DES KATZENJAMMER KIDS

Á PIM, PAM, POUM

 

OU LES HÉROS NE MEURENT JAMAIS

 

 

 

TROISIÈME PARTIE

 

 

 

 

 

NOTA / Dans ce message, nous reproduisons plusieurs planches de bandes dessinées, en indiquant les sources sur internet quand nous avons pu les retrouver. Nous ignorons si nous avons le droit de le faire et nous supprimerons les images litigieuses à la pemière demande. Internet est une vraie mine et il serait dommage de ne pas en profiter.

 

 

 

 

Dans les années 30, les deux séries ont atteint une vitesse de croisière.

Pourtant elles vont encore évoluer sensiblement, dans leur contenu et aussi dans leur environnement professionnel.

Tout d’abord, regardons la bande de Dirks.

 

 

 

 DIRKS ET SES DOUBLURES

 

 

 

Dans les années 20, Rudolph Dirks eut des désaccords avec son syndicate (United Features syndicate).

Il abandonna momentanément (quelques mois sans doute) la bande et fut remplacé par Oscar Hitt, qui avait été l’auteur d’un plagiat de la série, Mama’s Darlings et d’une éphémère tentative de bandes quotidiennes (voir deuxième partie). Il est vraisemblable que Hitt « doublait » parfois Dirks sur la série. Puis Dirks reprit sa place.

  

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 Rudolph Dirks, assis à gauche, avec derrière lui George Herriman, le dessinateur de Krazy Kat, et des amis en 1921 dans l' Arizona. Lors de ses voyages, Dirks pouvait aussi satisfaire sa passion de la peinture.

 Article dans le journal  Der Spiegel On line, Comic-Pionier Rudolph Dirks: Mickys deutscher Großvater

 http://www.spiegel.de/fotostrecke/rudolph-dirks-erfinder-der-sprechblase-fotostrecke-107474-3.html

 

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Rudolph Dirks en 1925 avec son fils John et son père Johannes Heinrich, qui à son arrivée aux USA choisit de se faire appeler John Henry.

Article dans le journal  Der Spiegel On line, Comic-Pionier Rudolph Dirks: Mickys deutscher Großvater

 http://www.spiegel.de/fotostrecke/rudolph-dirks-erfinder-der-sprechblase-fotostrecke-107474-3.html

 

 

Dans les années 30, les éditeurs de journaux prirent conscience du fait que plus l’offre de bandes dessinées était forte, plus le lectorat était important. Il fallait donc augmenter le nombre de bandes pour attirer toujours plus de lecteurs, sans pour autant augmenter les coûts de pagination.

 

Les bandes quotidiennes en noir et blanc étaient déjà devenues une institution et les planches du supplément du  dimanche, toujours en couleurs, adoptèrent une nouvelle présentation.

La planche fut divisée dans un format un tiers-deux tiers. Le tiers supérieur (formé généralement de deux bandes, parfois trois), dénommé en raison de sa place topper, fut consacré à une bande complémentaire, tandis que la bande principale (la vedette) devait fonctionner sur un format plus court, normalement de quatre bandes.

Le principe était que la bande principale était toujours associée au même topper. Par contre rien n’obligeait les deux bandes à être du même auteur.

The Captain and the kids de Dirks se vit donc adjoindre en 1931 une série humoristique policière, Hawkshaw the detective, de Gus Mager (1878-1956), un dessinateur également de parents d'origine allemande. Celui-ci avait créé avant la guerre une série, Sherlocko the Monk, présentant un personnage de détective d'allure simiesque, qui devint  Hawkshaw the detective en s'humanisant. Puis Gus Mager interrompit sa série en 1921 et travailla avec Dirks sur The Captain and the kids. Enfin, Gus Mager reprit sa série comme topper en 1931. 

 

 

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 Hawkshaw the detective, série de Gus Mager, publiée en haut de page à partir de 1931.

 The comic Journal http://www.tcj.com/the-screwball-comics-of-gus-mager-hippos-monks-and-sherlock-holmes-1904-1947/

 

 

En 1932, Dirks eut à nouveau un désaccord avec son agence de publication, The United Feature syndicate. Il réclama une augmentation qui lui fut refusée. Il cessa alors de fournir sa planche du dimanche et (probablement en raison de l’arrangement commercial en cours), Gus Mager cessa aussi de fournir Hawkshaw the detective.

L’agence chargea alors Bernard Dibble, qui assistait Dirks sur la série, de produire à la fois la planche du dimanche du Captain and the kids et de reprendre la série topper. Son intervention dura du 1er mai 1932 au 31 décembre 1933 (Wikia La BD de Journal au Québec http://fr.la-bd-de-journal-au-quebec.wikia.com/wiki/The_Captain_and_the_Kids.).

La série parut-elle aux  USA sous le nom de Bernard Dibble ?

Ce fut le cas au Canada, comme le montre l'extrait ci-dessous :

 

 

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Un extrait de planche de la série (sous le titre Les Jumeaux du capitaine) parue dans Le Petit Journal de Montréal, du 21 juin 1936, sous la signature de Bernard Dibble. La planche daterait de 1933. Sous la planche de B. Dibble figurait, en position inversée par rapport aux pratiques américaines, la série Hawkshaw the detective.    .

ENCYCLOPÉDIE DE LA BANDE DESSINÉE DE JOURNAL AU QUÉBEC 1918-1988

http://fr.la-bd-de-journal-au-quebec.wikia.com/wiki/Les_Jumeaux_du_Capitaine_-_Le_Petit_Journal

 

 

 

Après plus d'un an d’absence, Dirks trouva un arrangement avec son agence (fut-il augmenté ?) et revint dans les journaux, en même temps que Gus Mager, l’auteur de la bande associée.

Après la seconde guerre mondiale, les topper disparurent progressivement.

 

Puis, une bande quotidienne de la série commença d’être publiée. L’auteur était Bernard Dibble, même si le titre indiquait la seule mention By Rudolph Dirks, conformément aux usages américains pour les dessinateurs ghosts, ou doubluresIl semble que la bande quotidienne dura du 1er octobre1934 à 1939 (Stripper's Guide http://strippersguide.blogspot.fr/2005_11_20_archive.html ), bien qu'il soit indiqué aussi qu'elle aurait débuté dès 1932 (cf Forum PIMPF http://www.forumpimpf.net/download/file.php?id=45844&mode=view, reproduisant la chronlogie figurant au n° 82 du Collectionneur de bandes dessinées, consacré à la série).

La bande quotidienne n'eut jamais le succès de la planche du dimanche.

 Bernard Dibble (1899-1961) anima diverses séries ( Lala Palooza, Iron Vic - un super-héros créé en 1940,  Molly the Model), sans jamais atteindre les premiers rangs de la bande dessinée.

 

 

 

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 Bande quotidienne du Captain and the kids, probablement de Bernard Dibble (bien que la bande porte la signature de Dirks).

Le Capitaine fait la leçon: qui a découvert l'Amérique ? Fritz (le brun - normalement !) donne à Hans la mauvaise réponse : Napoléon (sans doute prononcé à l'allemande), et Hans se retrouve puni.

Stripper's guide http://strippersguide.blogspot.fr/2005_11_20_archive.html

 

 

 

 

Si la bande quotidienne a débuté le 1er octobre 1934, comment expliquer le strip ci-dessous, daté du 21 avril 1934, trouvé sur un site de vente de dessins originaux ?  Le dessin est très vraisemblablement attribuable à Dirks. On peut penser qu'il a existé à partir de 1932 une bande quotidienne, peut-être composée en reprenant strip par strip les planches du dimanche, formant une histoire à suivre. La date de 1934 serait celle où la bande quotidienne est reprise par Bernard Dibble sous forme de gags isolés. Il s'agit d'hypothèses jusqu'à plus amples renseignements.

