VENISE ETERNELLE, SUITE

 

travail en cours

 

 

 

 

Pour compléter mon message précédent, je vous propose une sorte de reportage photographique sur Venise.

 

 

VENISE DANS LES ANNÉES CINQUANTE

 

 

En regardant le film américain Vacances à Venise avec Katharine Hepburn, proposé sur Arte il y a peu, j’observais à quel point Venise, dans ce film, apparaissait colorée et presque verdoyante : lorsqu’on voyait des plans généraux de Venise, on apercevait beaucoup d’espaces verts (des  jardins privés, je suppose).Sont-ils toujours présents aujourd’hui ?

Le film a été tourné en 1954 et est sorti en 1955. Dans sa version originale, il s’appelle Summertime (vacances d’été en quelque sorte). Le réalisateur est David Lean, réalisateur britannique déjà reconnu à l’époque. Il devait ensuite acquérir une célébrité internationale avec des films à grand spectacle, comme Le Pont de la rivière Kwaï, Lawrence d’Arabie et Le Docteur Jivago.

Les couleurs du film sont particulièrement suaves (un peu kitsch) et mettent en valeur le paysage vénitien et les décors intérieurs. Les images soignées mettent en évidence le talent du directeur de la photographie, Jack Hildyard.

 

Le décor de Venise dans les années 50 présenté dans le film est contemporain des souvenirs de Mary Mc Carthy que j’ai évoqués précédemment.

L'héroïne du film, jouée par Katharine Hepburn, est une vieille fille américaine (pas si vieille), Jane Hudson, secrétaire dans une petite ville de l'Ohio, qui voyage en Europe pour la première fois de sa vie.

Munie de son inséparable caméra, elle découvre avec émerveillement Venise.

Sa stupéfaction en arrivant pour la première fois Place Saint Marc est particulièrement bien rendue.

Il ne manque ni les trajets en vaporetto, ni les terrasses des cafés de la Place Saint Marc. C’est justement à la terrasse d’un café (Florian ou Quadri –il y en avait un troisième à une certaine époque), en regardant passer les couples et les élégantes jeunes filles à qui les jeunes gens emboitent le pas, que Jane Hudson, jouée par est prise de mélancolie en constatant sa solitude.

C’est à ce moment qu’elle est remarquée par un autre consommateur. Peu après, le hasard les remet de nouveau en présence : entrée dans une boutique d’antiquités pour se renseigner sur le prix d‘une coupe de Murano, elle reconnait dans l’antiquaire le séduisant personnage grisonnant qui l’avait remarquée Place Saint Marc.

Dans le film, la boutique d'antiquités est située sur le campo San Barnaba, à proximité d'un pont (la boutique existe toujours, mais c'était il y a quelques années une boutique de souvenirs, sur ce point voir le blog  https://reasonandreflection.wordpress.com/2014/03/23/summertime-in-magical-venice/ : le responsable de ce blog américain, admirateur du film, a tenu à rerouver les lieux précis du tournage et a lui aussi été pris par  la magie de Vense).

 

L'antiquaire, le signor Renato de Rossi (un nom pas typiquement vénitien) est joué par l'acteur italien Rossano Brazzi, qui durant toute sa carrière joua les séducteurs distingués, souvent aristocrates (dans La Comtesse aux pieds nus de Joseph L.  Mankiewicz, il est le comte Torlato-Favrini) et se maria d'ailleurs avec une baronne.         

L'Américaine et l'antiquaire se revoient et ils finissent par tomber amoureux, malgré quelques quiproquos (lui ayant acheté une coupe rouge du 18ème siècle, elle se sent trompée quand elle voit le couple de touristes amricains revenir avec un assortiment de coupes semblables, sortant tout droit d'une fabrique de Murano - il faut que le signor de Rossi lui explique que les verriers vénitiens utilisent toujours les modèles du passé, mais que la coupe qu'il lui a vendue est bien du 18ème siècle...)..

Elle apprend plus tard que l’antiquaire est père de famille, ce qu’elle perçoit comme une trahison.

Persuadée que son amoureux  est un de ces Européens cyniques qui ne recherchent que des aventures  d’un moment, l’héroïne refuse de le revoir  Mais l’antiquaire lui reproche son conformisme américain. Qu’y a –t-il de mal à céder à ses sentiments ?  Il n’a rien à se reprocher, il est séparé de sa femme et s’il n’en a pas parlé d’abord, c’est qu’il craignait la réaction négative de son amie.

