LEO TAXIL  ET LA FRANC MAÇONNERIE

 

LE GENERAL PIKE ET MAZZINI  OU L'HISTOIRE A SENSATION, DEUXIEME PARTIE

 

 

 

 

 

 

 

 

LES TROIS GUERRES MONDIALES SELON WILLIAM GUY CARR

 

 

 

 [Note importante : pour une grande partie de cet article nous sommes redevables aux documents et aux enquêtes rigoureuses du site 

http://www.conspiracyarchive.com 

dans l'article  Albert Pike to Mazzini, August 15, 1871: Three World Wars?

de Terry Melanson, qui a retrouvé les ouvrages qui ont inspiré les thèses de William Guy Carr et démontré que tous les auteurs dont Carr s'inspire, se réfèrent eux-mêmes à la même source]

 

 

 

Dans un livre paru en 1957, Pawns in the Game (Des pions sur l’échiquier) un ancien officier de marine et agent des services de renseignements canadien, William Guy Carr ( 1895-1959 ), qui se présentait comme un chrétien convaincu, faisait d’étonnantes révélations sur l’existence d’une forme de complot mondial.

Il se réfère à une lettre du 15 août 1871, adressée soi-disant par Albert Pike à Giuseppe Mazzini (voici nos deux personnages réunis) et comportant un plan pour établir la domination mondiale d'une secte, que Carr appelle les Illuminati.

Carr est ainsi entré dans les classiques de la théorie du complot et même son argumentation a été amplifiée par ses successeurs 

 Voici les termes utilisés dans le livre de Carr,  supposés reproduire la substance de la lettre de Pike tels qu'on peut les trouver sur le site  

http://www.conspiracyarchive.com dans l'article  Albert Pike to Mazzini, August 15, 1871: Three World Wars?

[ l'article précité reproduit les fac-simile des pages du livre de Carr ]

 (NB : nous donnons les textes en anglais puis entre crochets, la traduction française)

 

 The first world war was to be fought so as to enable the Illuminati to overthrow the powers of the Tzars in Russia and turn that country into the stronghold of Atheistic-Communism. The differences stirred up by agentur of the Illuminati between the British and German Empires were to be used to foment this war. After the war ended, Communism was to be built up and used to destroy other governments and weaken religions.

[ La première guerre mondiale doit avoir lieu afin de permettre aux Illuminati de renverser le pouvoir des Tsars en Russie et de faire de ce pays une forteresse du communisme athée. Les divergences causées par les agents des Illuminati entre les Empires britannnique et germanique seront utilisées pour provoquer cette guerre. A la fin de la guerre, le communisme sera établi et utilisé pour détruire les autres gouvernements et affaiblir la religion.]

 

World War Two, was to be fomented by using the differences between Fascists and Political Zionists. This war was to be fought so that Naziism would be destroyed and the power of Political Zionism increased so that the sovereign state of Israel could be established in Palestine. During world war two International Communism was to be built up until it equalled in strength that of united Christendom. At this point it was to be contained and kept in check until required for the final social cataclysm.

 

[ La seconde guerre mondiale éclatera en s'appuyant sur les conflits entre les Fascistes et le Sionisme politique. La guerre doit aboutir à la destruction du nazisme et que le Sionisme politique soit assez fort pour établir un état souverain d'Israel en Palestine. Durant la seconde guerre mondiale, le communisme international doit devenir assez fort pour contre-balancer le Christianisme. A ce point il sera tenu sous contrôle  jusqu'à ce qu'on ait besoin de lui pour le cataclysme final.]

 

World War Three is to be fomented by using the differences the agentur of the Illuminati stir up between Political Zionists and the leaders of the Moslem world. The war is to be directed in such a manner that Islam (the Arab World including Mohammedanism) and Political Zionism (including the State of Israel) will destroy themselves while at the same time the remaining nations, once more divided against each other on this issue, will be forced to fight themselves into a state of complete exhaustion physically, mentally, spiritually and economically.

 

[ La troisième guerre mondiale devra être fomentée en s'appuyant sur les divergences causées par les agents des Illuminati entre les Sionistes politiques et les dirigeants de l'Islam. La guerre devra être conduite de telle sorte que l'Islam (le monde arabe)  et le sionisme politique (l'Etat d'Israel) se détruisent mutuellement. Pendant ce temps les autres nations , une fois de plus divisées dans ce conflit, seront contraintes à combattre jusqu'à une complète destruction physique, morale, spirituelle et économique... ]

 

A ces citations indirectes, Carr ajoute des commentaires comme : "'Can any informed person deny Roosevelt and Churchill did not put this policy into effect?"  (qui pourrait nier  que Roosevelt et Churchill ont réalisé cette politique ? - parlant de la seconde guerre).

Il est évident que si une telle lettre de 1871 existait bien, elle prédirait (ou plutôt annoncerait comme la réalisation d'un plan formé à l'avance) les deux guerres mondiales de 1914-18 et 1939-45, et une troisième guerre mondiale, mettant aux prises l'Islam et le Sionisme et impliquant dans la lutte, comme soutien des uns ou des autres, le reste du monde.

 

C'est justement ce dernier point qui a donné à ces prédictions, tirées  du livre de Carr, leur popularité actuelle dans les théories du complot puisque les événements récents, depuis le 11 septembre 2001 (attentat du World Trade Center) paraissent montrer qu'une guerre a commencé entre le monde musulman et le reste du monde (supposé soutenir le Sionisme)  dont l'ampleur va peut-être croître dans les années futures jusqu'à devenir une conflagration terrible.

On ajoute dans plusieurs reproductions du troisième paragraphe de ce texte, le passage suivant :

" We shall unleash the Nihilists and the atheists, and we shall provoke a formidable social cataclysm which in all its horror will show clearly to the nations the effect of absolute atheism, origin of savagery and of the most bloody turmoil. Then everywhere, the citizens, obliged to defend themselves against the world minority of revolutionaries, will exterminate those destroyers of civilization, and the multitude, disillusioned with Christianity, whose deistic spirits will from that moment be without compass or direction, anxious for an ideal, but without knowing where to render its adoration, will receive the true light through the universal manifestation of the pure doctrine of Lucifer, brought finally out in the public view. This manifestation will result from the general reactionary movement which will follow the destruction of Christianity and atheism, both conquered and exterminated at the same time."

 [ Nous lâcherons les athées et les nihilistes et nous provoquerons un formidable cataclysme qui dans son horreur, montrera clairement aux nations les effets de l'athéisme absolu, à la source de la sauvagerie et du bouleversement le plus sanglant. Alors partout, les citoyens, obligés de se défendre contre la minorité des révolutionnaires dans le monde, extermineront ces destructeurs de la civilisation et la multitude, désillusionnée du christianisme, se retrouvant dans ses aspirations déistes sans gouvernail ni direction, anxieuse d'un idéal, mais sans savoir à qui rendre son adoration, recevra la vraie lumière à travers la manifestation universelle de la pure doctrine de Lucifer, exposée finalement en pleine clarté. Cette manifestation résultera du mouvement général de réaction qui suivra la destruction du Christianisme et de l'athéisme, tous deux vaincus et exterminés dans le même temps. ]

 

Or ce passage est le seul que dans son livre, Carr attribue réellement à la lettre de Pike, avec le commentaire suivant :

"On August 15, 1871, Pike told Mazzini that after World War Three is ended, those who aspire to undisputed world domination will provoke the greatest social cataclysm the world has ever known. We quote his own written words (taken from the letter catalogued in the British Museum Library, London, Eng.)

– William Guy Carr, Pawns in the Game (CPA Book Publisher reprint n.d.), p. XVI  
[ Le 15 août 1871, Pike déclara à Mazzini qu'après la fin de la troisième guerre mondiale, ceux qui aspirent à une domination sans partage provoqueront le plus grand cataclysme social que le monde ait jamais connu. Nous allons citer ses propres mots pris dans une lettre cataloguée à la Bibliothèque du British Museum à Londres, Angleterre. ]

 Suit alors le passage qui commence par "Nous lâcherons etc".

 

 

Albert_Pike_as_Master_Mason

 Albert Pike en tenue (on dit "décors" en maçonnerie francophone, regalia en maçonnerie anglophone) de 32ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté, grade de Sublime Prince du Royal Secret, vers 1872.

Cette gravure représente Albert Pike en membre de la franc-maçonnerie officielle. 

Wikipedia

 

 

SURVIE DES ILLUMINES DE BAVIERE

 

 

 

  William Guy Carr explique dans  Pawns in the Game que Pike était le chef suprême de la franc-maçonnerie mondiale tandis que Mazzini dirigeait la branche politique de la maçonnerie.

Il soutient que la franc-maçonnerie avait été infiltrée, jusqu'à être complètement dominée, par une secte, les Illuminati, qu'on avait cru disparue. C'est principalement aux Etats-Unis que les Illuminati avaient imposé leur domination aux francs-maçons "ordinaires" , et des personnages politiques comme le président des Etats-Unis Adams avaient dénoncé cette emprise  qui était pourtant devenue une réalité,  notamment encouragée au début du 19ème siècle par des hommes comme Jefferson.

 Evidemment les Illuminati de Carr avaient peu de chose à voir avec les véritablles Illuminés historiques. 

 Au 18ème siècle apparut la société secrète des Illuminés. Elle avait été créée en Bavière par Adam Weishaupt dans les années 1770.

Celui-ci était un jeune professeur de théologie et droit canon à l'université d'Ingolstadt, sensible à l'injustice et soucieux de propager les idées rationalistes de la philosophie des Lumières, d'où le nom de l'Ordre, der Illuminatenorden , les Eclairés, ou Illuminés (on utilise aussi le mot Illuminati,  mais celui-ci est notamment  employé dans les nombreuses théories du complot).

 Weishaupt  espérait, contrairement aux philosophes français, plus abstraits,  arriver à une réalisation pratique des idées rationalistes et instaurer une société plus juste et plus humaine.Cet idéal l'amenait à entrer en conflit avec les pouvoirs installés de l'époque, dont l'Eglise catholique, prédominante en Bavière.

Weushaupt pensa qu'en recrutant un nombre de disciples choisis, ceux-ci pourraient exercer une influence à des postes de décision permettant la réalisation de ses idéaux politiques.

Franc-maçon lui-même, Weishaupt voyait bien que la franc-maçonnerie de son temps n'était pas beaucup mieux qu'un club social, ou dans les marges de celle-ci, un lieu de recherches ésotériques, domaine sans intérêt pour lui et qui au contraire, attirait  des personnes insatisfaites de la réalité, en les détournant  d'un travail utile au  changement politique et social.

Par contre, en pratiquant "l'entrisme" dans la franc-maçonnerie, les Illuminés pourraient à la fois recruter de nouveaux disciples parmi les francs-maçons les plus ouverts  à leur doctrine et travailler à l'abri d'une institution finalement jugée peu dangereuse par les pouvoirs de l'époque (contrairement à ce qu'on imagine).

Des hommes de valeur, comme le journaliste Bode et Von Knigge, secondaient Weishaupt. L'Ordre se propagea dans les Etats de langue allemande.

En 1783, Von Knigge, en désaccord avec le fondateur, se sépara de l'Ordre et protesta prudemment de sa fidélité aux pouvoirs établis.

Des phrases de Weishaupt indiquent assez bien l'homme qu'il était, animé par un idéal de justice et d'humanisme : 

" Nous travaillons à restituer à l’homme méritant son salaire jusqu’alors arraché illégitimement, à rendre leurs forces aux faibles, à ceux qui sont tombés, les moyens de s’améliorer, aux méchants, leurs chaînes et à l'humanité, sa haute dignité. » (A. Weishaupt in J. H. Faber, Le véritable Illuminé ou les vrais rituels primitifs des Illuminés )

« Dites à tous vos gens, sans timidité ni scrupule, que l’Ordre ne prie personne d'entrer ou de rester : il lui est indifférent d’avoir peu ou beaucoup de membres, qu’ils soient riches ou pauvres, fils de princes ou artisans. Il recherche le moins possible les importants et les riches, car ceux-ci conviennent rarement ; ils peuvent s’estimer heureux d’être admis : habituellement leur heureuse condition et leurs positions les empêchent d'envisager à quel point l’homme a besoin de l’autre (...)"

