DES KATZENJAMMER KIDS

Á PIM, PAM, POUM

 

OU LES HÉROS NE MEURENT JAMAIS

 

 

 

DEUXIÈME PARTIE

 

 

 

 

 

 

NOTA / Dans ce message, nous reproduisons plusieurs planches de bandes dessinées, en indiquant les sources sur internet quand nous avons pu les retrouver. Nous ignorons si nous avons le droit de le faire et nous supprimerons les images litigieuses à la pemière demande. Internet est une vraie mine et il serait dommage de ne pas en profiter.

 

 

 

 

 

DEUX SÉRIES CONCURRENTES

 

 

 

 

Vers le milieu de 1914, date assez funeste pour une grande partie du monde, les USA, en paix encore pour quelques années, avaient donc le choix de deux séries mettant en scène les mêmes personnages.

Il y avait d'abord celle qui conservait le nom original de la série, The Katzenjammer kids, publiée dans les journaux de W. R. Hearst et les journaux  qui achetaient les droits de publication à son syndicate (agence de publication), l' International News Service ,qui prend le nom de King Features Syndicate justement en 1914 et qui existe toujours (voir son site  http://kingfeatures.com/).

Le retour des Katzenjammer fut annoncé par des publicités joyeuses dans les journaux dépendant de l'agence de Hearst  (voir  article Ask the Archivist: “KATZENTENNIAL”, 2013, http://comicskingdom.com/blog/2013/05/15/ask-the-archivist-katzentennial ); la première planche après l'interruption de la série parut le 23 mai 1914.

                 .

Cette série fut dessinée quelques mois par des dessinateurs provisoires, qui ne signaient pas (doublures ou ghosts, pouvant intervenir à la demande sur des séries dont ils n'étaient pas les dessinateurs habituels), principalement  Billy Liverpool. (voir également  http://comicskingdom.com/blog/2013/05/15/ask-the-archivist-katzentennial ).

Ce choix pouvait être une solution en attendant que Knerr soit disponible puisqu’il dessinait sa propre série Der Fienhiemer Twins, (les jumeaux Fienhiemer), plagiat des Katzenjammer,  pour un journal de Philadelphie, The  Philadelphia Inquirer (ainsi que d’autres séries moins importantes). et devait se libérer. 

Ou bien les dessinateurs provisoires ne firent pas la preuve qu’ils pouvaient reprendre la série et finalement Knerr fut approché, c’est une autre hypothèse.

Knerr fit paraître sa première planche le  29 novembre 1914  (voir première partie), mais ne signa pas de son nom avant quelques mois.

L’autre série était celle du dessinateur d’origine, Rudolph Dirks, qui fit reparaître sa série en juin 1914. Dirks fut publié dans le New York World, le journal de Pulitzer (le fondateur était mort quelques années auparavant) et sous licence de l'agence de Pulitzer, plus tard United Features Syndicate.

Pendant quelque temps la série n’eut pas de titre, mais seulement le titre de l'épisode avec le nom de l'auteur et l'indication "par l'auteur original des Katzenjammer Kids" (voir reproduction ci-dessous de la planche du 7 juin 1914, probablement la première à reparaîte sous la signature de Dirks).

Puis la série adopta  en 1915 le titre de Hans und Fritz, d’après les noms des deux garnements. Il est parfois indiqué que Dirks avait interverti les noms des deux personnages, sans doute pour marquer son originalité par rapport à la série continuée par Dirks.

Est-ce exact et si oui, a-t-il continué dans cette voie ? Nous n’avons pas la réponse.

Quant au Capitaine , à l’Inspecteur et  Mama, ils conservaient les mêmes noms dans les deux séries.

Mais d'autres séries mattaient en scène des personnages très ressemblants.