Notons que le copyright imprimé (ici case 1) figure curieusement sur toutes les planches originales - autographes donc -  qu'on trouve sur des sites de vente.

 

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Bande quotidienne (?) du Captain and the kids (21 avril 1934). L'auteur est très probablement Dirks lui-même. Le pirate Long John Silver et le roi de l'île sont présents. Il s'agit d'un épisode d'une histoire à suivre (une histoire de trésor volé) et non d'un gag isolé.

 Site de vente  Heritage Auctions. Rudolph Dirks The Captain and the Kids Daily Comic Strip Original Art dated 4-21-34 (United Feature Syndicate, 1934).  From the Martin Greim Collection.

 https://comics.ha.com/itm/original-comic-art/comic-strip-art/rudolph-dirks-the-captain-and-the-kids-daily-comic-strip-original-art-dated-4-21-34-united-feature-syndicate-193/a/7013-95464.s

 

 

 

 

UNE ÎLE HEUREUSE

 

 

 

 

En ce qui concerne le contenu de la bande de Dirks, la famille avait arrêté ses errances au début des années 30 et s’était fixée dans une île exotique, probablement au large de l’Afrique (si on juge par l’apparence des « indigènes » - quant à la faune, elle est passablement fantaisiste et présente des animaux exotiques de toutes les latitudes, sans compter les animaux domestiques, ces animaux intervenant fréquemment dans les farces des enfants). L'île appartient à un archipel dénommé semble-t-il, les îles Cannibales. On a pu aussi évoquer une localisation océanienne, du fait de l'environnement exclusivement insulaire - mais la population parait bien plus africaine (dans le sens évidemment d'une Afrique "pour rire") qu'océanienne.

L’équipage du bateau du Capitaine disparut progressivement de la bande, tandis qu’apparaissaient de nouveaux personnages, sans faire partie à proprement parler de la famille.

 

La série de Knerr suivit au même moment la même évolution.

 

Parmi les nouveaux personnages figurait le roi de l’île (dans la traduction française, le roi Bongo, comme on verra plus loin), plutôt brave type, ainsi que son épouse la reine. Il arrive que le monarque ait des ennuis diplomatiques avec des rois régnant dans d’autres îles – ce qui peut déboucher sur des guerres pour rire.

Aux USA, la présentation des indigènes faite par Dirks (ou Knerr) soulève parfois de la gêne actuellement, dans une société où le « politiquement correct » est devenu un dogme. A vrai dire on ne comprend pas pourquoi car aucun sentiment de supériorité raciale ne se manifeste dans la bande. Le roi et son peuple sont présentés comme vivant une vie proche de la nature avec seulement quelques aspects de ce qu’on appellera la vie à l’occidentale.

 

Dans les deux séries, le roi, qui porte pagne et couronne (la couronne est un emprunt aux symboles occidentaux – c’est aussi une astuce qui permet de le reconnaître), devient l’ami de la famille.

Il joue aux cartes avec le Capitaine et l’Inspecteur, comme eux il est amateur de cigares, de cidre et de boissons désaltérantes confectionnées avec de l’eau de Seltz.

 

Mama (Tante Pim) de son côté, aime prendre le thé avec la reine.

On peut remarquer que les « Blancs » sont tout de suite au diapason de la classe dirigeante indigène de l’île.

 

dirks le roi

 

Le Capitaine  a mis au point un plan pour échapper à Mama/Tante Pim  et aller jouer au poker avec ses amis le roi et l'Inspecteur/Astronome. Il demande à ses amis de venir le chercher et fait semblant de refuser (quand c'est le moment de nettoyer la maison, j'aide Mama et rien ne peut me distraire) et pour montrer sa résolution, il frappe l'Inspecteur à coup de balai puis vide la bassine d'eau sur le roi  et le chasse à coup de pied au derrière. Mama, d'abord contente de son attitude, trouve qu'il va trop loin (Remember he iss der kink - rappelle -toi que c'est le roi). Devant les inquiétudes de Mama, il décide d'aller s'excuser, même s'il récuse le mot (I go, but I wouldn't apolochize - apologize).  Il part donc retrouver ses amis tranquillement, sa ruse a fonctionné ("Mélangez les cartes, les amis, j'arrive !"), sauf que le roi et l'Inspecteur, furieux d'avoir été malmenés, l'attendent avec ce qu'il faut pour se venger.

Planche originale du dimanche de R. Dirks, 16 juillet 1939.

Site de vente Heritage Auctions. Rudolph Dirks The Captain and the Kids Sunday Comic Strip Original Art dated 7-16-39 (United Feature Syndicate, 1939).

https://comics.ha.com/itm/original-comic-art/comic-strip-art/rudolph-dirks-the-captain-and-the-kids-sunday-comic-strip-original-art-dated-7-16-39-united-feature-syndicate-19/a/7099-93742.s

 

 

 

Dans une série de planches, le roi part en vacances et confie sa couronne au Capitaine qui devient roi par interim. Il commence par faire jeter en prison l’Inspecteur qui s’est moqué de lui. La vie de roi n’étant pas de tout repos, le Capitaine, excédé par les soucis, retrouve le roi et lui rend sans ménagement sa couronne !

 

Les commodités modernes ne sont pas inconnues dans l’île : la famille communique avec le roi par téléphone. Les commerces sont sans doute assez rudimentaires mais il y a un marchand spécialisé dans les déguisements et farces et attrapes, ce qui est bien le moins dans une île où résident Hans et Fritz !

Finalement la famille trouve là l’univers idéal, mélange harmonieux entre une vie proche de l’état de nature et les quelques agréments de la civilisation qu’il serait bête de perdre.

 

Dans la série de Dirks, parmi les nouveaux personnages qui apparaissent figurent des commerçants ambulants, toujours prêts à vendre quelque chose soit au roi soit à la famille ou à d’autres habitants de l’île. Parmi eux le marchand indien Ginga Dun (une plaisanterie surtout perceptible dans le monde anglo-saxon avec le nom d’un personnage d’un poème de Kipling, Gunga Din, modeste porteur d’eau dans l’armée des Indes, méprisé par les soldats britanniques, qui donne héroïquement sa vie pour eux dans la bataille, les forçant à reconnaître qu’il était meilleur qu’eux).

 

Mais dans le monde de Dirks, personne n’est héroïque, tout le monde ne cherche qu’à vivre tranquille, heureux et oisif : l’oisiveté, bien loin d’être la mère de tous les vices, apparait dans la série comme la mère de tous les bonheurs. La  seule entorse à cette règle est bien entendu, le goût immodéré de  Hans et Fritz pour les bonnes plaisanteries, qui nécessite un investissement certain. Mais même les garnements se sont assagis et leurs blagues sont moins destructrices que par le passé. Souvent un climat de bonne entente règne entre tous les membres de la famille.

 

L’idéal de tout le monde est le farniente et les blagues ne sont que des interruptions bienvenues dans une vie insouciante qui font qu’on trouve plus de prix encore à la tranquillité et à la douceur de l’existence.

 

Il y a aussi quelques corvées inévitables auxquelles les membres masculins de la famille essayent de « couper ».

Quant à Mama, on pourrait certes critiquer le stéréotype féminin qui la définit, car dans ce monde où les mâles ont pour ambition d’en faire le moins possible, elle parait, elle, trouver tout son bonheur à cuisiner, faire le ménage et la lessive.

 

En récompense si on ose dire, elle régente tout son monde et les représentants masculins (le Capitaine, l’Inspecteur Hans et Fritz) n’en mènent souvent pas large quand Mama les convoque pour les grands travaux !