Pour la seconde citation, elle ne doit pas être prise au pied de la lettre, car l'espérance de Weishaupt était de recruter des hommes de bonne volonté qui pouvaient influer, par leur position sociale, dans le sens qu'il souhaitait.

(citations dans l'article Wikipedia sur les Illuminés de Bavière)

Des hommes comme Goethe et Herder adhérèrent aux Illuminés. Le fait que Herder soit considéré aujourd'hui comme un théoricien des "anti-Lumières" (concept presque polémique) et partisan d'une conception ethnique de la nation , opposé aux idées de la Révolution française,  nuance quelque peu la conception des Illuminés comme exclusivement dédiés à un progressisme "à la française", qui annoncerait 1789. Il est vrai que les oeuvres politiques de Herder sont postérieures à sa brève période d'appartenance aux Illuminés.

 En 1785 le gouvernement bavarois, instruit des menées des Illuminés, décida de poursuivre les affiliés et dans la foulée, par précaution, de fermer les loges maçonniques. Il communiqua aussi avis du danger aux autres gouvernements qui à leur tour, au moins dans le monde germanique, pourchassèrent les Illuminés et commencèrent à tenir à l'oeil les loges. 

 

Weishaupt put se réfugier chez un de ses adeptes de haut rang, le duc Ernest II de Saxe-Gotha -Altenburg,  et il vécut tranquillement  jusqu'en 1830, paraissant d'ailleurs s'être réconcilié avec l'Eglise à la fin de sa vie.

Abandonnant, sans doute avec regret, l'action politique secrète, il se consacra aux études philosophiques et critiqua certains aspects de la pensée de Kant (Sur la cause et la certitude des connaissances humaines. Examen de la Critique de la raison pure de KantSur l'intuition et l’aperception kantiennes, 1788).

 Le Weishaupt de l'histoire n'a sans doute pas grand chose à voir avec celui imaginé par Carr (évidemment les partisans de Carr diront que c'est ce dernier qui a raison...).

Selon Carr, les Illuminés (qu'il préfère appeler Illuminati) n'avaient pas disparu en 1785.

Les avertissements sur le danger qu'ils représentaient  n'avaient pas empêché la révolution française, bien entendu oeuvre des Illuminati (mais poursuivant probablement leur oeuvre propre et non les buts avoués de la révolution qui était nécessaire à leurs objectifs secrets).

Des voix se faisaient entendre pour les dénoncer mais elles criaient dans le désert comme celle de John Robinson, " maçon de haut grade du Rite Écossais, Professeur de Philosophie Naturelle à l'Université d'Edimburgh" qui en 1797 publia un livre dénonçant un complot s'abritant derière les loges maçonniques et  tendant à établir une dictature mondiale .

Weishaupt n'était  pas un simple réformateur politique. Pour Carr, il avait été contacté vers 1770 par les dirigeants du peuple juif qui s'opposaient au dessein de Dieu sur Terre, représenté par le message du Christ. Ces juifs ou faux-juifs (Carr n'est pas clair sur ce point) formaient un groupe partisan de Lucifer  et recherchaient les moyens de fonder leur domination sur toute la Terre.  Ils auraient chargé Weishaupt, un intellectuel doué, de rédiger leur programme et de commencer à le mettre en application.

Les Illuminati étaient donc finalement des Lucifériens.Ils s'infiltrèrent dans la franc-maçonnerie surtout aux Etats-Unis, n'hésitant pas à éliminer les francs-maçons "à l'ancienne" qui s'opposaient à eux, comme le capitaine Morgan, qui voulait les dénoncer, assassiné près des chutes du Niagara en 1826.

Ils prirent appui sur les structures du Rite Ecossais Ancien et Rectifié, dont le centre était installé à Charleston. C'est dans ces conditions que Albert Pike devint le dirigeant de cette "super-franc-maçonnerie".

Pour Carr, les Illuminati subventionnèrent les débuts du Marxisme, et même la philosophie de Nietzsche (!) . Ils avaient pour  but , pour parvenir à imposer leur doctrine luciférienne, de subvertir par tous les moyens la société et les valeurs chrétiennes en promouvant notamment l'athéisme, le nihilisme (refus des valeurs traditionnelles  imposées) et le socialisme, mais ces doctrines n'étaient pas leurs véritables buts. Ils pouvaient soutenir des idées d'apparence opposées du moment qu'elles entretenaient l'inquiétude et le conflit dans la société.

En Europe, le chef de la branche politique (on dirait presque branche action) fut pendant une grande partie du 19ème siècle, Mazzini.

Ecoutons Carr :

" Lorsque les Illuminati et les Loges du Grand Orient devinrent suspects du fait des activités révolutionnaires de Mazzini en Europe, Pike organisa le Rite Palladien Nouveau et Réformé. Il établit trois Suprêmes Conseils : un à Charleston (Caroline du Sud), un autre à Rome et le dernier à Berlin. Il fit établir par Mazzini vingt-trois conseils subordonnés en des positions stratégiques à travers le monde. Ce furent les Quartiers Généraux Secrets du .Mouvement Révolutionnaire Mondial, toujours conservés depuis. Bien avant que Marconi eût inventé la Radio, les scientifiques faisant partie des Illuminati avaient donné à Pike et aux dirigeants de ses conseils la possibilité de communiquer entre eux dans le secret. Ce fut la découverte de ce secret qui permit aux officiers des services de renseignement de comprendre comment des «incidents» en apparence non reliés entre eux avaient lieu simultanément dans le monde, s'aggravaient et se transformaient en une guerre ou une révolution.
Le plan de Pike était simple et s'avéra efficace. Il fallait que le Communisme, le Nazisme, le Sionisme Politique et les autres mouvements internationaux fussent organisés et utilisés pour fomenter les trois guerres générales et les trois grandes révolutions" 

(Carr, traduction français de Pawns in the Game en ligne INTRODUCTION , La conspiration mondiale https://archive.org/stream/DesPionsSurLechiquier_902/Carr-William-Guy-Des-Pions-Sur-l-Echiquier_djvu.txt ).

"Lorsque Mazzini mourut en 1872, Pike fit d'un autre dirigeant révolutionnaire Italien, Adriano Lemmi, son successeur. La succession de Lemmi revint ensuite à Lénine  et à Trotsky",  déclare Carr.

 Résumons-nous : Des juifs ennemis du Christ ont organisé depuis des siècles, notamment depuis le 18ème siècle, la subversion, et ont cherché à imposer l'athéisme et le communisme, non pour ces idées elles-mêmes mais pour faire triompher à la fin le luciféranisme.

A ce stade on peut se demander si Carr croyait vraiment à ce qu'il racontait ou s'il n'était pas à sa manière, un Léo Taxil canadien...

Léo Taxil ?

Nous allons y venir.
 

 

 

 

 

LE CARDINAL RODRIGUEZ ET LES AUTRES

 

 

 

Dans son dernier livre, Satan: Prince of this World ( Satan, prince du monde, posthume, 1959), Carr explique finalement d'où il connait la lettre de Pike.

Celle-ci serait citée dans le livre du Cardinal Rodriguez, Cardinal du Chili, The Mysteries of Freemasonry Unveiled, 1925 (les Mystères de la franc-maçonnerie dévoilés).

Selon Carr,  le Cardinal avait indiqué que la letttre manuscrite de Pike était conservée au British Museum. Or, n'était-il pas étonnant que ce musée réponde ensuite aux interrogations qu'il n'avait jamais possédé une telle lettre dans ses collections ? C'était bien la  preuve que les comploteurs avaient fait disparaître les preuves du complot  ! 

En fait, c'est tout simplement le livre qui mentionne la soi-disant lettre de Pike à Mazzini qui est catalogué au British Museum, et qui est cité par le Cardinal Rodriguez.

 

Le Cardinal Rodriguez s'exprime ainsi :

"The other indication of the participation of Masonry in the Revolution and the present upheaval in Russia is a letter in Le Diable au XIXème Siècle (1896), attributed to Albert Pike, “Sovereign Pontiff of Universal Masonry”, assisted by ten Ancients of the Grand Lodge of the Supreme Orient of Charleston to the very illustrious Joseph MCarr !azzini, dated August 15, 1871. "

[ L'autre indication de la participation de la franc-maçnnerie à la révolution présente en Russie est une lettre [figurant] dans Le Diable au XIXème Siècle (1896), attribuée à Albert Pike, "Souverain Pontife de la Maçonnerie Universelle" assisté par Dix Anciens de la Grande Loge du Suprême Orient de Charleston, au très Illustre frère Mazzini, datée du 15 août 1871...]
Le Cardinal poursuit :
What I have said of the document previously mentioned, The Protocols, I say of this one: Authentic or not, the letter had been published long enough before the events, not to be an invention accommodated post factum. Its publication is catalogued in the British Museum of London and the plan attributed to Pike is also in part in Le Palladisme Of Margiotta, p. 186 published in 1895. It is a plan to destroy Catholicism, to throw the Pope out of Italy and force him to seek refuge in Russia; and then, when the autocratic empire had become the citadel of Papal Christianity, “we,” continues the author of the letter, “shall unleash the Nihilists and Atheists,  etc ...which will follow the destruction of Christianity and atheism, both conquered and exterminated at the same time” (The Cause, p. 77 ff).
 – The Cardinal of Chile, The Mysteries of Freemasonry Unveiled (Christian Book Club of America, 2006),
Le Diable au XIXème Siècle (1896).
[ Ce que nous avons dit du document précédemment mentionné, les Protocoles, je le dis de ce document . Authentique ou pas, la lettre a été publiée bien avant les événements, pas comme une invention accomodée après les faits (post factum). Sa publication est cataloguée au British Museum de Londres et le plan attribué à Pike et aussi en partie dans le Palladisme de Margiotta p. 186. C'est un plan pour détruire le catholicisme, pour  jeter le Pape hors d'Italie et le forcer à trouver refuge en Russie et là, quand le pouvoir autocratique sera devenu la citadelle de la Chrétienté papale, "nous, continue l'auteur de la lettre, lâcherons les athées et les nihilistes ... etc    ...   qui suivra la destruction du christianisme et de l'athéisme, tous deux vaincus et exterminés dans le même temps." The Cause, p. 77 ff).]
 – The Cardinal of Chile, The Mysteries of Freemasonry Unveiled (Christian Book Club of America, 2006),

 On reconnait à la fin de ce passage le désormais célèbre paragraphe ; "we shall unleash the Nihilists and Atheists, and we shall provoke a formidable social cataclysm..." (nous lâcherons les athées et les nihilistes " , ou "nous déchainerons"...selon les traductions).

Le Cardinal pour affirmer l'authenticité du document, le compare aux 'Protocols" : il ne peut s'agir que des Protocoles des Sages de Sion, très célèbre faux imputé aux dirigeants du judaïsme et qui aurait été rédigé par la police secrète tsariste pour détourner sur les Juifs le mécontentement populaire en Russie au début du 20ème siècle.

On note aussi une   bien curieuse affirmation qui introduit la phrase célèbre "we shall unleash the Nihilists and Atheists", affirmation qui disparait de toutes les versions courantes de la "prophétie" : "It is a plan to destroy Catholicism, to throw the Pope out of Italy and force him to seek refuge in Russia; and then, when the autocratic empire had become the citadel of Papal Christianity..." (C'est un plan pour détruire le catholicisme, pour  jeter le Pape hors d'Italie et le forcer à trouver refuge en Russie et là, quand le pouvoir autocratique sera devenu la citadelle de la Chrétienté papale...).

S'il s'agit de ce qui va se passer avant la Troisième guerre mondiale, on peut être perplexe.  Mais le Cardinal lui ne parle pas du tout de guerres mondiales. De plus au moment où le cardinal écrit (en 1925) on voit mal comment le Pape pourrait se réfugier en Russie devenue justement communiste et athée depuis la révolution bolchevik.

On note aussi que le Cardinal cite la lettre de Pike en disant qu'elle se trouve dans .Le Diable au XIXème Siècle (1896) mais termine sa citation littérale de la lettre par la mention  ("The cause".p.77ff) ce qui augmente la confusion.