 

 

 

 

 

Probablement la première planche de Dirks après qu'il ait recommencé à faire paraître sa série. "Here dey iss" (au lieu de Here they are, les voici).est de l'anglais avec prononciation allemande et incorrection grammaticale (le verbe iss (is) est au singulier au lieu d'être au pluriel, are),

Dans cette planche, la famille déménage et on retrouve le marin Heinie, le frère de Mama (ou Mamma selon les cas!). Le Capitaine s'est chargé du transport des objets délicats, notamment la lampe du salon et l'aquarium, et déclare à Heinie : Drive quick, Heinie, to der new home, Mamma iss vaiting..." (Conduis nous vite à la nouvelle maison, Heinie, Mamma attend...). Le déménagement s'avère fatal pour la précieuse lampe et l'aquarium ...

Site Go Comics

http://www.gocomics.com/origins-of-the-sunday-comics/r2015/08/14

 

 

 

 sa fransisco chronicle 2

 The San Francisco Examiner, 15 août 1915,

En 1915, les Katzenjammer kids version Knerr sont chez les Peaux-rouges. Le Capitaine, coiffé d'un sombrero, et l'Inspecteur, fidèles à eux-mêmes, vont à la pêche, tandis que Mama prend le thé avec une maman indienne, dont les enfants sont victimes d'un tour de Hans et Fritz à grand renfort de glu. Ensuite, il y en a pour tout le monde.

Site PBA Galleries

 https://www.pbagalleries.com/view-auctions/catalog/id/387/lot/120341/Two-Framed-Color-Comics-Pages-from-1915-Featuring-the-Katzenjammer-Kids

 

 

 

san fransisco chronicle

 The San Francisco Chronicle, 15 août 1915

 A la même date, la version de Dirks, Hans und Fritz,  emmène la famille au complet, dont Heinie et l'Inspecteur, dans des îles lointaines peuplées de cannibales. Une situation qui est aujourd'hui trouvée déplaisante par les adeptes américains du politiquement correct. Ici la poudre à éternuer des enfants sauve la famille d'un mauvais pas.

Dans la série de Dirks, les membres de l'équipage et le cuisinier chinois du bateau du Capitaine font partie de la distribution des personnages, ainsi qu'un singe plus ou moins utilisé comme "singe-à-tout-faire" sur le bateau, qu'il ne faut pas trop échauffer et qui imite tout ce qu'il voit faire,  ce qui n' a pas échappé aux enfants.

Site PBA Galleries

 https://www.pbagalleries.com/view-auctions/catalog/id/387/lot/120341/Two-Framed-Color-Comics-Pages-from-1915-Featuring-the-Katzenjammer-Kids

 

Si on doit comparer les deux bandes rigoureusement contemporaines, dans celle de Knerr les  blagues s'enchaînent comme avec un mécanisme d'horlogerie (les effets de la glu deviennent de plus en plus gros jusqu'à briser le plancher quand  Mama essaye d'aider l'Indienne à se lever).

Dans celle de Dirks le gag est moins bon mais compte moins que l'atmosphère d'aventures de la planche.

Le dessin de Knerr est aussi plus rond et plus fini, plus lêché, que celui de Dirks.

 

 

 

 

 

 

 

ET QUELQUES AUTRES...

 

 

Ainsi on pouvait trouver une série mal dessinée mais bel et bien plagiée sur la ou les séries originales (puisqu'il y en avait maintenant deux) qui paraissait sous le titre Dem Boys et la signature d'un certain Karl (le site Toonopedia reproduit un extrait d'ue planche de décembre 1914,  http://www.toonopedia.com/cap_kids.htm)

 

Plus intéressante, une autre série Mama's Darlings (les chéris de Mama)  parut dans le supplément du dimanche du Chicago Herald Sunday  entre juin 1917 et avril 1918. Son auteur était Oscar Hitt (lui aussi d'origine allemande, semble-t-il) : il s'était contenté de renommer les enfants Honus et Heine Schnicklefritz (puisque l'origine allemande restait un trait incontournable - encore qu'en 1917 elle avait perdu de sa popularité comme on va le voir...) 

Hitt était un bon plagiaire  (voir une planche de Mama's Darlings et un article le concernant sur le site  Stripper's Guide           (.http://strippersguide.blogspot.fr/2015_10_18_archive.html). La bande cessa de paraître quand Hearst racheta le journal (article Oscar Hitt sur Lambiek comicopedia, https://www.lambiek.net/artists/h/hitt_oscar.htm).

