligue qui a changé, c'est le monde. Nous avons compris que seuls, nous n'allions nulle part. Pour vaincre, il fallait unir l'Italie, comme il faudra unir l'Europe). 

Il continue : Il faut maintenant une ligue des ligues européennes, pour regrouper tous les mouvements libres et souverains décidés à défendre les gens de chez eux et leurs frontières (la propria gente e i propri confini).

 

 

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Luca Zaia et les militants du Veneto sont venus avec un immense drapeau vénitien marqué Autonomia subito.

Capture d'écran You Tube

https://www.youtube.com/watch?v=T1WDIIo0cmQ

 

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Matteo Salvini à Pontida le 1er juillet 2018. Autour de lui, des gens plutôt jeunes ou très jeunes, en vêtements décontractés - et pas de chemises vertes...

Capture d'écran You Tube

https://www.youtube.com/watch?v=T1WDIIo0cmQ

 

 

 

Dans un coin de la foule, à l’emplacement traditionnellement réservé à ceux qui ont des messages à adresser aux dirigeants, un militant un peu solitaire avec un panneau Secessione portant un drapeau italien barré, rappelle les combats de l’ancienne Ligue pour le séparatisme des régions du Nord.

Un autre brandit la pancarte « Flat tax subito » (impôt non progressif tout de suite, une promesse du candidat Salvini) et un autre la pancarte « Salvini,  débarrasse-nous des migrants ».

 

Ce n'est pas un quelconque théoricien populiste et encore moins fasciste que cite Salvini, mais ... Walt Disney :

" Come diceva Walt Disney, "se puoi sognarlo puoi farlo". Siamo partiti per cambiare le nostre città e siamo arrivati al sogno di cambiare le nostre regioni in nome dell'autonomia. Ora possiamo cambiare il Paese, ma l'obiettivo è cambiare l'Europa" (comme disait Wat Disney, si tu peux le rêver, tu peux le faire. Nous étions partis pour changer notre ville et nous sommes arrivés à rêver de changer notre région au nom de l'autonomie. Maintenant nous pouvons changer le pays, mais l'objectif est de changer l'Europe).

Il cite aussi Simone Weil (la philosophe) qui insistait sur l'enracinement et rend hommage au professeur Miglio, théoricien du fédéralisme (mort il y a plusieurs années), dont les rêves vont se réaliser, et à Umberto Bossi le fondateur.

Dans une séquence "émotion", Salvini montre un chapelet que lui a donné un prêtre qui le tenait d'une pauvre femme, une Nigériane qui avait cru trouver une vie meilleure loin de chez elle. C'était une Nigériane, ç'aurait pu être une Italienne. La conclusion qu'il en tire, c'est qu'il faut tout faire pour que chacun puisse vivre dignement dans son pays, y travailer, se soigner, avoir des enfants,  "sans être déraciné et obligé de partir de l’autre côté du monde".

Il exprime enfin sa passion pour la diversité, entendue comme le respect des identités locales : diversité de l'Italie, diversité de l'Europe. A plusieurs reprises, il énumère les drapeaux historiques des régions italiennes qu'il voit dans la foule.

 

 

Un mois après, lors d'un autre rassemblement à Pontida, une jeune fille de 17 ans lui crie ::

Raciste, fasciste !

il lui répond : « Il manque nazi ! (manca nazista !). Je vous offre une bière, mais donnez-moi un baiser. 

Et il ajoute  pour les militants qui houspillaient la jeune fille : Elle a le droit d’être là. Montrons que nous savons  écouter ceux qui ne pensent pas comme nous !

 

 

 

 

 

 

 LE RESTE N'EST PAS ENCORE ÉCRIT

 

 

 

Nous n’entrerons pas dans les détails de l’action du gouvernement Conte jusqu’à présent.

 Même si la forte personnalité de Salvini semble dominer le gouvernement, celui-ci compte plus de ministres 5 Etoiles  que de ministres leghistes. L’autre composante de la coalition,qui est aussi le parti le plus important à la Chambre des députés,  a également ses propres priorités.