 

 En 1933 parut à Paris un ouvrage intitulé  The Occult Theocrasy  (la Théocrasie occulte - ne pas confondre "Théocrasie", fusion des doctrines religieuses, mot extrêmement rare, et le mot plus connu ," Théocratie", gouvernement religieux).

Ses auteurs étaient deux femmes américaines Edith Starr Miller, épouse divorcée d'un aristocrate anglais, Lord Queenborough (elle était décédée lors de la parution) et Leslie Fry (pseudonyme de Paquita de Shishmareff, décédée en 1970 après une vie dédiée aux théories complotistes).

 

 Les notices sur The Occult Theocrasy  indiquent que les deux auteurs étaient convaincues que même la respectable Grande Loge d'Angleterre trempait dans la conspiration maçonnique universelle.

 

Dans ce livre on trouve une référence à une lettre, cette fois de Mazzini à Pike : 

"Mazzini wrote the following to Pike in a letter dated January 22, 1870.  Remember that Freemasonry wasn't started by Pike — rather it was infiltrated by the Illuminati who were looking for a respectable forum in which to hide their clandestine activities:

"We must allow all the federations to continue just as they are, with their systems, their central authorities and their diverse modes of correspondence between high grades of the same rite, organized as they are at the present, but we must create a super rite, which will remain unknown, to which we will call those Masons of high degree whom we shall select. With regard to our brothers in Masonry, these men must be pledges to the strictest secrecy. Through this supreme rite, we will govern all Freemasonry which will become the one international center, the more powerful because its direction will be unknown."

 [Mazzini écrivit la lettre suivante à Pike le 22 janvier 1870. Rappelez-vous que la franc-maçonnerie n'a pas été créee par Pike [on s'en doutait !] mais plutôt infiltrée par les Illuminati qui cherchaient un forum respectable pour cacher leurs activités secrètes :

Nous devons permettre à toutes les fédérations [maçonniques] de continuer avec leur système actuel, leur autorité centrale et les divers modes de correspondances entre les hauts grades des mêmes rites, organisés comme à présent, mais nous devons créer un super rite, qui devra rester inconnu, où nous ferons entrer les maçons de haut grade que nous sélectionnerons. En ce qui concerne nos frères en maçonnerie [probablement les maçons "standard"], ces hommes [ceux qui ont été sélectionnés] doivent être tenus au secret le plus strict. A travers ce rite suprême, nous gouvernerons toute la franc-maçonnerie qui deviendra le centre international unique, le plus puissant car sa direction sera inconnue.]

 

 Or ces différents auteurs, eux-mêmes, qui les avait renseignés pour l'essentiel sur le rôle prêté à Pike et Mazzini ?

Le cardinal Rodriguez cite  Le Diable au XIXème Siècle (1896) et on l'a vu, un autre ouvrage qu'il abrège en The cause..

 Il s'agit d'un  livre, paru anonymement à Londres en 1920 (ses auteurs sont peut-être Ian Colvin, H. A. Gwynne et Nesta Webster, une écrivain spécialisée dans les théories du complot et à un moment de sa vie membre du parti fasciste anglais de Mosley),

The Cause of the World unrest (La raison de l'agitation du monde), raconte aussi qu'une vaste conspiration impliquant la franc-maçonnerie est en cours et que la révolution russe, aussi étonnant que ça paraisse, est un élément de cette conspiration : les bolcheviks communistes, eux-mêmes, sans le savoir, sont les agents d'un complot qui vise à mettre au pouvoir les francs-maçons. Apparemment ce livre ne parle pas des Illuminati comme Carr et prend ses distances avec le contenu douteux du livre Le Diable au XIXème Siècle tout en considérant qu'il y a dans ce livre des informations véridiques mélangées avec des récits fantaisistes.

Très clairement, The cause of the World unrest écrit :

 

" In the year 1896 there appeared in Paris a curious publication called Le Diable au XIXe Siècle. It was an attack upon Freemasonry, and came out in parts, illustrated with grotesque and repulsive engravings. The name on the title-page is Dr. Bataille, but it is stated in the British Museum Catalogue that the real authors were Gabriel Jogand-Pagès and Charles Hacks. The book, with evident knowledge and a show of authority, set out to trace the connection between Freemasonry and revolutions, but its sensationalism and the extremely doubtful character of some of the documents produced brought it into disrepute. It is now forgotten, and yet it contains a good deal that can be verified from other sources, and some things also which seem to be verified by recent events. In particular there is a letter – or an alleged letter – said to have been written by Albert Pike, the “Sovereign Pontiff of Universal Freemasonry,” assisted by the Ten Ancients of the Grand Lodge of the Supreme Orient at Charleston, to “the very illustrious brother” Giuseppe Mazzini. This letter is dated (in Masonic style) August 15, 1871, and sets forth an anti-clerical policy which Mazzini is to follow in Italy."

 

[ En 1896 apparut à Paris une curieuse publication, appelée  Le Diable au XIXe Siècle. C'était une attaque contre la franc-maçonnerie, vendue en livraisons illustrées de gravures grotesques et rebutantes. Le nom sur la page de titre était Docteur Bataille mais il est indiqué dans le catalogue du British Museum que les auteurs étaient Gabriel Jogand-Pagès et Charles Hacks. Le livre, avec une information et une autorité évidentes, cherche à retracer la connexion entre la franc-maçonnerie et les révolutions mais son sensationalisme et le caractère extrêmement douteux de certains documents lui ont valu le discrédit. Il est maintenant oublié et pourtant une bonne partie de son contenu peut être vérifié par d'autres sources et certains éléments peuvent être vérifiés par des événements récents. En particulier il y a une lettre - présentée comme écrite par Albert Pike "Souverain Pontife de la franc-maçonnerie universelle" assisté par les Dix Anciens de la Grande Loge du Suprême Orient de Charleston, au très illustre frère Giuseppe Mazzini. Cette lettre datée du 15 août 1871 (en date maçonnique) expose un plan de politique anticléricale que Mazzini doit mettre en application en Italie. ]

 

The Cause explique que les mesures proposées incluaient l'éducation laïque, l'expulsion des ordres religieux etc, mesures sans grand mystère. Mais à la fin de la lettre on trouve l'indication qu'en raison de cette politique anticléricale, le Pape sera forcé de quitter l'Italie et trouvera refuge dans l'empire autocratique de Russie. Et on retrouve ici la fameuse citation :

 

"That is why, when the autocratic Empire of Russia will have become the citadel of Papal Christianity (adonaïsme papiste), we shall unchain the revolutionary Nihilists and Atheists, and we shall provoke a formidable social cataclysm...will receive the True Light, by the universal manifestation of the pure Luciferian doctrine, at last made public, a manifestation which will arise from the general movement of reaction following the destruction of Atheism and Christianity, both at the same time vanquished and exterminated.”

[ C'est pourquoi, quand l'Empire autocratique de Russie sera devenu la citadelle de la Chrétienté papale (adonaïsme papiste), nous lâcherons les révolutionnaires nihilistes et athées etc...]

 The Cause of the World Unrest fait ce commentaire final:

"  Now this letter is at least as old as 1896 (if it is a forgery); if it is genuine, it is as old as 1871. It must therefore be considered remarkable, whether as a forgery or as a genuine document. For it predicts what has happened in Russia, and it claims for its authors that they were preparing to bring about what has happened."

[ Cette date de 1896 (si c'est un faux) et de 1871 si elle est authentique. Qu'elle soit un faux ou un document authentique, il est remarquable qu'elle prédise des événements qui sont vraiment arrivés en Russie et elle suppose que ses auteurs ont bien préparé ce qui est arrivé.]

 

 Ainsi ce dernier ouvrage mentionne le plan qui doit amener le Pape à se réfugier en Russie.

On peut conclure que le Cardinal Rodriguez citait indirectement Le Diable au XIXème siècle, à travers la citation faite de ce dernier livre par The Cause of the World unrest.

A son tour, Carr cita de troisième main le livre cité par le Cardinal Rodriguez, chacun d'entre eux s'avérant incapable (ou faisant exprès) de présenter clairement leurs citations.

The Occult Theocrasy vient de la même source.

Par contre il n'est pas question des Guerres mondiales...

Evidemment, en 1920, les auteurs de The cause of the World unrest pouvaient apprécier qu'une partie de la prophétie (disons plutôt du plan, puisqu'il s'agit d'une entreprise qui doit amener les effets décrits)  s'était déjà réalisée  puisque les athées et les nihilistes (disons les communistes et matérialistes) étaient déjà au pouvoir en Russie...

En revanche, on pouvait se demander comment le Pape ferait pour se réfugier dans une Russie devenue communiste et athée... manifestement le déroulement historique ne cadrait plus avec le plan, mais les partisans de la théorie du complot des annés 1920 ne s'en souciaient pas et leurs successeurs encore moins, qui élimineront toute référence aux tribulations du Pape, devenues bien moins "grand public" que vers la fin du 19ème siècle.

 

 

 

 LE LIVRE QUI A SERVI DE SOURCE A CARR ET AUX AUTRES

 

 

 

H4024-L69554974

 

Le Diable au XIXème siècle, édition en 2 volumes, Delhomme et Briguet Editeurs, Paris, 1896

photo sur un site de ventes aux enchères Invaluable, The world’s premier auctions

February 22, 2015, Ithaca, NY, USA

La description du livre mentionne ainsi les auteurs : "Author: Charles Hacks (Docteur Bataille), Gabriel Antoine Jogand-Pages (Docteur Bataille)"

http://www.invaluable.com/

 

C'est donc dans Le Diable au XIXème siècle que figure pour la première fois la fameuse lettre de Albert Pike à Mazzini, (Volume 2, Chapitre XXXV, pages 594-606).

Ce livre a paru en France, en livraisons périodiques,  entre 1892 et 1894, et fut édité ensuite sous la forme d'un  ouvrage de 1800 pages en 2 volumes ( en 1895 probablement -  on trouve parfois la date 1896 - peut-être une réédition ?). Il était signé sous le nom du Docteur Bataille, mais on savait qu'il s'agissait d'un pseudonyme.

Le sous-titre du livre était éloquent :  Le Diable au XIXème siècle ou les mystères du spiritisme: la franc-maconnerie luciférienne, révevélations complètes sur le palladisme, la théurgie, la goétie et tout le satanisme moderne; magnétisme occulte, pseudo-spirites et vocates procédants, les mediums lucifériens, la cabale fin-de-siecle, magie de la Rose-Croix, les possession à l'état latent, les précurseurs de l'Ante-Christ.

Bien peu de lecteurs devaient savoir ce qu'étaient le palladisme, la théurgie, la goétie, les vocates procédants, raison de plus pour acheter les livraisons ou les recueils qui les reprenaient et se repaître des curieuses illustrations du livre, bien faites pour faire frémir les braves gens.

 Voici le passage que nous reprenons sur le site  http://renneslechateau-fr.com (comme son nom l'indique, un site consacré aux recherches en matière d'occultisme) qui reproduit la fameuse "lettre de Pike" telle qu'on la trouve dans le livre du "docteur Bataille".

Ici encore c'est le site de Terry Melanson www.conspiracyarchive.com qui fournit le lien que nous mettons à profit, en reconnaissant notre dette (faute d'avoir pu consulter le livre en lui-même; celui-ci se trouve seulement dans des éditions d'époque, pour des prix assez cher, notamment en vente aux enchères) :

" Dans les premiers jours du mois d'août 1871, c'est-à-dire moins d'un an après la constitution du Palladisme (rite suprême), le "docte pontife luciférien", Albert Pike reçut de Mazzini une importante lettre. Le chef d'action politique de la franc-maçonnerie universelle invitait le chef suprême et dogmatique de la secte à tracer un plan de campagne précis en vue de la destruction du catholicisme romain.

"L'unité de l'Italie, disait-il, n'a jamais été considérée par nous comme un but, mais comme un moyen."

Albert Pike réunit ses dix conseillers des heures solennelles, les membres du Sérénissime Grand Collège des Maçons Emérites, et soumit à leur examen la question posée par le très illustre frère Giuseppe Mazzini.