Aussi de plagiaire il passa à collaborateur officiel et fut chargé de la version quotidienne des Katzenjammer kids, qui fut lancée par la presse de Hearst, de 1917 à 1919, tandis que Knerr était en charge de la planche du dimanche en couleurs, sur qui reposait le succès de la série.

Les bandes quotidiennes (une seule bande, ou strip, de trois ou quatre cases en noir et blanc), commençaient alors à apparaître. Dans sa version quotidienne, il semble que le titre de la bande était abrégé en The Katzies (du moins dans certains journaux ?) . Cette bande quotidienne eut assez peu de succès, fut distribuée dans peu de journaux (dont des journaux canadiens) et la parution s'arrêta assez vite.

D'autres dessinateurs travaillèrent peut-être pour cette brève bande quotidienne. (cf. http://tvtropes.org/pmwiki/pmwiki.php/ComicStrip/TheKatzenjammerKids

http://john-adcock.blogspot.fr/2008/09/eleven-daily-katzies-1917.html

et

http://yesterdayspapersarchive.blogspot.fr/2008_09_04_archive.html

 Il y a beaucoup d'incertitudes sur ces parutions. Le titre resta-t-il The Katzies,après que la page du  dimanche ait changé de titre (voir ci-dessous) ?

 

 

 

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Un exemple de la bande quotidienne parue brièvement à partir de 1917 sous le titre The Katzies dessinée, semble-t-il par Oscar Hitt (et d'autres probablement).

Et l'attribution à Dirks est quand même étonnante (puisque la série héritière du titre d'origine n'était plus dessinée par Dirks). Le style resemble à du Dirks, mais ancienne manière.

Il s'agit ici de bandes parues dans un journal canadien, The Winnipeg EveningTribune, ce qui explique peut-être en partie ces bizarreries.

SiteYesteday's Papers.

http://yesterdayspapersarchive.blogspot.fr/2008_09_04_archive.html

 

Untitled-Scanned-11

Autre exemple de bandes parues en 1917 sous le nom de Katzies, avec attribution à R. Dirks (probablement dans The Winnipeg EveningTribune ?). Visiblement pas du même auteur que la précédente. Certaines images (reproduites sur le site indiqué ci-dessous) présentent les personnages en gros plan très inusuels. Ici on voit le pirate Long John Silver en compagnie du Capitaine. Selon certaines sources, ces bandes seraient de J. C. Cory, mais alors, leur style est complètement différent d'autres bandes quotidiennes attribuées à Cory peu après, sous le nouveau titre adopté par la série en raison de la guerre et de l'hostilité anti-allemande, The Shenanigan Kids (voir plus bas).

 http://john-adcock.blogspot.fr/2008/09/eleven-daily-katzies-1917.html

 

 

Ce qui est aussi amusant c'est que Oscar Hitt travailla aussi, dans les années 20, comme ghost (dessinateur remplaçant) pour la bande du dimanche de Dirks ( http://strippersguide.blogspot.fr/2015_10_18_archive.html).

 

 

 

 

 

LES SÉRIES ET LA GUERRE

 

 

 

En avril 1917, les USA entrèrent en guerre contre l'Allemagne et un peu plus tard, contre ses alliés.

L'opinion, depuis que la guerre de 14 avait commencé, avait évolué. D'abord isolationniste et en faveur de la neutralité, elle avait été choquée par ce qu'on disait des violences allemandes contre les populations civiles (notamment en Belgique) et les attaques des sous-marins allemands contre des bateaux neutres.

La déclaration de guerre ne fit pas disparaître l'opinion neutraliste, mais celle-ci eut du mal à s'exprimer, vite accusée de trahison. On peut penser que la guerre était notamment impopulaire chez les Américains d'origine germanique (environ 8 millions de personnes à l'époque).

L'entrée en guerre des USA s'accompagna d'une véritable hystérie anti-allemande. Des rues ou des villes dont le nom évoquait l'Allemagne furent débaptisées, même le hamburger (évoquant la ville de Hambourg) fut momentanément rebaptisé liberty sandwich. Les livres allemands furent exclus des bibiliothèques, la musique classique allemande cessa d'être jouée, voire même l'allemand exclu des matières enseignées localement.