La question de l’immigration reste centrale, accentuée par de nouveaux faits divers sensationnels (une jeune fille de 16 ans a été violée et tuée en octobre 2018 par des migrants, mais on n’a pas du tout médiatisé ce fait divers en France…est-ce seulement parce qu’on n’est pas en Italie ?). C’est sur la question de l’immigration, en particulier,  que ses électeurs attendent la Lega.

Le programme économique et social de la coalition est aussi mis en action (la réforme contestée des retraites du gouvernement  Renzi a été annulée). En refusant l’austérité, en produisant un projet de budget en déséquilibre critiqué par l’Union européenne, le gouvernement a fait des choix qui vont dans le sens de ses promesses, même s’il faut forcément en rabattre.

Les spécialistes financiers prédisent déjà à l’Italie une catastrophe économique dans le genre de la Grèce pour avoir fait des choix populistes.

 

Salvini, à forces de provocations diront les uns, de détermination à appliquer ses promesses, diront les autres, notamment en ce qui concerne la question des migrants, a acquis  le soutien de 30% de la population selon les sondages (ce qui est beaucoup dans un pays où la vie politique est fragmentée en de nombreux partis obligés de s'allier pour gouverner).

Salvini affronte toujours les accusations de méthodes fascistes (par exemple par le ministre luxembourgeois Asselborn), nouvelle occasion d'afficher sa pugnacité en polémiquant avec ses contradicteurs.

 

Le gouvernement poursuit aussi les objectifs autonomistes figurant au programme de la Ligue : la ministre des affaires régionales et des autonomies, la leghiste et avocate Erika Stefani, a déclaré qu’elle  pensait pouvoir présenter le projet de loi sur l’autonomie de la Vénétie, de la Lombardie et de l’Emilie-Romagne avant la fin de l’année (notons que les médias italiens l’appellent « il ministro » au masculin – la féminisation des noms et encore moins l’écriture inclusive ne semblent pas avoir de succès de l’autre côté des Alpes…).

 

L'article très documenté Wikipedia en anglais sur la Lega Nord, indique, après les élections de 2018 :

" However, under Salvini, the League has reached its highest popularity, both in the North and the rest of Italy. Furthermore, in northern regions the party still has a strong autonomist outlook, especially in Veneto where Venetian nationalism is stronger than ever. Finally, the League maintains its power base in the North, where it gets by far most of its support."

(Quoi qu'il en soit, la Ligue, sous Salvini, a atteint sa plus haute popularité, à la fois dans le Nord et le reste de l'Italie. Plus encore, dans les régions du Nord, le parti a toujours une forte identité autonomiste, particulièrement dans le Veneto où le nationalisme vénitien est plus fort que jamais. Finalement, la Ligue maintient la base de son pouvoir dans le Nord, où elle trouve de loin la plus grande partie de ses soutiens).

 

Le même article indique les régions qui sont gérées par la Ligue :

- Lombardie, 10 millions d'habitants, président Attilio Fontana (qui a succédé au leghiste Maroni en 2018)

- Vénétie, 4, 9 millions d'habitants, président Luca Zaia

- Frioul-Vénétie julienne, 1, 2 millions d'habitants, président Massimiliano Fedriga

- Val d'Aoste, 127 000 habitants , présidente Nicoletta Spelgatti (coalition avec des partis de centre-droit)

- Province autonome* :  Trentin, 539 000 inhabitants, président Maurizio Fugatti

                                                                                           * Dans la région Trentin-Haut-Adige, ce sont les deux provinces du Trentin et du Haut-Adige (Sud-Tyrol) qui reçoivent l'essentiel des pouvoirs autonomes. Le rôle de l'Etat italien est très réduit et la région a peu de pouvoirs propres par rapport aux deux provinces.

