QUE DE ROYAUMES NOUS IGNORONS : DANEMARK, GROENLAND, FÉROÉ

 

 

 

 

 

 

Que de royaumes nous ignorons et que de royaumes nous ignorent.

On connait cette formule célèbre de Pascal. On peut la prendre pour guide dans l'attitude de beaucoup (la plupart ?) de Français à l'égard des institutions et des traditions d'autres pays, pourtant pas si éloignés d'eux.

Evidemment, la formule vaut dans l'autre sens, et beaucoup de choses importantes pour les Français n'intéressent pas grand monde hors de la France.

Un événement récent nous servira de fil conducteur : le 50 ème anniversaire du prince héritier du Danemark, qui a été fêté le 26 mai 2018.

Cet événement est passé inaperçu en France (ce qui en soi  n'a rien d'étonnant).

Il nous permettra d'illustrer certaines opinions qu'on peut avoir sur la supériorité ou l'infériorité des monarchies par rapport aux républiques (et particulièrement à la république française) et aussi de  revenir sur les questions des identités régionales et des aspirations à l'indépendance de certains territoires, questions qui, comme le lecteur s'en est aperçu sans doute, nous intéressent particulièrement.

 

 

 

 

 

L'ANNVERSAIRE DU PRINCE FREDERIK DE DANEMARK

 

 

 

Le prince Frederik et sa femme la princesse Mary.

Capture d'écran You Tube.

https://www.youtube.com/watch?v=p-982r2mH20

 

 

Le 26 mai 2018, le prince héritier Frederik (Kronprins Frederik en danois) célébrait son 50 ème anniversaire.

Pour donnner une idée des festivités, nous suivons un reportage qu'on trouve (parmi d'autres consacrés à ce sujet) sur You Tube, titré en anglais : Crown Prince Frederik celebrates his 50th birthday at Christiansborg Castle, 26 mai 2018 (le prince héritier - ou prince royal - Frederik célèbre son 50 ème anniversaire au château de Christiansborg). Nous avons utiisé des captures d'écran de ce reportage réalisé par  DK PH ( https://www.youtube.com/watch?v=p-982r2mH20 )

J'espère que l'auteur du reportage n'y trouvera pas d'inconvénient et je supprimerai les images  à la première demande. 

Le prince Frederik est le fils aîné de la reine Margrethe II du Danemark et de son mari, prince consort, décédé au début de l'année 2018, le comte français Henri de Monpezat, devenu prince Henrik après son mariage en 1967 avec la princesse Margrethe, alors héritière du trône.

Le couple a eu un second enfant, le prince Joachim.

Le prince Frederik s'est marié en 2004 avec une australienne, Mary Donaldson, devenue princesse Mary; le couple a 3 enfants.

 

 

 

 

 L'escorte de cavalerie précédant la calèche dans les rues de Copenhague.

https://www.youtube.com/watch?v=p-982r2mH20

 

 Le 50ème anniversaire du prince a été marqué par divers événements : le reportage le montre apparaissant au balcon du palais royal, applaudi par une foule considérable.

Mais nous allons surtout retenir le dîner de gala donné en son honneur par la reine, en présence de nombreux invités de marque.

Le reportage nous montre d'abord le prince Frederik et la princesse Mary, en calèche, quittant leur résidence pour le palais de Christiansborg. La calèche est entourée par une escorte de cavaliers en uniforme bleu et dolman rouge. Une foule bon enfant les acclame sur leur passage.

La famille royale est populaire au Danemark, où elle recueille 80 à 90% d'opinions favorables dans les sondages.

Le prince et sa femme arrivent au château de Christiansborg. Situé sur l'île de Slotsholmen au centre de Copenhague, le château est surnommé « Borgen » (« Le Château » tout court, d'où le titre d'une série télé danoise, Borgen, une femme au pouvoir diffusée entre 2010 et 2013, présentant la vie publique et privée d'une femme Premier ministre); c'est  le siège du Parlement danois, le Folketing, du ministère d'État (bureau du Premier ministre) et de la Cour suprême, et aussi le lieu où le monarque donne ses réceptions officielles.

 

 

 

 

DÎNER DE GALA AU CHÂTEAU DE CHRISTIANSBORG

 

 

 

 La reine Margrethe II du Danemark lors de la réception en l'honneur des 50 ans du prince Frederik.

https://www.youtube.com/watch?v=p-982r2mH20

 

 

Le prince et la princesse  sont accueillis par la reine Margrethe, qui ensuite, installée dans un salon avec son fils et sa belle-fille (la reine, âgée de 78 ans, est assise et les princes debout), va recevoir les invités au fur et à mesure de leur arrivée.

 

Il est intéressant de s'attarder sur ces invités. Tout d'abord on trouve les principaux responsables, actuels ou passés, du pays :

- l'actuel premier ministre (depuis 2015) Lars Løkke Rasmussen,  président du Parti libéral (déjà premier ministre de 2009 à 2011). Le parti libéral (centre-droit) est curieusement appelé au Danemark Venstre Danmarks Liberale Parti, ce qui signifie.. ."la gauche, parti libéral du Danemark", souvenir de débuts plus progressistes pour un parti qui gouverrne avec le soutien de la droite et des populistes-nationalistes du parti populaire danois.

- son prédecesseur immédiat (il n'y a pas de féminin à ce mot), Helle Thorning-Schmidt, première femme à être nommée première ministre du Danemark de 2011 à  2015, au titre du parti social-démocrate.

On remarquait aussi, son habit de soirée constellé de décorations, Anders Fogh Rasmussen, premier ministre libéral de 2001 à 2009, date de sa nomination comme secrétaire général de l'OTAN, .

Rasmunssen est un nom fréquent au Danemark et sur l 'espace de 25 ans, on a compté trois premiers ministres de ce nom, apparemment sans lien de parenté.

Au Danemark, le titre de premier ministre n'existe pas sous cette forme, le chef du gouvernement est appelé Statsminister, littéralement « ministre d'État ».

 

 

Helle Thorning-Schmidt, première femme première ministre du Danemark de 2011 à  2015, et son mari.

 Ce dernier est  Stephen Kinnock, fils de l'ancien chef du parti travailliste britannique Neil Kinnock. Il a été élu député lors des élections générales de 2015 au Royaume-Uni.

Helle Thorning-Schmidt a été nommée directrice générale de Save the Children International en 2016

 https://www.youtube.com/watch?v=p-982r2mH20

 

 

 

 

Le premier ministre des îles Féroé, Aksel Vilhelmsson Johannes, avec son épouse, accueillis par un chambellan.

Le premier ministre des îles Féroé porte une tenue traditionnelle et son épouse probablement une robe librement inspirée de motifs traditionnels plus qu'une vraie tenue folklorique.

https://www.youtube.com/watch?v=p-982r2mH20

 

 

 

 Kim Kielsen, premier ministre du Groenland et son épouse. 

Derrière le couple, un autre personnage vêtu d'une tenue semblable à celle du premier ministre des îles Feroe s'avance (mais il porte un gilet rouge et non noir comme le premier ministre des Féroé).

https://www.youtube.com/watch?v=p-982r2mH20

 

 

 

 Kim Kielsen, premier ministre du Groenland est accueilli chaleureusement par le prince Frederik.

https://www.youtube.com/watch?v=p-982r2mH20

 

 

 Parmi les autres personnalités danoise présentes, on trouvait les premiers ministres des deux territoires autonomes du Danemark,  le Groenland et les îles Féroé.

Kim Kielsen, premier ministre du Groenland (en groenlandais Naalakkersuisut siulittaasuat, ou chef du gouvernement, en danois Landsstyreformand), était curieusement vêtu d'un  anorak blanc à capuche, passablement  incongru au milieu des uniformes de gala et des habits  à queue de pie. Kim Kielsen appartient au parti Siumut (en avant), parti social-démocrate.