Une séquence montre Mama chassant à coup de balai le roi, le Capitaine et l'Inspecteur, occupés à jouer aux cartes.

Le roi aussi  perd beaucoup de son autorité devant sa femme !

Tandis que Mama et la reine prennent le thé, le pauvre roi est contraint par sa femme d'éplucher des patates. Le Capitaine et l'Inspecteur vont essayer de lui venir en aide, solidarité masculine oblige. 

 

 

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 Dans cette planche, le Capitaine surprend les enfants jouant aux dés avec des indigènes qui lancent les dés avec probablement les expressions habituelles chez les joueurs aux USA (Come sebben, come lebben). Il punit les enfants puis se met lui-même à jouer. Mama arrive et punit le Captaine, puis elle se met à jouer. Les enfants ramènent alors le Capitaine qui s'apprête à intervenir sur Mama.

Cette planche serait jugée politiquement incorrecte aujourd'hui, d'abord parce que le Capitaine en dernière case retrousse ses manches  - geste destiné à marquer son intention de "corriger" à son tour Mama - celle-ci l'ayant elle-même corrigé avec un coup de parapluie sur le derrière (Oudt of it, big boy - sors d'ici, grand enfant). Ensuite, parce qu'elle présente les indigènes comme des gens occupés à jouer ... Sauf que les Blancs ne demandent pas mieux que de jouer avec eux et l'ensemble de la série montre que les Blancs et les indigènes sont égaux quand il s'agit de ne rien faire ou de s'amuser.

 Planche originale du dimanche de R. Dirks.

 Référence internet non retrouvée.

 

 

 

Graphiquement le style de Dirks est caractérisé par la souplesse et la rondeur. Il reste néanmoins distinct du style de Knerr, qui est - généralement parlant - plus fini. Peut-être faut-il aussi noter des différences de mise en page, ainsi que la nature des gags, moins sophistiqués chez Dirks que chez Knerr.  Souvent le gag à proprement parler est remplacé par une situation amusante et qui donne à réfléchir.

On peut aussi remarquer que les planches de Dirks mettent peu de personnages en scène (parfois un seul) alors que celles de Knerr présentent souvent de nombreux personnages (le nombre des protagonistes principaux étant d’ailleurs renforcé chez Knerr comme on va le voir).

 

Les bandes de cette époque, de Dirks et surtout, de Knerr, traduites en France, furent celles qui y établirent la popularité de la série dans les quelques années précédant  la seconde guerre mondiale. La série de Knerr fut publiée dans Le journal de Mickey sous le titre de Pim, Pam, Poum, tandis que Junior publiait la série de Dirks sous le titre de Capitaine Fouchtroff  et Jumbo sous le nom de Capitaine Cocorico (les noms des divers personnages différaient d’une publication à l’autre).

 

Le titre Pim, Pam, Poum et les noms des personnages donnés dans la traduction parue sous ce titre, s’imposèrent.

Dès lors, à partir de maintenant, nous trouverons plus logique de désigner les personnages des deux séries par les noms qui se sont imposés en France : Mama devint Tante Pim, les enfants furent appelés Pam et Poum sans distinction bien claire entre les deux, l’Inspecteur fut nommé l’Astronome et le Capitaine, comme on sait, resta le Capitaine.

Quant à l’île, qui selon les sources disponibles, porte des noms différents dans la série de Dirks et celle de Knerr (ce qui est compréhensible), on la désigne en France, pour les deux séries, sous le nom d’île Bongo (on reparlera de ce nom).

 

 

 

 

 

 

TROUVER L’îLE SUR LA CARTE ?

 

 

Dieu bénisse ces îles avisées

... qui donnent à l'homme un asile.

Rudyard Kipling, The Broken Men (les hommes brisés) 1902

 

 

 

Il est assez caractéristique que les membres de la famille trouvent une forme de bonheur dans une île. L’île est un monde clos (mais pas complètement fermé). Pour les uns, l’île peut représenter l’enfermement, mais pour d’autres, sans doute plus nombreux, l’île est rassurante, c’est une sorte de home (au sens anglo-saxon de foyer confortable) étendu dont il est facile de connaître tous les endroits. Dans une île, on peut se sentir protégé des intrusions d’un monde extérieur peu agréable et le tenir à distance.

 

Certains ont émis des hypothèses sur la localisation de l’île. A vrai dire on voit mal pourquoi Dirks ou Knerr se seraient mis en peine de réalisme à ce sujet. Probablement bien peu d’îles réelles de l’époque auraient pu fournir un modèle à l’île Bongo (reprenons l’appellation courante dans les traductions françaises).

Mais l’association d’un décor africain et de personnages d’origine allemande a incité quelques curieux à se demander si l’île Bongo n’était pas à rechercher (pour l’amusement plus que pour autre chose) du côté des colonies allemandes d’Afrique.

 

Il y a à cela plusieurs objections : les personnages ne sont pas Allemands, mais germano-américains. Pourquoi iraient-ils s’établir dans les quelques colonies (ou protectorats) que l’Allemagne impériale avait réussi à constituer à la fin du 19ème siècle ?

Et surtout, au moment où la famille s’établit dans l’île Bongo (début des années 30), les colonies allemandes n’existent plus, l’Allemagne, vaincue après la guerre de 14, a dû les abandonner aux vainqueurs qui se les sont partagées.

Pourquoi donc nos germano-américains iraient-ils s’établir dans d’anciennes colonies allemandes, dont évidemment les quelques colons allemands étaient partis au changement de domination ?

 

Mais il existe au moins une de ces colonies où une population allemande d’une certaine importance s’était établie et où elle est restée.

C’est l’ancienne Afrique du Sud-ouest allemande (Deutsch-Südwestafrika) qui après 1918 fut placée sous mandat de l’Afrique du sud (elle-même constituant à l’époque un dominion autonome de l’Empire britannique), sous le nom d’Afrique du Sud-ouest.

L’Afrique du Sud conserva son mandat contre vents et marées et ne modifia pas grand-chose à l’organisation du pays, de sorte que les colons allemands continuèrent à être la classe dominante, rejoints par des Afrikaners (population d’origine néerlandaise d’Afrique du sud) et quelques Portugais. Finalement, après une période de guerilla contre le pouvoir sud-africain (lui-même à l’époque sous le régime de l’apartheid), et après ralliement des minorités blanches à l’indépendance, le pays devint indépendant en 1990 sous le nom de Namibie.

A son indépendance, le pays a adhéré au Commonwealth et a choisi l’anglais comme seule langue officielle.

 

Bien que le gouvernement du pays soit maintenant le reflet de la majorité noire, la population blanche, essentiellement d’origine allemande, a conservé ses propriétés et une part de son influence. « L'allemand est … parlé, à des degrés divers, en Namibie, par au moins 100 000 personnes » (Wikipedia).

Mais ne cherchons pas vraiment la localisation de l’île Bongo sur la côte de Namibie ou de l’ancien Sud-ouest africain (dont le littoral n'est d'ailleurs pas riche en îles et l'ensemble du pays, plutôt désertique, ne ressemble pas au "paradis tropical" qu'on pourrait imaginer). 

Signalons quand même qu'une localité de Namibie s'appelle... Katzies.

D'autres ont évoqué la côte africaine opposée pour pour situer l'île, du côté du littoral de l'ancienTanganyika ou de Zanzibar (les Allemands avaient aussi eu des possessions en Afrique orientale, récupérées ensuite par les Britanniques).

