L’AGE DES INDEPENDANCES III

LE VENT DE L’INDEPENDANCE

 

 

 

 

L'essor du Commonwealth

 

 

 



A partir des années 60, avec une accélération à la fin de la décennie, et jusqu’au début des années 80, les anciennes colonies furent emportées par le vent de l’indépendance, avec le plus souvent la ferme approbation du gouvernement britannique, désireux de réduire ses dépenses.
Chaque pays qui devenait indépendant, entrait généralement dans le Commonwealth, par une sorte de jeu de vases communicants, augmentant le nombre des membres de ce club de pays indépendants, qui au début des années 60, était encore loin des quelque 50 membres présents sur la photo de la conférence de Perth en 2011 (voir l'introduction).

 

pic-5-6Une conférence des chefs d'Etat du Commonwealth, 13 septembre 1962.  On reconnait notamment les premiers ministres déjà rencontrés dans les chapitres précédents : le Dr Williams de Trinidad (2ème debout à partir de la gauche), Sir Alexander Bustamante de la Jamaïque (5ème debout à partir de la gauche), qui semble mettre en joie ses collègues, ainsi que le président de Chypre Mgr Makarios.

Debout, de gauche à droite : Sir Rashidi Kawawa (Tanganyika), Dr Eric Williams (Trinidad et Tobago), Sir Milton Margai (Sierra Leone), Sir Abubakar Tafawa Balewa (Nigeria), Sir William Alexander Bustamante (Jamaïque), Sir Roy Welensky (Rhodésie), Tun Abdul Razak (Malaisie), F D A Goka (Ghana) , Sénateur Fernando (Ceylan), l'Archevêque Makarios III (Chypre).

Assis, de gauche à droite : Sir Keith Holyoake (Nouvelle-Zélande), Jawaharlal Nehru (Inde), John Diefenbaker (Canada), la Reine, Sir Robert Menzies (Australie), Maréchal Muhammad Ayub Khan (Pakistan) , Harold MacMillan (Premier ministre britannique).

(bien que la Rhodésie n'était pas un état indépendant, elle était invitée aux réunions du Commonwealth en tant que "self-governing colony" et elle allait bientôt se proclamer indépendante unilatéralement, du fait de la minorité blanche).

usask.ca

 

 

 

Afrique

 

 

 

 

 

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Indépendance du Nigéria, 1er octobre 1960. La princesse Alexandra de Kent, cousine de la reine, vient proclamer l'indépendance.

A ses côtés le nouveau Premier ministre, Sir Abubakar Tafawa Balewa et le gouverneur général James Robertson.

 

 http://www.bbc.co.uk/worldservice/africa/2010/09/100930_nigeria50_independence.shtml

 

 

 

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Le duc Edward de Kent, cousin de la reine (en uniforme blanc) et sa femme la duchesse Katharine, arrivent en Ouganda pour la proclamation de l'indépendance qui aura lieu le 9 octobre 1962. Bouquets de fleurs, révérence de la petite fille, bicorne du gouverneur qui va quitter ses fonctions... la suite sera parfois moins rose pour l'Ouganda.

http://www.mccrow.org.uk/eastafrica/Richard%20Davies%20Collection.htm


 

 

Après le Nigéria en 1960, la Sierra Leone en 1961, le Tanganyika en 1961, l’Ouganda en 1962, les derniers pays d’Afrique sous domination britannique (Gambie, Bechuanaland, Nyassaland, Rhodésie du Nord) devenaient indépendants au milieu des années 60, comme les royaumes africains sous protectorat du Swaziland et du Basutoland (Lesotho), sans difficultés. Beaucoup de ces pays changeaient de nom pour prendre un nom plus africain (le Nyassaland devenait le Malawi, la Rhodésie du Nord devenait la Zambie, le Bechuanaland devenait le Botswana, le Basutoland devenait le Lesotho).
En 1964 le Tanganyika s’unissait à Zanzibar, ancien sultanat protégé, où une révolution survernue peu de temps apès la fin du protectorat, avait chassé le Sultan, débouchant sur des émeutes ethniques violentes menées par des révolutionnaires pro-communistes africains : ces émeutes font des centaines de victimes (on parle même de 20 000 morts…) dans la population arabes et asiatique dont les survivants sont forcés à l’émigration. Alors que la Grande-Bretagne s’apprête à intervenir, la fusion avec le Tanganyika est annoncée, apaisant un peu les tensions.