Le premier ministre (løgmaður) des îles Féroé, Aksel Vilhelmsson Johannes, du parti social-démocrate feroen,  était vêtu d'un  vêtement folklorique des îles, de style germano-scandinave.

Chacun était accommpagné de son épouse.

On reparlera des deux territoires autonomes du Danemark.

Les autres invités sont, en grande partie, des souverains (ou princes héritiers) de plusieurs pays européens, à commencer par les pays scandinaves. Ces rois ou princes sont aussi  des parents de la famille royale danoise :

- le roi de Suède Charles XVI Gustave (Carl XVI Gustaf), et la reine Silvia, proches parents de la reine Margrethe puisque celle-ci descend par sa mère des  souverains suédois : son grand-père maternel était le roi de Suède Gustave VI Adolphe;

- le prince héritier de Norvège Haakon et sa femme la princesse Mette-Marit, également parents de la famille royale danoise. En effet, cette dernière appartient à la maison d'Oldenbourg (exactement la branche de Glücksbourg de cette famille), d'origine allemande, comme la famille royale de Norvège.

La Norvège fut unie au Danemark en 1380, puis forma avec le Danemark et la Suède l'union de Kalmar, dissoute en 1523. A partir de cette date, la Norvège fut considérée comme une province danoise et essaya de s'émanciper. En 1814, la Norvège fut rattachée à la Suède par les traités qui suivirent l'abdication de Napoléon (le Danemark était ainsi puni d'avoir été l'allié de Napoléon) et obtint par la suite et non sans mal un statut d'état autonome uni à la Suède.

Après la dissolution de l’union entre la Norvège et la Suède en 1905, la population  a choisi par referendum à presque 80% que le régime de la Norvège nouvellement indépendante serait une monarchie constitutionnelle plutôt qu’une république.

 Le premier roi de la  Norvège moderne fut le prince Carl du Danemark, fils du roi Frederik VIII du Danemark et de la reine née princesse Louise de Suède, qui devint roi sous le nom de Haakon VII.

 

Le président de l'Islande et sa femme étaient aussi présents ( l'Islande formait au 19ème siècle une dépendance du Danemark, dotée de l'autonomie progressivement, puis à partir de 1918 une monarchie indépendante ayant le même roi que le Danemark. En 1944 - alors que le Danemark était occupé par les Allemands et l'Islande par les Américains - les Islandais décidèrent par referendum la fin de l'union avec le Danemark et la proclamation de la république.

Etaient aussi présents :

- le roi des Pays-Bas Willem-Alexander et la reine Maxima,

- le roi Philippe des Belges et la reine Mathilde,

- le prince régent Alois du Liechtenstein (von und zu Liechtenstein) et la princesse Sophie (le père du prince Alois, le prince souverain du  Liechtenstein Hans-Adam II, a nommé son fils régent et chargé des affaires générales de la principauté en 2004),

- le grand-duc Jean du Luxembourg et la grande-duchesse Maria-Teresa.

 

 

Le roi de Suède Charles XVI Gustave et la reine Silvia

https://www.youtube.com/watch?v=p-982r2mH20

 

 

 

 

 

Au premier plan, le roi des Pays-Bas Willem-Alexander et la reine Maxima; au second plan, le roi Philippe des Belges et la reine Mathilde, puis le grand-duc Jean du Luxembourg et la grande-duchesse Maria-Teresa.

https://www.youtube.com/watch?v=p-982r2mH20

 

 

Tous ces membres de familles souveraines sont aussi liés à la famille royale danoise par des liens de parenté. Ils sont donc présents à la fois comme représentants de pays amis et comme parents.

D'autres parents et amis de la famille royale ou des proches du prince Frederik complétaient la liste des invités.

On notait aussi la présence de plusieurs membres de la famille royale grecque (dont semble-t-il le roi Constantin); trois couples de jeunes gens représentaient la jeune génération de cette famille, qui ne règne plus sur la Grèce. Ce sont des parents de la famille royale danoise à plusieurs titres : le roi Georges Ier de Grèce, avant son accession au trône de ce pays en 1864, était prince de Danemark, et les princes grecs portent l'appellation de prince de Grèce et de Danemark. Enfin, la femme du roi Constantin est la soeur de la reine Margrethe.

Les invités prennent place dans la salle où le dîner sera servi (il s'agit semble-t-il de la salle des chevaliers, décorée de curieuses  tapisseries "modernes" des Gobelins représentant l'histoire du Danemark) puis ils sont rejoints au son des fanfares par la reine, le prince Frederik et sa femme, qui s'asseoient à leur tour à l'une des petites tables rondes.

 

 

 

 

 

Une vue de la galerie de la salle des gardes; on voit certaines des tapisseries commandées aux Gobelins dans les années 60 et 70. Les musiciens de la garde royale ont pris place pour accompagner le dîner en musique.

https://www.youtube.com/watch?v=p-982r2mH20

 

 

 

 

 

La reine Margrethe, suivie du prince Frederik et de la princesse Mary, gagne sa place dans la salle du dîner. Le chambellan en uniforme rouge barré d'un cordon orange, muni d'un bâton doré, insigne de sa fonction, a ouvert la marche.

https://www.youtube.com/watch?v=p-982r2mH20

 

 

 Après le dîner, la reine prend la parole pour souhaiter bon anniversaire à son fils et termine son allocution par trois hourrahs repris par l'assistance. Puis la princesse Mary prend à son tour la parole et évoque avec humour la personnalité de son mari.

Enfin tout se termine par un bal où les invités en robe longue, habits à queue de pie ou uniformes chamarrés, dansent sur des rythmes assagis de boîte de nuit, joués par les musiciens de la garde royale.

 

 

 

La table royale: on reconnait, autour de la  reine Margrethe et du prince Frederik (sans sa femme)  la reine des Pays-Bas (mais pas son mari), le prince héritier de Norvège Haakon (sans sa femme),  la reine des Belges Mathilde (mais pas son mari), le roi de Suède (mais pas sa femme) et probablement les trois premiers ministres du royaume de Danemark (celui du Danemark, ceux des ïles Féroé et du Groenland, reconnaissable à son anorak). Les époux et épouses des présents sont répartis à d'autres tables.

https://www.youtube.com/watch?v=p-982r2mH20

 

 

 

 

 MONARCHIE ET RÉPUBLIQUE

 

 

 

Ce récit des  festivités monarchique a de quoi agacer plus d'un Français.

Au rebours d'autres seront séduits, ne serait-ce que par une forme d'exotisme puisque de telles manifestations n'existent pas en France.

On aura beau expliquer aux républicains les plus farouches (ceux qui non seulement sont républicains chez eux mais n'aiment pas les monarchies chez les autres) que la reine du Danemark n'a que des pouvoirs constitutionnels limités et que l'essentiel du pouvoir revient au Premier ministre, issu des élections, cet argument ne porte pas. Si le roi ou la reine n'est qu'un chef d'état honorifique, il ou elle est inutile et ce genre de cérémonies est un gaspillage.

Nous n'entrerons pas vraiment dans des questions de coût : on a fait remarquer que la monarchie britannique coûte  65 pence par an (coût 2016-2017  http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2017/06/27/97002-20170627FILWWW00017-gb-le-cout-de-la-royaute-en-hausse-avant-les-grands-travaux.php ) par habitant du Royaume-Uni, soit le prix d'un timbre première classe, et on peut supposer que la monarchie danoise est bien moins coûteuse que la monarchie britannique.

En regard, le coût de la présidence de la république française est de 3,50 euros par habitant.(http://www.planet.fr/societe-budget-ce-que-coute-lelysee-aux-francais-chaque-annee.1234075.29336.html ) Evidemment, on peut faire remarquer que le président de la république française, à la différence de beaucoup de ses homologues, n'est pas qu'un chef de l'Etat investi de fonctions honorifiques, mais dirige vraiment le pays.

