L'IMAGE DE LA FEMME EN OCCIDENT

- CHEVEUX COUVERTS OU DECOUVERTS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avant, c’était le Moyen-Age !

 

 

 

Je suis parfois surpris d’entendre (ou de lire, dans les commentaires des lecteurs de certains sites de presse sur internet) des réactions qui montrent que beaucoup de gens n’ont aucune connaissance du passé, même récent (ou plutôt remplacent cette connaissance par des idées préconçues), et donc réagissent en faisant des raisonnements faussés.

On trouve ce genre de réactions dans les débats qui reviennent inlassablement sur le port du voile (par des femmes de religion musulmane). Cette pratique se trouve comparée avec les pratiques en Occident (disons en France, puisque nous sommes en France) il y a quelques décennies.

Les uns écrivent, pour prendre la défense du voile dit islamique : finalement, ce n’est pas si différent de ce qu’on faisait il n’y a pas si longtemps en France, où les femmes ne sortaient pas sans quelque chose sur la tête et notamment se couvraient la tête pour aller à l’église. Le reproche fait au voile musulman par les Occidentaux leur revient donc en boomerang.

Les autres répondent : justement, c’est le passé et un passé qu’on n’a pas envie de voir revenir…

Il me semble que les uns et les autres se font une curieuse idée du passé.

Nous proposons, non pas une étude complète sur l'image de la femme en Occident, ce qui serait présomptueux, mais quelques réflexions sur le sujet et en particulier sur les usages en matière de couvrir ou découvrir ses cheveux.

 

 

 

 

 

LA BELLE ÉPOQUE DU CHAPEAU : HOMMES ET FEMMES EN CHAPEAU

 

 

 

 

Lorsque nous pensons aux années 1850 à 1900 et un peu au-delà, nous pensons que les femmes ne sortaient pas sans avoir la tête couverte : les riches ou les femmes de la classe moyenne portaient des chapeaux, les plus modestes des foulards (des « fichus ») ou des bonnets (dans les campagnes), mais il était très mal considéré de sortir « en cheveux » : C’était la marque des femmes les plus pauvres, du prolétariat.

Cette image est vraie dans l’ensemble.

Remarquons tout d’abord que le fait de porter un chapeau était commun aux hommes et aux femmes. Les hommes portaient aussi des chapeaux et les « couvre-chefs » qu’ils portaient étaient fonction de leur appartenance sociale.

Le bourgeois possédait plusieurs chapeaux, évidemment de bonne qualité, qui étaient utilisés selon les circonstances. Sa garde-robe n’était pas complète sans le chapeau haut-de forme en soie noire (sur une armature rigide)  pour les grandes occasions, le chapeau melon ou le chapeau mou (qui se répand dans le dernier quart du 19ème siècle) pour des circonstances plus courantes.

Le moyen ou le petit bourgeois se contentait du chapeau melon ou du chapeau mou (évidemment de moins bonne qualité au fur et à mesure qu’on descendait dans le niveau social), mais le haut-de-forme (loué probablement) était généralement de mise pour les mariages.

Chez les ouvriers et les paysans, le chapeau (bien moins élégant que dans les autres classes sociales, on s’en doute), le béret ou la casquette étaient portés.

La richesse s’étalait par le luxe et la variété des vêtements et des chapeaux à une époque où la codification de la vie sociale avait fini par exiger des tenues différentes pour chaque circonstance : dans la classe supérieure, on ne s’habillait pas de la même façon le matin que l’après-midi et pour la soirée, ce qui était évidemment une façon de montrer qu’on avait « les moyens ».

Pour ne parler que des tenues les plus formalistes, l’homme du monde ne portait pas dans les mêmes circonstances la redingote, la jaquette, l’habit de soirée ou le smoking, lorsque celui-ci fit son apparition au début du 20ème siècle.

Le port de tenues différentes s’accompagnait du port de chapeaux différents : ainsi, les Anglais de la bonne société avaient inventé à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle, des variantes du même modèle de chapeau, que les gens du monde avaient adoptées dans les autres pays : le haut-de-forme noir en soie était porté dans la journée par les gens formalistes; il était forcément porté le soir avec l'habit de soirée. Mais on pouvait porter un haut de forme de couleur ( gris, beige ou plus rarement vert pâle ou bleu pâle) en tissu de feutre pour certaines occasions festives, du moment qu'elles prenaient place dans la journée, notamment pour des événements sportifs. De même le chapeau melon était noir pour les occasions sérieuses, mais de couleur pour aller aux courses de chevaux, par exemple.

Les femmes de la classe supérieure respectaient aussi la règle qui voulait qu’on change de toilette plusieurs fois par jour, selon les heures et les occasions. Et comme pour les hommes, les tenues féminines étaient agrémentées de chapeaux correspondant aux tenues.

Mais, à la différence des hommes, les femmes avaient plus de liberté dans la variété de tenues qu’elles pouvaient porter, tandis que les hommes portaient des vêtements très ressemblants, le summum de l’uniformité voulue étant représenté par l’habit de soirée, exactement identique pour tous : noir, avec gilet blanc et « cravate » (en fait nœud papillon ) blanche ; de minimes différences de détail (chemise à col cassé ou à col droit, pochette ou fleur à la boutonnière) pouvaient seules apporter une touche personnelle. L’habit était obligatoirement porté avec le haut-de-forme noir « huit reflets ».

 

 

 

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Clients à Harrods, Brompton Road, Londres, 1909. Bridgeman Art Library

La Belle Epoque telle qu'on se la représente volontiers ; le règne du chapeau pour les hommes et les femmes dans les milieux favorisés; les hommes portent le chapeau haut de forme ou au moins le chapeau melon.

http://www.telegraph.co.uk/comment/letters/9574725/The-golden-age-of-shopping-a-real-treat-in-store.html

 

 

L’usage du chapeau, aussi bien chez les hommes que chez les femmes, était régi par l’opposition « dehors-dedans » et « public-privé ».

Au-dehors, le chapeau était obligatoire, ce qui ne veut pas dire qu’il était toujours sur la tête des hommes. Il était indispensable pour ce rite de politesse que constituait le salut.

A l’intérieur, les usages étaient variables.

Il semble que les femmes en visite, dans la journée, gardaient leur chapeau. La baronne Staffe, auteur d'un célèbre guide de savoir vivre à la fin du 19ème siècle, ne l'indique pas - sans doute était-ce trop connu pour l'indiquer ?

Les femmes gardaient leur chapeau dans un lieu public, même fermé,  comme un musée. La baronne Staffe précise qu'une femme garde son chapeau pour danser dans un casino de ville d'eau - ce qui est comme on le verra une exception, puisque les femmes au bal (on veut dire un bal dans la bonne société) avaient les cheveux découverts 

La chevelure féminine était généralement abondante (pas de cheveux coupés courts, qui ne seront à la mode qu’après la guerre de 14).

Lorsque la femme ne portait pas de chapeau (à l’intérieur et  généralement dans tous les lieux privés) sa chevelure était le plus souvent nouée et arrangée en chignon ou en bandeau : porter ses cheveux longs était rare, mais non pas inexistant : on a des portraits de la célèbre impératrice Elisabeth d’Autriche (Sissi), qui était fière de sa très longue chevelure, portant les cheveux longs, avec une tenue de cour.

Des portraits intimistes (la femme est présentée dans son intimité et non en représentation sociale) montrent  aussi des femmes portant leurs cheveux « au naturel » (donc dénoués).