De cette réunion des onze plus hautes lumières de la secte infernale, de ce conciliabule diabolique qui dura sept jours (du 9 au 15 août), sortit, mûrement délibéré, et inspiré sans aucun doute par Satan en personne, le document suivant (traduit du texte original qui est en latin):

« Le Sérénissime Grand Collège des Maçons Emérites, réuni sous la présidence du Très illustre, Très Puissant et Très Divinement Eclairé Frère LIMMUD-ENSOPH , Grand-Maître Conservateur du Palladium Sacré, Souverain Pontife de la Franc-maçonnerie Universelle, a reçu avec respect la Noble et Digne lettre émanant du très illustre, Très Puissant et Très Eclairé Frère EMOUNAH-SHEMED, chef d'Action Politique et Grand Dictateur Président du Souverain Directoire Exécutif, datée du premier jour de la Lune Ab, dix-huitième jour du cinquième mois de l'an de la Vraie Lumière 000871, et, sous l'œil du Tout-Puissant Divin Maître EXCELSUS EXCELSIOR, l'a prise en considération, a examiné les questions d'intérêt suprême qui y sont exposées, puis, après délibération, a fixé les conditions légitimes qui de ce jour auront force de loi.

(Suit une formule diabolique d'introduction au discours, que votre dactylographe a censuré par prudence)

« La destruction du mauvais catholicisme, ne pouvant être opérée d'un seul coup, et l'édification du bon catholicisme, demandant également de long travaux, sont deux oeuvres parallèles, auxquelles il faut s'employer en même temps, de telle sorte que, lorsque le temple d'Adonai, mine de toutes parts, sera prêt à s'effondrer à jamais dans sa ruine totale, la même impulsion qui l'anéantira découvre, aux yeux de l'humanité dûment préparée, le temple, jusque-là caché, de notre Divin Maître.

« Lucifer Dieu-Roi verra alors le monde entier se consacrer à lui et l'adorer; sa religion sera dès lors vraiment catholique.

« Le titre de catholique n'appartient pas, en effet, ne saurait appartenir à la superstition romaine. Il est certain, par révélation, que son nombre d'apogée n'atteindra jamais le quart de la population du globe; cela est écrit dans le livre des cieux. D'autre part, la religion d'Adonai a eu son maximum de domination, et il est visible qu'elle est en décroissance.

De n'importe quelle façon et en toute circonstances, il faut le vide autour du prêtre catholique romain, et il faut encore que ce clergé, devenant de plus en plus méprisé, honni, conspué, soit diminué en nombre, sans s'arrêter à aucune considération pour obtenir ce résultat. D'une part, on multipliera les sociétés de plaisirs citadins ou champêtres, les cercles, les fêtes non religieuses, etc.; d'autre part, on préconisera hardiment et partout, comme on le ferait pour une doctrine, ce mot d'ordre anticatholique-romain: "Pas de prêtres à la naissance ! pas de prêtre au mariage ! pas de prêtre à la mort ! " et l'on favorisera la création de toute association de solidaires établie avec ce programme.

 (...)

En particulier, nous devons arrêter un moment nos regards sur l'Italie. Là, la franc-maçonnerie, tout en suivant  à la lettre la ligne de conduite que nous venons de tracer, aura le devoir, en outre, de travailler, avec la plus grande activité et sans jamais se lasser, à l'abrogation de la loi qui vient être votée il y a trois mois et sur laquelle le Chef d'Action Politique a appelé notre attention . On commencera par attaquer à outrance le système des deux souverainetés dans un même pays, dans la même capitale; on fera ressortir l'inconvénient résultant d'un double corps diplomatique, dont la moitié sera accréditée auprès d'un italien tiaré en état de conspiration permanente contre sa propre patrie. Cette campagne de la maçonnerie italienne devra être secondée par la maçonnerie des pays ayant un ambassadeur auprès du pontife de la superstition romaine

 

(...)

Dans l'ordre intellectuel, spécialement, il faut obtenir des pouvoirs publics la neutralité de l'école, afin que le prêtre ni aucun de ses auxiliaires n'y pénètrent plus désormais;  ...

 En effet, empêcher que les nouvelles générations aient l'intelligence oblitérée par le mensonge des mauvais dogmes est un point capital. Mais il faudra, en même temps, prendre des mesures sérieuses pour que l'enseignement officiel reste neutre et ne tombe pas dans l'athéisme; la neutralité nous suffit, c'est à dire l'étouffement de toute tendance à insinuer dans les jeunes cerveaux les faux dogmes adonaites. Il existe, en effet, en l'âme humaine un sentiment inné qui pousse l'individu vers un idéal divin, qui lui fait comprendre instinctivement l'existence d'un être suprême, surnaturel facteur, organisateur et moteur de l'univers. Ce sentiment, en le laissant librement s'épanouir, c'est à dire sans le diriger criminellement vers la superstition, religion du Dieu-Mauvais, flottera d'abord dans la demi-lumière d'un déisme vague, mais non contaminé par le souffle empesté du catholicisme romain; puis quand l'heure sera venue ou le Dieu-Bon se montrera, seul vraiment digne des adorations de l'humanité, c'est à lui qu'iront toutes les aspirations indécises des enfants devenus hommes; et ainsi, en éloignant d'Adonai l'enfance et l'adolescence, nous vouerons à Lucifer, par le seul fait du penchant de la nature, la maturité des nouvelles générations. Il est donc de nécessité absolue que l'instituteur nettement athée soit éliminé de l'école...

(...)

 ...il conviendra qu'un des nôtres dépose un projet de loi [auprès du Parlement italien] dans le sens que voici:

Art. 1 - L'Italie ne reconnaît aucune religion d'Etat.

Art. 2 - L'Eglise chrétienne, précédemment dite catholique, pour continuer à avoir le droit au libre exercice de son culte, devra être exclusivement italienne en Italie.
  Art. 3 - Ses évêques sont autorisés à se réunir en conseil général national et à nommer l'un d'entre eux Patriarche pour la Péninsule, la Sardaigne et la Sicile.
 Art. 4 - Le pape actuel est éligible à cette dignité, à la condition qu'il renoncera à toute direction supérieure chrétienne autre que celle de l'Eglise d'Italie.
Art. 5 - Le Patriarche chrétien d'Italie n'ayant aucunement le caractère de souverain, nul ambassadeur étranger ne peut être accrédité auprès de lui.
Art. 6 - Le Sacré-Collège des cardinaux cesse d'exister, ainsi que les Congrégations dites du Saint-Office, du Concile, de la Propagande, des Rites, de l'Index, des Indulgences, et, en un mot, tout comité supérieur ecclésiastique fonctionnant en vue d'une administration universelle soit spirituelle soit financière

etc

 (...)

Le  Pape-Errant, pasteur d'un troupeau dispersé, ...sera recueilli, après expulsions sur expulsions, par l'autocrate slave, qui affectera de lui rendre de grands honneurs. L'adonaisme tentera alors de se reconstituer comme avant l'expulsion de Rome; le Pape-Errant étant près de mourir en Russie, l'autocrate impérial se prosternera à ses pieds, et les nations pratiquant jusque-là l'orthodoxie, c'est à dire le religion schismatique d'Orient, se rallieront assez rapidement à l'ancien catholicisme romain...

Son successeur {du Pape chassé de Rome] sera un slave; le siège de la Papauté adonaite sera établi dans la ville septentrionale de Pierre [Saint Petersbourg], sous la réserve de reconquérir Rome. ...

(...)

L'athéisme étant mauvais par lui-même et détournant de son vrai but toute œuvre de rénovation humanitaire antichrétienne, il nous faut le canaliser et le mêler aux doctrines sociales les plus exagérées, qui sont destinées à l'insuccès final, ne pouvant qu'occasionner un bouleversement momentané, immédiatement suivi d'une énergique réaction.

(...) 

C'est pourquoi, lorsque l'empire autocratique de Russie sera devenu la citadelle de l'adonaisme papiste, nous déchaînerons les révolutionnaires nihilistes et athées, et nous provoquerons un formidable cataclysme social, qui montrera bien aux nations, et dans toute son horreur, l'effet de l'incroyance absolue, mère de la sauvagerie et du plus sanglant désordre. Alors, partout, les citoyens, obligés de se défendre contre la minorité folle des révoltés, extermineront ces destructeurs de la civilisation; et les innombrables désabusés de l'adonaisme, dont l'âme déiste sera jusqu'à ce moment restée sans boussole, ayant soif d'idéal, mais ne sachant à quel dieu décerner leurs hommages, recevront la Vraie Lumière, par la manifestation universelle de la pure doctrine luciférienne, rendue enfin publique, manifestation qui surgira du mouvement général de réaction, à la suite de l'écrasement de l'athéisme et de l'adonaisme, tous deux vers le même temps vaincus et exterminés.

L'enfantement de la religion de Lucifer Dieu-Bon, s'établissant à jamais sans rivale sur le globe terrestre, ne saurait être une opération instantanée, ni d'un an, ni d'un lustre, ni d'un siècle. L'œuvre durable est celle qui se crée par progression lente. Le XIXème siècle a vu la conception du vrai et bon catholicisme; le XXème siècle sera le siècle de la gestation, pour amener sûrement la parturition à son terme fixé dans le livre des cieux (29 septembre 1996 de l'ère chrétienne alors finie).
« Ecrit et donné en Solennelle Voûte, et signé, aux pieds du Palladium Sacré, par le Souverain Pontife de la Franc-Maçonnerie Universelle et par les dix Anciens composant le Grand Collège des Maçons Emérites, au Suprême Orient de Charleston, en la Vallée chérie du Divin Maître, le 29e et dernier jour de la Lune Ab de l'an 000871 de la Vraie Lumière (15 août 1871, ère vulgaire)."


Tel est le plan secret, qui, formule et résume la tactique et les espérances de la secte.
N'y a-t-il pas lieu de prononcer, pour conclure, la mystérieuse réponse du mot sacré des chevaliers Kadosch?
« Pharasch-Chol. » Tout est expliqué. "

 

 

 Cette lettre qui fait plusieurs pages, avec son mystérieux commentaire  du Dr Bataille (" N'y a-t-il pas lieu de prononcer, pour conclure,...") constitue une sorte de pensum à la lecture.

Les préoccupations d'époque sur le rôle de l'Eglise et les pouvoirs du Pape y tiennent une grande place et n'ont plus beaucoup de sens aujourd'hui si on voulait vraiment la lire comme une sorte de plan réel de complot applicable à notre époque.

Pour les contemporains qui lisaient cela en  1892-96, il était évident que si la lettre était bien de 1871, une partie de son programme s'était déjà réalisé, dans la politique anticléricale menée par le gouvernement italien.

Le gouvernement de l'Italie unifiée (une monarchie parlementaire) se trouvait engagé avec l'Eglise dans un conflit permanent depuis le Risorgimento (réalisation de l'unité italienne) et surtout la prise de Rome par les troupes du royaume d'Italie en 1870 (qui avait mis fin au pouvoir temporel des Papes),

Depuis le Pape se considérait comme prisonnier à Rome et refusait d'avoir tout contact direct avec le gouvernement italien; pour autant  lorsque le Pape   Pie IX et le roi Victor-Emmanuel II, qui était excommunié, tombèrent malades en même temps en 1878, ils ne manquèrent pas de prendre fréquemment de leurs nouvelles et le Pape envoya sa  bénédiction au Roi mourant -  le Pape mourut peu après la même année.

Il ne s'agit pas de surestimer ce conflit - comme il convient, les deux pouvoirs trouvaient toujours des formes d'accommodements quand il le fallait. Mais les francs-maçons avaient pris de plus en plus d'importance en Italie et étaient influents dans les divers gouvernements du pays (qui soit dit en passant étaient loin d'être socialement révolutionnaires...).

Il n'était donc pas invraisemblable de considérer, dans les milieux catholiques notamment français, à qui le livre s'adressait, que le programme soi-disant traçé par Albert Pike était véridique et avait commencé à s'appliquer.

On note toutefois que si Le Diable au XIXème siècle est bien  la source de Carr (directement ou indirectement, par la lecture du Cardinal Gonzalez) il n'est nullement trace des trois guerres mondiales dans cette lettre fastidieuse avec ses formules lucifériennes qui ont un petit air de pacotille (non dépourvu d'humour d'ailleurs, comme l'indique la phrase : "Suit une formule diabolique d'introduction au discours, que votre dactylographe a censuré par prudence").