 

Enfin, l’alliance de la Ligue avec le Parti sarde d’action tient bon et les deux partis ont formé un groupe commun au Sénat, intitulé  " Lega-Salvini Premier - Partito Sardo d’Azione", donnant  au modeste parti sarde une notoriété nationale dont il n’aurait jamais rêvé  (L’abbraccio tra leghisti e sardisti: in Parlamento il gruppo Lega-Salvini-Psd’Az http://www.castedduonline.it/lega-salvini-psdaz/)

 

 

.

A la chambre des députés, la Ligue forme le  groupe " Lega-Salvini Premier" avec 125 députés (contre 104 à Forza Italia et 32 à Fratelli d'Italia, ses anciens partenaires; le Mouvement 5 Etoiles en a  221.

Un trait évident est la personnalisation de la Ligue, perceptible avec le nom des groupes : la personne de Salvini domine le parti. Une caractéristique du populisme pour  certains. Mais à la personnalisation du nom du parti près, est-ce qu'en France, le parti anti-populiste par excellence ne présente pas la même caractéristique ?  Salvini, lui, n'a pas fondé la ligue, il l'a reprise et en a modifié certaines orientations.  

 

Que deviendra la Ligue ?

Apparemment, elle comporte toujours dans ses statuts l'indépendance de la Padanie, devenue un objectif bien démodé aujourd'hui.

Mais que deviendont ceux des militants qui, en 2016 encore, affichaient à Pontida une grande banderole (striscione) : "Secessione - Italia di merda" (traduction inutile !).

Certes, "les temps ont changé", comme le répètent les dirigeants actuels de la Ligue, mais ces militants sécessionistes ne se reconnaissent peut-être pas dans l'Italie des régions rêvée et prônée par Salvini. Si, une fois de plus, la perspective d'une Italie fédérale s'éloigne, ils reprendront leur liberté d'action.

 

 

 

 

CONCLUSION

 

 

 

Ce regard sur un aspect du populisme italien s’achève ici. Nous avons préféré nous concentrer sur la Ligue.

 

Celle-ci doit sembler bien loin des préoccupations  du Français « de base » pour qui les revendications régionalistes (ou indépendantistes, ou autonomistes) n’existent pas. En France, il suffit d'évoquer les revendications des séparatstes d'autres pays pour susciter généralement des sarcasmes, y compris dans des journaux prétendûment sérieux, qui traitent par l'ironie et la désinvolture des manifestations qui réunissent pourtant une partie importante de l'opinion dans ces pays .

Le mépris (sous couvert de sociologie) des revendications de la Ligue (de l'époque Bossi) ressort du livre déjà cité plus haut,  publié par la Maison des sciences humaines en 2007, L'idiotie en politique Subversion et néo-populisme en Italie, de Lynda Dematteo. Au-delà de l'analyse des formes parfois burlesques que prend (prenait ?) l'action de la Ligue de Bossi, on y considére largement ses revendications "nationales" comme artificielles et sans fondement, tandis qu'on souligne son fond raciste et xénophobe (en fait la Ligue considère que les cultures différentes ne peuvent vivre ensemble harmonieusement).*

On peut en dire autant du correspondant en Italie du journal Le Monde il y a quelques années, présentant les nationalistes vénètes comme un groupuscule de conspirateurs branquignols.

Or comme on l'a vu, les sondages et les élections montrent que le nationalisme "nordiste" et particulièrement vénète, n'est pas une opinion marginale mais partagée par des secteurs importants de la population, voire majoritaires.

                                                                                                                                                                                          

                                                                                                                                                                                  * Cette étude sociologique défend - notamment -  la thèse que la Ligue, et en premier lieu Bossi, utilise une forme de balourdise et de vulgarité typiques de certaines régions alpines pour dénigrer le monde politique italien. Mais la conséquence est que les hommes politiques de la Ligue en restent à cette attitude de "cancres" qui se moquent du professeur et sont incapables de devenir de vrais administrateurs. L'observation de l'auteur date au mieux du début des années 2000. Depuis, la Ligue a géré des villes importantes, des provinces et des régions de manière satisfaisante, ses candidats étant fréquemment réélus à leur poste.Quant au racisme de la Ligue, qu'aurait pensé l'auteur du fait que le premier sénateur noir d'Italie élu en 2018 est membre de la Ligue, sinon d'évoquer une astuce pour se dédouaner ?