Mais on peut considérer que la femme dès qu’elle se trouvait « en société », n’était pas supposée se présenter avec ses cheveux dénoués.

 

 

 

 

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 L'impératrice Elizabeth d'Autriche (Sissi), avec sa coiffure aux étoiles d'argent, peinte par Winterhalter, et Romy Schneider dans le rôle de Sissi, portant la coiffure aux étoiles d'argent.

Site de l'association Elisabeth, impératrice d'Autrche, reine de Hongrie. Ce site très complet est une mine de documents sur Sissi.

http://www.elisabethdautriche.fr/?cat=8

Winterhalter, peintre attitré des cours d'Europe au 19ème siècle, a peint de nombreuses fois Sissi. On voit par ce portrait comment il était possible de porter des cheveux longs mais extrêment bien coiffés avec une robe de cour

Dans l'un des portraits, Sissi porte sa longue chevelure dénouée qui arrive plus bas que la taille.

Dans un autre, elle est représentée avec sa longue chevelure partagée en deux masses, tellement longues qu'elle peut faire avec une sorte de noeud. Ces deux portaits sont toutefois des portraits intimistes (on peut les voir ici 

 http://www.elisabethdautriche.fr/?p=6786). En tenue de cour, Sissi portait les cheveux parfois très longs, mais attachés.

 

 

 

 

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 Madame Rimsky-Korsakov par Winterhalter, 1864 (Musée d'Orsay, prêt permanent du Musée du Louvre).

Mme Rimsky-Korsakov était une Russe qui a vécu longtemps dans le Paris du Second Empire, où elle avait, bien qu'appartenant incontestablement à la haute société, une réputation un peu sulfureuse. On dit que lors d'un bal costumé à la cour impériale, elle arriva déguisée en Salammbo (le roman de Flaubert venait de paraître) vêtue d'une tunique tellement transparente que l'impératrice Eugénie lui fit interdire l'entrée.

Ici elle est représentée dans son intimité, les cheveux dénoués, vêtue d'un déshabillé qui nous paraît  quand même très habillé !

 http://www.graphics.com/article/high-society-portraits-franz-xaver-winterhalter

 

 

 

 

EN TENUE DE GALA

 

 

 

Les femmes ne portaient pas de chapeau pour les sorties à l’opéra et autres spectacles, les bals, les dîners d’apparat, c’est-à-dire toutes les occasions où elles étaient supposées se montrer à le plus à leur avantage, où leur élégance et leur beauté devait être à leur summum.

Il semble qu’elles n’en portaient pas non plus pendant les trajets pour se rendre à ces occasions mondaines (les chapeaux auraient alors dérangé les coiffures qui devaient être irréprochables). Au plus les femmes portaient des manteaux légers ou de fourrure selon la saison, qui pouvaient comporter un capuchon large.

 

Ceux qui aujourd’hui ont l’idée que les femmes occidentales dissimulaient systématiquement leurs cheveux autrefois, paraissent complètement avoir oublié que dans des circonstances publiques, les femmes des classes privilégiées se présentaient tête nue (bien entendu, moyennant une coiffure élaborée, avec plumes, fleurs ou bijoux dans les cheveux)..

La baronne Staffe précise qu'à l'opéra, les femmes sont en cheveux (évidemment très bien coiffées) et généralement décolletées.

Bien que la mode de l’époque interdisait de montrer les jambes, elle dévoilait largement les attraits féminins de la partie supérieure du corps, avec le décolleté de rigueur. Des écrivains moralistes comme Tolstoï se sont indignés de l’étalage de nudité, au moins pour le haut du corps, qui était de règle dans le grand monde.

Comment les femmes prenaient-elles cette obligation ? Il est probable que c’était un supplice pour les plus pudiques et pour celles qui n’avaient que peu d’avantages à faire valoir. Quant aux autres, habituées depuis leur jeunesse à l’idée d’une compétition nécessaire pour trouver un bon parti, ou mariées , soucieuses de se maintenir dans  la catégorie des femmes élégantes et désirables, il est probable qu’elles s’en accommodaient (autant que la plupart des femmes qui aujourd’hui cherchent à être à leur avantage, par exemple en maillot de bain).

 

 

 

 

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 Madame Moitessier, par Ingres (1851), National Gallery of Arts, Washington.

Mme Moitessier, née Marie-Clotilde-Inès de Foucauld, appartenait à la grande bourgeoisie; elle est ici présentée avec un large décolleté et des fleurs dans ses cheveux, une tenue requise pour un bal ou un dîner d'apparat.

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Madame_Moitessier

 

 

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Mariage de la princesse Victoria, fille de la reine Victoria et du prince Albert, avec le prince Frédéric de Prusse,1858.

L'assistance féminine porte les cheveux découverts mais avec des couronnes de fleurs (notamment la mariée et les demoiselles d'honneur) ou des plumes, ainsi que des diadèmes. La reine Victoria porte sa couronne.

Tableau de John Phillip Scotland, The Royal Collection © Her Majesty Queen Elizabeth II, prêté au musée de l'Etat de Victoria (Australie).

Illustration de l'article The cult of the queen empress: royal portraiture in colonial Victoria,

https://www.ngv.vic.gov.au/essay/the-cult-of-the-queen-empress-royal-portraiture-in-colonial-victoria/

 

 

 

 

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Fête officielle au palais des Tuileries pendant l’Exposition universelle de 1867, 1868., tableau de Henri Baron, Compiègne, Musée national du château, dépôt du musée d’Orsay © RMN-Grand Palais.
Dans les grandes réceptions, les femmes portent des robes du soir décolletées et des coiffures ornées de fleurs ou de plumes, les hommes sont en habit de soirée, qui peut encore à cette époque (Second Empire) et notamment en présence des monarques, comme on le voit sur des personnages de ce tableau, comprendre non pas un pantalon mais une culotte courte et des bas noirs. L'usage de la culotte courte existe encore dans certaines circonstances au Royaume-Uni.

 http://www.spectacles-selection.com/archives/expositions/fiche_expo_S/spectaculaire-second-empire-V/spectaculaire-second-empire.html

 

 

 

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 La princesse de Metternich, épouse de l'ambassadeur d'Autriche à Paris, par Winterhalter (1860), collection privée, photo du musée de Fribourg.

La princesse représente la quintessance de la toilette aristocratique au milieu du 19ème siècle. Elle porte une sorte de voile très long qui se rattache sans qu'on voit bien comment  à sa coiffure élaborée, sans rien dissimuler de cette coiffure, et qui s'harmonise avec sa robe blanche très décolletée. Sa coiffure en deux masses ondulées séparées par le milieu permet des mèches longues retombant dans le cou et sur l'épaule.

 http://www.graphics.com/article/high-society-portraits-franz-xaver-winterhalter

 

 

 

 

 

DANS UN JARDIN

 

 

 

Nous avons dit que l’usage ou non du chapeau correspondait, vers 1850 -1900, à une opposition «intérieur-extérieur », l’homme et la femme portant un chapeau quand ils étaient à l’extérieur et n’en portant généralement pas à l’intérieur (lieu privé ou même lieu public comme une salle de spectacle).

Il est évident que la situation réelle se présentait de façon moins tranchée.

Ainsi il était possible de ne pas porter de chapeau à l’extérieur, par exemple dans un jardin, lieu extérieur mais privé.