Malheureusement le sentiment anti-allemand ne se limita pas à ces décisions symboliques. De nombreux immigrants d'origine allemande non encore naturalisés furent enfermés dans des camps, au moins l'un d'entre eux fut lynché, tandis que les Américains d'origine allemande étaient suspects et discriminés de diverses manières.

En même temps le gouvernement, qui avait déclaré la conscription,  punissait durement l'insoumission et la propagande antimilitariste.

Au "pays de la liberté d'expression", les critiques contre la guerre se firent discrètes ou empruntèrent une voie détournée : on sait que le célèbre journaliste et essayiste Mencken, d'origine allemande et qui était lié (au moins dans sa jeunesse) avec Dirks, se moqua des Anglais, ce qui revenait à critiquer l'alliance avec l'Angleterre (au contraire approuvée pour des raisons ethniques par les Américains d'origine britannique avec des proverbes comme "Le sang est plus fort que l'eau" - l'eau, c'est l'Atlantique qui sépare les deux nations).

De même, le magnat de la presse Hearst, ancien employeur de Dirks et employeur actuel de Knerr, avait désapprouvé la guerre par hostilité à l'Empire brtannique. Pendant toute la guerre il fut violemment attaqué et accusé d'avoir des sentiments pro-allemands. Son portrait fut brûlé en effigie par des "patriotes".

 

Les conséquences de l'état de guerre allaient ausssi affecter les deux séries parallèles.

 Un dessin paru dans un journal montre les membres de la famillle Katzenjammer au complet, l'air contrit, conduits dans un camp d'intenement, escortés par un soldat en chapeau à grand bord de l'armée américaine de l'époque (reproduit ci-dessous et dans les pages d'introduction de l'album Pim, Pam, Poum,  Michel Lafon, 2013).

 

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 Dessin paru dans The New York Tribune du 15 avril 1917, par Louis M. Glackens (1866-1933).

"Des suspects allemands internés" dit le titre, suivi de la mention : "Dessiné avec les motifs du plus pur patriotisme".

Le texte, avec pas mal d'ironie, souligne que bien que les Katzenjammer kids soient de loyaux citoyens américains malgré leur origine germanique, il est normal qu'ils soient internés au bénéfice du doute. Pour compenser leur disparition des journaux, le dessin suggère de les remplacer par des nouveaux personnages "pro-alliés" irrréprochables. Il s'agit évidemment de Britanniques conformes aux stéréotypes : deux enfants en habit d'élèves de public school (ces écoles en fait privées et chic anglaises - dommage qu'on ne puisse pas lire leur nom sur la reproduction), le nouveau Capitaine (de l'armée anglaise) coiffé du calot plat, avec monocle et longues moustaches, le nouvel Inspecteur en casque de bobby et Mrs Chumley, la maîtresse d'école pincée à grandes dents (pour remplacer Mama ?).

Ce dessin très drôle incita sans doute Hearst et Knerr à s'éloigner momentanément des connotations allemandes de la bande et eut aussi (inconsciemment ?) une certaine postérité lorsqu' apparurent en 1936 les nouveaux personnages de Knerr, perçus comme typiquement britanniques, de Rollo (Adolphe dans la version française) et Miss Twiddle (Miss Ross).

Yesterday’s papers

http://john-adcock.blogspot.fr/2010/12/

 

 

 

 

Knerr (et probablement Hearst) pour éviter que la série soit trop connotée avec l'Allemagne,  changèrent le titre et la nationalité des personnages: la série s'intitula The Shenanigan Kids, et Hans and Fritz prirent le nom de Mike and Aleck et furent déclarés d'origine néerlandaise (bien que le mot shenanigan, qui signifie "manigances, entourloupettes" évoque plus l'Irlande que les Pays-Bas, même si l'origine du mot est contestée - pour les curieux, voir https://english.stackexchange.com/questions/142498/where-do-shenanigans-come-from).