 

 

La Ligue, même dans sa  version Salvini, reste très marquée par ces revendications qui sont très présentes chez ses électeurs du Nord. Pour beaucoup d’entre eux, l’arrivée au pouvoir de la Ligue comme une des deux composantes du gouvernement doit permettre de mettre en place les statuts d’autonomie notamment en Lombardie et Vénétie. Et si la Ligue a changé avec Salvini, c’est en partie parce que les changements institutionnels réclamés au départ par ses électeurs du Nord pourraient s’étendre à toute l’Italie, qui prendrait la forme d’un Etat fédéral.

 

Mais peut-on vraiment présenter la Ligue – aussi bien l’ancienne que l’actuelle - comme un mouvement entièrement « populiste » et protestataire, sachant que depuis 1994 elle a participé aux gouvernements de centre-droite, qu’elle dirige depuis plusieurs années, et de façon jugée, semble-t-il, satisfaisante, plusieurs régions dont la plus importante région économique de l’Italie et la plus peuplée, la Lombardie (près de 10 millions d’habitants) ?

 

Nous n’avons pas abordé le Mouvement 5 Etoiles (M5S). Rappelons que c’est lui qui est arrivé premier aux élections de mars 2018.

Selon le politologue Luca Manucc, « Les grandes formations qui gouvernent l’Italie depuis vingt ans sont responsables d’une croissance atone, d’un chômage élevé (surtout chez les jeunes) et d’une dette publique incontrôlée. Combiné à des scandales de corruption en série liés à l’omniprésence de la Mafia, ce bilan calamiteux a réduit en miettes la confiance de la population à l’égard de ses dirigeants. Le M5S est donc perçu par beaucoup comme une échappatoire, une promesse de revanche sur un appareil politique assimilé à une caste uniquement soucieuse de ses privilèges. »  (En Italie, ni droite ni gauche... ni centre », Le Monde diplomatique,‎ 1er avril 2018, cité par l’article Wikipedia, Elections italiennes de mars 2018).

 

Le Mouvement 5 Etoiles, aujourd'hui dirigé par Luca Di Maio, a été fondé comme "association libre de citoyens" en 2009 à Gênes par Beppe Grillo et Gianroberto Casaleggio, à partir du groupe des "amis de Beppe Grillo" et du blog de ce dernier, ancien acteur et présentateur devenu un critique féroce de la société et des institutions.

Les cinq étoiles symbolisent : l'eau publique, les transports « durables », le développement, la connectivité et l'environnement.

Implanté au Centre et surtout au Sud, on le classe plus « à gauche » que la Ligue, avec des préoccupations plus clairement sociales ; il est un peu moins axé sur la lutte contre l’immigration (mais il n’encourage pas non plus l’immigration) et il est plutôt méfiant envers le fédéralisme. Les 5 Etoiles ont déjà émis des réserves quant à la création d’un Etat fédéral qui n’assurerait plus la redistribution des richesses et laisserait chaque Etat fédéré se débrouiller avec ses ressources propres.

 

Salvini a assuré que la Ligue était au pouvoir pour trente ans. Compte-tenu des caractéristiques de la vie politique italienne, marquée par l’existence d’un grand nombre de partis qui modifient fréquemment leurs alliances pour peser sur les décisions ou améliorer leurs chances de participer aux affaires, on peut douter de cette pérennité.

Mais la conjoncture politique actuelle permettra peut-être d’engranger des évolutions sur lesquelles on ne reviendra pas, comme l’autonomie de certaines régions.

 

Ce qui ne sera pas une révolution, car après tout, la Sardaigne, la Sicile, le Trentin-Haut-Adige, la Vallée d'Aoste et le Frioul-Vénétie julienne ont déjà un statut d’autonomie.