Le célèbre tableau de Winterhalter représentant l’’impératrice Eugénie et ses dames de compagnie montre des dames dans un jardin, sans chapeau.

Ce tableau de 1855 concerne des personnes appartenant à une cour.

Il semble que de plus, pour les personnes appartenant à la famille régnante et à son entourage, la tenue de cour était quasi permanente. Or cette tenue ne comportait pas de chapeau comme on l’a vu pour les tenues de soirée dans un milieu plus large.

On peut donc trouver des images où les membres féminins des familles régnantes, en tenue de cour, ne portent pas de chapeau, en public et à l’extérieur.

 

 

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 L'impératrice Eugénie et ses dames de compagnie, par Winterhalter, 1855, Château de Compiègne.

 Dans ce tableau de très grand format (plus de 4 mètres de long et trois de haut), Winterhalter a peint les dames de la cour impériale dont aucune ne porte de chapeau à l'extérieur, même si l'une d'entre elles, à droite, tient à la main un grand chapeau de paille. Dans une esquisse de ce tableau, l'impératrice porte un chapeau de paille. Ici, plus que par convenance, le chapeau, quand il est présent, sert à se protéger du soleil.

http://www.graphics.com/article/high-society-portraits-franz-xaver-winterhalter

 

 

 

 

 

 

EN REMONTANT LE TEMPS

 

 

 

 

On se représente souvent les femmes au Moyen-Age, portant des chapeaux caractéristiques, à bouts pointus, les célèbres hénins, ou formant une sorte de tiare qui emboîte les cheveux formant deux cornes ; ces chapeaux, portés par des femmes des classes supérieures, sont dénoncés comme instruments de séduction et d’orgueil par les prédicateurs religieux. Ils se  gardent même à l’intérieur (en fait il s’agit de tenues pour les grandes occasions plus que de tenues de tous les jours).

 Ces chapeaux (ou prolongement des coiffures sophistiquées) ne concrnent qu'une époque du Moyen-Age.

 

 Selon James Laver (Histoire de la mode et du costume, Thames and Hudson) , le port du voile serait devenu fréquent en Europe après les Croisades, les Croisés ayant ramené la coutume d'Orient où elle était implantée chez les Musulmans.

Il écrit :

" Les Croisés rapportèrent [au 12ème siècle], non seulement des tissus et des vêtements, mais encore des indications sur la façon de les couper... Les femmes occidentales adoptèrent le voile islamique ou, du moins, une sorte de guimpe cachant le bas du visage. Mais en même temps  elles se mirent à porter des robes plus ajustées, boutonnées sur le coté qui moulaient le buste."

On peut se poser la question de savoir si le port du voile est bien une importation par les Croisés des usages orientaux, ou bien une coïncidence.

Le voile finit par passer sous le menton, entourant complètement le visage (à la manière du hijab oriental): ce fut la guimpe (encore portée aujourd'hui par certaines religieuses);  cette mode finit par disparaitre après avoir quand même duré assez longtemps; il y eut des variantes qu'on retrouve jusqu'au 16ème siècle en Flandre notamment.

Il est difficile de savoir si cette mode était générale ou adoptée seulement par un grand nombre de personnes, en coexistence avec d'autres modes.

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Le voile fut  abandonné, selon  le même auteur, aux environs du milieu du 14ème siècle: "Pour la première fois, le corps [féminin] prenait cette allure corsetée que l'on retrouverait dès lors tout au long de l'histoire du costume. Autre innovation, d'une séduction plus franchement érotique, le décolleté. Les robes laissaient désormais apparaître la naissance de la gorge en même temps que l'on abandonnait le voile, dès lors réservé aux nonnes et aux veuves. Les coiffes et chapeaux se multiplièrent et devinrent de plus en plus extravagants jusqu'à la fin du 15ème siècle." 

 

On revit le voile, mais cette fois associé aux coiffures féminines en forme de corne et aux très hauts hénins. L'auteur écrit :" Il est clair, en tous cas, que le voile devint alors un élément de parure, fonction totalement opposée à son rôle originel..."

Evidemment ces réflexions concernent les femmes de haute condition.

James Laver indique qu'à la Renaissance, "on porte toujours le chapeau (souple et rond pour les hommes, plus large et décoré pour les femmes), mais les jeunes filles sortent souvent tête nue, la chevelure ornée de rangs de perles, de guirlandes de fleurs, ou retenues par de délicates résilles en voile transparent."

En fait on peut penser que la mode pour les jeunes filles de porter leurs cheveux découverts (mais non sans ornements, selon le rang social) n'a pas attendu la Renaissance et existait déjà au Moyen-Age :

Selon Jean Verdon (La femme au Moyen-Age, Gisserot) les jeunes filles laissaient leurs cheveux sur les épaules.

Cette pratique concernait-elle plutôt les jeunes filles des classes supérieures ?.

La mode (ou l'usage social) de se couvrir la tête au Moyen-Age aurait donc concerné les femmes d'un certain âge (probablement dès leur mariage), mais pas les jeunes filles.

 

En 1276, le poète Adam de la Halle, dans Le Jeu de la feuillée, se remémore sa première rencontre avec sa femme : parmi toutes les qualités de son corps, il cite ses cheveux brillants comme de l'or, drus, ondulés et frémissants. Si elle avait porté un couvre-chef, le poète aurait-il pu admirer au premier regard les cheveux de sa belle ? (cité par Jean Verdon, La femme au Moyen-Age).

 

 

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 L'Annonciation du musée de Lyon, bois de noyer polychrome, milieu du 14ème siècle.

 http://www.mba-lyon.fr/mba/sections/fr/documentation-musee/audioguides-en-ligne/assises-roman-lyon 

 

L'Annonciation du musée de Lyon est composée de deux personnages en bois, l'ange Gabriel et la Sainte Vierge. La Sainte Vierge porte les cheveux courts et ondulés.

 Ces personnages ont dû être fabriqués à Sienne au 14ème siècle. On peut penser, comme le montre le bras articulé de la Vierge, que les personnages étaient utilisés comme des poupées dans des scènes religieuses. La Vierge pouvait alors porter des vêtements véritables. En ce cas, portait-elle un voile ou bien sa coiffure restait-elle comme elle apparait ici, on ne peut le dire.

On peut penser que la Sainte Vierge est ici présentée comme une jeune fille ordinaire de Sienne au 14ème siècle, peut-être plus sagement vêtue, car à ce moment la silhouette féminine a adopté des robes moulantes, décolletées  et serrées à la taille (Jean Verdon, La femme au Moyen-Age).

Selon le poète Eustache Deschamps (vers 1380-90), la mode féminine (il n'a pas l'air de s'en plaindre !) donne aux jeunes filles un corps grêle [mince], un gros cul et de la poitrine (cité. par Jean Verdon).

 

Comme on le voit, rien de nouveau sous le soleil...

 

 

 Dans les nombeuses représentations de la Vierge par Raphaël au début du 16ème siècle, celle-ci est représentée comme une jeune fille aux cheveux blonds, coiffés et plutôt découverts, à l'exception d'un léger voile transparent presque invisible pris dans les cheveux (par exemple le tableau surnommé La Belle jardinière  https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Belle_Jardini%C3%A8re_(Rapha%C3%ABl) ou la Madone au chardonneret https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Vierge_au_chardonneret_(Rapha%C3%ABl)#/media/File:Madonna_del_cardellino_dopo_il_restauro.jpg )

Ce n'est que plus tard que Raphaël reprend l'image (plus traditionnelle, mais il serait intéressant de savoir quand elle s'est fixée) de la Vierge avec un voile opaque et long, notamment dans sa Madone de Dresde (mais cachant imparfaitement les cheveux).