Souvent les anticolonialistes sont sceptiques sur l’effet des indépendances. Ils considèrent que le pays indépendant est passé d’un lien colonial avoué à un lien néo-colonial, où l’ancienne puissance dominante (voire de nouvelles puissances) et les entreprises privées qui ont des liens avec celle-ci, continuent à exploiter économiquement le pays et à l’influencer politiquement. Comme les anticolonialistes appliquent ce raisonnement à tout pays qui n’a pas rompu avec le capitalisme, il s’ensuit que seuls les pays dotés d’un régime marxiste ou au moins clairement socialiste pouvaient être réputés « complètement indépendants » des anciennes puissances coloniales.
Généralement ces derniers pays n’ont pas démontré leur capacité à améliorer l’existence de leurs citoyens. Si des pays comme le Mozambique rachètent aujourd’hui des secteurs de l’ économie de l’ancienne puissance coloniale portugaise, c’est bien qu’ils ont rompu avec le socialisme étatique adopté après l’indépendance*.

                                                                                                                                            *  Il est intéressant de savoir que bien que n’ayant jamais appartenu  à l’ensemble britannique, le Mozambique a adhéré récemment au Commonwealth, de même que le Rwanda.

 

 

 

 

 

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Margaret Thatcher, premier ministre du Royaume-Uni, danse avec Kenneth Kaunda, président de la Zambie (ex Rhodésie du Nord) au dîner annuel du Lusaka Press Club, août 1979. MmeThatcher est présente en Zambie pour la réunion des chefs d'état et de gouvernement du Commonwealth. 

http://flashbak.com/on-this-day-in-photos-rhodesia-in-crisis-ian-smith-issues-a-unilateral-declaration-of-independence-9557/

 

 

 

La Rhodésie

 



Mais dans au moins un cas, il était évident que l’indépendance avait pour seul but de perpétuer non pas la domination de la puissance coloniale, mais celle des colons.

C’est l’indépendance auto-proclamée de la Rhodésie du Sud en 1965*

                                                                                                                                                * La Rhodésie était donc le dernier prototype de ce que les historiens appellent « l’indépendance-colons », c’est-à-dire un mouvement d’indépendance dirigé non par les colonisés mais par les colons. Les Etats-Unis lors de la guerre d’indépendance, les colonies espagnoles d’Amérique du Sud,  en avaient donné des exemples, mais dans des contextes différents où il s’agissait surtout de mettre fin à la domination de la mère-patrie, les aspects interethniques étant sinon inexistants, du moins au second plan. Ce fut aussi le cas des « Dominions blancs », bien que l’indépendance ait été consensuelle et graduelle. Dans le cas de la Rhodésie, le but était de maintenir au pouvoir l’ethnie minoritaire. 


En effet, inquiets de voir la Grande-Bretagne se diriger vers une indépendance de toutes leurs possessions africaines au profit de nouveaux Etats respectant la règle majoritaire, donc donnant le pouvoir à la majorité noire, les dirigeants blancs de Rhodésie, conduits par l’énergique Premier ministre de la colonie Ian Smith, proclamèrent unilatéralement leur indépendance le 11 novembre 1965, après un an de tension avec la "mère-patrie" britannique, se réclamant de l’exemple des Pères de l’indépendance américaine, et organisèrent les institutions du pays de façon à garder tous les pouvoirs.
Leur déclaration d’indépendance ne fut reconnue par aucun pays et condamnée par la Grande-Bretagne. L’ONU organisa des sanctions contre « le régime raciste de Salisbury » (la capitale).