 

 

 

 

 

 

ANNEXE

L’HÉRITAGE FASCISTE EN ITALIE

 

 

 

 

 

Est-ce que le fascisme historique ou les mouvements qui, aujourd’hui, se réclament plus ou moins de lui en Italie, présentent les caractéristiques du populisme ? Le fascisme a certains aspects populistes, mais si on considère que le populisme est la tendance des gens ordinaires à refuser que d’autres prennent à leur place les décisions qui engagent leur existence, alors le fascisme n’a rien de populiste et au contraire pousse jusqu’à l’extrême l’idée que les dirigeants ont tous les pouvoirs et les dirigés aucun.

 

Le fascisme revendiqué plus ou moins occupe encore une place dans la vie politique italienne soit par des partis traditionnels, soit par des mouvements contestataires. Bien que la loi italienne interdise de reconstituer le parti fasciste et de faire l’apologie du fascisme, ces partis ou groupes  sont assez habiles pour ne pas contrevenir ouvertement à la loi – qui n’est peut-être pas appliquée très rigoureusement, il est vrai.* 

                                                                                                                                                          * Dans les années 70, il y eut une tentative de faire interdire le MSI pour reconstitution du parti fasciste, mais la chambre des députés, qui avait voté pour saisir la justice,  ne donna finalement pas suite.

 

 Doit-on considérer comme fasciste ou au moins néo-fasciste le parti Fratelli d’Italia, successeur de l’Alleanza nazionale de Gianfranco Fini, elle-même ayant succédé au MSI de Giorgio Almirante ? Ce parti est souvent désigné comme post-fasciste.

Mais il a participé à presque tous les gouvernements de centre-droit depuis 1995 (avec des postes de vice-président du conseil comme Fini, des ministères importants comme la défense); c'est plus un parti de gouvernement conservateur-libéral qu’un parti populiste.

En 1996, après sa libéralisation réussie par Fini, l'Alleanza Nazionale  était le 3ème parti italien mais il est bien retombé depuis.

Quant à son ascendance fasciste, elle  réside sans doute dans des formules comme celle de l'actuelle présidente du parti, la dynamique  Giorgia Meloni : nous ne sommes ni fascistes ni antifascistes.  

 

Il est amusant de savoir qu’en 2008, on parla de donner à une rue le nom de Giorgio Almirante (un homme qui malgré ses idées avait pu susciter de la sympathie personnelle dans beaucoup de partis, comme on le vit à ses obsèques où même des communistes étaient présents).

A l’époque, Fini, qui avait été le dauphin d’Almirante, était président de la chambre des députés (ce qui indique que le parti avait vraiment réussi à se rendre respectable) et il se déclara opposé à la mesure, car les valeurs de G. Almirante n’étaient pas compatibles avec l’Italie actuelle.

En 2015, l’idée de donner le nom d’Almirante à une rue de Rome refit surface et la municipalité de tendance 5 Etoiles vota la décision avant que la maire de Rome,Virginia Raggi,  l’annule devant les réactions, prétendant n’être pour rien dans cette proposition …

 

 

 

 

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 Un selfie en amoureux ?

Matteo Salvini et Giorgia Meloni, présidente du parti Fratelli d'Italia, au moment de leur entente pour les élections de 2018.

 http://www.affaritaliani.it/politica/centrodestra-addio-meloni-rompe-con-salvini-fdi-in-piazza-contro-il-governo-552447.html

 

 

Les membres du MSI qui ont refusé le tournant vers la démocratie libérale de Fini ont formé le Mouvement social - Flamme tricolore, qui essaye de survivre, entre adhésion  un moment à la Maison des Libertés lancée par Berlusconi et action commune avec d'autres petits partis de droite extrême.

Pendant quelque temps a existé le petit parti Azione sociale, formé par Alessandra Mussolini, petite-fille du Duce (et nièce de Sophia Loren), qui joue sur l’héritage familial..