 De nombreux tableaux ou bustes de la Renaissance italenne présentent des jeunes filles portant des coiffures élaborées mais la tête nue.

 

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La princesse Sibylle de Clèves, par Lucas Cranach (1526 ).Fondation Weimar Classique

https://jeveuxunerousse.wordpress.com/2012/05/07/phryne-par-gustave-boulanger/

 

 Au 16ème siècle,le peintre Lucas Cranach, proche de Luther, peint la jeune princesse allemande Sibylle de Clèves, pour son mariage en 1526 (est-ce sa tenue de mariage ?), portant ses cheveux sur les épaules, avec une simple couronne de branchage fleuri  et une plume.

 

Dans les classes populaires, on peut supposer que le port du bonnet est le plus répandu et il le restera longtemps.

 

Au 16ème siècle,  certaines représentations de femmes de la classe supérieure montrent qu’elles portent de petits chapeaux, souvent  de forme toque (comme les toques portées par les hommes à la même époque, mais en plus petit). Ces toques paraissent surtout portées avec des habits d’extérieur.

 

 

Dans la première partie du 17ème siècle, les images qu’on a de femmes de la classe supérieure montrent des chevelures bouclées assez courtes. Ces chevelures bouclées se transforment vers le milieu du siècle en « anglaises » (mèches qui forment des tire-bouchons).

 

Il ne semble pas que la mode féminine de l’époque prévoyait le port systématique d’un chapeau à l’extérieur, mais plutôt d’un petit bonnet ne cachant presque pas la chevelure.

Les femmes pouvaient parfois porter des chapeaux à larges bords, inspirés du style masculin (chapeaux « mousquetaire »)

 

 

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 La reine Marguerite de Valois (la reine Margot), soeur de  Charles IX, de Henri III et première épouse de Henri IV (vers 1580 ?).

 Elle porte une robe modérément décolletée (mais qui ne découvre pas la chair nue, semble-t-il, mais une sorte d'empiècement ou de chemise transparente), avec une collerette de type "fraise" et sur ses cheveux, une sorte de bonnet ou toque qui ne cache en rien ses abondants cheveux frisés en petites boucles.

 https://www.pinterest.fr/pin/397583473328011064/

 

Dans les années 1630, Rubens, récemment marié avec la belle Hélène Fourment, qu'on désignait comme la plus belle femme d'Anvers, représente sa jeune femme (37 ans de moins que lui) avec d'autres jeunes beautés, accompagnées de leurs cavaliers, dans un jardin, Le Jardin d'amour.

Toutes les femmes sont sans chapeau. Par contre, deux des hommes ont leur grand chapeau sur la tête. Il est difficile de savoir si Rubens a représenté un usage courant pour les femmes de la bonne bourgeoisie anversoise de sortir sans chapeau.

Il est vrai que  le jardin représenté est un lieu clos, privé et qui de plus est ici présenté comme un lieu idéal  : c'est le rêve d'un jardin dédié à l'amour, avec la présence allégorique de divinités et d'amours volant dans l'air (putti) qui préfigure les fêtes galantes de Watteau.

Mais c'est aussi un jardin inspiré d'un lieu réél,  le jardin de la maison de Rubens à Anvers, où il devait recevoir ses relations pour des réunions agréables.

Dans son tableau Hélène Fourment au carrosse (Musée du Louvre), Rubens représente sa femme qui s'apprête à monter en carrosse. Elle porte alors une  toque noire. Mais il s'agit d'un portrait d'apparat.

" La magnificence du portrait s'incarne dans la somptuosité du costume d'Hélène. Elle est vêtue à la mode espagnole d'une longue robe de satin noir avec une petite coiffe à pompons qui retient un grand voile de gaze noire."( le site du Musée du Louvre précise qu'il s'agit d'une "coiffure typique à la houppe alors en vogue dans les Pays-Bas et en Allemagne"  http://www.louvre.fr/oeuvre-notices/helene-fourment-1614-1673-au-carrosse )

Il existe de nombreux autres tableaux de Rubens représentant Hélène Fourment, soit tête nue, soit en chapeau. Dans l'un de ces tableaux, elle est représentée  dans leur jardin avec Rubens et leur jeune fils Frans. Hélène est  tête nue, tandis que Rubens porte un grand chapeau, Metropolitan Musum of Arts).

 

 

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Le jardin d'amour, de Pierre-Paul Rubens (1633)

Musée du Prado, Madrid.

 http://www.grandspeintres.com/tableau.php?tableau=jardin&id_peintre=11

 

 

 

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 Portrait de Susanna Huygens (vers 1667) par Caspar Netscher.

Ce tableau d'une bourgeoise néerlandaise montre que la mode des cheveux coiffés en boucles  retombant de part et d'autre du visage, et des robes décolletées  a gagné aussi les Pays-Bas protestants, où la mode féminine (aussi bien que masculine)  marquée par l'esprit d'austérité, avait imposé les tenues noires, les robes montant jusqu'au cou, les grandes collerettes et les bonnets jusqu'au milieu du 17ème siècle.

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Costume_au_XVIIe_si%C3%A8cle

 

 

 

 

 

 

AVEC OU SANS CHAPEAU 

 

 

 

Le port du chapeau est finalement une pratique qui a varié chez les femmes « de condition ».

A la fin du 17ème siècle et au 18ème siècle, des femmes élégantes sont représentées sans chapeau à l’extérieur et en public. Bien entendu, comme au 19ème  siècle, les cheveux ne sont pas dénoués, mais coiffés.

On remarque que les femmes, sur les représentations du 17ème ou du début du 18ème siècle, ne portent pas de chapeau, mais portent quand même le plus souvent  « quelque chose » sur leurs cheveux ; c’est généralement un petit bonnet peu couvrant .

A la fin du 17ème siècle, les femmes portent  une « Fontanges » (bonnet orné d'une sorte d'éventail de dentelles, mode qui aurait été créée par une favorite de Louis XIV, Mademoiselle de Fontanges).

 

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 Mode bourgeoise, gravure de N. Guérard, 1690

 http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b84075177

 

 

 Dans la gravure de Nicolas Guérard de 1690, Mode bourgeoise, d'intention satirique, on voit une jeune bourgeoise somptueusement vêtue aller par les rues.

La jeune bourgeoise est convaincue (à tort ou à raison) qu'une belle apparence soutient le crédit, comme l'indique l'éventail qu'elle tient à la main. Les inscriptions de la gravure dénoncent sur un ton moralisateur  les comportements "à la mode" de l'époque (dernière partie du règne de Louis XIV),  résumés par le proverbe  "tout ce qui reluit n'est pas or" : mode de faire voir le bas de soie et la jarretière à frange d'or en remontant sa jupe et son manteau, mode d'aller en pantoufle par la ville (en portant des mules et non des chaussures fermées), mode d'être aussi "brave" (hardie, séduisante, voire impudente) que sa voisine (ce qui montre que toute la société faisait de même), mode d'imiter les gens de qualité (la noblesse), même si "tout manque à la maison".