 

Ce changement se fit le 24 juin1918, dans le scenario de la série même,où le Capitaine, présenté comme Néerlandais et mécontent d'être pris pour un Allemand, se rend chez un homme de loi pour faire changer le nom de la famille (au passage, le Capitaine logiquement, n'appartenait pas à la famille dans les débuts de la bande ( http://brayanimation.weebly.com/shenanigan-kids.html )

Il est probable que le langage anglo-allemand de la série se fit un moment plus discret, sans disparaître, au moins en ce qui concerne la prononciation qui pouvait passer pour néerlandaise.

En 1920, la série revint sans explication (dans le scénario) au titre et aux noms précédents. La guerre finie, la série pouvait retrouver le nom sous lequel elle avait connu la célébtité.

La guerre avait aussi impacté la série de Dirks.

Il abandonna le nom de Hans und Fritz et opta pour The Captain and the kids, (le Capitaine et les enfants - ou les garnements), nom que la série garda par la suite.

 

 

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Harold Knerr, The Shenanigan Kids, original hand-coloured Sunday Page, 1919 (planche du dimanche originale de 1919, colorée à la main)

Les garnements sont bien décidés à empêcher de dormir le Capitaine, d'abord en introduisant un vagabond à la maison pour lui offrir un rafraichissement et en s'arrangeant pour réveiller le Capitaine avec un jet d'eau de Seltz. Le Capitaine expulse sans ménagement le vagabond. Puis les garnements utilisent l'Inspecteur/Astronome, muni d'un masque le faisant ressembler au vagabond. L'Inspecteur s'en tire avec un bon coup de guéridon. Finalement le masque ressemblant au vagabond  est posé sur le visage du Capitaine qui a repris sa sieste, ce qui lui amène un bon coup de balai de Mama qui croit que le vagabond est revenu. Le Capitaine n'y comprend rien tandis que l'Inspecteur se tord de rire. Du classique.

https://odetocrumb.tumblr.com/

 

 

 

 

On lit partout ce qui vient d'être dit sur les changements de nom des deux séries.

Mais la réalité semble encore plus compliquée car des bandes quotidiennes attribuées à Dirks, mais en fait probablement desinées par un certain J. Campbell Cory (1867-1925), parurent aussi sous le nom de Shenanigan Kids (peut-être au Canada seulement ?) à partir de septembre 1918.

Sur Cory, voir le site Yestersay's Papers http://john-adcock.blogspot.fr/2014/05/a-rambling-life-j-campbell-cory-1867.html

Ces bandes de Cory, très statiques, utilisent les personnages de Aleck et  Mike  (les noms repris de la série de Knerr !) pour un humour surtout verbal, à base de jeux de mots, très éloigné des farces spectaculaires de la série, mais proche de bandes dessinées des générations suivantes comme Peanuts.

Est-ce que cette bande coexistait avec d'autres bandes quotidiennes de la série par d'autres auteurs ?

Il existe sans doute beaucoup à découvrir sur notre bande dessinée !

 

 shenanigan kids

 Bandes parues sous le titre de The Shenanigan Kids et sous le nom de Dirks, mais en fait de Cory.       .

Le titre du premier strip est : Aleck découvre pourquoi une fille ferme les yeux en embrassant.

Aleck (le blond apparemment) se vante d'avoir embrassé la petite Smith sur la bouche : elle a fermé les yeux dans une sorte d'extase. Si elle a pu t'embrasser, c'est justement parce qu'elle a fermé  les yeux, lui répond son frère.

Les dialogues sont en anglais parlé mais l'anglo-allemand semble absent. Où sont le Capitaine, l'Inspecteur, Mama - et les farces ?

