EN MARGE DE LA COMMUNE DE 1871 :

 

LES ANCIENS COMMUNARDS ET LE GENERAL BOULANGER, 4ème partie

 

 

 

 

 

 

 

 DERNIERS COMBATS DES BOULANGISTES

 

 

En janvier 1892, le ministre Constans  fut interpellé par le député boulangiste Francis Laur sur les accusations portées par L'Intransigeant sur ses activités passées, que Laur reprenait à son compte.

Constans était, comme on le sait, le principal artisan de la débacle du Boulangisme. Il était particulièrement détesté par les survivants du parti et même bien au-delà. Pour beaucoup il était le prototype du politicien taré. Avant d'entrer en politique, il avait été un homme d'affaires aux méthodes contestables - ses adversaires parlaient même d'assasinats.

Comme Laur descendait de la tribune, Constans se précipita sur lui et le frappa violemment. Il s'ensuivit une bagarre générale dans l'hémicycle.

 

 

 

 

 

LE SCANDALE DE PANAMA, OU DES BOULANGISTES DANS TOUS LES CAMPS

 

 

 

A partir de septembre 1892, éclate le scandale de Panama.

La société du canal de Panama, dirigée par Ferdinand de Lesseps, a versé des pots-de-vin à des hommes politiques et à des journalistes pour obtenir des mesures à son avantage et notamment la souscription d'un emprunt. pour renflouer ses comptes. Cela n'empêche pas la banqueroute de la société. 85 000 épargnants ont perdu leur mise de fonds.

Le journaliste antisémite Edouard Drumont (qui purge une peine de prison à ce moment pour un délit de presse) est l'un des premiers à dévoiler le scandale dans son journal la Libre parole et à publier au jour le jour les noms des politiciens et journalistes compromis, comme le ministre et ancien président du conseil Rouvier, le ministre Loubet (futur président de la répubique).

Comme certains des responsables ou des intermédiaires  de la Compagnie du canal sont juifs, comme le baron Jacques de Reinach (oncle anobli  de l'homme politique et journaliste républicain Joseph Reinach), Cornelius Herz, un homme d'affaires et Léopold Aron dit Emile Arton, chargé de la corruption, le scandale attise l’antisémitisme.

 

Drumont dénonce l'ancien président du conseil Floquet d'avoir touché de l'argent de la Compagnie du canal le jour même où le baron de Reinach se suicide (19 novembre1892), tandis que Cornelius Herz s'enfuit en Angleterre.

Le 21 novembre, à la chambre des députés, un élu boulangiste, mais qui siège à droite, le monarchiste et catholique Jules Delahaye, dénonce la corruption, dit qu'il est en possession d'une centaine de noms que lui ont remis deux employés de la Compagnie du canal, mais  refuse de donner les noms parce qu'il ne veut pas accuser sans preuves. Il demande la création d'une commission d'enquête parlementaire.

La commission est créée et elle enquêtera sur une centaine de Parlementaires dont d'anciens Boulangistes comme le radical Naquet et Dugué de la Fauconnerie (Boulangiste de droite); seuls quelques uns seront jugés et presque tous acquittés.

Les adversaires de l’opportunisme et tous les adversaires du régime, des monarchistes aux  socialistes en passant par certains anciens Boulangistes, attaquent les partis de gouvernement.. Les radicaux se joignent aux attaquants mais certains d’entre eux sont aussi compromis.

Déroulède s'empare de l'affaire et  accuse devant la Chambre Clemenceau d’avoir touché de l’argent de Cornelius Herz.

Après la violente riposte de Clemenceau, les deux hommes décident de se battre en duel. Le combat, devant 300 curieux, ne fait pas de blessé.

Finalement les hommes politiques inculpés sont acquittés, sauf le ministre Baïhaut qui écope de 5 ans de prison. Naquet, qui avait pris la fuite, est l'un des derniers à être jugés et est aussi acquitté. Les dirigeants de la Compagnie, Ferdinand de Lesseps et son fils, ainsi que Gustave Eiffel (celui de la tour) sont condamnés, puis le jugement est annulé pour vice de forme en ce qui concerne Lesseps père, et annulé en appel pour Eiffel, qui n'a pas participé au montage financier de la compagnie.

L'opinion trouvera que les hommes politiques s'en sortent très bien et ne sera pas convaincue par les acquittements.

 

 

 

« LE FAUX NORTON »

 

 

 

1024px-Millevoye_à_la_tribune_de_la_Chambre_des_députés

 Le 22 juin 1893, à la Chambre des députés, le Boulangiste Millevoye expose à la tribune les documents accusant Clemenceau qui ont été apportés par Norton et qui se révèleront des faux.

Illustration parue dans Le Progrès illustré, Lyon, 9 juillet 1893.

Wikipedia

 

 

A la fin de la législature, les Boulangistes sont encore discrédités par l’affaire du « faux Norton », dans le contexte plus général du scandale de Panama.

 

Un métis de l'île Maurice, Norton (de son vrai nom Véron), qui vit d’expédients et d’escroqueries, fabrique des faux documents qui montrent que certains hommes politiques et journalistes ont touché des subsides de l’ambassade de Grande-Bretagne en échange de leurs services. Parmi les personnages cités, il y a Clemenceau, déjà mis en cause lors du scandale de Panama, une des bêtes noires des Boulangistes.

Mais les documents accusent aussi Rochefort, l’un des fidèles du Boulangisme.

Norton, qui se fait passer pour un traducteur de l'ambassade de Grande-Bretagne,  présente les documents au directeur de La Cocarde, le Boulangiste Ducret (il prétendra plus tard que c’est Ducret qui les lui a fait écrire), qui les communique aux  députés boulangistes Millevoye et Déroulède.

Millevoye  obtient le soutien du Petit Journal (qui donne une avance à Norton) et avertit le ministre de l’intérieur de l’existence des documents. Son collègue Déroulède est plus circonspect.

Mais Millevoye veut frapper un coup d’éclat et divulguer  les documents lors d’une séance à la Chambre des députés ( 22 juin 1893).

Son intervention est un fiasco et jette le doute sur les documents. Le faux Norton se retourne contre les Boulangistes qui sont discrédités. Millevoye et Déroulède doivent démissionner.

 

Norton et Ducret passent en jugement et sont condamnés. Norton mourra peu après en prison.

 

 

 

 UN ECHEC DE CLEMENCEAU

 

 

 

 

Les attaques contre Clemenceau  ont porté. Affaibli par le scandale de Panama, où il est suspecté de corruption, et même par l’affaire Norton, bien que les accusations se soient révélées fausses, il perd son siège à Draguignan aux élections de 1893.

Un accord a été passé localement pour exclure tout député extérieur au Var (c’est le cas de Clemenceau, Vendéen et Parisien). Au 2ème tour, le candidat local républicain conservateur est élu. Le socialiste local se désiste pour lui et il reçoit même le soutien du maire socialiste de Marseille, le docteur Flaissières.

Malade, Clemenceau quitte la ville sous les huées (A bas l’ami de Cornelius ! – il s’agit de Cornelius Herz, l'agent corrupteur de la Compagnie du canal de Panama).

 

Il commence alors une traversée du désert.