Notre jeune bourgeoise porte un bonnet à la Fontanges qui ne cache pas ses cheveux. 

L'image de la femme qui en ressort correspond à une société du paraître, convaincue que le succès personnel et familial dépend d'une belle apparence. Dans la société de l'époque (de toute époque probablement) chacun (homme ou femme) en fait autant. Mais à ce jeu, les femmes ont plus d'atouts, semble reconnaître la gravure, que les hommes.

Ces atouts sont ce qu'on appellera plus tard le "sex-appeal", sans doute ce que le graveur appelle "être brave"

 

 

Certains tableaux de Watteau ou de Jean-François de Troy (années 1720-1730) représentent les femmes en public coiffées d'un très petit bonnet.

Par la suite, elles sont  souvent représentées par les peintres et graveurs avec les cheveux poudrés, coiffés en rouleaux (un peu dans le style des perruques masculines) et découverts

 

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 L'Enseigne de Gersaint, de Watteau (1720), Musée de Chatlottenbourg, Allemagne.

Le tableau présente la boutique du marchand d'art Gersaint, un ami de Watteau. Il s'agit d'un des rares tableaux de Watteau représentant des personnages de la vie réelle. Les femmes portent de très petits bonnets, sauf la vendeuse à droite dont le bonnet est plus couvrant.

Deux hommes ont leur chapeau de forme tricorne sous le bras, attitude fréquente, car si le port du chapeau était impératif pour l'homme de qualité, rien n'obligeait à le porter en permanence sur la tête.

Au début du 19ème siècle on vit même apparaître des encombrants bicornes, qui furent appelés justement  par les mots français "chapeaux de bras" aux Etats-Unis, car plus faits pour être tenus sous le bras que sur la tête.

 https://en.wikipedia.org/wiki/Edme-Fran%C3%A7ois_Gersaint

 

 

 

 

 

A la fin du 18ème siècle, la hauteur de certaines coiffures féminines (chez les classes supérieures, évidemment) rend impossible le port d’un chapeau.

Lorsque le port du chapeau est possible, on trouve des petits chapeaux, manifestement inspirés du modèle masculin du tricorne.

Dans les années qui précédent la révolution française, la mode apparait des chapeaux à grands bords.

De nombreux portraits montrent Marie-Antoinette, qui fut l’une de celles qui a lancé cette mode, coiffée d’un chapeau volumineux.

Pendant la révolution française, période d’austérité, le port du bonnet (souvent orné de la cocarde tricolore et de style populaire) devient général.

Le chapeau féminin prend ensuite la forme du chapeau de forme capote, qui durera une partie du 19ème siècle, mais sous l'Empire on trouve des représentations de femmes élégantes portant leurs cheveux découverts  dans des lieux pubics.

Bien entendu la tenue de cour exclut le port du chapeau, mais le plus souvent, les dames de la cour impériale portent un diadème sur leurs cheveux.

 

Dans des tableaux d'un peintre de genre assez connu du début du 19ème siècle, Louis-Léopold Boilly, on voit dans la rue ou des femmes sans chapeau et d'utres portant chapeau ou bonnet.

Ainsi dans Le tricheur du Boulevard, un escamoteur convainc une jeune femme en chapeau (de type capote) de se prêter à un tour de cartes. D'autres femmes, de milieu plus populaire, portent des bonnets.

A gauche, un bourgeois assez âgé (le modèle serait le manufacturier Oberkampf) s'éloigne, l'air réprobateur, avec sa jeune et élégante épouse qui ne porte pas de chapeau mais une sorte de ruban dans ses cheveux.

Dans un autre tableau, Le Public regardant le Couronnement de David au Louvre, qui lui montre un lieu public fermé (le Salon annuel de peinture, au musée du Louvre) Boilly a représenté en 1810 la foule venant voir le célèbre tableau du Sacre de Napoléon par David, qui venait d'être terminé. Un certain nombre de femmes portent des chapeaux ou des bonnets, d'autres, de milieu clairement bourgeois, sont tête nue.  (voir reproduction https://www.metmuseum.org/art/collection/search/438099)

 

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 Le tricheur du Boulevard, par Louis-Léopold Boilly, 1806.

Musée des Beaux-Arts de Washington

 http://artifexinopere.com/wp-content/uploads/2017/02/50-louis-leopold-boilly-4.jpg

 

 

 

Une grande partie du 19ème siècle vit le triomphe du chapeau du genre capote.

Nous pouvons considérer que ce type de chapeau féminin était plutôt austère.

Toutefois, la combinaison du chapeau, de la voilette avec laquelle il était parfois porté et des jupes à crinoline, pouvait être jugée par les contemporains (les hommes en tous cas) particulièrement séduisante.

On en a la preuve avec une gravure de Charles Vernier parue dans le journal satrique français Le charivari vers 1860 et intitulée Une tournure à faire tourner toutes les têtes.

La gravure présente une jeune femme avec une jupe à crinoline d'une ampleur extraordinaire (le terme tournure parait avoir été utilisé pour décrire l'effet général produit par l'ampleur de ces jupes, soutenues par des supports en osier, mais on parlera plus tard vers 1880 de robes à tournures, moins larges que les crinolines). Elle porte un chapeau de type capote (très réduit) et une voilette; elle n'a pas l'air mécontente de l'effet produit sur deux specimen du sexe masculin, qui n'hésitent pas à braquer sur elle leur lorgon et  paraissent faire le tour de la jolie personne, qui dévoile aussi hardiment sa bottine.

Aujourd'hui nos deux spectateurs seraient sans doute qualifiés de harceleurs pour leurs regards insistants et directs et on plaindrait la pauvre jeune femme, obligée par la pression sociale de l'époque, de s'habiller de façon à émoustiller les messieurs - même si c'était avec des vêtements qui ne dévoilaient pas grand chose - mais d'autant plus excitants parce qu'ils dévoilaient peu et suggéraient beaucoup.

 

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 La crinolonomanie - Une tournure à faire tourner toutes les têtes, gravure de Charles Vernier, journal Le Charivari (vers 1860)

Musée de la Légion d'honneur - De Young, San Francisco

 https://art.famsf.org/charles-vernier/la-crinolonomanie-une-tournure-%C3%A0-faire-tourner-toutes-les-tetes-le-charivari

 

 

 

 

 

DES VÊTEMENTS POPULAIRES AUX TENUES FOLKLORIQUES

 

 

 

Au 18ème siècle les femmes d’un certain âge portent souvent un petit bonnet.

Une relation s’établit donc entre le fait de porter ses cheveux au naturel (mais coiffés) avec ou parfois sans un petit ornement de tête, et la jeunesse, tandis que les personnes plus âgées, tenues à une plus grande discrétion, ou ayant abandonné toute velléité de séduction, portent des bonnets.

On retrouve ces bonnets dans les milieux populaires.

Le bonnet ou la coiffe paraissent avoir été portés dans les milieux populaires – à l’époque principalement ruraux – de façon assez permanente.

Ces bonnets ou coiffes se retrouvent dans les vêtements qu’on a appelés plus tard folkloriques, propres à chaque province ou partie de province (qui étaient des vêtements de fête et probablement, vu la qualité des matériaux et donc le coût, réservés aux plus aisés, et non des vêtements de tous les jours).

Les habits dits folkloriques comportent toujours, pour les femmes une coiffe, le plus souvent  du type bonnet, plus rarement un chapeau (le plus souvent à larges bords), ou exceptionnellement des coiffes plus originales comme la coiffe alsacienne.