Dans tous les cas, le coût n'est pas renversant et il y aurait de la mauvaise foi à dire que les monarchies ruinent les pays où elles existent.

Le républicain intransigeant français, ne pouvant décharger son animosité sur le coût exorbitant de la monarchie  ou sur les pouvoirs exagérés et anti-démocratiques du monarque, se trouve encore plus écoeuré de savoir que dans les pays monarchiques et particulièrement en Europe du nord, la  population est non seulement favorable à la monarchie dans sa très grande majorité, mais encore porte une grande affection à la famille royale

Cela lui parait une forme de conformisme irrationnel - tandis que le républicanisme, lui, ne peut pas être irrationnel (ni conformiste).

Notre républicain intransigeant sera un peu rassuré d'apprendre qu'il y a au Danemark des républicains - notamment un parti républicain aux îles Feroe, mais ce parti est favorable à l'indépendance des îles Féroé. Or, le républicain français n'aime pas, en général, les mouvements "nationalistes" (comprenez ici mouvements partisans de l'indépendance d'un territoire) - en tous pas quand il s'agit de territoires de pays développés (sauf à la rigueur le nationalisme écossais, qui flatte son anglophobie, et celui du Québec pour à peu près la même raison).

Notre républicain emblématique concluera qu'on ne peut pas empêcher les gens d'avoir les idées absurdes qu'ils ont et restera convaincu que le régime français est supérieur aux régimes monarchiques.

D'ailleurs tout le prouve, n'est-ce pas ?

 

 

 

 

 COMPARAISONS (NE SONT PAS RAISON, MAIS QUAND MÊME)

 

 

 

Si on recherche une supériorité des républiques sur les régimes monarchiques,  il semble admis qu'on doit la trouver dans le bien-être et la considération et des habitants du pays.  Certes, on ne compare ici que des républiques et des monarchies démocratiques, où l'action du gouvernement est déterminée - autant que possible - par les choix politiques majoritaires exprimés lors des élections.

Il y a plusieurs façons de mesurer le bien-être des habitants. La richesse par tête n'est que l'un d'entre eux qui peut être très trompeur. On recourt maintenant à  l'indice de développement humain (IDH) qui tient compte de plusieurs facteurs :

- la santé / longévité (mesurées par l'espérance de vie à la naissance), qui permet de mesurer indirectement la satisfaction des besoins matériels essentiels ;

- le savoir ou niveau d'éducation, mesuré par la durée moyenne de scolarisation ;

- le niveau de vie (revenu brut par habitant).

D'autres facteurs contribuent à l'indice (égalité hommes/femmes etc)

(d'après Wikipedia).

 

Selon le rapport 2016 publié par le programme de développement des Nations-Unis (http://hdr.undp.org/sites/default/files/2016_human_development_report.pdf), le Danemark (5 733 000 habs en 2018 selon estimation INED) est à la 5ème place, après la Norvège, l'Australie, la Suisse et l'Allemagne, avant Singapour.

La France est à la 21ème place.

 

 

Si on regarde le produit intérieur brut par habitant, qui mesure approximativement le revenu par tête, selon le classement du FMI 2017, le Danemark n'est qu'à la 22 ème place (après le Quatar, Macao, le Luxembourg, Singapour... la Suisse, les Pays-Bas, l'Allemagne etc).

Mais la France est à la 29 ème place, après  l'Autriche (23 ème place) le Canada, la Belgique, Oman, la Finlande et le Royaume-Uni.

 

Les classements varient selon l’organisme producteur, selon le montant en dollars courants, dollars constants ou dollars internationaux (système des parités de pouvoir d’achat). Néanmoins à chaque fois la France est derrière le Danemark (de 11 places selon le classement de la Banque mondiale)..

 

Le tableau suivant présente les éléments de la comparaison :

 

PIB par   habitant

Fonds   monétaire international 2017

Banque   mondiale 2016

France

43 551   dollars intern.

rang : 29 ème

 

41 343   dollars intern.

ou

36 857   dollars courants  (=à titre indicatif

33 854€ au 1 1 2016)

rang : 31 ème

 

Danemark

49 613   dollars intern.

 

rang : 22 ème

 

 

49 029   dollars intern.

ou

53 578  dollars courants (= à titre indicatif

49 212€ au 1 1 2016)

rang :20 ème

 

 

source Wikipedia

et

https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/NY.GDP.PCAP.PP.CD

https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/NY.GDP.PCAP.KD?page=6

 

 

 

Le niveau de vie moyen est une mesure un peu différente de celle du PIB par personne. On est un peu étonné de voir qu’une étude de l’INSEE place la France au 3ème rang des niveaux de vie (revenu moins impôts plus aides sociales), de l’Union européenne, un peu avant le Danemark et d’autres pays…

 

Par contre le site de l’Union européenne https://europa.eu/european-union/about-eu/figures/living_fr indique:

 

« Les niveaux de vie peuvent être comparés en établissant dans chaque pays le rapport entre le prix d'un ensemble de produits et de services et le revenu moyen. On utilise pour cela une monnaie commune fictive appelée «standard de pouvoir d'achat» (SPA). La comparaison des PIB par habitant mesurés en SPA donne une vue d'ensemble des niveaux de vie dans toute l'Union européenne. »

 

Selon ce site, la France est au 11ème rang de l’UE, juste après le Royaume-Uni, et précédée par le Luxembourg (1er, évidemment) mais aussi dans l’ordre : l’Irlande , les Pays-Bas, l’Autriche, l’Allemagne, le Danemark (6ème rang), la Belgique (8ème rang)…

 

 

Dans le classement du FMI, de nombeux "petits pays" se placent très bien (Quatar au premier rang avec 124 927 dollars, Luxembourg au 3ème rang avec 109 192, Singapour  au 4ème rang avec 90 531 et le petit Saint-Marin (13ème place) arrive à  60 359 dollars.

 

 

 

ET LE BONHEUR ?

 

 

 

Si on considère le World Happiness Report, publié par le Réseau de solutions pour le développement durable  en collaboration avec de nombreux auteurs internationaux, qui est censé mesurer le degré de bonheur, le Danemark était premier en 2016 mais passe au second rang en 2017 (devancé par la Norvège).

La France était en 2017 au 31ème rang après le Panama et avant la Thaïlande et après la plupart des pays européens et même le Mexique.

Toutefois, en 2018, la Finlande se place au 1er rang.

" La Norvège, le Danemark et l'Islande sont respectivement en 2e, 3e et 4e, suivis par la Suisse, les Pays-Bas, le Canada, la Nouvelle-Zélande, la Suède et l'Australie, qui viennent compléter le top 10.

Le Royaume-Uni, qui peine à se hisser dans les 20 premiers, se classe à la 19e place.

La France gagne 8 places, passant du 31ème au 23 ème rang." ( https://www.huffingtonpost.fr/2018/03/17/la-finlande-elue-pays-le-plus-heureux-pourquoi-les-pays-nordiques-nous-dament-toujours-le-pion_a_23387794/ 

"Comme chaque année, les 5 pays nordiques sont parmi les 10 premiers du classement annuel du rapport mondial sur le bonheur." (https://www.unric.org/fr/actualite/4916-indice-de-bonheur-la-france-plus-heureuse-les-pays-nordiques-toujours-en-tete)

 

 

 

 ET LA DÉMOCRATIE ?

 

 

S'il y a un point sur lequel la France (ou les Français...) estime ne devoir céder la place  à personne, c'est bien la démocratie. Mais on est loin du compte.

L'indice de démocratie créé en 2006 par le groupe de presse britannique  The Economst group est basé sur 60 critères regroupés en cinq catégories : le processus électoral et le pluralisme, les libertés civiles, le fonctionnement du gouvernement, la participation politique et la culture politique (Wikipedia).