Celle-ci reconnait son erreur : son amoureux mérite d’être aimé et tous deux profitent d’une escapade à Burano pour se prouver leur amour.

Mais cet amour est sans issue. Ce n’est qu’un amour de vacances car il faut qu’elle parte.

Elle quitte Venise, comme elle y est arrivée, par train (les touristes, à cette époque, voyageaient le plus souvent en train), se demandant si son amoureux viendra lui dire au revoir. Il vient en effet, et court longtemps sur le quai –tandis qu’elle se penche longtemps à la fenêtre du train pour le voir. L’idée d’abandonner sa vie américaine et de rester à Venise ne l’a pas effleurée –sinon comme une impossibilité manifeste…

Le film témoigne non seulement sur la Venise des années 50 mais plus généralement sur l’Italie de l’époque : le gamin des rues, apparemment sans famille et toujours prêt  à vendre quelque chose aux touristes, que l’héroïne rencontre dès le début de son séjour, et avec qui elle se lie amicalement, était un personnage inséparable de l’image de l’Italie d’autrefois, même au début du « miracle italien » qui allait mettre l’Italie (surtout l’Italie du nord) au même niveau économique que les pays d’Europe occidentale. Depuis, des gamins des rues ont réapparu dans diverses grandes villes européenne, conséquence cette fois des flux migratoires…

Les Vénitiens montrés dans le film sont plutôt élégants : lorsque pour se rendre à un rendez-vous avec son amoureux, l’héroïne s’habille avec une robe et des chaussures achetées à Venise, le compliment  que lui fait la jeune femme de chambre de la pension où elle réside, c’est qu’elle ressemble tout-à-fait à une Italienne !

Certains détails sont caractéristiques d’une époque disparue : l’héroïne (qui il est vrai, est un peu vieux jeu) porte parfois des gants en tissu léger, en plein été et alors que des personnages font allusion à la chaleur du moment.

 

Le film donne de Venise l’image d’une ville où les touristes ne sont pas encore  envahissants et où la population vénitienne est encore importante.

Les touristes sont représentés, outre l’héroïne, par un couple amusant d’Américains d’un certain âge, fidèles à l’image des Américains moyens du Middle West tels qu’on les voyait à l’époque : le Monsieur qui porte chapeau et cravate voyante, est jovial, rondouillard et un peu béotien et sa femme, plus fine, désireuse de se mettre au niveau de la culture des pays qu’elle visite, est fière des mots italiens qu’elle a appris ; ils passent leur temps à faire des emplettes et à visiter tout ce qu’il faut voir.

Comme l’héroïne, Ils sont descendus à la pension  de la signora Fiorini, une élégante veuve vénitienne entre deux âges, dont la pension, pourtant sans prétention, a des apparences de petit palais avec une terrasse sur un canal animé.

Parmi les pensionnaires, on trouve aussi un artiste peintre encore assez jeune et sa jolie compagne, eux aussi Américains, on suppose, qui représentent le milieu des esthètes : le couple âgé ne passe que quelques jours à Venise dans un programme chargé de visite de l’Europe, les seconds vivent déjà depuis six mois dans la pension de la signora Fiorini. Plus tard l’héroïne aura l’occasion de voir que tout ne va pour le mieux dans le jeune couple, et pour cause puisque l’homme a une liaison avec la signora Fiorini !

 

 

 

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Les pensionnaires de la pension Fiorini sur leur balcon.

Blog Mode essentielle

http://modessentielle.blogspot.fr/2016/07/vacances-venise-le-film-de-1955-de.html

 

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Une scène du film: Jane Hudson (Katharine Hepburn) dans la boutique d'antiquités du signor de Rossi (Rossano Brazzi).

La boutique est située Campo San Barnaba. Ele existe toujours.On voit le pont qui jouxte la boutique à droite.

Blog Reason and reflection

Summertime in magical Venice

 https://reasonandreflection.wordpress.com/2014/03/23/summertime-in-magical-venice/

 

 

 

 

VENISE 2017

 

 

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 L'église de la Salute avec sa station de vaporetto.

 

 

 

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 Gondoles à proximité de la place Saint Marc, près de l'église San Moisè.