Notons également que les héros des deux séries parallèles n’ont jamais affaire à une administration coloniale – l’île qu’ils habitent ne parait pas connaitre d’autre administration que celle du roi (étant précisé que dans les colonies et protectorats de l’époque, de nombreux rois indigènes restaient en place, jouant un rôle de relais entre les populations et la puissance dominante).

Il a plu à nos auteurs d’imaginer un territoire où les règles contraignantes de la vie sociale occidentale seraient presque absentes, dans un cadre naturel agréable mais qui n’est pas celui d’une véritable île tropicale, sans chercher de modèle existant ou de justification réaliste à cette création.

Finalement quelques îles polynésiennes ou mélanésiennes plus qu’africaines présentaient sans doute un type de société et d’environnement naturel compatible avec ce qui est décrit par la série. Les lecteurs américains pouvaient notamment penser aux îles Hawaii qui avaient constitué une monarchie indépendante jusqu'au moment où les Américains installés sur place (commerçants et missionnaires) avaient favorisé le renversement de la monarchie et l'annexion par les Etats-Unis.

Comme on le verra, un des derniers avatars de la série, bien après la disparition de Dirks et de Knerr, sera de situer plus clairement l’action dans une Polynésie fantaisiste.

 

 

 

Logo

 

 Un numéro d'avril 2018 de l'Allgemeine Zeitung (mot à mot : journal général - un titre qu'on trouve aussi en Allemagne) quotidien  publié en langue allemande en Namibie. Le titre du journal, qui a fêté ses 100 ans en 2016,  était jusqu'il y a quelques années écrit en caractères gothiques. Sur la photo illustrant l'article de haut de page, des personnages costumés symbolisent la ville de Windhoek (capitale de la Namibie), peut-être pour le carnaval.

https://www.mysubs.co.za/magazine/product/905210

  Les curieux peuvent se reporter au site du journal https://www.az.com.na/

 

 

 

 

 

DU CÔTÉ DE KNERR

 

 

 

 

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Harold Knerr vers 1940.

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http://www.flickriver.com/photos/93779577@N00/tags/1940s/

 

 

 

Comme on l’a dit, la série de Knerr, qui porte toujours le nom d’origine de The Katzenjammer kids, a suivi une évolution parallèle à celle de Dirks.

La famille se fixe au début des années 30 dans un archipel de style africain, dénommée  Squee-Jee dans la version originale, et à partir de là n’en bougera plus.

Ce qui distingue Knerr de Dirks parait être un talent supérieur dans deux domaines :

 

- d’une part, une plus grande habileté à inventer des gags : les tours des garnements (Pam et Poum, bientôt rejoints par Adolphe – mais les adultes se risquent parfois à imaginer des tours) présentent souvent un montage complexe, à plusieurs étages, produisant des effets inattendus qui peuvent se retourner contre les auteurs de la plaisanterie, ce qui fait qu’à la fin de la planche, le gag du début a provoqué non pas un, mais deux ou trois effets différents. Ou encore deux tours différents émanant de protagonistes différents entrecroisent leurs effets de façon inattendue.

-d’autre part, un style de comédie plus marqué dans les dialogues et les attitudes des personnages, une plus grande drôlerie.

 

Prenons le roi. Chez Dirks, c’est plutôt un brave type, qui vit de façon ordinaire ; ses relations avec la famille paraissent assez égalitaires.

Chez Knerr, c’est un personnage snob, imbu de sa personne, souvent sarcastique et qui marque volontiers sa supériorité sur son entourage.

Il porte le monocle (le port du monocle était un usage fréquent dans la haute société de l’époque, du moins dans l’image qu’on s’en faisait). Le roi a donc adopté ce marqueur de distinction sociale. Il est également souvent habillé avec un haut de frac, des guêtres, un plastron

 

Dans une planche, le roi et le Capitaine sont partis pêcher sur un lac. Seul le Capitaine rame. Pam et Poum ouvrent des écluses, ce qui a pour effet de vider le lac. Le Capitaine s’aperçoit que le niveau de l’eau baisse et demande au roi de ramer pour l’aider à ramener le bateau tant qu’il en est encore temps. Le roi s’esclaffe en tenant son monocle : Etes-vous fou ? Un roi ne rame pas.

La dernière image montre le Capitaine, dégoûté, marchant dans la boue du lac asséché avec le roi sur son dos, qui le menace : Faites attention, si je tombe, je vous fais cuire au court-bouillon.

Car le roi manifeste de temps en temps, dans le langage, un vieil atavisme anthropophage (de quoi susciter les critiques des amateurs de politiquement correct).

 

Le roi est séduit par tout ce qui flatte son snobisme. Nous le voyons à cheval,  avec une meute de chasse à courre, accompagné par le dresseur des chiens qui se vante de ses clients dans l’aristocratie. Pam et Poum feront tourner la partie de chasse en fiasco.

Le plus souvent, le roi est assis en plein air près d’un guéridon où se trouve l’inévitable siphon d’eau de Seltz, prêt pour une partie de cartes avec ses amis ou pour écouter les offres mirifiques d’un vendeur ambulant – mais attention à sa susceptibilité. Ceux qui n’y ont pas assez d’égards se retrouvent au pilori ou derrière les barreaux de la prison royale (généralement à la suite de l’intervention de Pam et Poum).

 

 

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 Dans cette planche, le Capitaine est invité par le roi de l'île à assister au défilé des troupes. Le secrétaire d'état à  la guerre pense avoir neutralisé les garnements qui s'étaient permis de le viser au lance-pierre. Lui, le Capitaine et le roi trinquent (le Capitaine porte la santé à l'allemande : Prosit). Puis le secrétaire d'état prend congé du roi en lui demandant s'il le verra plus tard sur le terrain de golf (the links). Les enfants vont prendre leur revanche.

Knerr sera ensuite plus discret sur l'organisation étatique de l'île qui parait ici assez poussée (plus que chez Dirks).

Planche originale, 5 janvier 1935 (King Features Syndicate, 1935).

Site de vente Heritage Auction

https://comics.ha.com/itm/original-comic-art/comic-strip-art/harold-h-knerr-original-art-for-the-katzenjammer-kids-sunday-dated-1-5-35-king-features-syndicate-1935-the-katzenjamm/a/809-4048.s 

 

 

Les dialogues sont souvent narquois et ironiques : ainsi Pam et Poum, préparant une farce, font une citation : comme l'a dit Shakespeare, l'ail, s'il portait un autre nom, sentirait-il moins fort ? Evidemment ce n'est pas une citation de Shakespeare (même si celui-ci a dit quelque chose de semblable, mais à propos de la rose !), mais cette fausse citation ajoute à l'amusement. Knerr la reprendra d'ailleurs, un peu modifiée, dite cette fois par Adolphe.

 

L’île a l’air plus peuplée et disposant de plus de commodités chez Knerr que chez Dirks. Mais il s’agit peut-être d’une impression due à la date des bandes présentées. Dans les bandes de Knerr et ses successeurs d’après la deuxième guerre mondiale, l’impression de modernité se renforce et l’île vit à peu près au diapason du monde « civilisé » (on écoute la radio, puis on regarde la télé). En 1948, une planche de Knerr montre un chauffagiste noir (en salopette bleue mais pieds nus) installant l'air conditionné chez Tante PIm.

Il est intéressant de noter que quand Knerr a besoin de faire intervenir des personnages secondaires (ce qui est plus fréquent que chez Dirks), ce sont souvent (mais pas toujours) des Blancs.

Knerr a introduit dans la série des personnages épisodiques, comme le petit noir (un pygmée) Makoko, qui rivalise avec les garnements en matière de farces. Mais les planches avec Makoko ne sont pas les meilleures.