En 2017, la Norvège est à la 1ère place (suivie de l'Islande et de la Suède), le Danemark a la 5ème place. Les pays classés de 1 à 19 font partie des pleines démocraties. Parmi ces pleines démocraties on trouve un pays africain, l'ïle Maurice (et tous les pays scandinaves, le Canada, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Suisse, le Royaume-Uni, Malte, l'Uruguay).

A partir de la 20 ème place,  on est dans les "démocraties imparfaites". La France est à  la 29 ème place, derrière la Corée du sud (20 ème place), les Etats-unis (21ème place), l'Italie (21 ème ex-aequo), le Cap-Vert, ex-aequo avec le Japon (23 ème place) ... le  Botswana (28 ème), et devant Israël (30 ème place).

 Evidemment le républicain français réfutera sans doute ce classement fait par des Britanniques !

 

 

 Peut-on se consoler avec l'indice qui mesure l'égalité ?

L'égalité, voilà une valeur française et ce n'est probablement pas une monarchie qui va passer avant le pays qui a comme devise Liberté, Egalité, Fraternité... Il est vrai qu'en France certains prétendront que l'égalité dont parle notre devise est l'égalité devant la loi ou l'égalité des chances (qui elles-mêmes sont souvent des leurres).et non l'égalité sociale. Mais c'est bien l'égalité sociale à laquelle on pense spontanément.

L'égalité de revenus est mesurée par le coefficient de Gini:  "le coefficient de Gini est un nombre variant de 0 à 1, où 0 signifie l'égalité parfaite et 1 signifie une inégalité parfaite (par exemple un seul salarié dispose de tous les revenus et les autres n'ont aucun revenu).

Ce coefficient est très utilisé pour mesurer l'inégalité des revenus dans un pays

Les pays les plus égalitaires ont un coefficient de l'ordre de 0,2. Les pays les plus inégalitaires au monde ont un coefficient de 0,6  (Wikipedia).

Selon l'OCDE, le coefficient de Gini du Danemark en 2015 était 2,56 et pour la France 2,97 (http://www.oecd.org/fr/social/donnees-distribution-revenus.htm

Assurément la France n'est pas un des pays les plus inégalitaires, mais elle est quand même devancée par les pays scandinaves et a le même coefficient de Gini que la Suisse. Les USA sont à 0,39 et le Royaume-Uni à 0,36 (le tableau de l'OCDE ne comprend qu'un nombre réduit de pays).

 

Le Danemark n'a pas de devise  nationale (phrase illustrant l'identité ou l'idéal d'un pays). Par contre la devise personnelle de la reine est : L’aide de Dieu, l’amour du peuple, la grandeur du Danemark.

Il est donc possible d'être un pays plus égalitaire que la France sans avoir une devise prônant l'égalité.

                                                                                             

 

 

RÉFLEXIONS

 

 

 

Evidemment, le fait pour le Danemark d'être une monarchie n'est probablement pas la raison de ces "bons résultats" en termes de mesures et de classements internationaux; mais le fait d'être une monarchie n'y fait pas  obstacle non plus.

Et on peut se demander si dans l'indice de bonheur, l'attachement à la monarchie et à la famille royale ne joue pas un rôle important. Pour un républicain, l'attachement à la république peut être fort  mais il est surtout intellectuel et n'implique pas d'être vécu sur le mode du bonheur. Seule la monarchie peut engendrer des sentiments d'affection pour une famille ou pour des personnes, se confondant avec l'amour du pays.

Un républicain trouvera futile et irrationnel ce sentiment d'affection pour des individus, il trouvera ridicule de considérer sous l'angle du glamour les jeunes membres des familles royales, mais il sera obligé de reconnaître que le sentiment républicain ne présente aucune équivalence de la sorte. Il pourra dire qu'il en est fier, qu'il préfère son sérieux républicain aux futiles effusions monarchiques, mais dès lors que la république n'assure pas à ses citoyens de meilleures conditions d'existence qu'une monarchie, sa préférence pour une forme de régime devient tout aussi irrationnelle (ou subjective) que celle des monarchistes.

 

Dans tous les classements évoqués, on trouve les monarchies scandinaves (Suède, Norvège, Danemark) et d'autres monarchies (Pays-Bas, Luxembourg), dans les premiers rangs, mais aussi des républiques (la Finande, l'Islande, l'Allemagne, la Suisse - celle-ci étant dans les premières places de tous les classements). On peut remarquer qu'il s'agit de républiques différentes de la république française en termes d'étendue ou d'institutions (par exemple la Suisse ou l'Allemagne sont des républiques fédérales;  la Suisse ne prend d'ailleurs pas officiellement le nom de république).

Mais surtout la performance de chaque pays dépend de facteurs dans lesquels entrent en compte son histoire, son identité, la composition de sa population, ses institutions - assemblage complexe ou le "pays" n'est pas dissociable de sa population.

Ce sont ces facteurs - difficilement modifiables et qui se sont formés dans la longue durée - qui expliquent les performances d'un pays. On pourra remarquer que, comme les performances des pays scandinaves sont proches, ces pays ont évidemment en commun beaucoup de facteurs.

En revanche, aussi différents que la France et le Royaume-Uni puissent apparaître, ces deux pays sont généralement assez proches dans les divers classements - sinon en matière de démocratie où la France se place dans les démocraties imparfaites.

 

 

 

LES PAYS CONSTITUTIFS DU ROYAUME

 

 

 

 Comme on l'a vu, les premiers ministres du Groenland et des îles Feroe figuraient en bonne place au dîner de gala de l'anniversaire du prince Frederik puisqu'ils étaient placés à la table royale, avec la reine, le prince héritier et le premier ministre du Danemark.

Ainsi que l'indique (en version anglaise) le site du Premier ministre du Danemark:

The Faroe Islands and Greenland are parts of the Danish Realm. Due to their special status nationally, historically and geographically, these parts of the realm have an extensive type of self-government.

(Les ïles Feroe et le Groenland font partie du royaume de Danemark. En raison de leurs spécificités nationales, historiques et gépgraphiques, ces parties du royaume ont un régime étendu d'autonomie).

http://www.stm.dk/_a_2957.html

Le ton est donc donné, les îles Feroe et le Groenland ont bien des spécificités nationales selon le site même du Premier ministre danois. Ce sont (quasiment) des nations, mais non indépendantes. Ces territoires sont des "pays constitutifs du royaume" au même titre que le Danemark métropolitain (ou "continental" , même si le Danemark métropolitain est composé d'une partie qui tient au continent, le Jutland, et d'îles rapprochées; la capitale Copenhague est sur la plus grande île, Seeland)..

 

Assez curieusement, pour évoquer les relations entre le Danemark et les deux autres territoires, on utilise les termes de Rigsfællesskabet ou Rigsenheden  (Ríkisfelagsskapurin  en féroïen, Naalagaaffeqatigiit  en groenlandais), c'est-à-dire "l'unité du royaume" (article The unity of the Realm , Wikipedia en anglais).  

 

Les territoires autonomes ont leur drapeau, leur hymne national (le Groenland en a même deux, semble-t-il), en plus de l'hymne danois.

 

Ils émettent leurs timbres et les îles Féroé ont des billets de banque spécifiques.

En ce qui concerne le revendications en faveur de l'autonomie ou même de l'indépendance, ces territoires n'ont pas marché du même pas. Les îles Féroé ont revendiqué leur indépendance (en tous cas une majorité d'habitants, même étroite) dès la fin de la seconde guerre mondiale. Pendant celle-ci, alors que le Danemark était occupé par les Allemands, les îles Féroé furent occupées par les Britanniques, ce qui probablement a amoindri la confiance des habitants dans la "mère-patrie" danoise. Un referendum favorable à l'indépendance eut lieu dès 1946.