 

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Ian Smith, Premier ministre de Rhodésie, sonne la cloche de l'indépendance pour le premier anniversaire de la proclamation d'indépendance de la Rhodésie.
bbc.co.uk

 


Dans un premier temps les Rhodésiens blancs conservèrent la Reine à la tête du nouvel Etat (leur déclaration d’indépendance se termine par les mots : God save the Queen). Reine qui bien entendu ne pouvait pas accepter d’être chef d’un Etat non reconnu par le gouvernement britannique ni par l’ONU. Puis en 1970 ils se déclarèrent en République, soutenant une lutte dure contre les rebelles Africains armés par les pays voisins comme l’Angola ou le Mozambique indépendants, devenus des bastions du communisme tiers-mondiste, tandis que le gouvernement blanc était aidé par l’Afrique du Sud du régime d’apartheid et par Israël, plus discrètement.


 En 1979, Ian Smith négociait avec les modérés noirs l’établissement d’un régime multi-racial mais dans lequel de nombreux secteurs étaient réservés aux blancs. Ce régime ne put gagner une reconnaissance internationale et la Grande-Bretagne invita toutes les parties en présence, y compris les insurgés de la guérilla noire, à négocier à Londres. Il en résulta un accord prévoyant une indépendance en deux temps.

D’abord la Rhodésie redevenait pour une courte transition une colonie britannique, puis elle accédait à l’indépendance sous le nom de Zimbabwe, les institutions devant garantir la coexistence pacifique de toutes les populations.
L’indépendance définitive du Zimbabwe fut proclamée le 18 avril 1980
Au fil du temps, les Blancs furent chassés de leurs propriétés ou assassinés s’ils refusaient de partir, avec la complicité du gouvernement dirigé par Robert Mugabe, lequel est au pouvoir depuis 1980.
Depuis cette époque, ce dirigeant a fait massacrer de 1982 à 1985 20 000 Africains insurgés par des unités de son armée entraînées par les nord-coréens ; il a interdit par la violence les oppositions y compris émanant de partis africains concurrents et a plongé son pays dans la ruine et les difficultés sanitaires, alimentaires etc.
Récemment un accord a permis d’associer au pouvoir les partis d’opposition, tandis que Mugabe, largement discrédité,  continue à s’accrocher à son fauteuil présidentiel. Son hostilité au colonisateur britannique et à son héritage ne l’empêche pas de se rendre à l’ouverture du Parlement en Rolls, escorté de lanciers à cheval.

 

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Robert Mugabe se rendant à l’ouverture du Parlement.

Wikipedia.

 

 


Le Zimbabwe a été exclu du Commonwealth ; s’il retourne vraiment à la démocratie, et sans doute une fois la page Mugabe tournée, il sera réadmis s’il le souhaite, comme l’Afrique du Sud du régime d’apartheid : elle avait elle-même quitté le Commonwealth en 1961, elle a obtenu sa réadmission après la fin de l’apartheid. 


La situation de la population semble s’améliorer légèrement depuis 2009 mais reste précaire selon l'ONU (the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs states in its 2012–2013 planning document that the "humanitarian situation has improved in Zimbabwe since 2009, but conditions remain precarious for many people" (Wikipedia)

 
Quant à Ian Smith, il est mort en 2007 en Afrique du Sud (où beaucoup de Rhodésiens blancs ont trouvé refuge)* après avoir tenté d’être pendant les premières années du régime Mugabe, un des opposants à sa politique dans le cadre parlementaire, tant qu’un quota d’élus fut réservé aux électeurs blancs, jusqu’en 1987..         

                                                                                                             * Actuellement, on évalue à 1% la population blanche du Zimbabwe.,,

 

 PS 2018 : Robert Mugabe a enfin accepté de quitter le pouvoir après des manifestations de rue et l'injonction de partir qui lui a été faite par le parlement et l'armée. Il a tenté en vain de préparer sa succession en faveur de sa jeune femme surnommée Grace Gucci en raison de ses goûts de luxe. Le successeur de Mugabe est un vieil apparatchik du parti au pouvoir. Néanmoins, une page est tournée et le Zimbabwe devrait retrouver une crédibilité internationale. Le pays a demandé sa réadmission au Commonwealth.