Dans cette lettre, le frère LIMMUD-ENSOPH désigne Pike, et le frère  EMOUNAH-SHEMED désigne Mazzini. 

Quant à la mention dans ce texte d'Adonaïsme ou religion d'Adonaï, il est clair que c'est un homonyme de Christianisme. Dans The Cause of The World Unrest on indiquait d'ailleurs que la formule "adonaisme papal" était synonyme de "chrétienté papale" (ou catholicisme).

La religion luciférienne est appelée "bon catholicisme" et on aura noté (si on a eu la patience de lire ce texte pourtant raccourci) la conception de la laïcité que veut imposer le soi-disant Souverain Pontife maçonnique Pike : si le curé n'a pas sa place à l'école, l'instituteur athée non plus, et finalement toute la lettre met en garde contre l'athéisme et la révolution sociale si on comprend bien...

Enfin en ce qui concerne  la date à laquelle la phase finale de ce plan s'accomplira, en 1996, il est certain que tous les lecteurs de l'époque n'avaient aucune chance d'être encore vivants pour voir si on s'était moqué d'eux ou pas.

 

D'autres ouvrages de la même époque rapportaient les mêmes surprenantes informations sur le rôle joué par Pike, Mazzini ou d'autres personnages.

 

 

 

 LE PALLADISME

 

 

 Le 20 avril 1884, le Pape Léon XIII, dans l' encyclique Humanum genus avait réaffirmé la condamnation par l'Eglise de la franc-maçonnerie, déjà  prononcée par plusieurs papes depuis le 18ème siècle.

 La  récente décision (1877) du Grand Orient de France de supprimer l'invocation déiste "Au Grand Architecte de l'Univers" qui était jusqu'à un certain point compatible avec la foi chrétienne, y était   peut-être pour quelque chose.

Mais le Pape, usant de formulations qu'il fallait peut-être prendre de manière rhétorique avant tout, et comme des figures de style,  considérait que  la franc-maçonnerie, puisqu'elle était en contradiction avec les enseignements de l'Eglise, était au service de l'ennemi de la chrétienté, donc de Satan.  En 1874 déjà, le Pape Pie IX, dans une encyclique, avait qualifié la franc-maçonnerie de "synagogue de Satan".

  Cette  position de la plus haute autorité religieuse  catholique allait encourager des auteurs à aller plus loin.

A partir de 1885 parurent en France des ouvrages qui se présentaient comme écrits par des observateurs bien informés et tendant à une thèse qui avait déjà été présentée un peu plus tôt et allusivement par des auteurs comme Monseigneur de Ségur, un ecclésiastique fils de la fameuse comtesse de Ségur.

Cette thèse était que la franc-maçonnerie, société secrète aux rituels anciens et parfois étranges, mais qui était créditée (ou discréditée pour ses adversaires conservateurs) d'être, en France et dans d'autres pays comme l'Italie, la Belgique, l'Espagne,  une force au service du progrès et de la raison, soutien en France de la république à qui elle fournissait nombre de cadres, députés, ministres, hauts fonctionnaires, était en fait bien autre chose.

Au-delà de cette maçonnerie de surface, et des combats politiques contre l'Eglise catholique et même  la religion chrétienne et contre les forces conservatrices, il existait une autre maçonnerie, tirant les ficelles de la première, dont le but était d'établir dans le monde la religion de Lucifer. Le combat contre l'eglise, que les naïfs pensaient mené au nom de la raison, cachait un combat d'une religion contre une autre, la religion de Lucifer contre celle du Christ.

Ce Lucifer était-il Satan, le Diable affreux et méchant, ennemi de Dieu et du Bien  tel que le concevaient la théologie traditionnelle chrétienne et les légendes populaires du Moyen-Age, ou était-il plutôt, pour ses adorateurs,  le vrai Dieu, le Porteur de Lumière selon l'étymologie latine (Luci-fer) , les auteurs qui en parlaient n'étaient pas clairs là-dessus.

 Evidemment seuls une minorité triée sur le volet de francs-maçons des hauts grades connaissaient les vrais buts de la "secte". Les autres étaient ce qu'on appellerait plus tard "des idiots utiles", croyant naïvement au progrès, à la laïcité, à l'éducation, fiers que la devise de la république française Liberté, Egalité, Fraternité, soit la même que celle du Grand Orient de France (la principale Obédience maçonnique française) - qui avait d'ailleurs emprunté à l'autre la devise, de la maçonnerie ou de la république ?

D'ailleurs ces francs-maçons "de gauche", soutiens des républicains au pouvoir et faisant eux-mêmes souvent partie des hommes au pouvoir, en soutenant le régime, faisaient la même chose que leurs prédécesseurs sous tous les régimes :  sous le Second Empire, la franc-maçonnerie avait été proche des milieux dirigeants et il en avait été de même sous la monarchie de Juillet (Louis-Philippe), sous la Restauration et sous le Premier Empire ( cf.pour la franc-maçonnerie sous le Second Empire, Grégroire Laurence « La franc-maçonnerie parisienne (1852-1870) », Parlement[s], Revue d'histoire politique    3/2008 (n° HS 4)  
URL : www.cairn.info/revue-parlements1-2008-3-page-98.htm.).

Mais depuis l'époque où le Grand Maître du Grand Orient, le prince Murat, était démis de ses fonctions par Napoléon III pour avoir un peu trop défendu le pouvoir temporel du Pape (un comble !), les temps avaient changé et sans être entièrement devenue athée ou anticléricale, la franc-maçonnerie l'était devenue en très grande partie. 

En 1877, le Grand Orient, non sans débats, avait aboli la référence au Grand Architecte de l'Univers, terme déiste en qui les chrétiens pouvaient voir le Dieu du christianisme, mais qui déplaisait aux incroyants comme une obligation surranée de se placer dans une perspective de croyance en Dieu.  

Cette décision provoqua la rupture avec la franc-maçonnerie anglo-saxonne, toujours déiste voire chrétienne  : "Albert Pike, Grand-Commandeur du Rite Écossais aux États-Unis, et le Prince de Galles, Grand-Maîlre de la Franc- Maçonnerie anglaise, rompirent, par décrets, toute relation avec les Loges françaises" (Henry Charles Lea, Léo Taxil, Diana Vaughan et l’Eglise romaine, histoire d’une mystification, 1901).

 

Sans le savoir donc, selon les auteurs d'ouvrages anti-maçonniques,  la plupart des maçons progressistes et républicains accomplissaient les oeuvres de Satan !

Cette maçonnerie sataniste ou luciférienne avait un nom, le Palladisme.

 

Dans le livre d’Adolphe Ricoux  L’Existence des loges de femmes (1891) , on peut lire ceci :

« La haute direction de la secte a été dès lors scindée en deux : à Rome, siège le Chef d’Action Politique, qui a été, jusqu’en 1872, le Fr. Mazzini, puis de 1872 à 1882, le Fr. Garibaldi, auquel a succédé le Fr. Giuseppe Petroni, remplacé aujourd’hui par le Fr. Adriano Lemmi ; à Charleston, d’autre part, siège le Chef Dogmatique, l’Anti-pape secret, qui a été pendant fort longtemps le Fr. Albert Pike, général américain, décédé il y a quelques semaines et que l’on s’occupe à présent de remplacer…

Albert Pike a réformé l’ancien rite Palladique et lui a donné le caractère luciférien dans toute sa brutalité. Le Palladisme, pour lui, est une sélection : il laisse aux Loges ordinaires les adeptes qui se bornent au matérialisme ou qui invoquent le Grand Architecte sans oser lui donner son vrai nom ; et il groupe sous le titre de Chevaliers et de Maîtresses Templières, les fanatiques que le patronage direct de Lucifer ne fait pas frémir. »

 Nous trouvons cette citation sur le site  très documenté (mais où on ne peut pas toujours facilement distinguer entre la citation d'époque et le commentaire, car ce site prend le parti que la plupart des divulgations des anti-maçons sont authentiques) :

L'Affaire Diana Vaughan - Léo Taxil au scanner, publié sous le nom de l'association ATHIRSATA

http://sourcesretrouvees.free.fr/taxil.htm

site qui, nous l'espérons, ne verra pas d'inconvénient à ce que nous reprenions  certains des éléments qu'il a réunis (certains seulement,  car c'est une mine considérable), bien que nous ayons des conclusions divergentes sur toute l'affaire, mais nous en reparlerons

 Sir ce site, la citation du livre de  Ricoux est accompagnée par cette indication : 

" Ecrit en 1891, c’est la première fois qu’il est question de Palladisme dans des écrits anti-maçonniques. C’est en fait Léo Taxil qui commence sous le pseudonyme d’Adolphe Ricoux. Il parle du Palladisme plus de 5 ans après ses premiers ouvrages anti-maçonniques. Pourquoi cela ? Pourquoi seulement après plus de cinq ans ? Tout simplement parce qu’il n’en connaissait pas l’existence. N’oublions pas que Léo Taxil n’a été lors de son passage dans la Franc-Maçonnerie qu’apprenti. Mais depuis 1891, il a repris contact avec le Dr Hacks (un ami d’enfance), et c’est celui-ci qui lui a alors donné des faits dont il ignorait l’existence.

Petite précision : le rite palladique luciférien dont il est question a pour origine un rite androgyne créer au début du XVIIIe : le « Rite Palladique », rite qui est tombé en désuétude au cours du XIXe siècle. Albert Pike a repris ce rite, et l’a remanié pour faire son rite luciférien.

Le rite palladique originel n’est pas une invention. "

 

 Ainsi donc ce Ricoux qui parle de Pike en 1891 (année d'ailleurs de la mort de Pike, "il y a quelques semaines", fait dont il est bien informé) , n'est autre que Léo Taxil.

Mais lui-même, qui est-il ?

 

 

 

LE CURIEUX LEO TAXIL

 

 

 Gabriel Jogand-Pagès est né à Marseille en 1854 et mourra à Sceaux en 1907.

Issu d'une famille de bonne bourgeoisie, conservatrice, il fait ses études chez les Jésuites (où ses parents le mettent après une fugue semble-t-il). Il apparait que l'éducation donnée a eu des effets contraires à ceux espérés car le jeune homme affiche  des positions vaguement révolutionnaires au moment de la chute du Second Empire et de l'agitation de la Commune;  très jeune, il est à cette époque l'un des fondateurs d'une brigade garibaldiste (il gardera des liens avec la famille de Garibaldi). Mais surtout il débute peu après dans le canular.

En 1873, la Mairie de Marseille reçoit des lettres de pêcheurs qui signalent la présence de requins dans les eaux de la rade. " La panique se mit parmi les baigneurs {il y en avait déjà], et les établissements de bains de mer, depuis les Catalans jusqu’à la plage du Prado, furent désertés pendant plusieurs semaines".

La Mairie fait appel à l'armée qui organise des patrouilles de soldats embarqués, sans rien trouver
Bien plus tard, lors d'une mémorable journée de 1897 dont on reparlera, Jogand-Pagès, devenu Léo Taxil, déclarera :

"...Une enquête ultérieure démontra que les lettres de plaintes émanant de divers pêcheurs de la côte étaient toutes absolument fantaisistes. Dans les localités où ces lettres avaient été mises à la poste, ces pêcheurs-là n’existaient pas ; et, en rassemblant ces lettres, on remarqua qu’elles paraissaient avoir été écrites par la même main. L’auteur de la mystification ne fut pas découvert. Vous le voyez devant vous. C’était en 1873 ; j’avais alors dix-neuf ans".

Jogand-Pagès publiait alors un petit journal drôle La Marotte qui avait été interdit et c'était son innocente vengeance contre les autorités qui l'avaient censuré.

Il continue ses activités de journaliste et choisit le pseudonyme de Léo Taxil.

Quelques événements désagréables (des plaintes après des articles parus dans des journaux - sans doute pour des articles diffamatoires- qui lui valent des condamnations à la prison ferme) obligent le jeune Jogand-Pagès à quitter Marseille.

A Genève, avec un ami Marseillais, ils répandent le bruit qu'il existe sous le lac Léman les restes d'une ville celtique engloutie et des savants et des curieux viennent sur place vérifier... qu'il n'y a rien.