Pendant la 2ème guerre, le Groenland fut occupé par les Etats-Unis, mais la population, encore éloignée des préoccupations des nations constituées, n'avait pas de velléité indépendantiste ou même autonomiste. Celles-ci apparurent plus tard qu'aux Féroé.

Aujourd'hui, les positions se sont presqu' inversées et les Groenlandais sont majoritairement favorables à l'indépendance (mais sans précision sur la date) tandis que les Féroïens sont partagés à égalité entre partisans et opposants à l'indépendance.

La faible population des deux territoires (un peu plus de 50 000 habitants pour les Féroé, un eu plus de 55 000 pour le Groenland) est probablement un frein à leur indépendance, mais il ne semble pas que l’argument soit particulièrement invoqué du côté danois. D’autres pays indépendants ont des populations moindres, mais avec des situations bien différentes (Monaco Liechtenstein, Saint-Marin).

Si le Groenland devenait indépendant, il serait le pays ayant la plus faible densité de population (0, 03 habs/km2). les îles Féroé ont 32 habs/km2 (comparer avec le Danemark métropolitain, 126 habs/km2 ou la France métropolitaine : 112 habs/km2).

 En 2016, le gouvernement danois a décidé qu'à l'avenir, pour la fête nationale  du Groenland (21 juin) et pour celle des îles Féroé (29 juillet), le drapeau groenlandais (appelé Erfalasorput)  et le drapeau féroïen (appelé Merkið en féroïen) seraient respectivement hissés sur tous les lieux officiels dans tout le Danemark et aux mats des ambassades du Danemark.

 http://sermitsiaq.ag/flager-officielle-danmark-groenland-faeroeerne

 

 

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Infographie pour les "nouvelles journées du drapeau au Danemark" : décision gouvernementale de déployer les drapeaux du Groenland et des îles Féroé le jour de la fête respective de ces territoires.

Le drapeau du Groenland (adopté après concours en 1985) symbolise le glacier (blanc) et le soleil (rouge) ; le drapeau féroïen (créé en 1919, reconnu officiellement par le Danemark en 1948) représente, comme tous les drapeaux des pays  scandinaves, une croix décalée sur la gauche.

https://www.dr.dk/nyheder/indland/regeringen-indfoerer-officielle-flagdage-groenland-og-faeroeerne

 

 

 

 

L'AVENIR DU GROENLAND

 

 

 

Le Groenland (environ 55 800 habitants) pour 2 166 086 km 2, capitale : Nuuk.

 

PIB par hab : 200 774 DKK (couronnes danoises) en 2012 selon Wikipedia ;

ou 39 569 $  (banque mondiale 2015)

https://data.worldbank.org/indicator/NY.GDP.PCAP.CD?locations=FO-GL-FR-DK

Le Groenland, en groenlandais Kalaallit Nunaat ("terre du peuple"), est un « pays constitutif » du Royaume de Danemark. Son nom danois lui aurait été donné par le conquérant scandinave Erik le Rouge (Grønland, Grœnland, terre verte).

80% du territoire est recouvert par un inlandsis (étendue  glaciaire).

Les Inuits (esquimaux) sont 90% de la population.

85 % de la population groenlandaise sont membres de l’église luthérienne.

La majorité de la population est bilingue groenlandais/danois. Le groenlandais est devenu la seule langue officielle en juin 2009. Il existe des opposants à la « groenlandisation », qui souhaitent le maintien du danois comme langue d’usage (notamment chez les Danois installés au Groenland).

Le premier ministre (en groenlandais : Naalakkersuisut siulittaasuat, chef du gouvernement; en danois Landsstyreformand), est comme on l’a indiqué, Kim Kielsen du parti Siumut (en avant), un parti social démocrate.

En 1979, un premier statut d’autonomie (hjemmestyre) s’applique au Groenland, approuvé par referendum. Depuis le nouveau statut de 2009, approuvé par referendum,  le gouvernement du Groenland a compétence dans la plupart des domaines, sauf les affaires internationales, la défense et la politique de sécurité qui relèvent du Danemark. Néanmoins, le gouvernement du Groenland peut participer aux négociations internationales pour défendre ses intérêts.

 

Mais certaines compétences ne seront transférées que lorsque les autorités du Groenland le souhaiteront, après négociations avec les autorités centrales du Royaume (article 3 du statut), sous réserve de prise en charge par le budget groenlandais.

 

Sont notamment concernés par cette clause, le domaine judiciaire, les missions de police et de contrôle aux frontières. Leur transfert effectif est donc subordonné à la capacité budgétaire du Groenland.

( voir : Groenland : la longue marche vers l’autonomie, par Antoine Jacob http://www.ladocumentationfrancaise.fr/pages-europe/pe000064-groenland-la-longue-marche-vers-l-autonomie-par-antoine-jacob

 

 

Selon la loi d’autonomie de 2009, le Groenland peut déclarer son indépendance complète à condition d’être approuvée par referendum par la majorité de la population groenlandaise.

On voit qu’il n’est pas question d’approbation par la population du  Danemark.

D’après un sondage de 2016, 64% de la population était en faveur de l’indépendance mais en 2017 un autre sondage donnait 78% d’opposition si l’indépendance devait se traduire par une baisse du niveau de vie.

Or l’économie du Groenland repose principalement sur la pêche, le tourisme et une subvention de l’état danois  (3,6 milliards de couronnes, 591 millions $) qui représente 2/3 du budget du Groenland et 1/4 du produit intérieur brut. Le premier ministre Kim Kielsen s’est déclaré en faveur de l’indépendance sans précipiter les choses. Comme on l’a vu, cela n’en fait pas un paria auprès de la famille royale danoise (voir la photo  plus haut où lui et le prince Frederik s’embrassent chaleureusement).

En 2018, le premier ministre danois Lars Løkke Rasmussen a déclaré que si le Groenland devenait indépendant, la subvention danoise cesserait.

Après un referendum consultatif tenu en 1982, le Groenland, représenté par le Danemark, s’est retiré de la CEE (future Union européenne, UE) en 1985, afin d’assurer principalement la protection de son économie de la pêche.

Il est néanmoins territoire d'outre-mer associé à l'UE.

Bien que non membre de l’UE, le Groenland est aidé par celle-ci : il doit recevoir 359,9 millions € pour la période 2014-20, au titre de l’accord de partenariat entre l'UE, le Danemark et le Groenland. Les conventions en cours donnent également accès à divers programmes européens (recherche, éducation et formation, innovation, culture et média, etc.)

Des élections ont eu lieu en avril 2018 et les électeurs ont donné une victoire mitigée au premier ministre Kim Kielsen, tandis que ses rivaux centristes progressaient.

« Pas moins de sept partis, un record, se disputaient les faveurs des électeurs, dont six prônaient l’indépendance. Mais les votants n’ont pas renversé la table. » (Simon Petite, Groenland et Îles Féroé: au Nord, l’indépendance à petits pas, 26 avril 2018, https://www.letemps.ch/monde/groenland-iles-feroe-nord-lindependance-petits

Le gouvernement de K. Kielsen doit prendre en compte des problèmes comme le taux de suicide très élevé, 7 fois supérieur à celui des USA (dû en grande partie à la dislocation de la culture traditionnelle des Inuits). « La société groenlandaise est rongée par l’alcoolisme et les abus sexuels » (Simon Petite, art. cité).

Le gouvernement doit aussi tenir compte que la rupture avec le Danemark reléguerait le Groenland parmi les pays les pauvres d’Europe (2, 2 milliards $ PIB) in 2015, soit l’équivalent de Saint-Marin –qui est d’ailleurs loin d’ête pauvre en PIB par tête).