 

 

 

 

 LA FIN DU BOULANGISME

 

 

Déjà mal en point depuis les élections de 1889, ayant perdu certains de ses partisans historiques qui tentent de surnager par leurs propres moyens, le parti boulangiste disparait quasiment avec le suicide du général Boulanger en 1891.

Le parti n’existait que par Boulanger, non en tant que véritable chef idéologique, mais en tant que figure de proue indispensable, derrière laquelle toutes les composantes du Boulangisme espéraient parvenir à leurs fins.

Malgré l'activisme de Déroulède et de quelques autres, qui essaient de faire exister un Boulangisme sans Boulanger,sous l'appellation de parti révisionniste, le mouvement  se dissout inexorablement.

 .

Après les élections de septembre-octobre 1893, seuls seize ex-boulangistes (élus pour la plupart en tant que « révisionnistes ») reviennent à la Chambre. Avec quelques socialistes nationalistes menés par Cluseret, ils forment un petit groupe parlementaire socialiste national, le groupe nationaliste (quelquefois qualifié de « groupe boulangiste »), co-présidé par Cluseret et Castelin (Wikipedia).

 

 

 

 

 

  L'AMNISTIE DE 1895

 

 

 

Le 2 février 1895 une loi d’amnistie permit à Rochefort et Dillon de revenir en France.

L'histoire de la loi d'amnistie est liée à un épisode de l'histoire du socialisme français : en 1894, le journaliste et homme politique socialiste  Gérault-Richard, directeur du journal Le Chambard, avait été condamné à un an de prison pour des articles offensants envers le chef de l'Etat, le président Casimir-Périer.

Pour protester contre ce verdict, les socialistes et notamment Jean Jaurès (qui avait été le défenseur en tant qu'avocat de Gérault-Richard) présentèrent la candidature de Gérault-Richard à la députation dans le 13ème arrondissement de Paris. Le journal de Rochefort, L'Intransigeant, fit campagne pour cette candidature.

Lorsque Gérault-Richard fut élu, les socialistes demandèrent l'amnistie pour lui afin de lui permettre de sièger et ajoutèrent le nom de Rochefort à leur demande.

La démission du président Casimir-Périer (en partie due à l'élection de Gérault-Richard, ressentie comme un camouflet) , remplacé par Félix Faure, permit le vote de la loi d'amnistie, dans laquelle on ajouta aussi, de façon inattendue, quelques ecclésiastiques privés de leur traitement; ceux-ci, à l'époque où l'Eglise était encore liée à l'Etat, avaient probablement dû exprimer des opinions anti--républicaines.

Le 30 janvier 1895, le journal républicain modéré Le Temps écrit :

" La loi d'amnistie votée hier par la Chambre sera présentée au Sénat jeudi prochain. Une fois votée par la haute assemblée, MM. Henri Rochefort et le comte Dillon pourront rentrer en France. On annonce que le rédacteur en chef de L'Intransigeant a fait retenir un appartement rue Pergolese. Le comte et la comtesse Dillon voyagent en ce moment en Italie."

La Revue des Deux mondes, plutôt conservatrice, exprime ainsi son opinion :

" Notre histoire politique compte un très grand nombre d’amnisties dont aucune n’a eu les heureuses conséquences qu’on en promettait. Malgré ces réserves mentales que beaucoup ont faites, le projet de loi a été voté à la presque unanimité de la Chambre. On l’a même étendue plus loin que ne le voulait le gouvernement, c’est-à-dire, sous forme de motion, aux ecclésiastiques privés de leur traitement. En vérité, il aurait été étrange, après avoir amnistié M. Rochefort et M. Gérault-Richard, de refuser un peu d’indulgence à quelques pauvres curés de campagne. Seraient-ils, par hasard, plus coupables ?

 

 

 

LE RETOUR DU PROSCRIT

 

 

 

Le 4 février 1895, Rochefort arrivait à Paris, accompagné des nombreux amis qui avaient fait le dépacement pour l'accueillir à Calais ou à Amiens, sa deuxième étape, dont l'ancien Communard de Marseille et député de Paris (depuis 1893) Clovis Hugues.

C'était le second retour en France de Rochefort après une amnistie. Comme la première fois (après l'amnistie des Communards en 1880) une foule nombreuse l'attendait pour l'acclamer à la gare du Nord.

 Le journal conservateur Le Matin décrit avec un peu d'ironie le retour de Rochefort :

" En rentrant à Paris, après six années d'exil, le proscrit eût pu se croire parti de la veille, n'étaient les figures vieillies de ses fidèles, l'absence de quelques renégats et le souvenir, sans doute obsédant, du suicidé d'Ixelles. (...)

... la foule, la bonne foule, toujours heureuse de manifester et de crier «Vive quelque chose » montrait une bonne humeur sans mélange d'avoir enfin l'occasion de se promener en cortège sur les boulevards et de faire un peu de bruit.

(...)

A quatre heures quarante-cinq, le train est arrivé à Paris. Le peuple qui se presse autour de la gare a fini par forcer les consignes et les cordons d'agents; on envahit les quais, on monte sur les trains voisins, on se pousse sur les voies, c'est un tohu-bohu formidable et une bousculade sans nom, au milieu de laquelle disparaissent les délégations, les conseillers municipaux et les amis particuliers venus dans l'espoir de serrer la main au célèbre journaliste.

Nous distinguons, épars dans la mêlée, MM. Jaurès, Millerand, Camélinat, Gérault-Richard, Viviani, Sembat, Paulin Méry. Ils ne verront même pas leur ami, empechés qu'ils sont par les manifestants trop enthousiastes.

Au moment où le train s'arrête, une immense acclamation retentit « Vive Rochefort, Vive l'amnistie !». Les chapeaux s'agitent, les mouchoirs se déploient, les mains se tendent. Tout le monde crie, les employés, les sergents de ville, même les graves gabelous.

(...) Pendant que la foule manifeste, Rochefort, qui redoute les bousculades et les étreintes trop vives, est descendu à contrevoie et se dirige rapidement vers la cour intérieure de la sortie, où l'attendent les landaus du cortège.

C'est lui !

On a vu sa tête blanche et les manifestants se précipitent. Pas moyen d'échapper. Avec beaucoup. de mal, le proscrit monte dans sa voiture en compagnie de MM. Ernest Roche [député membre du Comité central socialiste révolutionnaire], Vaughan [directeur de L'Intransigeant], et fouette cocher, on essaye de gagner la grille. (...) Les voilà dans la foule énorme qui garnit tous les abords de la gare.

 

Il y a là au moins cinquante mille personnes.

 

Outre les curieux et les manifestants isolés, toutes les délégations sont réunies : la Ligue intransigeante socialiste, la Jeunesse blanquiste, le comité central d'amnistie, les groupes corporatifs ouvriers de France, le comité central socialiste révolutionnaire, les comités révisionnistes, etc., etc. Les terrasses, des cafés sont bondées, les trottoirs envahis par les échelles, les tables, les chaises; des grappes de gamins se suspendent aux arbres et des acclamations sans fin retentissent depuis le boulevard de Denain jusqu'à la rue Lafayette.

Quand on aperçoit Rochefort dans son landau découvert, nu-tête, son toupet légendaire tout blanchi se balançant dans des saluts incessants, l'enthousiasme se transforme en délire. 