Alessandra Mussolini, dont le père, troisième fils du Duce, était musicien de jazz, a commencé une carrière d'artiste. Elle est apparue en 1977 (à 15 ans) dans le film d'Ettore Scola, Une journée particulière (qui prend pour cadre le jour de la visite de Hitler à Mussolini en 1938 !), aux côtés de sa tante Sophia Loren et de Marcello Mastroianni,  et elle fit sensation en posant dans la version italienne de Playboy au début des années 80.

 Engagée en politique, elle appartenait à l'Alleanza nazionale qu'elle quitta en 2003, lorsque son président, Gianfranco Fini, à ce moment vice-président du conseil italien, lors d'une visite au monument de l'Holocauste en Israël, parla du racisme des Nazis et de Mussolini comme du "mal absolu du 20ème siècle" (la formule fut interprétée plus largement comme visant toute l'idéologie et la période du fascisme). Alessandra Mussolini fonda alors Azione sociale puis fut par la suite élue députée dans le cadre de l'alliance de Berlusconi Il Popolo della Libertà, puis sénatrice et députée européenne de Forza Italia. Elle a quitté ce parti après les élections de 2018 en lui reprochant de ne pas soutenir le gouvernement de Giuseppe Conte.

Ces partis néo-fascistes parlementaires font des scores extrêmement modestes.

 

Il existe en Italie divers mouvements radicaux de droite révolutionnaire qui se réclament du fascisme comme  Forza Nuova, et Casa Pound.

Casa Pound a été fondé en 2003. Le nom  se réfère à un bâtiment inoccupé squatté par des jeunes extrémistes à Rome et rebaptisé Casa Pound en l'honneur de l’écrivain américain Ezra Pound, partisan historique du fascisme. Le parti préconise un programme social et dénonce en particulier les difficultés de logement des Italiens, surtout des jeunes. Il veut  séduire la jeunesse en rébellion contre  l’establishment en proposant une sorte de syncrétisme révolutionnaire où trouvent place des figures de l’extrême-gauche comme Che Guevara, ou en organisant des colloques ouverts à certains anti-capitalistes de gauche.

Le mouvement se présente comme incarnant  "le fascisme du 3ème millénaire".

Casa Pound a présenté des candidats aux dernières élections de 2018 et a réalisé un clip électoral où son dirigeant, Simone Di Stefano, dénonce le programme  des autres candidats, renversant à chaque fois leur effigie en carton (le Démocrate (centre-gauche) Matteo Renzi, le dirigeant 5 Etoiles Luca Di Maio,  mais aussi le trio formé de Salvini, Giorgia Meloni et Berlusconi, alliés dans la coalition de centre-droit) ainsi que le symbole de  l’euro. Puis le clip montre le dirigeant du parti, dans le décor impressionnant du Cimetière militaire de Redipuglia (construit à l'époque du fascisme pour honorer les morts de la première guerre mondiale). Il veut une Italie libre et forte, qui ne se laisse pas dicter ses priorités par des organismes internationaux, où  les IItaliens puissent vivre, avoir un travail, un toit, élever leurs enfants. Ajourd'hui l'Italie, vieille de 3000 ans de civilisation, est en péril. C'est aux électeurs de prendre en main leur futur.

Le pourcentage de voix recueilli fut de 0,95%.        

On observera, malgré la tonalite emphatique du décor et du propos, les objectifs que se donne le parti, très proches des préoccupations quotidiennes des gens (un travail, un toit, l'avenir des enfants). 

 

 

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 Le dirigeant de Casa Pound, Simone Di Stefano, au Cimetière militaire de Redipuglia (région du Frioul-Vénétie julienne).

On appréciera la différence de style entre la solennité du néo-fascisme revendiqué et le style people du selfie Salvini-Meloni reproduit plus haut !

Clip électoral 2018. Capture d'écran You Tube.

 https://www.youtube.com/watch?v=1DFrGmZbzVo