Le talent pour la comédie de Knerr et son goût pour les gags à étages allait être accru par l’introduction dans la série de trois nouveaux personnages permanents.

 

 

A partir de 1926, la série de Knerr a aussi été affectée par le nouveau découpage des pages du dimanche au format un tiers-deux tiers. Cette fois la série topper fut du même auteur que la série principale. Knerr (sans doute moyennant un supplément de salaire, on l’espère pour lui) diminua donc le format des Katzenjammer et créa une série intitulée The Dinglehoofer and their dog (Les Dinglehoofer et leur chien - le titre a un peu varié dans le temps).

 

Cette série mettait en scène Mr. Dinglehoofer, un sympathique et rondouillard célibataire d’origine allemande (encore !), son chien, un bouledogue nommé Adolph, et Tad, un orphelin qui viendra plus tard vivre avec eux.

On voit que Knerr, bien que lui-même né aux USA, était aussi fidèle à son origine que Dirks. Ce qui est plus étonnant, c’est que les éditeurs aient accepté une série jouant sur l’humour ethnique, qu’on aurait pu croire passé de mode. Mr Dinglehoofer prononce l’anglais avec un fort accent allemand (mais à cela près, il parle correctement anglais).

Knerr paraissait avoir beaucoup d’affection pour cette série (qui était proprement sa création).

En 1936, le nom du chien, Adolph, devenait gênant compte tenu de la place prise par un autre Adolph sur la scène internationale. Knerr imagina qu’Adolph était adopté par une autre famille tandis que les Dinglehoofer accueillaient un nouveau chien, un basset nommé Schnapps.

 

Il arrive parfois de lire que dans la série The Katzenjammer kids il y avait à un moment un chien, Adolph, qui a disparu – c’est une confusion avec la série The Dinglehoofer and their dog (mais par contre, on trouvera dans la version des Katzenjammer kids traduite en français, un personnage nommé Adolphe, comme on va le voir !).

Knerr poursuivit sa série complémentaire jusqu’à sa mort en 1949.

Celle-ci fut pratiquement inconnue en France (quelques planches furent publiées sous le nom de Les Durondib et leur chien Adolphe, dans le Journal de Mickey et dans Hop-là, avant guerre, puis encore dans le Journal de Mickey nouvelle série, en 1952).

 

 

 

 

LE COUP DE GÉNIE DE HAROLD KNERR

 

 

 Le  22 mars 1936, deux nouveaux  personnages apparaissent dans la série de Knerr.

 

Un vieil ami du Capitaine, le professeur Fozzil (Fossil, avec l'accent allemand), amène pour un séjour sur l’île sa nièce, Léna, qui a l’âge de Pam et Poum, et  la gouvernante de cette dernière, Miss Twiddle (que la version française appellera finement Miss Ross, nom que nous lui donnerons).

L'ami du Capitaine, qui est lui aussi d'origine germanique, présente ainsi les nouveaux arrivants : Diss iss my niece, Lena, und her governess, Miss Tviddle.

 

Manifestement Miss Ross a tout de la maîtresse d’école anglaise (telle qu’on l’imagine, évidemment, à l’époque) : lunettes, chignon, physique anguleux (contrastant avec l’allure rondouillarde des autres personnages), haute idée de ses capacités, conviction que son devoir est de répandre la culture et la bonne éducation dans son entourage. Elle fait preuve d’un optimisme permanent, si bien qu’on n’arrive pas à la trouver antipathique. De plus, les épisodes suivants montreront que Miss Ross n’est pas dépourvue de fantaisie. Elle sympathisera naturellement avec tante Pim, pourtant bien différente d’elle.

 

C’est probablement par coïncidence que Knerr a choisi pour un de ses nouveaux personnages le nom de Léna : on se souvient que c’était le prénom de Mama (la mère des enfants, Tante Pim dans la version française) dans les plus anciennes bandes de Dirks au début du siècle. Notons qu’en anglais, Lena ne prend pas d’accent (mais il y en a normalement un dans la version française, que nous suivrons).

 

La première version dessinée de Léna montre une petite fille suffisamment jolie pour provoquer une réaction inattendue chez Pam et Poum : les deux frères, jusque là unis –sauf quand une mauvaise blague retombait en punition sur un seul d’entre eux, ce qui refroidissait leurs relations pour un moment- se retrouvent rivaux et chacun cherche à plaire à Léna et à passer avant l’autre dans ses bonnes grâces jusqu'à se battre dans la boue. 

Léna sera-t-elle le bourreau des cœurs de l’île ? La paire inséparable formée par Pam et Poum va-t-elle se briser ?

Knerr semble avoir vu le danger de dénaturer la série.

 

 

1ère apparition lena et miss twiddle

L'arrivée de Léna et Miss Ross (Miss Twiddle dans la version originale), planche (probablement originale) du 22 mars 1936.

article du 17 mars 2016, Comics Kingdom, Ask the Archivist: KATZ KAST

http://comicskingdom.com/blog/2016/03/17/ask-the-archivist-katz-kast

 

PPP j de mickey

 L'édition française de la planche ci-dessus (moitié inférieure), parue dans Le Journal de Mickey,1936. Noter la disparition de la 1ère case  du dernier strip de la planche originale et la réduction des cases en largeur, mais leur augmentation en hauteur.Il serait intéressant de comparer avec la planche parue dans la presse américaine. 

Vente e-bay de l'album du Journal de Mickey n° 2 (recueil annuel du n° 54 au n° 103, 1935-36).

 

 

En quelques planches, le physique de Lena se modifie et prend son allure permanente : jolie mais sans plus, elle cesse de perturber les garnements qui vont découvrir son caractère de sainte-nitouche et l’intégrer à leurs plaisanteries, parfois en complice et parfois en victime.

Knerr présentera souvent Léna avec une sucette à la bouche, un peu distante, désapprouvant les blagues des garnements en bonne élève de Miss Ross, sans pour autant les dénoncer (contrairement à son attitude du début, volontiers « rapporteuse »), parfois faisant en sorte que la blague se retourne contre eux. Contrairement aux garnements qui font souvent des blagues pour le seul amour désintéressé de la plaisanterie, Léna échafaude parfois une ruse pour en tirer un avantage, par exemple garder un gâteau pour elle seule. Elle est plus retorse qu’il n’y parait au premier regard.

Arrivés a priori pour un court séjour, Léna et Miss Ross s’agrégeront sans peine à la famille et il ne sera plus question pour eux de repartir.

 

L’arrivée du troisième personnage va donner plus d’épaisseur aux deux nouveaux venus.

Quelques mois après l’arrivée des deux premiers, un avion dépose dans l’île un ancien élève de Miss Ross que celle-ci veut à tout prix présenter à ses amis comme sa plus belle réussite. Ce jeune prodige porte le nom de Rollo Rhubarb (le nom de famille ne sera plus guère cité ensuite) et la version française l’appellera Adolphe.

 

Adolphe porte une tenue bien reconnaissable du public américain de l’époque, celle du parfait élève d’une public school anglaise, type Eton ou Harrow. Il porte un canotier et une canne  (il s’en débarrassera ensuite) une veste courte noire, un pantalon clair, des souliers vernis et pointus, un noeud papillon, un col empesé rabattu, son visage est avenant avec des cheveux bouclés blonds. Son physique se modifiera un peu après pour prendre une physionomie plus ouvertement prétentieuse ou sournoise.

 

Il était difficile de ne pas attribuer à Adolphe une origine britannique, comme pour Miss Ross et il semble que Knerr se soit inspiré du jeune acteur Freddie Bartholomew, justement britannique, qui jouait dans des films à succès de l’époque et notamment dans une nouvelle version du Petit Lord Fountleroy (voir notre première partie) où il apparait en tenue d’élève de public school.