Une analyste, Ana Andrade a indiqué : la plupart des partis politiques partagent l’objectif à long terme de l’indépendance mais seul le parti nationaliste Naleraq a fixé une date pour celle-ci, 2021.

Tout espoir d’indépendance repose sur la mise en valeur des richesses locales, la pêche et les richesses minières (notamment l’uranium). Or l’exploitation minière ne décolle pas vraiment malgré des investissements chinois.

Simon Petite (article cité)  note : « Alors que le réchauffement ouvre de nouvelles voies maritimes, l’immense territoire [4 fois la France] se retrouve au milieu des rivalités entre les Etats-Unis et le Canada, d’une part, et la Russie, de l’autre. L’île glacée accueille d’ailleurs sur sa pointe nord une base américaine, à Thulé. »

Il cite un chercheur, Ulrik Pram Gad : «Le Danemark voit… d’un mauvais œil les investissements chinois au Groenland. Mais les empêcher ne ferait que jeter les habitants dans les bras des indépendantistes». Ce chercheur estime que le Danemark ne s’opposera pas à l’indépendance du Groenland ou des îles Féroé, mais ne la souhaite pas non plus.

(éléments donnés à partir des articles Wikipedia, Groenland, Wikipedia en anglais, Greenland, des articles de Shafi Musaddique, CNBC, 25 avril 2018 https://www.cnbc.com/2018/04/25/greenland-eyes-independence-from-denmark-after-election-vote.html ,

Antoine Jacob, Groenland : la longue marche vers l’autonomie http://www.ladocumentationfrancaise.fr/pages-europe/pe000064-groenland-la-longue-marche-vers-l-autonomie-par-antoine-jacob

et Simon Petite https://www.letemps.ch/monde/groenland-iles-feroe-nord-lindependance-petits)

 

 

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Le prince Frederik, la princesse Mary et leurs enfants en costume groenlandais sur un timbre du Groenland. Les timbres portent le nom du territoire en danois et en groenlandais.

http://www.dailymail.co.uk/femail/article-3847680/Now-s-royal-mail-Crown-Princess-Mary-Prince-Frederik-Denmark-pose-Greenland-s-traditional-costume-children-commemorative-stamp.html

 

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 La reine Margrethe en costume groenlandais sur un timbre du Groenland pour son 75 ème anniversaire (2015).

 

http://wopa-stamps.com/index.php?controller=country&action=stampProduct&id=17655 

 

 

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 Jeunes filles du Groenland en tenue traditionnelle.

 https://visitgreenland.com/about-greenland/traditional-dress/

 

 

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 La princesse Mary en costume groenlandais lors de sa première visite au Groenland (2004).

 http://maryfromthestart.blogspot.com/2013/07/first-visit-to-greenland-day-1.html

 

 

 

LES ILES FEROE : SORTIR OU PAS DU STATU QUO

 

 

 

 

 

 

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A gauche, la future reine Margrethe, alors princesse héritière, lors d'une visite au îles Féroé en 1963;  a droite, la reine, lors d'une autre visite il y a quelques années. Elle porte à chaque fois une tenue traditionnelle des îles. Mais le petit bonnet semble avoir cessé d'être porté. Voir la photo suivante.

 detdanskekongehus (DET DANSKE KONGEHUS Den officielle Instagramprofil for det danske kongehus - profil instagram officiel de la famille royale danoise)

https://www.instagram.com/p/BGrZ6Lyp06u/

 

 

 

Les îles Féroé, 50 498 habs, 1399 km 2; capitale : Torshavn.

 

PIB par hab. 50 582 $ (2015, Wikipedia)

Les îles Féroé (en féroïen : Føroyar; en danois : Færøerne) sont un pays constitutif du Royaume du Danemark, à mi-chemin entre la Norvège et l’Islande et à 320 kilomètres des côtes nord de l’Ecosse.

La population est principalement d’origine scandinave (norse) et pour une part moindre, celtique. L’économie de l’archipel, dépendante de la pêche, est plus prospère que celle du Groenland. Les îles Féroé présentent un intérêt stratégique bien moindre que le Groenland.

Les habitants sont majoritairement luthériens.

La couronne féroïenne (en féroïen : føroysk króna) est la monnaie utilisée aux îles Féroé aux côtés de la couronne danoise (en fait c’est une déclinaison locale de la couronne danoise et non une monnaie séparée).

Les îles ont un statut d’autonomie depuis 1949. Ce statut répondait à un sentiment indépendantiste qui s’était manifesté par un referendum local de 1946. Les compétences autonomes se sont renforcées depuis 1949. Les affaires internes relèvent du parlement monocaméral des îles Féroé, le Løgting.

L’équipe de football des Féroé est admise comme équipe nationale par la FIFA.

Le premier ministre (Løgmaður en féroïen) est Aksel Vilhelmsson Johannesen, du parti social-démocrate.

Il a remporté les élections de 2015 –mais avec 25.1% des votes seulement. Il veut maintenir les liens avec le Danemark mais est moins intransigeant que le parti unioniste. Au parlement danois, le parti social-démocrate féroïen soutient le « Bloc rouge » dirigé par les sociaux-démocrates du Danemark.

Comme explicitement spécifié dans les deux traités de Rome, les îles Féroé ne font pas partie de l'Union européenne. Les citoyens danois résidant dans les îles Féroé ne sont pas citoyens de l'Union européenne. L'archipel n'est pas couvert par la convention de Schengen (mais il n'existe aucun contrôle douanier lorsque l'on voyage entre les îles Féroé et un pays membre de l'espace Schengen).

Ce refus d’adhérer à l’Union européenne s’explique par la défense des intérêts féroïens en matière de pêche, qui représente 90 % des exportations de l’archipel et emploie la majorité de la population active. Il existe des accords « nordiques » avec les pays voisins  pour la gestion des zones de pêche.

(en 2013 il y a eu un important litige avec l'UE sur la politique de pêche des Féroé).

en 2000, le gouvernement féroïen a présenté au gouvernement danois un projet d'indépendance totale, sinon la monnaie danoise qui resterait la monnaie de l'archipel et le souverain du Danemark qui demeurerait le chef d'État de l'archipel, avec une coopération prévue dans divers domaines. Le gouvernement danois a indiqué que l’indépendance se traduirait par un arrêt de l'aide financière (un milliard de couronnes par an) et l’obligation de rembourser la dette (six milliards de couronnes). Le referendum prévu a été annulé (les sondages donnaient à égalité les indépendantistes et les partisans du statu quo).

En avril 2004, un référendum donne 50,72 % des voix à l'indépendance et le gouvernement féroïen annonce l'indépendance prochaine de l'archipel, mais le gouvernement danois, mis devant le fait accompli, la refuse.

Le principal parti indépendantiste est aussi républicain, Tjóðveldi (le mot signifie : république).

Le 25 avril 2018 devait avoir lieu un nouveau referendum constitutionnel qui aurait donné le droit aux îles Féroé de déclarer leur indépendance le moment venu.

Le premier ministre, pourtant opposé à l’indépendance, mais à la tête d'une coalition dans laquelle figurent indépendantistes et unionistes, avait annoncé que la nouvelle constitution « définirait notre identité comme nation et nos droits fondamentaux  en tant que peuple, y compris le droit à l’autodétermination ». (cité par le journal écossais The national, http://www.thenational.scot/news/16187742.Faroe_Islands_delay_their_referendum_on_more_independence/

Mais le vote a été repoussé à plus tard faute d'une entente entre les partis féroïens sur le contenu de la constitution. Les habitants restent divisés sur la question de l’indépendance en deux camps à peu près égaux. Mais les partisans de l’union sont généralement partisans d’une autonomie aussi complète que possible.