De même, les tenues folkloriques comportent toujours un chapeau pour les hommes (le type de ces habits s’est fixé au 19ème siècle mais dans les manifestations actuelles il y a une tendance à faire revivre des modèles plus anciens, notamment du 18ème siècle).

On peut donc conclure qu’aux 17ème, 18ème et 19ème siècle, alors que l’usage de porter un chapeau pour les femmes de la classe supérieure était fluctuant, dans les milieux populaires, l’usage de porter un couvre-chef, notamment un bonnet, était bien plus général.

 

 

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Photo (vers 1945 ?) représentant Hélène Costa, par la suite épouse du président de la parfumerie Fragonard et fondatrice du musée provençal du costume et du bijou de Grasse, en costume provençal. Le costume porté ici est présenté comme un costume d'artisane.

Blog The french jewelry post, article Le musée Provençal du Costume et du Bijou

http://www.thefrenchjewelrypost.com/it-joailliers/musee-provencal-costume-bijou/

 

 

 Le costume provençal comporte, comme tout costume dit régional,  de nombreuses variantes selon les localités, aussi bien dans les vêtements que les coiffures. Pour le costume féminin, on peut trouver des bonnets, rubans et coiffes de forme variées ou des chapeaux à larges bords et même le chapeau porté par-dessus le bonnet.

 Lawrence Durrell, le grand écrivain britannique, auteur entre autres du Quatuor d'Alexandrie, qui vécut la dernière partie de sa vie en Provence, décrit ainsi les jeunes filles d'Arles lorsqu'elles portent leur tenue traditionnelle et vont à cheval, au moment des courses de taureaux :

 

Fières amazones sur leurs montures

...

Leur chevelure adorable, modeste nid

Pour violettes et dentelles (...) 

 

(poème inséré dans son stimulant livre sur la Provence, L'ombre infinie de César, 1990).

 

 

 

 

MADAME CHAPEAU DE BRUXELLES

 

 

 A la ville, dans le cours du 19ème siècle et au début du 20ème siècle, les femmes des classes populaires (souvent venues des campagnes) abandonnèrent progressivement le port du bonnet traditionnel, sans doute remplacé quelque temps par un foulard ou des chapeaux bon marché, puis furent les premières à sortir en cheveux, présageant l'évolution générale vers l'abandon du chapeau féminin..

On en a un témoignage dans la célèbre comédie bruxelloise Bossemans et Coppenolle (1938) des auteurs Paul Van Stalle et Joris d'Hanswyck, où apparait le personnage de Madame Chapeau.

C'est le surnom d'une dame âgée qui habite un quartier populaire.

Dans une réplique célèbre de la pièce, elle explique ainsi son surnom :

« ça est les crapuleux de ma strotje [rue] qui m'ont appelée comme ça parce que je suis trop distinguée pour sortir en cheveux ! ».

Madame Chapeau illustre à la fois le rôle de distinction sociale du chapeau et le fait qu'à la date de la pièce, ce rôle suscitait désormais surtout de la moquerie dans les classes populaires.

 

 

 

 

FEMMES MARIÉES ET VEUVES

 

 

 

Que la chevelure féminine soit un élément de séduction, personne n’en doute.

C’est sans doute pour cette raison qu’il a existé, dans certains pays occidentaux, un usage (plus ou moins épisodique) voulant que les femmes mariées portent un voile sur leurs cheveux (en quelque sorte pour montrer qu’elles n’étaient plus libres et n’avaient plus à exercer leurs capacités de  séduction ?).

On a vu que le Moyen-Age avait généralisé à un moment le port du voile, avant qu'il s'efface au 14ème siècle.

Mais on retouve des voiles à la Renaissance.

Cet usage apparait notamment dans le célèbre tableau de Léonard de Vinci, La Joconde, où le modèle porte un voile  (à ce qu’il semble, le voile est noir et transparent, peu visible, mais la peinture est très obscurcie) ; ce détail, selon certains, permettrait de l’identifier comme une femme mariée, ce qui correspond à l’identification du modèle, proposée à partir de documents sur les clients de Léonard de Vinci,  avec Lisa Maria Gherardini, femme du sieur del Giocondo (d’où le nom francisé de Joconde et le nom de Monna Lisa, abréviation de madonna Lisa, madame Lisa, que la tradition donne au modèle). Mais pour d’autres, ce voile serait un voile de deuil.

A peu près à la même époque, Raphaël représente une femme, portant un voile blanc (le tableau est justement connu comme La donna velata, voir reproduction, entre autres ici http://www.francetvinfo.fr/culture/expos/raphael-un-genie-qui-savait-s-entourer_141385.html). Ici encore, les historiens expliquent ce voile par l’existence d’une coutume romaine voulant que les femmes mariées portent un voile, du moins à partir de la naissance de leur premier enfant. On remarquera que, de toute façon, le voile ne dissimule pas l’ensemble de la chevelure.

Mais ces coutumes, essentiellement italiennes, paraissent avoir été de courte durée.

On peut d’ailleurs se demander si la coutume n’a pas été réinventée en Italie, justement au début de la Renaissance, par imitation des usages de l’ancienne Rome, où la femme mariée (la matrone) portait un voile (en fait un pan de son manteau, semble-t-il) sur ses cheveux.

La coutume voulant que les veuves s’habillent en noir et portent également un voile sur leurs cheveux a eu une certaine durée.

On en a le témoignage avec l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche (18ème siècle), qui après la mort de son mari très aimé, l’empereur Charles de Lorraine, porta des vêtements noirs avec un voile.

Elle fut ainsi représentée sur des pièces de monnaie (le voile est discret et couvre très partiellement la chevelure).

Ces pièces, bien connues sous le nom de thalers de Marie-Thérèse, ont eu une longue existence car frappées sans interruption avec un millésime arrêté à 1780,  elles ont été utilisées, non seulement dans une partie de l’Europe, mais plus curieusement, dans les pays du golfe perso-arabique jusqu’assez avant dans le 20ème siècle : plusieurs ateliers monétaires avaient repris la frappe de la pièce exprès pour l’exportation dans l’Afrique orientale et les pays du golfe.

Il est difficile de savoir comment ces pièces venues de l’empire des Habsbourgs ont pu s’acclimater du côté d’Aden, mais on a évoqué le fait qu’elles représentaient une femme voilée, ce qui pouvait correspondre culturellement aux habitudes des habitants (ou en tous cas les choquait moins qu’une femme sans voile ?). L'aspect plantureux de l'impératrice (pourtant pas toute jeune) aurait aussi expliqué ce succés.

 

 

 

 

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Depuis 1780, le thaler de Marie-Thérèse porte toujours l'année 1780. Il a été frappée par les ateliers de Birmingham, Bombay, Bruxelles, Londres, Paris, Rome et Utrecht, et bien sûr par les ateliers autrichiens de Hall, Günzburg, Kremnica, Karlsburg, Milan, Prague et Vienne. On estime à 390 millions d’exemplaires la production cumulée de ces ateliers, généralement à destination de la péninsule arabique.