(...)

Enfin, on arrive devant les bureaux de L'Intransigeant et Rochefort, pâle, très ému, franchit la porte de la rédaction en brossant machinalement, du revers de sa manche, son chapeau fort détérioré par des enthousiasmes trop démonstratifs.

(...) 

La Petite République, dont les bureaux sont situés au-dessus de L'Intransigeant, prend aussi sa part de la fête. Du balcon où s'entassent ses rédacteurs, un formidable cri s'élève « Vive la Commune! ». Mais la foule, plus sage, se contente de répondre « Vive Rochefort! ».

(...)

... les portes cèdent sous la poussée des nouveaux arrivants. C'est d'abord Jaurès qui, tendant la main au proscrit d'hier, lui dit :

J'étais à la gare, j'ai pu arriver jusqu'à votre wagon, mais je n'ai pu vous dire ma joie de vous voir parmi nous.

Rochefort remercie. On lui présente Gérault-Richard.

C'est à vous, dit sans rire Rochefort, que je dois mon retour ici.

Oui, répond le député du treizième, c'est vrai, mais c'est à vous que je dois mon élection.

Jaurès présente ensuite Viviani que Rochefort embrasse. Il reçoit successivement MM. Sembat, Argeliès, Castelin, Pierre Richard, Baudin, Goujat, Gousset, Rouanet, Michelin, Chauvin, Thierry-Caze, Paulin Méry, Jourde, Pierre Vaux, Clovis Hugues et un groupe de conseillers municipaux de Paris.

Cette réception est interrompue de temps à autre pour permettre à Rochefort de se montrer aux Parisiens.

Pendant plus de deux heures, les présentations continuent ... Georges Hugo et Léon Daudet ... A citer encore Mme Clovis Hugues, Paule Minck et un groupe de confrères conduits par M. Chincholle, du Figaro. "

De son côté, le correspondant de La Presse, le journal de l'ancien Boulangiste Laguerre, décrit le même enthousiasme.

Il note tous les organisations de tendance socialiste qui s'étaient réunies pour acceuillir Rochefort :

 

"Ainsi que nous t'avions annoncé, les groupes socialistes qui avaient décidé d'assister à l'arrivée d'Henri Rochefort s'étaient donné rendez-vous aux abords de la gare du Nord. La Ligue intransigeante socialiste, dont le président d'honneur est Henri Rochefort, s'était installée en permanence 6, boulevard de Denain.

C'est là que presque tous les autres groupes, la Jeunesse blanquiste, le Comité central socialiste révolutionnaire, l'Union des républicains patriotes socialistes et revisionnistes, le Comité socialiste de Grenelle, les Amis du peuple du 17° arrondissement, les membres du groupe collectiviste adhérent, le Parti intransigeant-socialiste-révolutionnaire, le Comité central d'amnistie, la Fédération nationale des syndicats et groupes corporatifs ouvriers de France, le Cercle collectiviste révolutionnaire, le Parti ouvrier français, le Comité républicain-sociaIiste-révolutionnaire adhérent au Comité central socialiste-révolutionnaire et tous les Comités révisionnistes-socialistes de Paris, s'étaient donné rendez-vous.

En attendant le train et pendant l'arrivée des manifestants, de nombreux discours ont été prononcés par les. orateurs présents, au nombre desquels il faut citer MM. Jaurès, Michelin, Antide Boyer, Pierre Richard, Gérault-Richard, Paulin Méry, Archain, Grébauval, etc."

[ On peut voir dans les reportages du Temps et de La Presse que, mêlés aux figures historiques du socialisme, Jaurès, Antide Boyer, député des Bouches-du-Rhône, Marcel Sembat, Rouanet, on trouvait les députés boulangistes Michelin, Castelin, Paulin Méry, Ernest Roche, etc ].

 

Il décrit l'arrivée de Rochefort à son journal :

" Les employés de L'Intransigeant sont échelonnés sur l'escalier jusqu'à la porte des bureaux.

M. Rochefort, très ému, monte d'un pas alerte, suivi de M. Millerand et de quelques amis."

Il signale les cris saluant l'arrivée de Jean Jaurès à L'Intransigeant :

"Vive Jaurès ! Vive la sociale !"

(...) Dans la salle de rédaction, on sable le Champagne."

Rochefort s'entetient aimablement avec le journaliste de La Presse, pourtant journal de Laguerre  qui avait "trahi" le Boulangisme - mais le temps a passé.

 " Mais nous avons fait passer notre carte : Le journal La Presse ?

Et Henri Rochefort nous tend cordialement la main.

Nous profitons d'un moment d'accalmie pour lui demander ce qu'il pense de l'ovation que les Parisiens lui ont faite?

Inouï! inouï! nous répond-il, j'en suis ému à tel point que je me demande si je rêve. C'est, certes, un des beaux moments de mon existence. "

 

 

 

 

 

 

 

 L'AMNISTIE ET L'OUBLI

 

 

 

 

 

Quelques jours après le retour de Rochefort, La Revue des Deux mondes  était moins réservée sur l'amnistie qu'elle ne l'avait été. Pour la Revue, l'amnistie était bien la preuve que le Boulangisme était une histoire ancienne :

" On a vu rentrer triomphalement en France, d’abord à Calais, puis à Paris, M. Henri Rochefort. Une foule immense s’est transportée à la gare du Nord pour l’acclamer à son arrivée, et, dès qu’on a reconnu dans un landau la figure pâle du pamphlétaire, avec son toupet légendaire, toujours indiscipliné mais blanchi, les applaudissemens ont éclaté. L’ordre a, d’ailleurs, été parfait, et, dès le lendemain de cette journée où tant de cris ont été poussés, tout est retombé dans le silence et dans la banalité de la vie courante.

Qu’importe, au surplus, que M. Rochefort fasse son article quotidien à Paris, au lieu de le faire à Londres ? En ce qui le concerne, l’amnistie n’a rien qui nous choque (….)
On ne nous soupçonnera d’aucune complaisance pour M. Rochefort ; mais enfin les faits pour lesquels il a été condamné sont déjà anciens et se rattachent à des circonstances dont il ne reste que le souvenir. (…) … le boulangisme est déjà histoire ancienne, et c’est pour des situations de ce genre que les amnisties sont faites, parce qu’elles complètent et, en quelque sorte, achèvent l’oubli."

 

 

 

 

 

QUELQUES  PROTAGONISTES

 

 

 

Si on revient un moment sur les scènes qui marquent le retour de Rochefort à Paris en 1895, on remarque la forte présence des socialistes de toutes tendances. En effet, après l'épisode boulangiste, les diverses composantes du socialisme semblent s'orienter, sinon vers l'unification, du moins ves l'unité d'action. Cette tendance inclut les anciens Boulangistes de gauche, dont les Rochefortistes, représentés par une "Ligue intransigeante socialiste" et les membres du Comité central socialiste révolutionnaire de Roche et Granger. 

 

On a vu que les rédacteurs  de La Petite République, journal qui occupe le même immeuble que L'intransigant, accueillent Rochefort au cri de "Vive la Commune". Le directeur du journal est à ce moment Alexandre Millerand, avocat, venu du radicalisme et passé au socialisme.