Un chercheur dit : « D’un côté, ils [les Féroïens – ou Féringiens] ont leur propre langue, mode de vie et culture. De l’autre, ils ont vu lors de la crise financière de 2008 que leurs banques avaient résisté, car elles étaient intégrées au système danois, contrairement à leurs consœurs islandaises.»

(cité par Simon Petite, Groenland et Îles Féroé: au Nord, l’indépendance à petits pas, 26 avril 2018 https://www.letemps.ch/monde/groenland-iles-feroe-nord-lindependance-petits

 Les indépendatistes les plus convaincus ne relâchent pas la pression. Dans un article du 19 juin 2018 du journal danois en ligne (en anglais) The Local,  un ministre du gouvernement féroïen s'exprime ainsi :

 "We are not Danes, we will never be Danes, we can't be Danes, we are Faroese and that's it... we have to stand up for it and fight for it," says Foreign Affairs and Trade Minister Poul Michelsen, who's also the leader of the separatist Progressive Party

[Nous ne sommes pas des Danois [dans le texte d'origine, "des Danes", peuplade historique ayant donné naissance aux Danois], nous ne serons jamais des Danois, nous sommes des Féroïens et c'est pourquoi nous devons nous lever et nous battre, dit le ministre des affaires étrangères et du commerce  Poul Michelsen, qui est aussi le leader du Parti progressif, séparatiste].

Et une autre personne déclare : We've been occupied by Denmark for 600 years! That is enough and we need to change that soon (cela fait 600 ans que nous sommes occupés par le Danemark, ça suffit, nous devons changer ça le plus vite possible).

https://www.thelocal.dk/20180619/goodbye-denmark-faroese-weigh-pulling-free-of-danish-grip

Pourtant beaucoup de séparatistes reconnaissent les efforts du Danemark pour tenir compte des intérêts féroïens - mais cela ne modifie pas leur volonté d'aboutir à une séparation.

Et on a vu plus haut que le Danemark, pour montrer la considération qu'il a pour ses territoires autonomes, a décidé de déployer leurs drapeaux sur tous les lieux publics à l'occasion de la fête nationale du Groenland et des Féroé.

 

Avant d’être arrêté en Allemagne (puis relâché) en mars 2018, l’ancien président indépendantiste du gouvernement catalan Carles Puigdemont s’était rendu à Copenhague à l’invitation des députés des îles Féroé, et avait complimenté l’attitude ouverte du Danemark à ce sujet : «Le Danemark montre encore une fois qu’il comprend la démocratie» (S. Petite, art. cité).

 

 

 

 

Le prince Henrik (qui a rasé la barbe qu'il portait lors de son 50ème anniversaire) et la princesse Mary participent à une danse traditionnelle pendant une visite aux Iles Feroe, août 2018.

 Capture d'écran You Tube, reportage Billed-Bladet : Kronprinsesse Mary og kronprins Frederik til traditionel kædedans  

 https://www.youtube.com/watch?v=B3lhl5SABKU

 

 

 

 

 

 

Il existe aux îles Féroé un déséquilibre  entre les populations masculine et féminine, les femmes émigrant souvent pour travailler sur le "continent" danois. Les hommes font donc venir des femmes de pays d’Asie (Thaïlande, Philippines) pour pouvoir se marier.

 

(éléments donnés à partir de l’article Wikipedia, Îles Féroé, l’article Wikipedia en anglais, Faroe Islands, et l’article cité de S. Petite).

 

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 Habitants des îles Féroé en tenue traditionnelle.

Photo extraite d'un reportage de la chaîne arabe Al Jazeera, Last paradise on earth : From Asia to the Faroes (dernier paradis sur terre, de l'Asie aux Féroé).

La légende dit : Tradition is important to the Faroese, but foreigners are welcome on this island where resistance to the migrant trend is absent, Aela Callan/Al Jazeera (la tradition est importante pour les Féroïens, mais les étrangers sont les bienvenus sur l'île [en fait les îles] où la résistance à l'immigration est absente).

En fait les Féroïens accueillent sur les îles une immigration choisie, composée de femmes venues d'Asie pour compenser le déséquilibre des sexes. La photo semble d'ailleurs montrer le contraire puisqu'on y voit plus de femmes en costume local que d'hommes.  On peut d'ailleurs penser que les Féroïennes qui travaillent au Danemark métropolitain  reviennent sur les îles pour les occasions festives. Comme dans tous les pays où le costume traditionnel est fréquemment porté, celui-ci se modifie au gré des modes. On pourrait toutefois suggérer aux Féroïennes un raccourcissement des jupes.  

https://www.aljazeera.com/indepth/inpictures/2017/09/paradise-earth-asia-faroes-170919070437586.html

 

 

 

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 Les membres du parlement féroïen et des prêtres se dirigent vers l'église le 29 juillet,  jour de la saint Olaf, patron des îles.

Les prêtres luthériens portent une collerette blanche, beaucoup des hommes sont en tenue traditionnelle. La photo pourrait  être une bonne illustration de la proprtion moindre des femmes aux Féroé.

http://faroeknitting.com/?tag=faroese-national-costume

 

 

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 Blason du Groenland (en haut) et des îles Féroé (en bas) sur la plaque de la représentation des deux territoires auprès de l'Union européenne à Bruxelles.

Le blason des îles Féroé représente un bélier, en référence à la signification du nom des îles (Føroyar; en féroïen, ou  Færøerne en danois) :  " Le terme pourrait provenir du vieux norrois fær (« mouton »), øerne étant le pluriel défini d'ø (« île ») en danois. Færøerne signifierait selon cette hypothèse « les îles des moutons ». En féroïen, son nom est Føroyar. Oyar est le pluriel d'oy, terme désuet pour « île ».

Le toponyme (en français) « îles Féroé » est donc redondant puisque les termes øerne et oyar signifient déjà « îles » (d’après Wikipedia).

Le blason du Groenland représente traditionnellement un ours polaire.

Photo par Treehill — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=50697938

 

 

 

 

 

 LE CONSEIL NORDIQUE

 

 

 

 

Le Conseil nordique est un forum de coopération pour les institutions parlementaires des pays nordiques. Il a pour objectif, dans le cadre de la « coopération nordique », de réaliser des tâches que chaque État ne saurait assurer à lui seul.

Les pays membres du Conseil nordique sont les suivants :

États souverains :

Danemark : 16 sièges

Finlande : 18 sièges

Islande : 7 sièges

Norvège : 20 sièges

Suède : 20 sièges

 

Territoires autonomes :

îles Féroé (pays constitutif du Royaume du Danemark) : 2 sièges

Groenland (pays constitutif du Royaume du Danemark) : 2 sièges

îles Åland (province autonome de la Finlande, parfois désignée comme « État libre » associé à la Finlande) : 2 sièges

 

Le conseil nordique siège à Copenhague. Il ne prend pas de décision supranationale. Ses directives doivent être appliquées ensuite dans la législation de chaque pays. Il existe aussi un conseil des ministres nordique, composé des ministres concernés des états membres et au besoin des premiers ministres (y compris ceux des territoires autonomes).

Une citoyenneté nordique a été mise en place par le conseil nordique (permet notamment l’établissement des ressortissants d’un pays membre dans un autre pays membre sans formalité ou l’acquisition facilitée de la nationalité de ce pays).

Le conseil nordique compte aussi quatre membres observateurs : l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie, ainsi que depuis 2016, le land allemand du Schleswig-Holstein, frontalier du Danemark.

 

 

 

 

 UN PAYS SCEPTIQUE ET PRUDENT ?

 

 

Le Danemark est membre de l’Union européenne. Mais il a fait attention à ne pas trop se lier par les règles communautaires et généralement le pays (comprenez ses habitants) est considéré comme « eurosceptique ». D’ailleurs le Danemark a conservé sa monnaie, la couronne danoise.