 Yesterday’s papers

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ebay

Une curiosité. On trouve aussi en 1918-19 et sans doute un peu après, des planches du dimanche, signées Dirks et portant le titre The Katzies (alors que Dirks n’avait plus le droit d‘utiliser le titre The Katzenjammer kids, et on peut supposer sans risque d’erreur que cette interdiction s’étendait à la forme abrégée The Katzies). En regardant le dessin, on s’aperçoit qu’il s’agit d’anciennes planches de Dirks, qui doivent dater d’une dizaine d’années auparavant, quand il travaillait pour Hearst. Le King Features syndicate (de Hearst) est sans doute resté propriétaire de ces planches et a donc pu les rediffuser par la suite à des journaux se contentant de publier du matériel déjà ancien (on peut penser que le droit de publication était moins cher que celui demandé pour les planches nouvelles de Knerr, qui elles portaient depuis juin 1918 le titre The Shenanigan Kids...).

 Dans cette planche, titrée  Etre roi est un boulot difficile quand les garnements sont dans le coin, l'oncle Heinie est devenu roi d'une tribu. Les enfants lui volent ses ornements royaux et se font passer pour lui pour se faire donner des gateaux par les cuisiniers royaux !

Supplément du Oakland Tribune du 6 avril 1919

Vente e-bay

 

 

 

HAROLD KNERR

 

 

 

Il est temps maintenant d'en venir à une présentation de Harold Knerr.

On a vu qu'à partir de 1914, celui-ci est devenu l'auteur officiel de la série pubiée par l'agece de Hearst qui avait conservé le droit d'utiliser le nom d'origine The Katzenjammer kids.

 Harold Hering Knerr (H. H. Knerr) était né en 1882 en Pennsylvanie. Il était aussi d'origine allemande, mais né en Amérique à la différence de Dirks. Son père état un médecin connu de Philadelphie. Sa mère Melitta Hering, était fille d'un pionnier  de l'homéopathie aux Etats-Unis.

Doué pour le dessin, il ne suivit pas la carrière de son père et fit ses débuts dans les journaux de Philadelphie en 1899.

Avant 1914, il avait déjà dessiné environ 1500 planches. Il créa entre autres séries Mr. George and his wife , histoire d'un monsieur marié très attiré par les jolies femmes, The Irresistible Rag, (le rythme irresistible) histoire d'un musicien noir qui possède une flûte ensorcelée : ceux qui l'entendent ne peuvent pas s'empêcher de se mettre à danser.

Dans Zoo illogical Snapchots (qui paraît être sa première série), Knerr met en scène avec  talent une bande dessinée animalière et les animaux joueront ensuite un grand rôle dans l'univers des Katzenjammer, avant et après l'installation de la famille dans l'île qui constitue le décor le plus connu de leurs aventures.

Sans avoir créé la bande, il reprend Little Scary William, bande présentant un enfant hyper-émotif qui déclenche des catastrophes.

Il fut surtout, de 1903 à 1914, l'auteur de  The Fineheimer Twins, les jumeaux Fineheimer, une série reprenant jusqu'au plagiat les personnages de Dirks, avec une apparence physique un peu modifiée (et peu convaincante au moins pour les enfants).

Cette série qualifiait évidemment Knerr pour prendre la suite de Dirks quand Hearst rechercha un nouveau dessinateur après la rupture de 1913 avec Dirks.

Knerr vint donc s'installer à New-York  pour travailler dans le journal de  Hearst.

Selon le site Yodastair   qui consacre une page aux Katzenjammer kids(http://www.yodaslair.com/dumboozle/katzies/katzdex.html ) et une page spéciale à Knerr  ( http://www.yodaslair.com/dumboozle/knerr/knerrdex.html ), Harold Knerr resta célibataire toute sa vie.

C'était semble t-il un homme timide, résidant dans une résidence hôtelière de New-York et ayant son valet (une fois que le succès lui avait donné les moyens d'en avoir un).

Selon le site cité,  "he remains something of a mystery man" (il reste en quelque sorte un homme mystère)..

A part son travail de dessinateur, il avait des loisirs sportifs plutôt élégants ; il jouait au golf, pratiquait l'équitation et s'intéressait à l'aéronautique.

(site Yesterday's papers http://john-adcock.blogspot.fr/2016/12/ 

Le 8 juillet 1949, Knerr fut trouvé mort dans son appartement de New York par son médecin. Il avait des problèmes cardiaques depuis 10 ans. Il avait 67 ans.

Il avait un frère, Horace, à Philadelphie, et une soeur, Carmel, en Californie, qui lui survécurent.