La Petite République est l'organe principal des socialistes, avant la fondation de L'Humanité. Assez curieusement, les acquéreurs du journal (en 1893), dont l'avocat socialiste Marcel Sembat, en avaient d'abord confié la direction à René Goblet, ancien président du conseil (celui qui avait dissous le conseil municipal de Marseille pour avoir rendu hommage à la Commune en 1887 !), opportuniste libéral devenu radical-socialiste.

Notons que le chroniqueur littéraire de La Petite République est Georges Renard, normalien, ancien Communard (il fut secrétaire de Rossel, le délégué à la guerre de la Commune), qui vit en Suisse où il s'est réfugié après la Commune et où il est professeur à l'université de Lausanne. On trouvera par la suite le moyen de le nommer professeur au Conservatoire national des Arts et Métiers, grâce à son ami Millerand, devenu ministre.

Puis la direction de La Petite République passa à Jules Guesde, puis passa à Gérault-Richard, on l'a vu un des héros du jour puisque l'amnistie le concernait aussi. Jaurès fut co-directeur avec Gérault-Richard.

Ce dernier est un personnage pittoresque dont la carrière politique décrit assez bien la façon dont certains socialistes suivent à leur tour les moeurs politiques des opportunistes et des radicaux :

Après son élection en 1895, " il est ensuite battu aux élections de 1898, mais il est réélu deux fois (1902-1906 et 1906-1911) en Guadeloupe, dans des conditions qui ne laissent aucun doute sur leur irrégularité. Il avait été intronisé par le député Hégésippe Jean Légitimus, lui-même élu en 1898.

(…)

Le passage de Gérault-Richard en Guadeloupe fut marqué par les candidatures officielles, la fraude et la violence électorale. Ayant lâché Légitimus, Gérault-Richard parvint à renouveler son mandat grâce au contrôle exercé sur un gouverneur qui mit gendarmes et marins à son service. La réputation sulfureuse qu'il s'était acquise à Paris ne fut en rien rehaussée par la façon dont il défraya la chronique en Guadeloupe." (Wilipedia).

En froid avec Jaurès, Gérault-Richard fait partie des socialistes qui refusent d'adhérer au Parti socialiste unifié SFIO et préfèrent  fonder le Parti socialiste indépendant (1907) qui deviendra Parti républicain-socialiste en 1911.

 

 

sans-titre

 Mariage de Jeanne Hugo, petite fille de Victor Hugo, avec Léon Daudet, fils d'Alphonse Daudet, 1891.

Alphonse Daudet est probablement le personnage avec les cheveux un peu longs et la barbiche brune derrière le marié.

Couverture du Progrès illustré, supplément du Progrès de Lyon.

 

 

Lors  de la réception pour le retour de Rochefort au journal L'Intransigeant, on assiste à des rencontres étonnantes : Léon Daudet, fils d'Alphonse Daudet est présent avec son ami et beau-frère Georges Hugo, petit-fils de Victor Hugo  (Léon Daudet a épousé la soeur de Georges, Jeanne en 1891). Or, Léon Daudet deviendra quelques années après l'un des fondateurs de l'Action française, avec Charles Maurras.

Certes pour le moment Léon Daudet, qui est journaliste,  n'a pas d'appartenance politique très marquée (on le dit anarchisant), mais il vient d'assister (en compagnie de Maurice Barrès) en janvier 1895 à la dégradation du capitaine Dreyfus (pour l'instant personne ne doute de sa culpabilité). Daudet relate cette dégradation pour le Figaro dans un article déjà très marqué par l'antisémitisme.

En 1898 Gérault-Richard se battra en duel avec Rochefort et en 1901 il se bat en duel avec Léon Daudet : l'affaire Dreyfus est passée par là, Rochefort et Léon Daudet sont dans le camp antidreyfusard, Gérault-Richard dans le camp opposé.

 

 

 

duel_daudet_1

 Duel entre Léon Daudet et Gérault-Richard en 1901.

Le duel eut lieu au Parc des Princes alors fréquenté par les cyclistes, sous les regards de nombreux amateurs de vélo qui estimèrent que les duellistes couraient moins de risque de blessure que les cyclistes...

http://chroniquesintemporelles.blogspot.fr/2016/07/duel-leon-ddudet-gerault-richard.html

 

Comme Rochefort, Gérault-Richard est d'ailleurs un spécialiste du duel, il s'est battu 17 fois.

On note aussi la présence parmi les personnes venues saluer Rochefort de l'ancienne Communarde Paule Minck - qui à ce moment travaille à La Cocarde, dirigée par Barrès et a comme collègue Charles Maurras et Pierre Denis, sans pour autant avoir modifié ses idées internationalistes semble-t-il.

On note d'ailleurs que ni Barrès ni Déroulède ne sont présents. Brouille avec Rochefort ou absence de Paris ?

Il est vrai qu'on imagine mal Déroulède chez les socialistes. Or Rochefort paraît avoir surtout réuni autour de lui des socialistes et les anciens Boulangistes de gauche. Barrès qui à ce moment se voulait socialiste (et nationaliste), aurait pu être présent.

Pas trace de Séverine non plus ...

Forcément, Naquet et Laguerre, qui ont pris des orientations différentes et ont "trahi" le Boulangisme, sont absents.

 Alexandre Millerand, très empressé autour de Rochefort, est un homme d'avenir.

Avocat ambitieux et tenté par la politique, il choisit à ses débuts de se positionner très à gauche. Il est présent aux funérailles de Jules Vallès en 1885. Député de la Seine depuis 1885 comme radical proche de Clemenceau, il est réélu comme républicain socialiste en 1889 contre le Boulangiste et ancien Communard Elie May (arrivé en tête au premier tour).

Puis il défend en 1891 Paul Lafargue, le gendre de Karl Marx, accusé de provocation à l'émeute après la fusillade de Fourmies (où l'armée a tiré sur des manifestants le 1er mai).

Après les élections de 1893 il est membre du groupe socialiste à la Chambre des députés (qui réunit des élus de diverses tendances socialistes). Il sera le premier socialiste à devenir ministre en 1899 dans un gouvernement comprenant aussi le général de Galliffet, le massacreur de la Commune (gouvernement dit de "défense républicaine" de Waldeck-Rousseau). Les socialistes seront partagés sur sa participation à un gouvernement "bourgeois". Il  préférera comme d'autres (Aristide Briand) quitter sa formation politique et devenir un socialiste indépendant.

Millerand est très actif dans la politique gouvernementale avant la guerre de 14, notamment comme ministre de la guerre. Selon l'ambassadeur de Belgique, il est, avec Poincaré et Delcassé, l'un des trois hommes qui "ont inventé la politique nationaliste, cocardière et chauvine" qui constitue "le plus grand péril qui menace la paix de l'Europe". Ces paroles datent de janvier 1914 (cité par Christopher Clark, Les somnambules, Eté 14, comment l'Europe a marché vers la guerre, 2013).  Les trois hommes mentionnés (tous républicains bon teint) n'étaient malheureusement pas les seuls en Europe à promouvoir une politique chauvine et à porter une part de responsabilité dans la catastrophe à venir.

Millerand sera après la guerre de 14 président de la république. Ayant évolué vers la droite, il sera poussé à la démission par le Cartel des Gauches, vainqueur des élections législatives de 1924, qui estimait ne pas pouvoir gouverner avec lui.