Et comme il faut vivre, on dit que les deux amis commercialisent  des bonbons aphrodisiaques, sous le nom bien trouvé de "bonbons du sérail"

Il revient en France  une fois amnistié et il se met à écrire des ouvrages anticléricaux souvent orduriers et pornographiques qui lui valent pas mal d'argent et aussi de nouveaux ennuis judiciaires. Ces livres se partagent entre romans et enquêtes mettant à jour les turpitudes du clergé.

Selon certaines affirmations, Taxil aurait été aussi informateur de police sur les milieux d'extrême-gauche à un moment où la république se méfie des "Rouges".

Doté d'une grande facilité de plume, il produit de la copie à jet continu (et recycle probablement nombre de parutions l'une vers l'autre).

Il publie ainsi Les soutanes grotesques, 1879, Le fils du jésuite, 1879. La Chasse aux corbeaux, 1879 [les corbeaux dans le langage de l'époque, ce sont les ecclesiastiques], A bas la calotte !

En 1879 il est condamné en correctionnelle pour offense envers l'Eglise catholique (qui est protégée par l'Etat sous le régime du Concordat qui dure jusqu'en 1905). Mais de telles condamnations (qui deviennent sans doute assez rares lorsque les républicains convaincus arrivent vraiment au pouvoir, justement après 1879) n'empêchent pas les auteurs anticléricaux du moment d'être très  virulents.

Il crée un journal, L'anticlérical en 1880, continue ses publications :  La Clique noire, 1880, Calotte et calotins (1880-1882), Les Pornographes sacrés : la confession et les confesseurs (1882). En 1881 il écrit une Marseillaise anticléricale ou Chant des électeurs, qui a un certain succès :

Entendez-vous tous ces infâmes

Croasser leurs stupides chants ?

Ils voudraient encore, les brigands,

Salir nos enfants et nos femmes !

Refrain

Aux urnes, citoyens, contre les cléricaux !

Votons, votons et que nos voix

Dispersent les corbeaux !

 

 

 

taxil_book3

Affiches publicitaires pour trois livres anticléricaux de Léo Taxil (deux sont signés en collaboration avec un certain Karl Milo). 

Couleurs vives et scènes érotico-sadiques émoustillantes pour Les Maîtresses du Pape et Les débauches d'un confesseur.

shrineodreams.wordpress.com

 

 

 

La parution en 1881 des Amours secrètes de Pie IX lui vaut une forte condamnation à des dommages et intérêts envers un neveu du Pape qui a porté plainte.

En 1881, il suscite une scission dans l'organisation La libre Pensée et fonde avec les scissionistes La ligue anticléricale.

Un anticlérical peut difficilement rester éloigné de la franc-maçonnerie de l'époque

Léo Taxil est initié franc-maçon en 1881 dans la loge « Le Temple des amis de l’honneur français » du Grand Orient, à Paris.

Mais le plaisantin commence par se moquer du décor maçonnique lors de son initiation, en signalant une faute d'orthographe dans les inscriptions sur le mur, ce qui agace les "frères" comme on peut comprendre.

Et surtout il lance un nouveau journal pour lequel Victor Hugo lui-même et d'autres 'pointures" de la gauche lui envoient des lettres d'encouragement, lettres qu'il fait paraître. Sauf qu'ensuite, les auteurs des prétendues lettres écrivent pour dire qu'il s'agit de faux. Les explications de Léo Taxil n'améliorent pas les choses ; il dit que Victor Hugo est gâteux et qu'il ne se souvient plus de sa première lettre (le grand homme va mourir en 1885).

Les francs-maçons en ont assez et la même année 1881, le Grand Orient radie Léo Taxil de sa loge. Celui-ci est donc resté quelques mois à peine franc-maçon et n'a pas dépassé le grade d'apprenti, le moins élevé.

Taxil est certainement vexé.

Ses parutions se poursuivent, attaquant frontalement les récits sacrés ou les grandes figures de l'Eglise contemporaine : 

La Bible amusante pour les grands et les petits enfants 1882 , Les Livres secrets des confesseurs dévoilés aux pères de famille1883, L'Empoisonneur Léon XIII et les cinq millions du chanoine (1883) La vie de Jésus, 1884, Les Maîtresses du Pape, roman historique anti-clérical (1884), La Vie de Veuillot immaculé (1884) [Louis Veuillot est un grand journaliste catholique qui venait de mourir].

Mais la littérature anticléricale parait marquer le pas et ne rapporte plus autant. Or Léo Taxil  vit au-dessus de ses moyens, il a des dettes, des maîtresses...

En 1885 l'anticlérical est touché par la grâce et se convertit. Il expliquera avoir eu cette illumination lorsqu'il rédigeait un livre sur Jeanne d'Arc.

Il publie dans son  journal la rétractation de sa conduite passée, à la surprise de ses amis, puis à leur indignation,   et il est exclu de la Ligue anticléricale.

Il fait une retraite chez des religieux, confesse ses turpitudes passées (il confessera même avoir assassiné un homme...) et déclare qu'il veut réparer le mal qu'il a fait.

 Il se met à dévoiler les mystères de la franc-maçonnerie.

Entre 1885 et 1886 il publie Les Frères Trois Points, Le Culte du Grand Architecte, Les Sœurs Maçonnes. puis il reprend ces titres dans La Franc-maçonnerie dévoilée (1887)  qui paraît en édition illustrée de fascinantes gravures.

 

 

 

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Illustration de la couverture du livre de Léo Taxil,  Les Mystères de la Franc-Maçonnerie (1887),

L'illustration, bien faite pour apporter le frisson aux lecteurs,  représente dans le fond une assemblée de francs-maçons, poignards levés, devant l'idole du Baphomet. Au premier plan, une femme, revêtue du tablier maçonnique, dans le rôle de Judith, tient la tête coupée de Holopherne, sans doute pour symboliser qu'elle obéira aux ordres donnés jusqu'au meurtre. L'homme désespéré qui est à genoux est sans doute l'image de l'honnête homme qui a eu la naïveté d'entrer dans la "secte" infernale et se retrouve piégé. 

The Quarry masonic forum

 http://tamrin.proboards.com/

 

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Léo Taxil, Les Mystères de la Franc-Maçonnerie, Paris, 1886 [1887 ?], gravure dessinée par P. Méjanel et gravée par F. Pannemaker.

Dans le livre de Léo Taxil, cette gravure représente des francs-maçons, habillés en Templiers, promenant en procession l'image du Baphomet.

Wikipedia

Sur Wikipedia, cette gravure est reproduite avec la mention suivante : Note importante : Comme il s'agit de littérature antimaçonnique, éditée dans le cadre d'un canular, ce document ne reflète en rien les rites maçonniques, mais les croyances de l'antimaçonnisme de la fin du XIXe siècle.

 

 

 

 Puis il publie Histoire anecdotique de la Troisième République (1887), Les assassinats maçonniques (en collaboration avec Paul Verdun), La France maçonnique, liste alphabétique des francs-maçons (1888) où il dévoile 16 000 noms, Les Admirateurs de la lune à l'Or. de Marseille, en collaboration avec Tony Gall (1889),  L’Existence des loges de femmes, sous le pseudonyme de Paul Ricoux (1891) où il prétend confirmer - et pour cause - les affirmations de Léo Taxil !  etc

 Tous ces livres, sauf un ou deux romans se présentent comme des enquêtes truffées de documents inédits et de témoignages bien informés.

Pour augmenter son audience Léo Taxil fonde un journal, La France chrétienne anti-maçonnique.

La thèse générale  de ses livres est que la franc-maçonnerie est non seulement un rassemblement d'arrivistes et de sectaires anticléricaux (ce qui n'a rien d'original) mais qu'elle est aussi une organisation criminelle qui n'hésite pas à utiliser tous les moyens, jusqu'au meurtre, contre ceux qui se mettent sur son chemin ou menacent de dévoiler ses méfaits, et particulièrement son secret le mieux caché : la maçonnerie rend un culte au Diable - culte dont beaucoup de francs-maçons "de base"  ne sont pas informés mais qui est pratiqué par les dirigeants et ceux qui parvieninent aux grades élevés de l'Ordre, réunis en arrière-loges ou en "triangles". Ces triangles, unités de base du culte palladique, sont regroupés en Lotus, ou provinces palladiques, 

C'est donc toute la maçonnerie officielle qui est impliquée dans ce culte, qui s'accompagne d'activités criminelles, et non quelques déviants.

Taxil exploite en priorité la filiation revendiquée entre la franc-maçonnerie et les Templiers. On sait que le grade de 30ème degré maçonnique, celui de Chevalier Kadosch, est défini comme le grade de la vengeance des Templiers. Le Chevalier Kadosch doit jurer de venger l'exécution du Grand-Maître de l'Ordre du Temple, Jacques de Molay, brûlé vif avec ses chevaliers sous diverses accusations (dont la sorcellerie et la démonolâtrie) sur ordre du roi Philippe le Bel en 1312, avec la complaisance du Pape qui prononça la dissolution de l'Ordre (il semble que le Pape a eu la main forcée par Philippe le Bel). Evidemment ce procès truqué était avait pour but  de permettre au roi de France de s'emparer des richesses des Templiers.

Alexandre Dumas dans Joseph Balsamo, a utilisé avec brio ce thème des francs-maçons réalisant la vengeance des Templiers contre le Roi et l'Eglise en préparant la révolution française.

 

Or on sait que les Templiers ont été accusés d'adorer une idole, le mystérieux Baphomet.

Vers le milieu du 19ème siècle, une représentation du Baphomet se répand sous la forme d'un bouc à l'apparence partiellement  humaine et des seins féminins. On la trouve notamment dans les ouvrages (entre bien d'autres choses) de l'occultiste Eliphas Levi (pseudonyme de l'abbé défroqué Alphonse-Louis Constant, auteur de nombreux livres dont Dogme et rituel de haute- magie).

 Dans les livres (et les illustrations de ces livres) de Taxil, le Baphomet sera représenté avec un tablier de franc-maçon. Taxil accrédite le  que les francs-maçons adorent le Baphomet dans leurs cérémonies.

Selon lui, les francs-maçons célèbrent aussi des messes noires. Ces messes sacrilèges nécessitent des hosties consacrées, que les francs-maçons poignardent ou profanent après les avoir dérobées.

Enfin,  les francs-maçons accueillent dans les loges des soeurs maçonnes -alors qu'officiellement les loges ne sont ouvertes qu'aux hommes, bien qu'à l'époque des loges mixtes commencent à exister, recrutant des "intellectuelles" comme on ne dit pas encore, assez loin du monde maçonnique fantastique et inquiétant, ou parfois seulement "coquin", décrit par les livres de Taxil.

On est aussi assez loin  des soeurs des aimables " loges d'adoption" à la fin de l'Ancien régime, maçonnerie parallèle "de fantaisie" (qu'il n'est pas difficile de noircir non plus).

Dans les loges de la fin du 19ème siècle, selon Taxil,  les soeurs participent à des turpitudes. En tous cas elles font passer sur les lecteurs un agréable souffle d'érotisme. Mais dans les gravures les plus anodines des rites féminins, on sent une atmosphère frivole.

 

 

 

 

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Léo Taxil, Les Mystères de la Franc-Maçonnerie, Paris, 1886 [1887 ?], gravure dessinée par P. Méjanel et gravée par F. Pannemaker.

Une initiation féminine selon le livre de Léo Taxil. Ici une ambiance plutôt frivole et galante, probablement assez loin  des véritables loges mixtes  qui commençaient à être présentes dans la franc-maçonnerie, le plus souvent farouchement antiféministe. Ces loges mixtes composées de "progressistes" étaient évidemment aux antipodes des rites inquiètants ou même galants décrits par Taxil.

Wikipedia

 

 

 

 Pour appuyer ses démonstrations, Taxil publie des rituels maçonniques, toujours curieux pour les gens de l'extérieur.  Il suffit de les  présenter adroitement pour en accroître le caractère inquiétant. Voilà pour les pièces authentiques.

Le reste repose sur les récits de témoins, forcément dignes de foi, ou les ouvrages d'autres anti-maçons.