Il bénéficie par ailleurs d'autres options de retrait l'exemptant  de la participation à la politique étrangère et de sécurité commune. (PESC) et de l'espace de liberté, de sécurité et de justice (participation refusée par referendum de 2015).

 

En matière d’immigration, le Danemark a durci ses positions et adopté progressivement une législation très restrictive (voir Le Danemark repousse l'immigration http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnalyse=2287

On se souvient de la  ministre de l’immigration, Inger Støjberg, célèbre pour ses déclarations polémiques, apparaissant en 2017 avec un gâteau marqué 50 et orné d’un petit drapeau danois (en pâtisserie), en l’honneur de la 50 ème mesure anti-immigration qu’elle venait de prendre. Mme Støjberg est la ministre préférée des Danois en raison de  "sa posture politiquement incorrecte assumée et [de] son humour" (Wikipedia, citant un article du Monde).

Les responsables politiques – y compris de gauche – font souvent des déclarations d’où il ressort que non seulement l’immigration crée de nombreux problèmes de société, mais encore met en danger l’identité danoise.

«  Sur ces questions, le parti [social-démocrate] partage un véritable consensus, non seulement avec les libéraux au pouvoir, mais aussi avec le Parti du peuple danois dont la plateforme a toujours été radicalement opposée à l’immigration » (article du 18 juin 2018, La gauche danoise tourne le dos à l'immigration, journal Le Devoir (Québec)https://www.ledevoir.com/monde/europe/530579/le-virage-de-la-social-democratie

La population, dans son ensemble, approuve le point de vue anti-immigrationiste.

Un sociologue cité par l’article du journal Le Devoir dit : « la société danoise est très ouverte – mais seulement pour ses propres citoyens ».

 

 

 

 

 L'AIDE DE DIEU ET L'AMOUR DU PEUPLE

 

Guds hjælp, Folkets kærlighed, Danmarks styrke.

Devise de la reine Margrethe
(L’aide de Dieu, l’amour du peuple, la grandeur du Danemark)

 

 

 

Que de royaumes nous ignorons, dit le titre de cette étude.

En ce qui concerne le Danemark, certains de ses principes constitutionnels peuvent étonner les Français.

On lit dans la constitution danoise :

 

 Article 3.

Le pouvoir législatif est exercé par le Roi et le Folketing en commun. Le pouvoir exécutif est exercé par le Roi. Le pouvoir judiciaire est exercé par les tribunaux.

Article 4.

L'Église évangélique luthérienne est l'Église nationale danoise et jouit, comme telle, du soutien de l'État.

Article 5.

Le Roi ne peut, sans le consentement du Folketing, être souverain d'autres pays.

Article 6.

Le Roi doit appartenir à l'Église évangélique luthérienne.

Article 13.

Le Roi est irresponsable ; sa personne est inviolable et sacrée. Les ministres sont responsables de la conduite du gouvernement ; leur responsabilité est spécifiée par la loi.

Article 66.

Le statut de l'Église nationale sera réglé par la loi.

Article 67.

Les citoyens ont le droit de se réunir en communautés pour le culte de Dieu conformément à leurs convictions, pourvu qu'ils n'enseignent ni ne pratiquent rien qui soit contraire aux bonnes moeurs ou à l'ordre public.

Article 68.

Nul n'est tenu de contribuer personnellement à un autre culte que le sien.

Article 69.

Les conditions des Églises dissidentes sont fixées par la loi.

Article 70.

Nul ne peut, en raison de sa foi ou de ses origines, être privé de la jouissance intégrale de ses droits civils et politiques, ni se soustraire à l'accomplissement de ses devoirs civiques ordinaires.

 

 

 

Dans une interview donnée au journal allemand Der Spiegel, en septembre 2016 (publiée en anglais dans l'édition internationale du journal), la reine, en visite en Allemagne à l'occasion d'une commémoration luthérienne, déclarait :

 

I believe that many people have forgotten what their roots are. This is one of the advantages of countries with a monarchy. The monarch offers identity across generations, and is a part of these roots and this native country

(je pense que beaucoup de pays ont oublié leurs racines. Un des avantages des pays monarchiques, c'est que le monarque offre une identité à travers les générations, qu'il est une partie de ces racines et de l'identité du pays).

Dans la même interview, la reine considérait que le Danemark n'était pas un pays multiculturel, et on pouvait penser qu'elle ne souhaitait pas qu'il le devienne, à la différence de son cousin le roi de Norvège Harald V, qui avait célébré peu auparavant dans un discours  la nouvelle Norvège multiculturelle.

http://www.spiegel.de/international/europe/queen-margrethe-of-denmark-we-are-constants-in-the-world-a-1114542.html

 Dans un livre paru peu après en collaboration avec un journaliste (De Dybeste Rødder - les racines les plus profondes), la reine précisait encore son point de vue sur l'immigration : il ne suffit pas de vivre au Danemark pour être ou devenir Danois. Nous avons pu le croire autrefois, nous étions naïfs...

Ces déclarations ont provoqué un débat : en parlant ainsi, la reine faisait-elle de la politique, ce qui lui est interdit ? Ou exprimait-elle les inquiétudes de la plus grande partie des Danois, ce qui après tout est son rôle ?

 https://www.thelocal.dk/20161024/queen-margrethe-living-in-denmark-doesnt-make-you-danish

 

 

 

 

On retiendra aussi que la devise personnelle de la reine fait référence à « l’amour du peuple » (sans doute à comprendre dans les deux sens : amour du souverain pour le peuple et du peuple pour le souverain) ce qui nous rappelle les idées de Hölderlin qui pensait que la monarchie (quand elle était conforme à son idéal) était un régime fondé sur l’amour.

Ces principes sont évidemment très différents des principes dominants en France.

Pourtant, ils n’empêchent pas le Danemark d’être bien mieux placé que la France dans les divers classements y compris dans l’appréciation du « bonheur ».

Faut-il conclure que l’existence d’un souverain et d’une religion reconnue (religion historiquement liée au pays, bien sûr - même si au Danemark comme ailleurs, la sécularisation est un fait accompli) sont favorables au bonheur et à ce qu’on appelle le « vivre- ensemble » ?

On doit plutôt penser qu’aucun principe, aucune recette n’est valable dans l’abstrait : les institutions danoises conviennent au peuple danois et sont elles-mêmes le produit de ce peuple, de sa personnalité collective et de ses traditions dans une interaction permanente.

Vouloir créer de façon abstraite les conditions du bonheur dans un pays est donc passablement illusoire tant ces conditions plongent dans l’histoire du pays et la longue durée. On peut presque dire que certains pays ne sont pas faits pour le bonheur…

Mais le Danemark fournit au moins quelques pistes sur ce qui fait qu’un pays est "heureux" (avec toutes les réserves qu'on peut y mettre : le bonheur est une notion propre à chaque individu)

Son approche est aussi intéressante - sur un autre plan - dans l’accompagnement relativement harmonieux et convivial (malgré d’inévitables moments de crispation) des aspirations nationales de ses territoires insulaires.

 

 

  

 

 

 

 Célébration du 75 ème anniversaire de la reine Margrethe (2015). La reine et sa famille saluent la foule depuis le balcon du palais d'Amalienborg.

Capture d'écran You Tube

 DRFGARDEN2nd

 https://www.youtube.com/watch?v=xGFsqv0_2_4

 

 

 

 

 Le prince héritier de Norvège, Haakon, et sa femme la princesse Mette-Marit, arrivent  au château de Christiansborg pour le dîner du 50 ème anniversaire du prince Frederik du Danemark.

Le roi de Norvège, Harald V, lors de son allocution pour le nouvel an 2016, s'est dit satisfait du multiculturalisme existant en Norvège. Ce attrait pour le multiculturalisme n'est pas partagé au Danemark, ni par la population, ni par la souveraine.

https://www.youtube.com/watch?v=p-982r2mH20