Autre futur socialiste indépendant présent lors du retour de Rochefort, André Viviani, que Jaurès présente à Rochefort, qui "l'embrasse".

C'est Viviani qui sera président du conseil lors de la déclaration de guerre de 1914. Même s'il a fait son possible pour éviter la guerre, il n'a pas été tellement efficace...

 

Quant au docteur Paulin-Méry (Auguste Paulin, dit Paulin-Méry, on trouve souvent le nom sans trait d'union dans la presse d'époque), présent lui aussi, un des députés boulangistes de gauche de 1889, réélu depuis, il était le co-auteur récent d'une proposition de loi ayant pour objet :

"  1 ° de déclarer inéligibles et incapables de remplir les emplois civils ou militaires les étrangers naturalisés français et les descendants d'étrangers jusqu'à la quatrième génération ;

2 ° d'interdire aux dignitaires de l'Etat, aux officiers de l'armée de terre et de mer et à certains fonctionnaires de contracter mariage avec des étrangères même naturalisées et des descendantes d'étrangers jusqu'à la quatrième génération".

Cette proposition du 10 janvier 1895 (donc peu de temps avant le retour de Rochefort) avait été présentée par les députés Paulin-Méry, Michelin, Argeliès (ces deux derniers, anciens Boulangistes  également présents au retour de Rochefort) et Cluseret, l'ancien Communard.

 

 

 

 

 

DE LA NECESSITE D’ENSEIGNER LA COMMUNE (UN PEU DE POLEMIQUE)

 

 

Dans la résolution votée le 26 novembre 2016 par l’Assemblée nationale française, réhabilitant les Communards, la nécessité d'enseigner l'histoire de la Commune est affirmée particlièrement.            .

Cet enseignement (qui ne devrait évidemment pas être limité à la seule période de la Commune mais s’étendre au rôle des anciens Communards dans la société française dans les décennies suivant la période de la Commune) serait certainement utile, si on en juge par l’ignorance (réelle ou volontaire) dont font preuve certains admirateurs de la Commune.

Ainsi on trouve sur internet un article du journal Libération à l’occasion de la sortie en 2010 d’une bande dessinée (dans un style très artistique) sur l’Enterrement de Jules Vallès (œuvre dont il est fait un grand éloge dans le blog La Commune de Paris de Michèle Audin). L’auteur répond  à des questions de lecteurs.

 

Un lecteur rappelle que beaucoup de Communards ont soutenu Boulanger en citant Rochefort et Séverine. Comment cela peut-il s’expliquer ?

L’auteur répond que Rochefort a soutenu Boulanger, mais que Rochefort n’était pas vraiment Communard même s’il a été condamné comme Communard.  Quant à Séverine, elle était trop jeune pour avoir participé à la Commune, en plus elle n’a pas vraiment soutenu Boulanger et elle l’a regretté par la suite (elle a donc regretté d’avoir fait ce qu’elle n’avait pas fait).

Circulez, il n’y a rien à voir !

L’auteur, qu’on imagine un peu intéressé par les Communards quand même, ignore-t-il les noms d’Eudes, de Granger, de Pierre Denis, de Clovis Hugues, d'Elie May, de Da Costa, de Ballière, sans parler de Martine et d’autres ?

 

Ou bien nous répondrait-il, comme pour Rochefort, que Clovis Hugues n’était pas un vrai Communard car il avait participé à la Commune de Marseille et pas à celle de Paris (d’ailleurs la résolution du 26 novembre 2016 ne réhabilite que les participants de la Commune de Paris, bel exemple de mépris parisien), et ainsi de suite ?

Nous voyons bien ce que veulent dire les admirateurs actuels de la Commune en parlant d’enseigner l’ histoire de la Commune : il faut enseigner une histoire qui présente la continuité entre les Communards et la gauche ou l’extrême-gauche actuelle, éliminer soigneusement tout ce qui ne cadre pas avec cette présentation et donner à cet enseignement un contenu qui fait l'éloge des Communards (réduits à une pensée unique) et par ricochet, de leurs héritiers actuels.

Lorsque l’enseignement vise à enseigner une histoire conforme à une idéologie, on peut se demander s'il ne vaut pas mieux rester ignorant…

 

 

 

 LE SENS DU BOULANGISME

 

 

Il est difficile d‘apprécier aujourd’hui le sens du mouvement boulangiste, autrement que comme une réunion de mécontentements divers, sans unité et donc sans programme clair.

 

Certains historiens en font carrément un pré-fascisme, ce qui est jugé totalement anachronique par d’autres. Le caractère nationaliste du mouvement est indéniable (c’est même le facteur qui est au début du mouvement, puisque la popularité du général débute avec ses attitudes nationalistes alors qu’il est ministre), mais le Boulangisme ne se réduit pas au nationalisme.

Et ce que nous critiquons avec juste raison comme nationalisme chez les Boulangistes, est-il si différent du patriotisme chauvin présent chez beaucoup de Communards, qu'on trouve pourtant acceptable ?

Est-il antiparlementaire ? Il présente des aspects antiparlementaires, bien que les Boulangistes se présentent aux élections et que certains des cadres soient eux-mêmes députés (ou sénateur comme Naquet, le seul sénateur d'ailleurs à avoir choisi le Boulangisme) . En tous cas, il se présente, comme d’autres mouvements plus tard, comme « antisystème », en considérant que les institutions en place, et notamment le Parlement,  ne représentent pas les intérêts de la grande masse de la population et sont au service d’une minorité qui sait comment utiliser à son seul profit les règles institutionnelles.

 

Que deviendront les Boulangistes ?

Des parlementaires venus de la gauche reviennent à leur point de départ (Naquet, Le Hérissé, Laguerre), parfois avec des difficultés (le parti radical-socialiste  refuse à plusieurs reprises d'investir Laguerre comme candidat dans le Vaucluse en raison de son passé boulangiste).

 

Nombre d’anciens Boulangistes de gauche comme Granger, Rochefort, Roche, regroupés dans le Comité central socialiste  révolutionnaire, ou proches de ce dernier, se déclarent  à la fois socialistes et anti-internationalistes (autant dire nationalistes), ce qui ne les empêche pas dans un premier temps de faire campagne avec les socialistes guesdistes ou jaurèssiens.

On a vu que lorsque Rochefort rentre en France en 1895 après avoir été amnistié, il est accueilli à la gare par les chefs socialistes dont Jean Jaurès.

Lorsque l’affaire Dreyfus se développe, à partir de 1896, elle impacte fortement le paysage politique. Les Boulangistes « rochefortistes », dans leur majorité, deviennent ouvertement antisémites et rompent avec ceux des socialistes qui prennent des positions pro-dreyfusardes.

A partir de 1898, Rochefort et Jean Jaurès entreprennent une violente polémique dans leurs journaux respectifs, L'Intransigeant et La Petite république.(Cédric Passard, L'Age d'or du pamphlet).

Les Rochefortistes évoluent alors – sans cesser de se dire socialistes et révolutionnaires – vers des positions proches de la droite extrême nationaliste avec qui ils font cause commune. Le Comité central socialiste révolutionnaire devient en 1898 le Parti républicain socialiste français.