 

 Finalement les oeuvres anti-maçonniques de Taxil ressemblent à ses oeuvres anticléricales, jouant sur le voyeurisme et le frisson, les francs-maçons ont remplacé les jésuites, les débauches des "frères trois points" celles des confesseurs; seul le public a changé (au moins en partie !).

 

Je me souviens d'avoir emprunté à la bibliothèque municipale de Marseille, il y a longtemps, un ouvrage de Léo Taxil, Les Admirateurs de la lune à l'Orient de Marseille (écrit en collaboration avec un certain Tony Gall).


C'est la description assez drôle de quatre pieds nickelés , maçons marseillais, vaguement radicaux ou socialistes, mais avant tout fainéants cherchant à gagner leur vie par des combines, qui créent leur loge maçonnique (avec le nom passablement idiot qui sert de titre - une loge est dite "à l'Orient" de la ville où elle se trouve).

 Ils essaient de convaincre un capitaine à la retraite plutôt riche d'adhérer afin de capter son héritage.  Tout se termine en ratage complet pour eux. Au passage, il y a une description comique des rituels, la maçonnerie est présentée comme une pitrerie.

L'initiation maçonnique du capitaine est l'occasion de scènes burlesques. De plus le capitaine a un singe apprivoisé qui sème le désordre dans la loge etc.


Pas de satanisme dans ce livre mais quelques indications comme quoi il y a deux sortes de maçons : les imbéciles , naïfs, arrivistes primaires ou escrocs minables comme nos quatre Marseillais, et les supérieurs qui les utilisent et dont les buts sont différents des maçons de base, même si ceux-ci ont en commun avec leurs chefs la volonté de détruire le christianisme.


Pour donner le ton du livre : cherchant le nom de leur future loge, l'un des quatre acolytes propose "La parfaite silencieuse".
Ah non, dit un autre, on dirait un nom de machine à coudre !

 

Léo Taxil, depuis sa conversion, est soutenu par un groupe de religieux et de catholiques laïcs. Après sa conversion il fut reçu en audience par le Pape Léon XIII, une ou peut-être deux fois.

Lors de l'audience (en 1887 ?)  le Pape demande à Taxil, qui a autrefois publié Léon XIII l'empoisonneur, quel est son plus cher désir, et Taxil répond : Mourir là, à vos pieds, Saint Père.

Le Pape répond en souriant qu'il vaut mieux qu'il vive pour continuer à dénoncer les ennemis de la foi.

 En 1888, Mgr Nocella, secrétaire des brefs pontificaux, écrit à Léo Taxil au nom du Pape léon XIII :  « Le Très Saint Père vous décerne ses encouragements, afin que vous répondiez avec ardeur à la grâce divine et que vous en recueilliez les plus précieux fruits, afin que, demeurant un salutaire exemple pour un grand nombre, vous assuriez à votre nom une vraie gloire et à vous-même le réel bonheur. » (cité sur le site de l'association ATHIRSTA http://sourcesretrouvees.free.fr)

 

 

 

 

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L'audience donnée par Léon XIII à  Léo Taxil (il semble qu'il y en ait eu deux, l'une - la première sans doute, en 1887) ressembla sans doute à celle qui est représentée sur cette couverture du périodique italien Domenica del Corriere (édition du dimanche du Corriere) : le Pape Léon XIII reçoit à l'occasion de l'année sainte 1900 une visiteuse âgée de 100 ans.

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 A l'époque Léo Taxil n'est pas le seul à publier des ouvrages dénonçant la franc-maçonnerie et sa face cachée. Les auteurs publient des informations similaires à celles de Léo Taxil, en citant celui-ci à l'appui de leurs dires, tandis que ce dernier les cite à son tour comme témoins.

Ces auteurs ne sont pourtant pas des affabulateurs mais des hommes d'expérience.

Parmi eux, Monseigneur Léo Meurin (1825-1893), jésuite missionnaire en Inde, pionnier de l'éducation, homme à l'esprit ouvert qui entretient de bonnes relations avec les protestants et qui est très proche de ses fidèles indiens dont il parle la langue, auteur de livres sur les religions orientales. A la fin de sa vie il est nommé archevêque de Port-Louis dans l'Ile Maurice.

C'est pourtant cet homme qui publie un livre au titre percutant,  La franc-maçonnerie, synagogue de Satan (1893), reprenant une expression du Pape Pie IX. Ce  livre qui lie clairement le judaïsme , la franc-maçonnerie et le culte du Démon, un ouvrage que Léo Taxil ne manque pas de citer comme une confirmation de ses propres récits horrifiques.

C'est aussi le cas de Abel Clarin de la Rive (1855-1914),  un spécialiste de la culture musulmane, auteur de L'Histoire générale de la Tunisie depuis l'an 1590 avant Jésus-Christ jusqu'en 1883 (1883) , du Vocabulaire de la langue parlée dans les pays barbaresques — coordonné avec le "Koran" [les pays barbaresques sont la vieille appellation des pays d'Afrique du Nord], 1890 et qui aurait même publié des livres en se présentant comme un auteur arabe 

Clarin de la Rive entre en contact avec les co-directeurs de la Franc-maçonnerie démasquée, les abbés Gabriel de Bessonies et Henri Joseph et participe à la parution complémentaire qui prolonge le Diable au XIXème siècle dont nous avons déjà parlé.

Il publie La Femme et l'enfant dans la franc-maçonnerie universelle. D’après des documents officiels de la secte (1894), Le Juif et la franc-maçonnerie (1895). Malgré le titre presque sociologique de La Femme et l'enfant dans la franc-maçonnerie universelle, la couverture du livre présente un Baphomet ricanant et vicieux qui tient par le bras une soeur maçonne qui dévoile sa jambe.

 Il succède à Léo Taxil   à la direction de l'hebdomadaire France chrétienne antimaçonnique  en 1896. 

Il faut également mentionner des francs-maçons repentis, installés en France, aux intentions plus ou moins obscures, comme l'Italien Domenico Margiotta et Paul Rosen. un Polonais, d'origine juive puis converti au catholicisme qui publia L'ennemie sociale, histoire documentée de la franc-maçonnerie (1890), livre précédé d'un bref pontifical d'approbation de Léon XIII,  et  Satan et Compagnie.

Parmi ces auteurs, une place de choix doit être réservée au Docteur Bataille.

 

 

 

 

LE DOCTEUR BATAILLE

 

 

La parution du Diable au XIX siècle de 1892 à 1984 fut ensuite doublée par une   Revue mensuelle, religieuse, politique, scientifique, complément de la publication Le Diable au XIXe siècle.

Léo Taxil en devint un des collaborateurs, tout en se défendant d'être pour quelque chose dans le livre Le Diable au XIX siècle.

Lors de son arrivée comme rédacteur à la Revue mensuelle,  voici ce que dit Léo Taxil du Docteur Bataille, son vieil ami Marseillais :

" Lorsque les sectaires qu’aujourd’hui nous combattons tous deux réussirent pour la première fois à imposer à ma ville natale [Marseille] une municipalité ennemie de l’Eglise, le premier acte des édiles radicaux et libres-penseurs fut d’interdire les processions. Ils supprimèrent jusqu’à la procession de la fête du Sacré-Cœur, qui était plus qu’une cérémonie traditionnelle, car elle avait pour cause, à titre de reconnaissance populaire, un vœu solennel fait par l’évêque Mgr de Belzunce, le chevalier Roze et les échevins de 1720, lors de la terrible peste qui désola la ville ; et ce vœu, on le sait, avait désarmé la colère du ciel et fait miraculeusement cesser le fléau ; c’était donc, de la part de la ville, une dette sacrée.

Les catholiques furent consternés, en présence d’une telle audace des sectaires. Interdiction étant faite au clergé de sortir des églises, quelques jeunes gens des diverses classes, aristocratie, bourgeoisie, artisans et ouvriers, résolurent, pour protester contre l’arrêté impie de la municipalité radicale, de porter des couronnes, le jour de la fête votive, aux pieds de la statue de l’évêque Belzunce. On annonça alors que la manifestation serait réprimée, que la police, qui, à Marseille, est sous les ordres du maire, disperserait les groupes catholiques, et tout le monde s’attendait à une vraie bagarre, si nos jeunes gens donnaient suite à leur généreux dessein. Elle eut pourtant lieu, la manifestation, calme, mais prête à résister aux violences des usurpateurs du pouvoir. Je vois encore, parmi les manifestants, mon ami Bataille, sa couronne à la main et un revolver à la ceinture. Un abîme séparait nos opinions alors ; mais j’admirais tout de même sa crânerie. La police municipale n’osa pas engager la lutte, le sang aurait coulé, et elle n’aurait peut-être pas été la plus forte ; car, s’il y avait eu conflit, la population tout entière se serait sans doute laissé entraîner par ces jeunes gens. Le peuple, nul ne l’ignore, aime les vaillants.

Il serait facile de raconter bien d’autres épisodes de la vie si mouvementée de Bataille, épisodes que je connais et qu’il laissera dans l’ombre, soit parce qu’ils ne se rapportent pas directement à sa mission anti-luciférienne, soit par modestie ; mais j’offenserais, précisément, sa modestie si j’en disais davantage, et je dois me taire.

 Je n’ajouterai donc que ceci, c’est que mon brave et loyal ami a laissé le meilleur souvenir dans les familles catholiques de Marseille et partout où il a vécu. "

 Léo Taxil ajoute qu'il a déjà fait état de son amitié pour le docteur Bataille dans  ses Souvenirs d'un ex-libre-penseur, livre de 1887. Dans ce livre il évoquait l'amitié qui avait toujours lié les deux hommes malgré les opinions divergentes en matière politique et religieuse qu'ils avaient eu pendant un moment. Maintenant ils sont dans le même camp.

(citations sur le site ATHIRSATA)

Le vrai nom de Bataille est Charles Hacks et il est bien médecin. Il a publié un petit livre d'étude du comportement gestuel, notamment chez les hommes politiques, intitulé Le geste.

Est-il vraiment le "fervent catholique" qu'il prétend être ?

Médecin à bord des bateaux de la Compagnie des Messageries Maritimes, il a beaucoup voyagé et beaucoup vu.

Il prétend avoir rencontré lors de ses voyages un homme, un Italien, qui lui dit être entré dans la maçonnerie pour faciliter ses affaires, avoir accédé à des ritres de plus en plus secrets (plus secrets que la maçonnerie ordinaire) et découvert un univers terrifiant. Hacks a trouvé sa vocation, il dénoncera le caractère maléfique de la maçonnerie, quels que soient les risques pour lui !

 

 

 

 

LES REVELATIONS DU DOCTEUR BATAILLE

 

 

 Hacks se fait initier au "palladisme" (la franc-maçonnerie diabolique, qui dirige toutes les branches de la maçonnerie). Cette initiation a lieu en 1880 à Charleston, centre de la maçonnerie palladienne, et aussi  siège d'une des plus hautes juridictions maçonniques d'Amérique,  le Suprême conseil Sud du Rite Ecossais Ancien et Accepté, "juridiction" éminente de  la franc-maçonnerie "officielle", qui selon Hacks/Bataille est la façade de la secte luciférienne.

Comme on l'a vu, depuis 1859,  le Souverain grand commandeur de cette juridiction est Albert Pike, ce qui est historiquement avéré. Ce qui constitue en revanche une affirmation de Bataille, c'est que Pike est le "souverain pontife" du rite palladique et dirige de ce fait la maçonnerie universelle.

" Pour le docteur Bataille, le Palladisme a été fondé le 20 septembre 1870, jour de la prise de Rome et de la fin du pouvoir temporel des papes. Est créé à Charleston une papauté maçonnique, et est nommé un souverain pontife" (site ATHIRSATA)

 On ne peut, selon Hacks/Bataille, s'affilier au palladisme que si on est déjà un franc-maçon de haut rang :

" Ainsi un maçon du Rite Ecossais, le rite répandu dans le plus grand nombre de pays, ne pourra s'affilier au Palladium que s'il est déjà Chevalier Kadosch (trentième degré); un maçon du rite anglo-américain dit Rite d'York ou de Royale-Arche, que s'il a déjà le grade de Templier ou   Chevalier de Saint-Michel (vingt-septième degré) ; un maçon du Rite de Misraïm, que s'il est pourvu du grade de Grand Inquisiteur Commandeur (soixante-sixième degré).