Une fin un peu triste et solitaire pour un homme qui  avait donné toute son énergie à faire vivre une famille exubérante dans les journaux. Mais that's life...

Sur son art, Knerr déclarait :

" How do you expect a comic artist to tell how he gets up his ideas? That would be giving away his groceries. And besides, half the time he doesn’t know himself. To my mind, the best ideas are the most ridiculous ones – I mean, without being silly."

(Comment voulez-vous qu'un auteur comique vous explique comment il trouve ses idées ? Ce serait brader son fonds de commerce. Et surtout, la moitié du temps, il ne le sait pas lui-même. Pour moi, les meilleures idées sont les plus ridicules, je veux dire sans pour autant être idiotes).

 

Knerr fréquentait quelques membres de la profession - au moins dans la première partie de sa carrière. On peut citer  Jimmy Swinnerton, Billy DeBeck et George McManus, l'auteur de Bringing up father (La Famille Illico - l'un des auteurs vedettes du syndicate de Hearst).

Knerr était certainement ravi de rencontrer des admirateurs et les gratifiait  de petits dessins avec ses personnages; on  connait beaucoup de ces dessins, distribués à des connaissances ou de simples admirateurs, notamment pour le nouvel an.

 

best wishes

 

Dessin autographe de Knerr, 1945. pour un admirateur.

Original art and autograph courtesy of Don KURTZ.

Site Yesterday's papers, article du 21 décembre 2016 The Fineheimer Twins and The Irresistible Rag

 http://john-adcock.blogspot.fr/2009/09/harold-knerr-1882-1949.html

 

 

YP-Knerr-April 13, 1929 photo

 

Photo du dîner donné en l'honneur du dessinateur  Percy Cosby, à l'annonce de son second mariage, à l'Hôtel Warwick, New York, 4 avril 1929. Sur la photo, entre autres dessinateurs, on reconnait Harold Knerr le dernier à droite. Juste à côté de lui, Cliff Sterrett, l'auteur de la bande desinée Polly and her pals, célèbre pour son originalité graphique "art déco".

Photo du Sunday Repository, Canton, Ohio.

Site Yesterday's papers, article du 21 décembre 2016 The Fineheimer Twins and The Irresistible Rag

http://john-adcock.blogspot.fr/2016/12/

 

 

 

 

 

PREMIER CLASSICISME

 

 

 

 

Ves 1920, les deux séries dessinées respectivement par Knerr et Dirks atteignirent ce qu'on pourrait appeler un premier classicisme. Les protagonistes parcourent le monde (si possible dans des pays exotiques) à la recherche parfois de fauves à capturer ou d'activités plus ou moins lucratives, et il est probablement difficile, sauf à regarder le titre et la signature, de savoir à quelle série appartiennent les planches.

Les décors d'îles lointaines (Afrique ou Polynésie) préfigurent ce que sera la série ensuite, sinon que la famille finit toujours par rentrer "chez elle", c'est-à-dire en Amérique avant de repartir de nouveau.

Le dessin plus rond de Knerr semble avoir déteint sur Dirks.

Leur route croise (dans chaque série) un pirate pittoresque, Long John Silver (un nom emprunté à L'Ile au trésor de Stevenson). Il n'est pas clair de savoir s'il porte le même nom dans les deux séries (le nom de Captain Bloodshot est aussi indiqué). Ce vieux pirate à jambe-de-bois s'entend bien avec le Capitaine. Il y a aussi l'équipage du bateau (est-ce l'équipage du Capitaine ou celui du  pirate ?) et des monarques indigènes (rois, princesses) toujours sourcilleux sur les égards qui leur sont dus.

Le Capitaine a alors l'occasion d'exercer sa diplomatie, souvent perturbée par les garnements, bien entendu.