 

 

 1ere apparition adolphe

 L'arrivée d'Adolphe (Rollo dans la version d'origine), planche du 15 novembre 1936.

Les réactions de chacun sont caractéristiques (case 2):

Miss Ross : Voici Adolphe (Rollo), mes amis. Mon élève le plus récompensé. Il a gagné tous les prix aux tests d'intelligence de ma classe de psychologie. 

Tante Pim : Ach ! n'est-il pas mignon ?

L'Astronome : Il a l'air d'un petit gentleman (liddle chent , sans doute little gentleman ?).

Pam et Poum : Je parie que c'est une poule mouillée (a sissy).

Reproduction dans l'article du 17 mars 2016, Comics Kingdom, Ask the Archivist: KATZ KAST

http://comicskingdom.com/blog/2016/03/17/ask-the-archivist-katz-kast

 

 

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Le jeune acteur Freddie Bartholomew, dans le film Le Petit Lord Fauntleroy (Little Lord Fauntleroy) réalisé par John Cromwell, produit par David O. Selznick (1936).

Un modèle pour Adolphe/Rollo ?

 https://www.dvdtalk.com/reviews/56057/little-lord-fauntleroy-kino-classics-remastered-edition/

 

 

 

Dans les premières planches où il est présent, Adolphe met en échec les farces des garnements, ce qui lui vaut les éloges des adultes. Mais il apparait vite que lui aussi est un farceur, dans le style hypocrite, qui s’arrange pour faire punir les autres à sa place. Dès lors son rôle est trouvé, Adolphe est prétentieux, très content de lui-même et faux-jeton ; ses farces visent tout le monde et il ne répugne à se faire de l’argent de poche en dénonçant auprès des adultes les manigances de Pam et Poum,  qui deviennent ses ennemis intimes.

Le lecteur rit de bon coeur quand Adolphe est pris à ses propres tours, mais il arrive qu’il soit gagnant.

 Au fil des planches, Léna et Adolphe deviennent plus élancés, plus pré-adolescents, alors que Pam et Poum gardent un physique plus enfantin, même si aucune différence d'âge n'est suggérée.

Léna est dans une position variable par rapport aux uns et aux autres : parfois complice d’Adolphe, parfois de Pam et Poum, ou du côté des adultes, ou encore se tenant dans une prudente neutralité. Elle n’est vraiment la cible de Pam et Poum qu’en représailles, pour la punir d’avoir pris le parti d’Adolphe ou des adultes.

Les trois nouveaux personnages ne parlent pas le langage anglo-germanique de la famille et il est même probable qu’ils parlent un anglais assez châtié (surtout miss Ross et Adolphe).

Ils apportent du sang neuf à la série et quelque chose de moderne, à l’image de l’arrivée en avion d’Adolphe. La présence des deux enfants supplémentaires a certainement rendu la série plus ludique pour le jeune public et même pour les adultes.

 

  1938

 Planche du 18 décembre 1938.

Adolphe (Rollo) et Léna ont maintenant leurs caratéristiques physiques permanentes. Adolphe déjoue la farce de Pam et Poum qui lancent par la cheminée un chat sauvage. Adolphe, avec la table à repasser de Miss Ross, fait tremplin pour renvoyer le chat à ses expéditeurs. Mais le chat rattrapé par l'un des enfants, repart dans la cheminée quand Adolphe ne l'attend plus, trompé par les pseudo-cris de douleur de Pam et Poum. Adolphe et Léna n'ont pas d'autre solution que de se réfugier dans la cheminée, protégés par l'écran pare-feu, tandis que le chat n'a pas l'air de vouloir s'en aller. Pam et Poum s'amusent à donner des conseils ironiques à Adolphe : Gif him a kiss, Rollo, he lufs you - Embrasse-le, Rollo, il t'aime. Léna laisse échapper son agacement contre Adolphe qui se félicitait tout à l'heure de son intelligence  (brains): En parlant d'intelligence, jeune homme, c'est heureux pour toi que j'ai eu assez de bon sens pour trouver ce refuge.

On voit le Capitaine qui s'apprête à intervenir.

http://comicskingdom.com/katzenjammer-kids-sundays

 

 

 

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Extrait d'une page du dimanche en couleurs, The Los Angeles Examiner, 15 octobre 1939.

Presque tous les protagonistes sont réunis : Pam et Poum, le Capitaine, l'Astronome, Tante Pim, Léna, Miss Ross, Adolphe.

Pam et Poum font fonctionner un bateau à aubes avec l'aide d'un éléphant. Adolphe, jaloux de leur succès, décide de s'en mêler et d'effrayer l'éléphant avec une souris.

En haut, la série topper, Dinglehoofer und His Dog

Vente e-bay.

 

 

 

 

 

BONGO OR NOT BONGO

 

 

Un point de détail. On dit parfois que l’île où résident nos personnages fut appelée Bongo dans la traduction française, mais qu’elle s’appelle l'ïle des Cannibales  dans la version Dirks et Squee-Jee dans la version Knerr.

Dans la planche que nous reproduisons plus haut de la première apparition de Lena et de Miss Twiddle/Ross, le professeur  ami du Capitaine demande à celui-ci si tout va bien sur les îles Squee-Jee (qu'il prononce à l'allemande !)    .

Mais dans la planche (version originale) présentant la première apparition de Rollo/Adolphe, dans la première case, quelqu'un dans l'avion dit : We will land here, Jerry, this must be Bongo Island ! (nous allons atterrir ici, Jerry, ce doit être l'île Bongo).

De plus, dans l’album Pim, Pam, Poum, Michel Lafont éditeur, publié en 2013, l’introduction reproduit une planche de Peter Welles (version d’origine) des années 50, qui montre la famille partant pique-niquer à l'intérieur de l’île; le titre de cette histoire en plusieurs pages est  In the heart of Bongo (au coeur de Bongo).

Une solution à l’énigme: chez Knerr, les îles  Squee-Jee  sont un archipel, dont fait partie l’île Bongo, qui est celle où réside la famille.

Enfin,  dans les traductions françaises de la version de Dirks (par exemple dans les petits volumes publiés par Dupuis dans les années 60 dans la collection Gag de Poche), le roi de l’île est…le roi Bongo. Mais selon le blog italien consacré à la série https://www.bambinietopi.it/2014/08/bibi-e-bibo-katzenjammer-kids-dirks-knerr.html, dans la série originale de Dirks, le roi s'appelle roi Pinochle, du nom d'un jeu de cartes américain en vogue à l'époque.

 Et dans la série de Knerr, le nom du roi est Bongo . La bande ci-dessous en témoigne :

Le Capitaine est sujet à des crises de goutte. Miss Ross lit un article qui insiste sur le rôle de  l'imagination dans certains phénomènes physiques. Une plaisanterie de l'Astronome sur la goutte entraîne une vigoureuse réaction du Capitaine, ce qui donne une idée aux garnements. Ils  écrivent une lettre soi-disant du roi Bongo, qui invite le Capitaine à venir au palais pour une partie de pinochle (le jeu de cartes dont on a parlé). Ils mettent sur son chemin des inscriptions avec le mot "gout" (goutte en anglais),  un perroquet qui répète "gout ! gout !" , une vache aux pieds bandés. Le Capitaine, qui craint d' attraper la goutte par la force de la suggestion, comprend qu'il est victime de Pam et Poum.

Chez Knerr, le roi porte donc le même nom que l'île.

 

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Les garnements écrivent au Capitaine une lettre présentée comme de la part du roi Bongo. A noter la réponse que le Capitaine demande de faire au roi (case 4): Dites au grand singe (big ape) que je viens direct !