 A Paris, où se concentraient essentiellement les Boulangistes de gauche, cette évolution coïncide d'ailleurs avec l'évolution de l'électorat. Paris, de ville radicale-socialiste et socialiste, devient majoritairement nationaliste au début du 20 ème siècle, y compris - et surtout - dans les quartiers populaires. 

En 1913, lors des obsèques de Rochefort, sont présents Edouard Drumont, chef de file de l'antisémitisme, Paul Déroulède, Maurice Barrès, Georges Hugo. Les discours sont prononcés par Robert Poirier de Narçay, ancien président du Conseil général de la Seine, au nom des Républicains socialistes français [le parti issu du Comité central socialiste révolutionnaire], par le député Ernest Roche, par Robert de Flers au nom de la Société des auteurs et compositeurs [il est intéressant de savoir que Robert de Flers, auteur de comédies célèbres, avait été, à l'opposé de Rochefort, un des défenseurs de Dreyfus]. M. Cangellaris, au nom du peuple grec, M. Tarrida del Marniol au nom des républicains espagnols et M. Tchobanian, au nom des Arméniens, lui rendent tour à tour hommage (Wikipedia).

Il ne manque même pas les Jeunesses blanquistes (qui existent encore en 1913) qui déposent une couronne de fleurs rouges - mais malencontreusement l'un des porteurs de couronne tombe dans la fosse !  

 

 

 

6-7-13_obsèques_Rochefort_[le_char_[___]Agence_Rol_btv1b6926065m

6 juillet 1913, obsèques de Henri Rochefort [photographie de presse, Agence Rol]

Gallica

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b6926065m

 

 

La journaliste Séverine reste quelque temps fidèle aux idées dominantes chez les Boulangistes de gauche comme Rochefort. Devenue une journaliste célèbre au-delà des tendances politiques, elle écrit dans de nombreux journaux (notamment Le Figaro - c'est pour Le Figaro qu'elle interviewe le pape Léon XIII) ; elle écrit aussi dans le journal antisémite La Libre parole, d’Edouard Drumont, dont elle parait proche à un moment. Clovis Hugues, Cluseret, écrivent aussi dans ce journal.

 

Puis, lors de l’affaire Dreyfus (qui débute vraiment en 1896, lorsque les premiers doutes sur la condamnation de Dreyfus en 1894 deviennent publics avec le soupçon que la condamnation a été acquise grâce à des faux documents fabriqués par l’état-major), Séverine évolue vers  des positions favorables à Dreyfus et ses opinions deviennent proches du  socialisme internationaliste et pacifiste de Jaurès.

 

Cette évolution se double d’une rupture (mal éclaircie) avec Rochefort qui en 1896 attaque Séverine sur sa moralité dans L’Intransigeant, dans un article où il rappelle un vieux ragot selon lequel Séverine et son amant Georges de La Bruyère auraient été surpris en train de faire l’amour dans le jardin des Tuileries. L’article est titré « L’explosion d’une marmite » (marmite étant à l’époque un surnom donné aux prostituées – mais c’est aussi un engin de guerre explosif, sorte de grenade).

 

Les Boulangistes de gauche (Michelin, Laisant, Paulin-Méry), pendant qu’ils sont députés, continuent de défendre des mesures favorables aux classes populaires.

Laisant s’éloigne ensuite du milieu politique, se consacrant à la théorie mathématique (c'est un ancien polytechnicien). Il  évolue aussi vers l’anarchisme.

Des Boulangistes de gauche, comme Michelin, Paulin-Méry ou Francis Laur, soutiennent les opinions xénophobes et antisémites;  on a vu que Michelin est le co-auteur avec Paulin-Méry et d'autres (dont Cluseret) d'une proposition de loi réduisant les droits des naturalisés et de leurs enfants sur quatre générations.

Paulin-Méry, qui est médecin, mourra à la suite d'expériences sur les rayons X.

L’ancien Communard Pierre Denis, conseiller de Boulanger, travaille un moment pour le journal La Cocarde, dirigé par Barrès, où il a comme collègue le jeune Charles Maurras. Par la suite, il reste fidèle aux idées (peut-être contradictoires) associant le socialisme anti-internationaliste et le fédéralisme.

Nous n’avons pas trouvé d’indication sur son attitude durant l’affaire Dreyfus. Il meurt oublié en 1907 (voir en appendice sa nécrologie parue dans Le Figaro, qui rend hommage à son désintéressement et évoque à peine sa participation à la Commune).

 

On retrouve  l'ancien Communard Ballière à Paris en 1899 : il est arrêté avec Déroulède et de nombreux militants nationalistes membres de la Ligue des patriotes, accusés de préparer un coup d’état. Un document, peut-être un faux fabriqué par la police, cite Ballière comme chargé d'un secteur de Paris pour la réalisation du coup d'état. Il est finalement acquitté avec la plupart des prévenus.

En 1900, lui et un autre ex-Communard (Lepelletier de Bouhélier, libre-penseur et franc-maçon) sont élus au conseil municipal de Paris sous l’étiquette nationaliste (Nobuhito Nagaï, Les conseillers municipaux de Paris sous la Troisième République (1871-1914), Publications de la Sorbonne, en ligne http://books.openedition.org/psorbonne/1309 ). Ballière est aussi membre de la ligue antisémite. Il semble qu'il soit exclu de sa loge maçonnique  à un moment où les loges prennent parti contre l'antisémitisme - mais des antisémites avérés ne sont pas exclus ( André Combes, Les loges de France et d’Algérie, l’antisémitisme et l’affaire Dreyfus, Archives juives, 2010/2 https://www.cairn.info/revue-archives-juives-2010-2-page-70.htm).

 

Les Boulangistes de droite républicaine, comme Déroulède, venus au Boulangisme par nationalisme, continuent leur activisme.

En janvier 1899, lors des obsèques du président de la république Félix Faure (mort comme on sait en galante compagnie), Déroulède essaie de convaincre l’armée de marcher sur le palais de l'Elysée pour chasser le président nouvellement élu, Loubet, qui a été compromis dans le scandale de Panama.

Inculpé  à la suite de cette tentative, Déroulède est d'abord acquitté par la Cour d'assises. Mais le gouvernement de Waldeck-Rousseau le fait arrêter peu après avec de nombreux membres de la Ligue des patriotes (on l'a indiqué plus haut pour Ballière) et également de la Ligue antisémite de Jules Guérin (lequel se retranche trois semaines dans l'immeuble de son mouvement, situé rue Chabrol , d'où le nom de fort-Chabrol). Ils sont accusés de préparer un coup d'état.

Si la plupart des accusés sont acquittés par le Sénat siégeant en Haute cour de justice, Déroulède est finalement condamné à 10 ans d'exil et Guérin à de la prison. 

En exil en Espagne, Déroulède trouve encore moyen de se battre en duel avec Jean Jaurès. Le duel au pistolet a lieu à la frontière franco-espagnole, en territoire français, par permission spéciale du gouvernement, à la demande de Jaurès !