 

 

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 Au nord-ouest de la ville, l'église San Simeone Piccolo, une des dernières églises construites à Venise (18ème siècle)  avec son toit de cuivre vert. La messe y est célébrée en latin par accord avec le patriarche de Venise (archevêque).

 

 

 

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 Campo dei Frari, à proximité de l'église des Frari, avec son ancien pozzo (puits) au milieu.

 

 

 

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 Un sottoportego (passage sous un immeuble) dans la Via Garibaldi.

 

 

 

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 Une rue dans le quartier populaire de la Via Garibaldi.

 

 

 

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 L'église San Moisè avec sa façade très décorée due à l'architecte de la fin du 17ème siècle Tremignon.

 

 

 

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 La place Saint Marc, avec la basilique Sant Marc et le Campanile.

 

 

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 A l'intérieur de l'église ou basilique des Frari, (Santa Maria Gloriosa dei Frari) appelée communément I Frari,  le célèbre tableau du Titien, l'Assomption de la Vierge.

 L'église fut construite par les frères franciscains au 14ème siècle, sous l'invocation de Sainte Marie, d'où son nom  (église des frères, dei Frari). Après avoir été confiée au clergé diocésain à partir de Napoléon, elle fut de nouveau rendue à une branche de l'ordre franciscain en 1926. Elle abrite les sépultures de nombreux dignitaires de la république de Venise. 

 

 

 

 

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 Tombeau du peintre Le Titien, dans l'église des Frari. Bien que Le Titien ait été enterré dans l'église des Frari dès sa mort en 1576, le monument actuel ne fut édifié, par des élèves du sculpteur Canova, que dans les années 1820.

 

 

 

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 Un momument équestre dans l'église des Frari.

 

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 Cénotaphe de Canova dans l'église des Frari. Canova, sculpteur le plus illustre de son temps, au début du 19ème siècle, n'est pas enterré aux Frari, mais dans un mausolée édifié par lui, dans son village natal en Vénétie. Son cénotaphe abrite une urne contenant son coeur.

 

 

 

 

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 Campo San Stefano avec sur la gauche le palais Loredan. Le drapeau au lion de Saint Marc est hissé au mat.

 

 

 

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 Des membres de la famille Barbaro, en robe et perruque, ornent les niches de l'église Santa Maria del Giglio (Sainte Marie du Lys) sur le Campo Santa Maria Zobenigo; l'église fut rebâtie à la fin du 17ème siècle par l'architecte Sardi sur commande de l'amiral Barbaro qui voulait au moins autant (sinon plus) glorifier sa famille que faire oeuvre pieuse. Des plans de fortifications dans les possessions vénitiennes, où se sont illustrés les Barbaro, ornent les soubassements de l'église.

 

 

 

 

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 Toits de Venise;  il reste un certain nombre de cheminées caractéristiques, s'évasant vers le haut.

A droite sur la photo, façade de l'église San Zaccaria

 

 

 

 

LA VENISE DES VISITEURS ET CELLE DES VÉNITIENS

Le film Vacances à Venise illustre bien la réalité de ce qu'apporte un séjour à Venise. L'héroïne est arrivée  d'Amérique avec ses idées préconçues et ses inhibitions; Venise lui a fait prendre conscience  de ce que la vie pouvait lui donner et a en quelque sorte changé son existence.

En ce sens, elle n'est pas un simple décor mais elle influe sur la vie et les pensées de ceux qui y séjournent.

Pourtant, comme le faisait remarquer Mary Mc Carthy dans son livre En observant Venise, "à Venise, rien n'arrive, que des aventures fugaces".

L'aventure de Jane Hudson est donc fugace. Jane Hudson a rencontré l'amour; mais elle retourne quand même aux Etats-Unis, en laissant derrière elle son amoureux, prisonnière du principe de réalité. Venise n'a pas changé sa vie mais a changé son regard sur le monde.

Proclamée capitale mondiale de l'amour, Venise est pourtant une ville qui fut construite et habitée par des gens plutôt froids et calculateurs  à l'origine. Leurs descendants ont du conserver le même esprit, nuancé de scepticisme et d'ironie. Ils n'ont pas besoin que Venise les change, leur souci serait plutôt de rester ce qu'ils sont.

La Venise des Vénitiens sera toujours un peu différente de la Venise des visiteurs...