Faut-il ici parler de racisme ? Dans la série de Knerr (et celle de Dirks probablement), le Capitaine et l'Astronome  utilisent fréquemment l'un envers l'autre des appellations péjoratives basées sur l'apparence physique comme "minus", "crevette", "nabot", "gros phoque", "vieux cachalot". Les termes utilisés ici ne sont pas de nature différente. Et si le Capitaine (et Knerr avec lui) était raciste, serait-il logique qu'il se précipite pour jouer aux cartes avec le roi ? Il est probable que rééditer une planche comme celle-ci sans modifier les expressions (aussi bien aux USA qu'en France), serait difficile.

La planche reproduite ici n'est pas complète.

Site suédois Serienett

http://serienett.no/serienett/enda-mer-katzenjammer/

 

 

 

KNERR, MAÎTRE DE L’HUMOUR

 

 

 

 

 

Une analyse de quelques  planches de Knerr (version d'origine ou version française) nous permettra de mettre en évidence les qualités de Knerr. Malheureusement les planches ne peuvent pas être reproduites à leur taille d'origine pour apprécier comme il convient les détails et les textes (en cliquant sur l'image, elle apparait dans une fenêtre et est parfois agrandie, mais pas dans tous les cas).

 

Tout d'abord, sur le plan de l'organisation de la planche, on peut constater que Knerr, à partir du moment où le modèle de la page avec la série topper a été adopté,  a utilisé une organisation en trois ou quatre bandes. Vers la fin de son activité, il semble avoir préféré les planches en trois bandes (mais voir-ci-dessous en fin de chapitre un exemple de planche en quatre bandes de 1942).Les planches en trois bandes, contenant 9 cases en moyenne (rarement 10 - voir ci-dessus la bande avec le gag du chat sauvage de 1938), permettent des cases plus grandes et mieux finies. Ces variations dépendaient probablement du scénario de l'histoire, qui exigeait plus ou moins de développement.  La série topper comptait deux bandes en général, parfois trois. Il existait aussi une normalisation  du découpage en cases,  permettant aux éditeurs d'utiliser les planches dans d'autres formats.

Enfin, dans les éditions françaises, le format d'origine devait être modifié pour s'adapter au format de parution (par exemple dans les moyens formats des magazines Pim, Pam, Poum des années 50 et 60, très différents du grand format des planches parues dans les suppléments du dimanche des journaux américains), ce qui pouvait entraîner la suppression d'une case.

 

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 Planche extraite de l'album Pim, Pam, Poum, collection Les classiques de l'humour, éditions Vents d'Ouest, 1993. Première parution française probablement dans les magazines Pim, Pam, Poum des annes 50 ou 60.

 

Examinons la première planche (ci-dessus). D’abord le contexte : le Capitaine et l’Astronome se mettent sur leur trente-et-un car ils sont invités par le roi. Le Capitaine vient de prendre une douche et va mettre son habit de soirée, l’Astronome peigne sa barbe devant un miroir sur pied.

Pendant ce temps, Adolphe a mis au point une farce élaborée. Sous les yeux de Léna, il a coincé le chapeau de l’Astronome (sans lequel celui-ci ne pourrait décemment sortir, surtout pour une soirée habillée !) sous le pied d’un guéridon, sur lequel il charge toute la vaisselle de Tante Pim. Pam et Poum, par la fenêtre, ne perdent rien de la scène.

 

Avant d’aller s’habiller, le Capitaine se sert une rasade de boisson confectionnée avec le siphon d’eau de Seltz. Ce siphon est un grand classique de la série. L’eau de Seltz (d’origine allemande, d’ailleurs) était de l’eau gazeuse fabriquée au moyen d’un siphon. Elle servait à confectionner des boissons alcoolisées : whisky-soda ou gin-tonic, boissons favorites à l’époque des « coloniaux », notamment  de l’Empire britannique, dont l’existence présumée nonchalante était présente dans l’imaginaire américain. Dans la série, les adultes boivent fréquemment du cidre mais on peut supposer qu'ils ne refusent pas un alcool plus fort quand l’occasion se présente.

Mais le siphon d’eau de Seltz a une autre utilité : il permet de diriger un jet puissant sur les nuisibles et le Capitaine, notamment, ne se gêne pas pour arroser les enfants, voire l'Astronome. Le siphon d’eau de Seltz est presque un personnage à part entière de la série, comme les cages roulantes, les chats sauvages ou le pot de glu.

 L’Astronome est catastrophé en découvrant que son chapeau est coincé, d’autant que le roi a dit qu’il ferait cuire les retardataires au court-bouillon.

Transpirant, il entreprend de démonter l’échafaudage de vaisselle qu’il passe au Capitaine, hilare et toujours en caleçon, qui l’aide nonchalamment. Les plats enlevés sont posés sur une table où Pam et Poum les récupèrent depuis la fenêtre sans se faire voir.

Enfin, le guéridon est déchargé et l’Astronome peut reprendre son chapeau tandis que le Capitaine se dépêche pour aller s’habiller dans la pièce voisine. C’est pour constater que la même farce est reproduite à ses dépens : son pantalon et son habit de soirée sont coincés sous un autre guéridon chargé de vaisselle. Au fur et à mesure que l’Astronome et le Capitaine débarrassaient le premier guéridon, Pam et Poum ont pris la vaisselle pour en charger un second guéridon.

De plus, une affiche est placée sur la vaisselle : Capitaine, j’ai caché tous vos autres vêtements, et c’est signé Adolphe.

 

Evidemment les auteurs de l’affiche sont Pam et Poum qui, après tout, ne font que dénoncer celui qui a eu la première idée de la farce -  certes il est peu vraisemblable qu’Adolphe se dénonce lui-même, mais un peu de confusion supplémentaire ne peut pas faire de mal.

Cette fois-ci c’est au Capitaine d’être catastrophé et à l’Astronome d’avoir le sourire en lui rappelant la menace du roi : Rappelle-toi : cuit au court-bouillon …

Depuis leur fenêtre, Pam et Poum s’esclaffent.

 

 La planche est un exemple de farce à double effet : utilisée la première fois par Adolphe pour piéger l'Astronome, elle est reprise par Pam et Poum pour pièger le Capitaine et incidemment Adolphe, qui est dénoncé par une affiche comme auteur de la farce.

Le gag implique 6 personnages, distribués en trois couples :

- les victimes (L'Astronome et le Capitaine),

- deux couples de  farceurs : Adolphe et Léna (celle-ci en observatrice seulement) et Pam et Poum.

Ajoutons un personnage invisible : le roi, dont l'invitation est le prétexte de la farce et dont les menaces ajoutent un ingrédient supplémentaire au gag : les victimes ne doivent surtout pas être en retard !

 Au-delà du gag lui-même, on a une vraie scène de comédie  grâce aux dialogues et aux attitudes des personnages :

- l'assurance du Capitaine qui reste permanente, depuis la case 1 où il se sert tranquillement une rasade d'eau de Seltz, jusqu'au moment où il est  lui aussi victime de la farce. Il prend à la rigolade la farce faite à l'Astronome ("c'est ton chapeau, oh! oh!"), ajoute au stress de ce dernier ("doucement, c'est le service en porcelaine de Tante Pim", "si tu casses une soucoupe, je ne donne pas cher de ta peau"). Il aide de façon désinvolte l'Astronome à débarrasser le guéridon et se moque de lui ("je t'ai bien aidé, hein crevette ?", "tout est bien qui finit bien, minus").

L'Astronome peut lui rendre la monnaie de sa pièce quand le Capitaine est à son tour victime de la farce : "Dépêche-toi, gros phoque...cuit au court-bouillon, eh! eh!"