 

 

pj73518121904

 

Duel au pistolet entre Paul Déroulède et Jean Jaurès, 1904. Un des témoins de Jaurès était Gérault-Richard

.Petit Journal illustré du 18 Décembre 1904.

http://cent.ans.free.fr/pj1904/pj73518121904.htlm

Selon les indications figurant sur le  site Cent ans, reproduisant un article du Petit Journal, Déroulède s'en prit à Jaurès en raison du soutien apporté par ce dernier à un professeur d'histoire qui avait émis des idées critiques sur... Jeanne d'Arc. Jaurès s'estimant insulté, défia Déroulède en duel. Mais Déroulède étant innterdit de séjour en France, le duel ne pouvait avoir lieu qu'en Espagne où Déroulède résidait. Jaurès fit le voyage mais les autorités espagnoles interdisaient le duel avec plus de vigilance que les autorités françaises. Jaurès demanda donc au président du conseil Emile Combes d'autoriser exceptionnellement Déroulède à pénétrer en France pour le temps du duel - alors que le duel est interdit par la loi. Le président  Combes donna les instructions en conséquence.

" ... sous l'étroite protection de la police française, MM. Déroulède et Jaurès, assistés de MM. Guyot de Villeneuve et Henri Galli pour le premier, Gabriel Deville et Gérault-Richard pour le second, ont échangé  deux balles sans résultat. Sans résultat ?... quelle erreur! Le résultat de cette rencontre est considérable, au contraire, et l'orgueil de M. Jaurès n'en saurait souhaiter de meilleur : le leader socialiste, qui aime à se voir qualifier, dans les couloirs de la Chambre, par ses thuriféraires, de « Régent de France », a trouvé là, en effet, l'occasion de manifester une fois de plus, bien hautement, sa toute-puissance et de montrer qu'il était au-dessus des « justes » lois.  C'est M. Combes qui a joué le rôle du sacrifié " (commentaire du Petit Journal).e

 

 

 

Déroulède sera finalement amnistié. A la tête de la Ligue des patriotes reconstituée, il est le chef de file du nationalisme et de la préparation de la Revanche au début du 20 ème siècle et meurt en 1914, quelques mois avant le début de la guerre qu'il a intellectuellement préparée, comme ses homologues nationalistes des pays ennemis.

.

Il en est de même de Barrès. Plus intellectuel que Déroulède, il mène de front une carrière littéraire et une carrière politique. Après l’échec du Boulangisme, il développe pendant quelques années une pensée qui associe socialisme et nationalisme, puis il finit par apparaître comme un des chefs de la droite nationaliste dans les années précédant la guerre de 14.

 

 

 

 

 

 

 

QUELQUES MOTS DE LA FIN

 

 

 

Dans cette série « Les anciens Communards et le Général Boulanger », il était utile de présenter l’ensemble de l’épisode du Boulangisme (sans prétention de faire oeuvre d'historien) pour mieux situer l’attitude des anciens Communards, attitude d’opposition, d’appui ou de neutralité. 

Espérons que des travaux d’historiens universitaires apporteront leur lot de découvertes sur un sujet non pas inconnu, mais pas vraiment traité par eux jusqu’à présent.

Mais je reconnais que mon sujet s'est finalement élargi à l'étude du phénomène boulangiste, des réactions qu'il a provoquées  et des trajectoires des protagonistes, au-delà du milieu des anciens Communards.

 

Si je dois résumer ma pensée sur les anciens Communards qui ont soutenu Boulanger, je dirai qu’ils représentent deux attitudes différentes –avec des transitions de l’une à l’autre :

-       d’une part, les anciens Communards de la mouvance socialiste révolutionnaire (souvent encore qualifiés de  « Blanquistes ») qui espèrent (sous quelle forme d’ailleurs ?) utiliser le Boulangisme pour arriver au pouvoir ou au moins faire passer certaines de leurs idées sociales, auxquelles le Boulangisme est plus ouvert que les républicains de gouvernement ;

 

-       d’autre part, les anciens Communards qui évoluent avec leur temps, ne croient plus à la révolution, mais sont plus sensibles aux thèmes du  nationalisme voire de la xénophobie et de l’antisémitisme, qui deviennent très forts à la fin du 19ème. Ils continuent de détester les républicains opportunistes comme Ferry, qui ont historiquement combattu les Communards, et sont prêts à appuyer tout ennemi  des opportunistes. Ils partagent peut-être aussi l’idée qu’un régime avec un exécutif fort (pas un régime d’assemblée en tous cas) permettra d’améliorer la situation des masses, mais chez eux, la revendication sociale tend à passer au second plan et en tous cas, prend la forme d’une attitude «  ni droite ni gauche ».

Il faut sans doute mettre à part des individualités comme Pierre Denis, héritier de Proudhon, dont la pensée et l’évolution mériteraient d’être mieux connues.

Enfin, j’observe que les anciens Communards « qui évoluent avec leur temps » (ou avec l’âge …) ne vont pas seulement vers le nationalisme. On retrouve aussi des anciens Communards (ou des sympathisants de la Commune à titre divers) chez les opportunistes ou les radicaux de gouvernement.

Pour finir, sur le plan orthographique, je mets un B majuscule à Boulangisme et Boulangistes (quand c’est un nom et non un adjectif). Il semble que j’aie grammaticalement tort et qu’il faudrait une minuscule (comme pour « Communard » d’ailleurs, où j’emploie aussi C majuscule), mais tant pis.

 

 

 

 

ANNEXE 1 :

 

LA NECROLOGIE DE PIERRE DENIS

 

 

Le Figaro du 23 mars 1907

 

Une physionomie bien curieuse vient de disparaître avec Pierre Denis qui est mort hier obscurément dans un petit logement de la rue Didot, à Plaisance. Pierre Denis, enfant du peuple, avait appris tout seul ce qu'il savait - et il savait beaucoup de choses. Après avoir exercé un peu tous les métiers, notamment ceux de cordonnier et de peintre décorateur, il avait collaboré, vers la fin de l'Empire, aux petits journaux d'opposition.

Aussi Jules Vallès lui fit-il une place au Cri du peuple, en tête duquel leurs articles alternèrent pendant la Commune.

Pierre Denis écrivit plus tard au Corsaire et s'entendit reprocher alors comme une trahison, par ses amis, d'avoir tenté de réconcilier les républicains et les bonapartistes de la nuance du prince Napoléon, pour faire échouer l'essai de restauration monarchique de 1873.

Enfin, on se rappelle peut-être le rôle de conseiller intime qu'il joua auprès du général Boulanger auquel, jusqu'à la fin, Denis resta aussi fidèle qu'il avait été désintéressé.

Par ses relations, en effet, il eût pu, à différentes reprises, s'assurer une vieillesse exempte de souci et il meurt pauvre, à l'écart, estimé de ses adversaires mêmes, qui rendaient hommage à son indépendance, à son humeur affable et à sa probité.

Il laisse un volume de contribution à l'histoire du boulangisme Le Mémorial de Saint-Brelade, et un drame A la vie, à la mort, se rapportant aux mêmes événements et qui n'eut qu'un petit nombre de représentations.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2876686/f1.textePage.langEN

 

 

 

 

ANNEXE 2 :

ANATOLE FRANCE ET LE BOULANGISME

 

 

 

En me documentant pour écrire cette série de messages, je suis tombé sur un site fait par des professeurs d’histoire, consacré aux chansons en tant que documents sur des faits ou des périodes historiques.