C'est seulement aux grades de Kadosch (écossisme), Chevalier de Saint-Michel (York) et Grand Inquisiteur Commandeur (Misraïm) que l'initié doit clairement comprendre, à moins d'être le plus obtus des imbéciles, que c'est vers le satanisme qu'il est dirigé."

(cf.  http://trln.free.fr/taxil.html, site de Thierry Rouault, auteur de LEO TAXIL ET LA FRANC MACONNERIE SATANIQUE, Analyse d'une mystification littéraire, Camion noir, 2011; nous reprenons les extraits du Diable au XIXème siècle figurant sur ce site).

 Selon Bataille, le Diable se manifeste devant les membres du Suprême conseil, présidé par Albert Pike et cela à date fixe

"Oui, il est vrai, rigoureusement vrai, que Satan se manifeste à ses suppôts, se fait voir personnellement, selon l'expression de l'évêque de Port-Louis [Monseigneur Meurin]. J'en donnerai à mon tour les preuves, et les preuves les plus indispensables."

 Ces apparitions ont lieu tous les vendredis, à trois heures de l'après-midi; le Démon peut aussi apparaître mais sans régularité, dès que sept "hiérarques" (la plus haute dignité luciférienne selon Bataille) maçonniques sont assemblés.

 ( http://trln.free.fr/taxil.html, site de Thierry Rouault )

 

 Bataille décrit la hiérarchie maçonnique mondiale :

" Au-dessus d’Albert Pike (et de son successeur, le grand maître du Grand Orient d’Italie, Adriano Lemmi), il n’y a que Satan ; mais aux côtés de Pike, qui est le « Suprême Chef Dogmatique », il y a un « Chef de l’Action politique » qui réside à Rome, et que Bataille identifie à Giuseppe Mazzini [NDLA : il faut signaler que Mazzini est mort en 1872, près de vingt ans avant Pike ]. Il existe aussi un Souverain Directoire Administratif à Berlin, dont les chefs, toutefois, se succèdent par roulement et ne sont pas sur le même plan que Pike et Mazzini. En dessous de ce commandement suprême, il y a cinq Grands Directoires Centraux, qui divisent le monde par zones géographiques et qui siègent respectivement à Washington, Montevido, Naples, Calcutta et Port-Louis (dans les  îles Maurice). Plus bas encore il y a les chefs apparents des différentes sociétés secrètes, occultes, spirites, etc., qui se trouvent donc toutes, quelles le sachent ou non, sous la direction du Suprême Directoire Dogmatique. »

[citation de Massimo Introvigne, Enquête sur le satanisme, Dervy, Paris, 1997, sur le site  de l'association ATHIRSATA http://sourcesretrouvees.free.fr/taxil.htm]

 On peut trouver curieuse la présence d'un centre maçonnique international à  Port-Louis (Ile Maurice plutôt que "Iles") mais si on se souvient que Mgr Meurin était archevêque dans cette localité qui était évidemment assez modeste, il s'agissait évidemment d'exploiter les découvertes que le missionnaire jésuite avait faites - ou croyait avoir faites - sur place, où il était au moins exact qu'il s'entendait mal avec les représentants locaux de la franc-maçonnerie.

A  Charleston se trouve donc le principal temple palladique, au centre duquel trône le Baphomet  :

 Selon Bataillle repris ensuite par Margiotta, un autre auteur anti-maçon dont on reparlera, le Baphomet, représentation diabolique, est l'idole authentique qu'adoraient les Templiers, sauvée lors de la destruction de l'Ordre du Temple au début du 14ème siècle, et transportée (cinq siècles après !) aux Etats-Unis au début du 19ème siècle par l'un des fondateurs du Suprême conseil du Rite Ecossais Ancien et Accepté, Myers. Et pour faire bonne mesure, on ajoute que ce temple détient aussi le crâne de Jacques de Molay, le Grand maître des Templiers qui fut brûlé vif après le procès truqué intenté par le roi Philippe le Bel.

La "conversion " de la maçonnerie au Satanisme n'est donc pas une idée de Pike mais correspond à une une vieille tendance de celle-ci, que Pike aurait seulement organisée pour lui donner un pouvoir mondial et centralisé. 

C'est ce Baphomet qui est appelé le Palladium.

 A Charleston est aussi détenu "le  livre Apadno, écrit à l’encre verte par Lucifer et signé par lui. Ce manuscrit, donné à Albert Pike, est enfoui au Sanctum Regnum, dans l’autel triangulaire de Charleston". Dans une autre salle se trouve une statue d'Eva, qui s'anime et se change en déesse Astarté lorsque passe une belle maîtresse-templière, pour lui donner un baiser !

 Pike a a sa disposition un génie personnel qui transmet ses ordres à ses subordonnés.

Un système de communication inventé par les scientifiques de l'Ordre (utilisation à l'échelle mondiale du téléphone inventé dès 1877 par Graham Bell et assez bien connu lorsqu'écrit Bataille - les premiers téléphones avaient été installés dans le public  à partir des années 1880 mais ne pouvaient pas communiquer sur de longues distances) permet aussi les communications instantanées avec les dirigeants palladiens du monde entier.

Bataille prétend qu'il a pu visiter le temple palladique de Charleston , en tant qu'initié aux grades supérieurs du palladisme - et sans renier sa foi catholique, puisque son but est de dénoncer finalement les palladiens (ou palladistes). Il rapporte ce qu'il a vu ou que des palladiens lui ont confié.

On peut quand même trouver à ces "révélations" un obstacle matériel : depuis le début des années 1870, la juridiction sud du Suprême conseil du REAA, le Rite Ecossais Ancien et Accepté (la franc-maçonnerie officielle que dirige vraiment Pike) a été transportée de Charleston à Washington, justement par Pike. Bataille sait que PIke dirige la branche américaine du REAA et opère une distinction entre cette branche officielle, et la franc-maçonnerie palladiste, également dirigée par Pike. Néanmoins il s'exprime comme si la branche officielle était toujours installée à Charleston, de façon à servir de  paravent au temple palladique.

 

Le livre du docteur Bataille est célèbre pour des passages mettant en scène des apparitions du Diable ou au moins de démons inférieurs.

L'une de ces apparitions ne se déroule pas dans un cadre maçonnique mais lors d'une soirée en Angleterre, réunissant des spirites.

Evidemment Bataille n'affirme pas en avoir été témoin direct :

 

« Sandeman, - pour parler d’un fait récent, - m’a raconté un incident à la fois bizarre et fantastique, dont il fut la cause, il y a de cela quatre ans à peine, au courant de l’hiver 1889-1890, à Londres. Il assistait à une soirée intime chez milady W., qui avait choisi ses invités exclusivement parmi les spirites, tous plus ou moins Vocates Procédants.

On fit d’abord tourner et parler une table, mais sans que personne la touchât ; il n’y avait donc aucune supercherie, et les assistants étaient bien tous réellement de vrais spirites.

Sans rien dire à personne, Sandeman, qui est, on le sait, Mage Elu, et qui a beaucoup d’initiative en matière d’expériences, résolut de tenter quelque chose d’inédit.

C’était un samedi, jour consacré à Moloch. Il ne prévint personne et se contenta de dire en lui-même sept fois le nom de l’Ante-Christ, qui est : Apollonius Zabah. Il récita ensuite, toujours dans son for intérieur, l’invocation à Moloch, en s’excusant humblement vis-à-vis de cet esprit du feu, de ne pas l’appeler avec tous les accessoires habituels, mais en le priant néanmoins d’apparaître à l’assistance et de ne faire aucune victime.

Personne ne se doutait de la manœuvre à laquelle se livrait Sandeman. Tout à coup, la table qu’on venait de faire tourner au commandement, sans la toucher, bondit au plafond, retomba sur le parquet, et là, subitement, se métamorphosa en hideux crocodile ailé.

Ce fut une panique générale, ou, pour mieux dire, tout le monde, sauf Sandeman, était pétrifié, cloué sur place. Mais la surprise fut au comble, quand on vit le crocodile se diriger vers le piano, l’ouvrir, et y jouer une mélodie, aux notes des plus étranges.

Et tandis qu’il pianotait, le crocodile ailé tournait vers la maîtresse de la maison des regards expressifs, qui, on le pense bien, mettaient celle-ci fort mal à l’aise.

Cependant, Moloch n’était pas dans un de ses jours de cruauté.

Le crocodile, enfin, disparut brusquement. La table était, ainsi qu’auparavant, au milieu du salon, mais chargée de bouteilles de gin, whisky, pale-ale et autres boissons offertes aux invités ; seulement, toutes les bouteilles avaient été vidées comme par enchantement et sans avoir été débouchées. L’assistance ne réclama pas, heureuse d’en être quitte à si bon compte. »

 (Diable au XIXe siècle, page 618 et 619, cité par ARTHISATA).

Dans cette anecdote, on trouve quand même des  indications qui tournent l'apparition diabolique en plaisanterie : le démon a des regards énamourés vers la maîtresse de maison, et à la fin, tous les alcools sont sifflés, sans que les bouteilles aient été ouvertes... 

 Selon Bataille, le Dalaï-Lama (à l'époque bien plus mystérieux qu'aujourd'hui, si on songe que pratiquement aucun occidental n'avait pu l'approcher ni même, hormis quelques rares téméraires, n'avait pu entrer au Tibet !) est un dignitaire maçonnique qui est lié aux palladistes.

 Bataille affirme aussi que les instruments rituels utilisés dans les loges palladistes sont  forgés dans des ateliers démoniaques enfouis dans les grottes de Gibraltar, le gouvernement britannique étant complice bon gré mal gré de cette activité.

D'ailleurs la collusion du gouvernement anglais avec le palladisme est un des thèmes récurrents de son ouvrage (n'oublions pas qu'il s'adresse à des Français en pleine période d'excitation  nationaliste, qui à ce moment est tournée autant contre la Grande-Bretagne - la Perfide Albion, éternelle ennemie de la France - que contre l'Allemagne).

Enfin c'est dans son ouvrage qu'apparaissent les personnages de Sophie Walder et de Diana Vaughan dont on va reparler.

 

 

 

ANTISEMITISME ET ANTIMACONNISME

 

 

Le Dr Bataille déclare qu'il se sépare sur un point de son ami Léo Taxil, c'est l'antisémitisme. Pour le Dr Bataille, les Juifs font partie du complot maçonnique en tant qu'ennemis de la religion chrétienne.

C'est peut-être au  Bataille/Hacks qu'on doit les premières indications sur la franc-maçonnerie juive des B'naï B'rith, évidemment présentée à la façon complotiste qui est la sienne.

Le terme franc-maçonnerie est d'ailleurs peut-être impropre pour cette société d'entraide fondée aux USA et qui a essaimé de par le monde.

Quoi qu'il en soit, Bataille prétend que la création des  B'naï B'rith a été décidée par une sorte d'accord entre Pike en tant que chef de la franc-maçonnerie universelle et le représentant des  B'naï B'rith, leur donnant ainsi l'autorisation maçonnique de créer leur obédience :             . 

Le site ATHIRSATA s'exprime ainsi : 

" Or, dans les années 1892-1893-1894, qui connaît les B’naï B’rith ? Même chez les anti-maçons les plus renseignés ? Comment le docteur Bataille a-t-il pu être au courant de cet accord entre Pike et Armand Lévy ? Tout simplement parce que tout ce qu’il raconte dans le Diable au XIXe est vrai. "

Tandis que Taxil laisse complètement les Juifs en dehors de la question, affirmant au contraire que ce sont des gens pieux qui ont en horreur les profanations palladistes (évidemment la discussion est biaisée par la supposée existence d'une franc-maçonnerie palladiste).

En outre Léo Taxil est attaqué par le journaliste Edouard Drumont, fondateur de La libre Parole, journal violemment antisémite et auteur de La France juive, qui lui reproche sa position amicale envers les Juifs.

Les deux hommes sont à un moment en compétition pour des élections au Conseil de Paris. Taxil publie un livre consacré à Drumont, M. Drumont, étude psychologique (1890) dans lequel il le considére comme un psychopathe, dont l'antisémitisme est obsessionnel et maladif, ce qui renforce leur hostilité mutuelle.

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