Depuis 1946, seule la Monnaie de Vienne frappe ces monnaies (production cumulée d’environ 50 millions d’exemplaires).

voir https://www.cgb.fr/autriche-1-thaler-refrappe-marie-therese-1780-vienne-fdc,fwo_287780,a.html

ainsi que  http://www.sacra-moneta.com/Monnaies-du-monde/Le-thaler-de-Marie-Therese-histoire-et-valeur.html

 https://www.emonnaies.fr/le-blog-emonnaies/marie-therese-dautriche-un-thaler-victime-de-son-succes/

 

 

 

A propos des voiles de deuil, dans la tenue de grand deuil en usage jusqu’après le milieu du 20ème siècle, la veuve portait un voile cachant son visage et pouvant descendre très bas. Mais cette tenue n’était guère en usage que dans les milieux les plus formalistes et finalement plutôt réservée pour le jour même de l’enterrement. «  La veuve dans ses voiles » fut une image utilisée par les illustrateurs, en particulier après la guerre de 14 pour représenter les veuves des morts à la guerre : ces veuves étaient encore parfois très jeunes.

Ce type de vêtements concernait plutôt les classes aisées, mais dans tous les milieux et surtout à la campagne, la femme veuve avait l’habitude de porter en permanence des vêtements noirs bien après la fin du deuil officiel, autrefois rigidement observé.

Les vêtements de deuil portés à la campagne étaient beaucoup plus simples que ceux portés dans les milieux aisés et urbains et comme à la campagne, l’usage était encore de porter des foulards (fichus), la veuve portait également (le plus souvent) un foulard noir. Cet usage de porter toujours le même type de vêtements, au surplus peu salissants, correspondait aussi à une préoccupation d’économie.

En Corse l’usage du vêtement de deuil noir avec le foulard noir devint un élément de la représentation de la femme corse typique, probablement dès avant la guerre de 14, qui multiplia cet usage comme on le conçoit, au point de passer (à tort) pour le vêtement folklorique corse, qui était généralement plus coloré mais qui survécut plus mal que dans d'autres régions.

 

 

 

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 Pauline Pô, une jeune Corse, accéda à une brève célébrité lorsqu'elle fut élue Miss France (à l'époque, l'appellation était non pas "Miss" mais  "La plus belle Femme de France") en 1921, à 17 ans, après avoir été élue en 1920 reine de beauté de la Corse. Elle tourna ensuite dans un des premiers films ayant la Corse pour décor, intitulé Corsica (une histoire de vendetta, évidemment !) A cette époque, le foulard et la robe noire faisaient déjà partie du folklore corse. Au moins Pauline Pô  les porte avec beaucoup de charme.

https://it.pinterest.com/pin/79094537188191136/?lp=true

 

 

 

 

MANTILLES

 

 

 

Nous avons déjà parlé dans un précédent message (Mantilles, faldettas et zendales, http://comtelanza.canalblog.com/archives/2013/02/23/26486181.html ) auquel nous renvoyons, de l‘usage de porter un voile particulier, en dentelles, dénommé mantille, pour assister à la messe.

Cet usage d’origine espagnole (apparu vers 1600 semble-t-il), parait avoir été faiblement représenté en France, où il n’en reste pratiquement pas de trace.

Par contre l'usage à la messe était de se couvrir la tête et dans les campagnes, les femmes portaient leur bonnet, et plus tard des foulards (même si elles n'en portaient plus à l'extérieur) et les bourgeoises portaient leur chapeau, alors que les hommes bien entendu étaient découverts.

Cet usage semble provenir d'une prescription assez peu claire de Saint Paul, dont on a parlé dans l'article cité plus haut. Il est possible que cette prescription, pourtant ne visant que l'assistance à la messe, ait servi pour justifier, plus ou moins consciemment, le port d'un couvre-chef par les femmes même en-dehors de la messe.

L'historien des religions Odon Vallet, dans un article du journal La Croix, intitulé  Le voile se retrouve dans presque toutes les cultures, indique :

" La première mention de son port obligatoire [du voile] remonte aux lois assyriennes attribuées au roi Téglat Phalazar Ier (vers 1000 av. J.-C.). Il s'appliquait aux filles, aux épouses et aux concubines d'hommes libres, ainsi qu'aux prostituées sacrées mariées. Ces femmes voilées ne devaient pas être touchées...

(...)

La Torah [loi juive] ne fait pas obligation juridique du voile, mais il est clair que les femmes des temps bibliques le portaient. (...) En tout cas, on n'a jamais entendu parler de "voile juif" ou de "voile chrétien", même si saint Paul en exige le port pour la prière (1 Co 11, 5). Toutefois, quelques versets plus loin, Paul ajoute : "Pour la femme, la chevelure lui a été donnée en guise de voile". (1 Co 11, 14.) De toute façon, cette lettre aux Corinthiens est difficile à interpréter dans le contexte d'une ville portuaire dédiée à Aphrodite et où il existait un important culte aux prostituées sacrées".

http://croire.la-croix.com/Definitions/Lexique/Islam/Le-voile-se-retrouve-dans-presque-toutes-les-cultures

 Signalons à ce propos que s'il n'existe pas de voile juif comme le dit O. Vallet, il existe dans des milieux juifs ultra-orthodoxes des prescriptions rigoureuses concernant la chevelure féminine, qui doit être cachée.

 

Le droit canon (droit religieux de l'Eglise catholique) a évolué et n'exige plus le port d'un couvre-chef pour les femmes assistant à la messe.

 

Le port de la mantille est aussi un usage protocolaire pour les femmes reçues en audience par le Pape (généralement il s’agit d’une mantille noire, mais elle peut être blanche dans certains cas, notamment pour les membres des familles royales catholiques).

Le port de la mantille n’est plus une obligation dans le protocole du Vatican.

Dans l’usage de la mantille, on retrouve clairement l’idée que la chevelure, objet de séduction, doit être cachée, soit pour assister à la messe, soit pour rencontrer le chef de l’Eglise.

Dans le cas des audiences avec le Pape, il prend un aspect essentiellement protocolaire et traditionnel : on se souviendra que pour les hommes, il était autrefois de règle de revêtir l’habit de soirée pour être reçu par le pape, avant que le protocole évolue dans le sens de la simplicité.

La mantille dissimule très imparfaitement les cheveux, et la femme qui la porte pour être reçue par le Pape apparaîtra ensuite avec ses cheveux au naturel.

Dès lors la comparaison qui est parfois faite, à partir d’un usage très restreint, avec le voile dit islamique, n’a pas lieu d’être.

 

 

 

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 Le président Trump, sa femme Melania et sa fille (d'un premier mariage) Ivanka reçus par le pape François - bien peu souriant, le 24 mai 2017. Le gendre de D. Trump était aussi présent.

https://francais.rt.com/international/38828-visite-vatican-melania-ivanka-trump-pape

On remarqua que Ivanka et Melania Tump avaient respecté la tradition et avaient mis une mantille (ou un voile en résille pour Ivanka) pour être reçues par le pape; bien entendu on tenta un début de polémique car elles n'avaient pas porté de voile lors de leur visite peu de temps auparavant en Arabie Séoudite.

Mais on rappella aussi que Michelle Obama avait fait exactement de même, aussi bien en Arabie Séoudite que devant le pape. Il n'y a pas d'obligation pour les étrangères de porter le voile en Arabie Séoudite (sauf pour entrer dans des lieux saints), tandis que le port d'une mantille lors d'une réception par le pape est une tradition (non une obligation), le plus souvent respectée par les personnes de culture chrétienne et à plus forte raison catholique.