Ce site http://lhistgeobox.blogspot.fr/ (qui est très intéressant), comporte une étude sur le Boulangisme à travers la fameuse chanson de Paulus, En revenant de la revue.

En fait, il s’agit d’une chanson à la gloire de l’armée française, qui ne mentionne qu’incidemment le général Boulanger et qui témoigne de l’essor de sa popularité en tant que personnage, mais pas vraiment du Boulangisme politique qui ne se constituera qu’un peu plus tard.

L’étude ( http://lhistgeobox.blogspot.fr/2015/01/292-en-revenant-de-la-revue-1887.html ) mentionne l’avis des « républicains » sur la chanson : on peut lire une critique virulente d’Anatole France, qui juge la chanson tout-à-fait vulgaire.

Le  texte à peu près complet d'Anatole France se trouve sur le site Du temps des cerises aux feuilles mortes, dans un ouvrage de 1889  d'André Chadourne, Les Cafés- concerts, reproduit in extenso par le site:

http://www.www.dutempsdescerisesauxfeuillesmortes.net/textes_divers/chadourne/chadourne_06.htm ). Anatole France relate une interprétation de la chanson à laquelle il a assisté à L'Alcazar, un café-concert :

" Cette chanson offense  toutes les pudeurs, celle des patriotes, celle des honnêtes gens et celle des voluptueux. Il n'y manque aucune laideur, et, comme Boulanger y rime à admirer [il veut dire que la chanson permettait de crier "Boulanger"  en faisant rimer avec "admirer"], c'est l'hymne des braillards, c'est la marseillaise des mitrons et des patronnets, des bobines et des calicots qui pensent régénérer la France [ en gros il s'agit de commerçants ou d'employés de commerce : les calicots étaent les vendeurs des magasins de modes, les bobines leurs équivalents féminins on suppose, les mitrons bien entendu les apprentis de boulangerie, les patronnets les petits patrons]. 

On est conduit à penser que c’est en tant qu’homme de gauche, ou au moins de républicain, qu’il s’en prend à la chanson En revenant de la revue.

Or Anatole France a évolué vers la gauche, mais venant de positions passablement conservatrices (même s’il n’était pas monarchiste – mais par contre soucieux de ne pas couper l’histoire de France de sa continuité avec le passé monarchique). Le républicanisme sectaire des opportunistes lui déplaisait ainsi que probablement les individus au pouvoir. Même après avoir adopté des positions proches des socialistes, Anatole France continua d’exprimer son scepticisme et son pessimisme qui en faisaient un socialiste atypique.

Lorsqu’en 1886 Anatole France réagit à la chanson En revenant de la revue, il est encore clairement un conservateur (il s’exprime notamment dans sa chronique littéraire qui parait dans Le Temps, journal républicain modéré, mais dont le lectorat s’étend aux conservateurs non monarchistes).

Ce qui le fait réagir, c’est avant tout le mauvais goût de la chanson, sous toutes ses facettes (patriotisme chauvin, grivoiserie). C'est pourquoi A. France parle d'offense " à toutes les pudeurs ", en reconnaissant subtilement dans le suite de sa critique qu'il y a des circonstances où le public aime exagérer sa bêtise, par jeu (remarque valable pur toutes les époques !).

Au moment où Paulus crée sa célèbre chanson, Boulanger n’a pas encore commencé sa carrière d’opposant politique, il est ministre de la guerre dans des gouvernements républicains opportunistes.

L’avis d’Anatole France sur la chanson n’est donc pas vraiment une condamnation du Boulangisme politique tel qu’il se présentera par la suite.

Mais il y a mieux.

Anatole France semble avoir à un moment été séduit par le Boulangisme.

Lors d’un dîner où est présent Boulanger, Anatole France porte l’œillet rouge à la boutonnière, signe de ralliement des Boulangistes – il semble que la bonne amie d’Anatole France, Mme Arman de Caillavet, s’en moque un peu

(Léontine Lippmann, dont le père, de confession isréalite, était banquier,  avait épousé en 1868 Henri Arman de Caillavet, dans la chapelle du palais des Tuileries, en présence de Napoléon III et de l'impératrice Eugénie, amis de la famille du mari;  Mme de Caillavet forma ensuite avec son mari et A. France une sorte de ménage à trois).

On a même évoqué l’idée qu’Anatole France aurait pu être ministre de l’instruction publique (comme on disait à l’époque) si Boulanger accédait au pouvoir …

Une amie  d’Anatole France, la comtesse de Martel Janville, descendante de Mirabeau et écrivain (assez célèbre à l’époque) sous le pseudonyme de Gyp, fait campagne pour Boulanger, ce qui resserre les liens entre eux. Le Boulangisme de Gyp est très teinté d’antisémitisme et elle sera plus tard anti-dreyfusarde (à la différence d’A. France).

Anatole France semble être resté peu de temps (mais ce serait à préciser) sympathisant du Boulangisme, peut-être en raison de son scepticisme foncier. Il partageait en tous cas avec les Boulangistes le mépris pour les républicains opportunistes  (et malgré son évolution vers la gauche, il semble que son mépris de la 3ème république soit resté une constante chez lui).

En septembre 1889, Anatole France déconseille à Henri Arman de Caillavet, le mari de sa bonne amie, de se présenter comme candidat boulangiste aux élections législatives. Mais à ce moment le Boulangisme est clairement en perte de vitesse. Le mari de Mme de Caillavet se présente quand même et est battu.

[signalons que Henri Arman de Caillavet, qui pour s'occuper, tenait la rubrique yachting du Figaro, est le père de Gaston Arman de Caillavet, co-auteur de comédies célèbres avec Robert de Flers, comme L'Habit vert, emblématiques de la Belle époque. Après la guerre de 14 et la mort de son collaborateur (sans lien avec la guerre), Robert de Flers continuera à écrire des pièces à succès, cette fois avec Francis de Croisset, (pseudonyme de Frantz Wiener), comme Les Vignes du seigneur]

Après l’épisode boulangiste, Anatole France dira que lui aussi, comme tant d’autres, aurait pu raconter ce qu’il savait du Boulangisme – ce qui indique une certaine connaissance de l’intérieur du mouvement.

Le site des professeurs d’histoire parait donc refléter une vision exagérément simplificatrice de l’histoire : ignorance de l’évolution politique d’A. France,  méconnaissance des milieux de la bonne société qu’il fréquentait à l'époque, où la sympathie pour le Boulangisme était possible grâce notamment à l’influence du journal Le Gaulois, etc.

 

 

s-l1600

Anatole France.

Image de la série des contemporains illustres des biscuiteries Lefèvre Utile (LU), vers 1904.

L'illustration représente le personnage de Thaïs (courtisane d'Alexandrie à l'époque du début du christianisme), heroïne du livre d'A. France portant ce nom (paru en 1890).

Avant cette date, Anatole France avait déjà publié quelques livres, dont Le crime de Sylvestre Bonnard (1881) qui l'avait fait connaître et s'était aussi fait une réputation comme critique littéraire. Mais c'est Thaïs qui le lança comme un grand écrivain, sa réputation grandissant à chacun de ses livres suivants jusqu'à être considéré comme un classique moderne et un écrivain de la stature de Victor Hugo. 

Vente -e-bay