 De leur côté, Léna et Adolphe ont des attitudes différentes : Léna qui ne participe pas vraiment à la farce, son habituelle sucette à la bouche, trouve qu' Adolphe se donne beaucoup de mal pour rien. Celui-ci est prêt à dépenser beaucoup d'énergie dans une bonne farce : "Que veux-tu, j'ai le sens de l'humour".

Quant à Pam et Poum, ils voient rapidement comment tirer profit de la farce imaginée par Adolphe. Leur présence  silencieuse mais hilare à la fenêtre en dernière case est en quelque sorte leur signature de la farce.

 

  

 

La planche ci-dessous (version française) est aussi un exemple de gag à double effet.

Pam et Poum subtilisent dans sa poche l'agent gagné aux cartes par l'Astronome et le remplacent par des papiers auxquels ils mettent le feu.

Adolphe qui a assisté à leur tour, fait de même, il prend l'argent dans la poche d'un des frères et le remplace par des papiers auxquels il met le feu.

Mais un des frères réalise qu'Adolphe est caché derrière le rideau : il le démasque. L'argent tombe par terre au moment où Tante Pim, Miss Ross et Léna font leur entrée. Tante Pim, en bonne ménagère, s'empare de l'argent. Il est maintenant perdu pour l'Astronome, tandis que les trois auteurs de la double farce subissent la traditionnelle fessée qui termine souvent les gags

 

 

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 Reproduction d'une planche parue en 1938 dans le Journal de Mickey  (d'après la rubrique 9ème art du journal Spirou n° 1398 du 28/01/1965 - bien qu'on puisse avoir un doute sur l'indication "parue en 1938 dans le Journal de Mickey"  - les parutions dans le Journal de Mickey d'avant guerre étaient en couleurs et la présentation différente, voir quatrième partie...).

Planche retrouvée sur le sujet  Pim, Pam, Poum, sur le très bon forum de bandes dessinées, Lefranc, Alix, Jhen (consacré essentiellement aux personnages de Jacques Martin mais abordant tous les aspects de la bande dessinée)

 http://lectraymond.forumactif.com/t909p125-the-katzenjammer-kids-pim-pam-poum

 

 

 

La comparaison avec la version d'origine (ci-dessous) est pleine d'intérêt.

On peut voir que dans la version publiée en France, la planche a été remontée et la première case a disparu.

La version française escamote la plupart des dialogues (dans la première case, l'Astronome explique : regarde, 20 billets (bucks est sans doute argotique) que j'ai gagnés au roi en jouant au pinochle - le Capitaine répond : tu ferais mieux de regarder s'il n'y a pas un trou dans ta poche - c'est peut-être de l'argent chaud - hot money - argent de provenance douteuse.

Cette plaisanterie (remplacée dans la version française par une phrase alambiquée sur des "discours enflammés") va déboucher sur la farce qui, prenant appui sur l'expression "hot money", consiste à enflammer l'argent (en fait, de vieux papiers) dans la poche de l'Astronome.

En case 2, l'Astronome s'étend sur ses exploits aux cartes (et sa majesté faisait la tronche quand je l'ai battue  5 fois dans une manche).

Le traducteur français d'avant guerre est allé au plus court, laissant perdre une partie de la drôlerie de la planche.

De façon générale, le langage employé par Knerr (ou par Dirks) présentait des difficultés de traduction, non seulement en raison  du jargon anglo-allemand déjà peu clair, mais aussi de l'usage d'expressions familières ou argotiques en usage à ce moment aux USA, sans doute mal connues par les traducteurs (dans notre planche his royal nibs est probablement une expression argotique), qui ne les restituaient pas (de même qu'il laissaient tomber - et c'est compréhensible, toute tentative de rendre le langage "ethnique" des personnages, sinon par quelques expressions régionales françaises du style fouchtra).

L'usage d'expressions argotiques ou familières dans la version originale s'expliquait du fait que la série (comme toutes les bandes dessinées américaines) était lue par des lecteurs adultes (c'était la cible principale des bandes dessinées aux USA, ce qui n'excluait pas que les enfants les lisent aussi).

Or, lorsque les bandes dessinées américaines commencèrent à être régulièrement traduites en France, quelques années avant la guerre de 1939, elles parurent dans des journaux pour enfants et il n'était évidemment pas question d'utiliser un langage trop relâché (déjà que les bandes dessinées étaient mal vues d'une partie de l'opinion et des pédagogues). Les traductions furent donc faites en langage courant mais correct.

Il est probable que même dans les années 50 et surtout 60, où une plus grande tolérance langagière fut admise en France dans les bandes dessinées (voir la planche avec le gag de la vaisselle, typique des parutions des magazines Pim, Pam, Poum des années 60), le comique et l'inventivité des dialogues de la série perdit beaucoup dans les traductions.  

 

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 Site de vente Heritage Auctions.

Harold Knerr, planche originale du 25 décembre 1938 (King Features Syndicate, 1938).

 https://comics.ha.com/itm/original-comic-art/comic-strip-art/harold-knerr-the-katzenjammer-kids-sunday-comic-strip-original-art-dated-12-25-38-king-features-syndicate-1938-/a/7013-95523.s

 

 

 

 

 

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Dans cette planche de Knerr (la date figurant généralement près de la signature est non lisible - dans le copyright -11ème case - elle semble être 1942),  Adolphe et Léna ont trouvé le moyen d'être choyés par Tante Pim. ils prétendent être atteints de mélancolie qu'on ne peut soigner qu'à coups de crèmes glacées et de gâteaux. Pam et Poum essayent de faire de même mais sans succès, car le cas d'Adolphe et Léna,  qui prétendent faire une rechute (relapse) semble plus grave à Tante Pim.

Pam et Poum affirment alors avoir trouvé dans un livre de psychologie un remède infaillible à la mélancolie: une fessée à coups de brosse, et ils en font la démonstration. Tante Pim décide naïvement d'administrer le même remède à Adolphe et Léna, tandis que Miss Ross survient, stupéfaite de ce qu'elle voit : c'est le remède qu'il leur faut, c'est écrit dans le livre de psychologie, lui indique Tante Pim dans son jargon.

Cette planche est intéressante car elle montre les couleurs des planches du dimanche lors de la parution en journal, ici très soignées. Ces couleurs n'étaient  pas appliquées par l'auteur (les planches originales - celles dessinées par l'auteur - sont en noir et blanc- sur certaines d'entre elles, on voit des indications de couleurs dans les marges - étaient-elles de l'auteur lui-même ?). Les assistants chargés de la colorisation devaient changer dans le temps, ce qui explique des couleurs plus ou moins soignées selon les planches et les époques. 

Autre curiosité de la planche :  le personnage de Mama (Tante Pim) est appelé par les autres personnages "Mrs Kay" (par Rollo/Adolphe cases 2 et 5; par MissTwiddle/Miss Ross case 12), alors qu'en bonne logique, son nom devrait être Mrs Katzenjammer (Mama étant le nom donné dans sa famille proche, bien entendu).

Le nom de Mrs Kay appliqué à Mama se retrouve dans d'autres planches de Knerr et de ses successeurs. La clé de l'énigme est que probablement les personnages "anglais" de la série donnent le nom de Mrs Kay à Mama parce que c'est plus facile à dire que Mrs Katzenjammer. On trouvera aussi Mrs K.

Planche reproduite dans le sujet sur Pim, Pam, Poum, forum Lefranc, Alix, Jhen. Site internet d'origne de la bande non retrouvé.

 http://lectraymond.forumactif.com/t909p125-the-katzenjammer-kids-pim-pam-poum