 

 

 

 

Captain-and-the-Kids-1924-12-14

 

Dans cette bande de Knerr de 1924, la famille et le pirate Long John Silver (son nom est cité dans la planche) sont une fois de plus dans une île tropicale. Sous les yeux du Capitaine, du roi de l'île et surtout du pirate, visiblement séduit, une jeune et jolie fille (une princesse ?) exécute une danse. Les enfants ont remarqué le manège du vieux pirate. Ils lui envoient une fausse lettre de rendez-vous de la princesse; ce sont Hans et Fritz déguisés qui viennent au rendez-vous, l'un monté sur l'autre pour atteindre la bonne taille. Mais Fritz le brun s'enfuit en riant au moment où le pirate veut embrasser la princesse et lui propose le mariage (Vait ! I get der parson !-  attends, je vais chercher le pasteur, crie Fritz), laissant son frère recevoir la fessée du pirate. Le pirate corrige aussi les membres de l'équipage qui se sont payé sa tête. Fritz convainc la princesse d'aller voir le pirate, sous le prétexte de danser pour lui. La princesse arrive et le pirate croyant qu'il est de nouveau victime d'une farce, la saisit pour regarder (on suppose) sous son pagne de feuillage, ce qui lui vaut d'être poursuivi par les gardes de la princesse.

On appréciera les couleurs, l'ambiance nocturne et le charme de la princesse. Et également les difficultés de traduire une telle planche, les personnages utilisant, outre leur jargon anglo-germanique, des expressions d'argot des années 20 (par exemple, case 1, Fritz, montrant à Hans le pirate qui cligne de l'oeil vers la princesse : Pipe der old goo goo boy - regarde-moi le vieux schnok qui fait le joli coeur).

The fabulous fifties http://allthingsger.blogspot.fr/2015/07/kaptain-katzenjammer.html

 

 

 

Ces bandes sont peu connues en France où les publications, à partir de la fin des années 30 (dans Le journal de Mickey), puis dans les années 50 et 60, se sont fournies avec les bandes publiées à la même époque ou un peu avant  aux USA, donc les bandes où toute la famille est définitivement installée dans l'île Bongo (voir troisième partie).

 

dirks

 Dans cette planche de Dirks,  le Capitaine se fait beau pour aller livrer à la princesse Oo-La-La un chapeau fabriqué pour elle par Mama. Les garnements observent que le Capitaine est tout emoustillé quand il va voir des dames.

La princesse prend le thé et admire les pages de mode d'un journal que lui présente son serviteur (à genoux) en soupirant : A hat, my kingdom for a hat (un chapeau, mon royaume pour un chapeau, parodie d'une célèbre phrase de Richard III désarçonné sur le champ de bataille, popularisée par la pièce de Shakespeare). Grâce à un essaim de guêpes  fixé à la queue de l'âne, la livraison du chapeau, déjà écrabouillé au départ, va prendre une tournure  catastrophique.

A noter la présentation curieuse en trois bandes de deux cases seulement, mais la bande continue sur une autre page encore.

 Référence internet et date non retrouvées

 

 

 

katzenjammer-kids chats

 

Dans cette planche de Knerr en 1924, dont on voit le bandeau de titre et la dernière bande, les garnements jouent un tour au Capitaine et  à son vieux copain le pirate Long John Silver (ou capitaine Bloodshed ?), doté d'une jambe de bois. Ces derniers attendent pour se venger tandis que dans un décor urbain, les enfants dégustent des glaces dans un Ice cream parlor, sous l'oeil attendri de Mama.

Le bandeau qui montre les enfants jouant de l'accordéon (celui utilisé dans la farce, qui implique aussi un chat, dissimulé dans l'accordéon) évoque les miaulements de chats qui donnent son nom à la série, puisque Katzenjammer signifie à la fois miaulements de chats et gueule de bois en allemand.

 Site Richard Nilsen

https://richardnilsen.com/tag/wizard-of-id/

 

 

chats

Dans une planche de 1921 de Knerr, les enfants recueillent un grand nombre de chatons, ce qui perturbe Mama qui en voit arriver toujours plus. Cela se termine par un bon bain pour les chatons et les enfants.

Noter le bandeau où on voit les enfants dormir dans le même lit avec tous les chatons sous l'oeil attendri de Mama et même  du Capitaine.

 http://www.yodaslair.com/dumboozle/knerr/knerrdex.html