On retiendra que récemment la chancelière Angela Merkel fut reçue par le pape sans mantille, alors que la princesse Charlène de Monaco et la reine des Belges Mathilde furent reçues en mantille blanche (privilège de quelques familles régnantes  catholiques). Même la reine de Suède et sa fille, pourtant protestantes (comme Michelle Obama), apparurent en mantille noire; on en conclura qu'il entre dans cet usage une forme de coquetterie ou de glamour.

 Pour les curieux de ces images :

 https://www.lexpress.fr/styles/familles-royales/albert-et-charlene-de-monaco-rencontrent-le-pape-francois_1754952.html

 https://www.lexpress.fr/styles/familles-royales/leonore-de-suede-premiere-visite-au-vatican_1677729.html

 https://nl.express.live/2016/10/27/maak-van-de-paus-geen-globale-teddybeer-naar-vrouwen-kijkt-hij-niet-om/

 https://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Angela-Merkel-a-rencontre-le-pape-Francois-2015-02-21-1283423

 http://www.zimbio.com/pictures/mBAWlzE8EjR/Pope+Meets+President+Obama/794Zsw3rdfY/Pope+Benedict+XVI

 Enfin, lors d'une visite de la famille grand-ducale de Luxembourg au complet, on a pu constater qu'il était possible de porter, pour l'épouse du prince héritier, en même temps qu'un voile discret, une jupe bien au-dessus du genou et d'être reçue par le pape sans provoquer de tremblement de terre.

La grande-duchesse ne portait pas de mantille et était en blanc, ses belles-filles portaient la mantille ou le voile et étaient en noir.

http://www.noblesseetroyautes.com/famille-grand-ducale-audience-chez-pape-francois/

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Le prince héritier du Luxembourg Guillaume et son épouse la princesse Stéphanie, au Vatican le 21 mars 2016. Les personnages en habit de soirée qui les introduisent sont les assistants chargés du protocole (traditionnellement des aristocrates romains) mais comme on peut le voir, les visiteurs masculins eux-mêmes ne portent plus l'habit pour les audiences pontificales.

 http://www.parismatch.com/Royal-Blog/famille-royale-Luxembourg/La-famille-du-Grand-Duche-rencontre-le-pape-Francois-933855

 

 

 

 

 

 

CONCLUSION

 

 

 

Aussi bien pour les hommes que pour les femmes, le chapeau (ou la coiffe, quelle qu’elle soit) a longtemps fait partie du costume, dans tous les milieux.

Dans la deuxième partie du 20ème siècle, son usage a commencé à diminuer progressivement pour quasiment disparaître, chez les hommes, comme usage quotidien. 

Le chapeau se réduit à son usage utilitaire, chapeau de paille d’été, bonnets d’hiver, chapeau ou casquette des gens d'un certain âge, sensibles au froid, qui souvent adoptent la casquette, plus décontractée que le chapeau.

Il suffit de regarder des photos par exemple d’une rue aux USA vers 1960 pour voir encore beaucoup d’hommes en chapeau, du type dit « chapeau mou », dont le type avait évolué depuis les années 30 et 50 : les  grands bords avaient cédé place à des bords très étroits.

Dès la fin des années 60 ou le début des années 70, les chapeaux masculins disparaissent presque complètement.

Aujourd’hui, il n’y en a plus, ou peu s’en faut.

Le chapeau (dans des modèles à très larges bords) a sans doute mieux résisté, aux USA, dans les régions rurales, où il est inséparable d’un certain mode de vie.

Dans tous les pays occidentaux, le couvre-chef résiste aussi, en partie, dans les uniformes, militaires ou civils : le pilote d’avion commercial porte toujours uniforme et casquette, mais dans la marine marchande ou d’autres professions, le couvre-chef disparait et parfois l’uniforme.

En France, pays peu porté sur les traditions, le chapeau de cérémonie (haut de forme notamment) a disparu (avec quelques exceptions pour des mariages très distingués) alors qu’il se maintient encore, par exemple en Grande-Bretagne, ainsi que le chapeau melon (concernant une fraction  réduite de la population et pour des circonstances précises comme les courses à Epsom ou Ascot, des réceptions etc).

 

 

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 Spectateurs aux courses d'Epsom.

Dans un pays comme la Grande-Bretagne, les usages d'un moment tendent à durer et à devenir des traditions, sans doute plus fréquemment qu'ailleurs. Les courses à Epsom ou Ascot sont l'occasion, pour une certaine partie du public, de porter des tenues de circonstance comprenant, pour les hommes, la jaquette et le haut de forme.

Les femmes portent aussi des chapeaux élégants qui sur la photo, sont presque noyés dans la masse des hauts de forme noirs et gris.

http://www.dailymail.co.uk/sport/racing/article-2949535/Epsom-Derby-time-shift-attempt-halt-TV-viewing-figures-decline.html

 

 

 

Paradoxalement, c’est chez les plus jeunes que le couvre-chef est porté par une proportion importante d’individus, sous la forme de  casquettes à visière, inspirées des casquettes de base-ball.

 

Dans ces conditions, la quasi disparition des chapeaux portés par les femmes n’est pas  le résultat d’un changement des mentalités qui aurait mis fin à l’obligation pour les femmes de se couvrir la tête pour des raisons mêlant religion et morale, comme le croient certains, mais le résultat d’une évolution des usages parallèle à l’évolution observée chez les hommes.

Et encore peut-on dire que pour les femmes, cette évolution est moins une rupture que pour les hommes : en effet, depuis des siècles, dans tous les milieux, les hommes avaient porté un couvre-chef (même si au 18ème ou19ème siècle, ils le tenaient volontiers sous le bras ou à la main).

Comme on l'a observé, le fait pour les femmes de couvrir leur chevelure a peut-être été, au début, une prescription de nature morale, pour dissimuler un élément de séduction, notamment en ce qui concerne les femmes mariées qui pouvaient attirer l'attention d'autres hommes et leur inspirer des idées d'adultère.

Mais avec le temps, cette prescription s'est transformée en son contraire et les chapeaux ou voilettes sont devenus à leur tour des éléments de séduction ou au moins de coquetterie, avant de disparaître car ne correspondant plus aux conditions de vie actuelle, sauf dans quelques usages..

Au demeurant, le port du chapeau - ou d'une pièce d'habillement couvrant plus ou moins les cheveux -  a été assez variable dans le temps chez les femmes, au moins dans les milieux favorisés et urbains, et de toutes façons il correspondait à une habitude similaire chez les hommes.

C'est ainsi qu'on aurait pu clore une réflexion sur le sujet.

Mais depuis quelques décennies, certains et surtout certaines considèrent que la société occidentale, dirigée par des hommes (patriarcale) impose aux femmes de s'habiller de façon à plaire aux hommes.

Ainsi, quelles que soient les usages vestimentaires en vigueur, recommandant l'austérité ou au contraire accentuant la séduction, ils exprimeraient la soumission féminine  aux règles imposées par les hommes.

De façon paradoxale, certaines féministes, en lutte contre l'image désirable  de la femme qui serait imposée par une société dirigée par les hommes, en viennent même à approuver les tenues dites modestes, apparues depuis quelque temps, qui dissimulent les aspects les plus sexués du corps féminin.

Ces tenues sont de règle dans d'autres civilisations et trouvent des adeptes chez les pratiquants les plus rigoristes de toutes les religions.

Quoiqu'on pense de cette conception, elle ne reflète pas la tradition occidentale majoritaire.