 

 

 

 

L'Ile Maurice et les Seychelles

 

 

 


A Maurice, les partis politiques reflétant la composition ethnique de la population étaient partagés sur l’indépendance, compte tenu des tensions existant entre créoles, indiens, musulmans*. Le parti travailliste (Labour party, dirigé par l’indien Seewoosagur Ramgoolam) était pour, le Parti Mauricien, parti conservateur qui se rebaptisa pour paraître plus progressiste, parti Mauricien Social-Democrate (PSMD), représentant les créoles francophones, était contre, car l’autorité britannique s’était toujours appuyée sur les créoles et ceux-ci craignaient de perdre non seulement leur position dominante, mais craignaient d’être menacés dans leurs biens ou leurs vies, crainte que des émeutes ethniques devaient confirmer.

                                                                                                                    *  Les noms des politiciens de cette époque montrent cette diversité ethnique : Sir Seewoosagur Ramgoolam, Sookdeo Bissoondoyal, Sir Guy Forget, Tangavel Narrainen, Gaëtan Duval, Yvon St Guillaume, Sir Satcam Boolell …



Quant à la Grande-Bretagne, elle poussait à l’indépendance pour deux raisons : réduire ses coûts budgétaires et restreindre l’immigration en Grande-Bretagne des sujets des colonies, qui une fois devenus citoyens de pays indépendants, pourraient se voir opposer des restrictions légales*

                                                                                                                       * Site EISA (Electoral Institute for the Sustainability of Democracy in Africa) renvoyant à des études de HOUBERT, J 1981 "Mauritius: Independence and Dependence", Journal of Modern African Studies, 19(1), 75-105,  et  1992 "The Indian Ocean Creole Islands: Geo-Politics and Decolonisation", Journal of Modern African Studies, 30(3), September, 465-484.

 

On peut ainsi mesurer le tournant clair pris par la puissance coloniale dans les années 60, donnant, avec 130 ans de distance, raison à l’économiste Jeremy Bentham qui, dès les années 1820-30, proclamait, en s’adressant à toutes les puissances coloniales : Get ride of your colonies ! (débarrassez-vous de vos colonies – sous-entendu : parce qu’elles vous coûtent plus qu’elles ne vous rapportent et sont un handicap à votre développement).
.
Le pays s’était prononcé en faveur de l’indépendance en 1967 lors des élections à l’assemblée législative qui avaient donné une majorité légère (53%) au bloc indépendantiste formé d’une coalition autour du Labour Party.
Une motion pour l’indépendance avait donc été votée à l’unanimité des présents par le nouveau Parlement mauricien : il est vrai que le Parti Mauricien avait quitté la séance pour ne pas prendre part au vote, à l’exception de deux de ses membres qui votèrent pour la motion, « pour ne pas rater un moment historique » comme le déclara l’un d’eux, Yvon St Guillaume.

Mais l’imminence de l’indépendance augmentait les tensions ethniques, notamment entre créoles et indiens musulmans : des émeutes provoquées par des musulmans avaient lieu au début de 1968 et faisaient près de 25 morts (d’autres sources disent 280…) et des centaines de blessés, obligeant des troupes britanniques à intervenir pour rétablir l’ordre.

Maurice accéda donc à l’indépendance alors que l’état d’urgence était toujours en cours, le 12 mars 1968, sous la direction modératrice de Sir Seewoosagur Ramgoolam.

En raison de la situation de tension, aucun membre de la famille royale britannique ne fut présent pour l'indépendance,  la princesse Alexandra de Kent, pressentie, refusa sa participation.


Sir Seewoosagur Ramgoolam, d'origine indienne, grand admirateur de Gandhi, était déjà Premier ministre avant l’indépendance, depuis 1961 et le resta ensuite jusqu’en 1982 Depuis 1965, il était chevalier et avait droit au prédicat de Sir. Il est considéré comme le Père de la Nation mauricienne et respecté pour son humanisme.*



                                                                                                         * En 1979, Sir Sir Seewoosagur Ramgoolam déclara, à propos de l’apôtre de l’ïle Maurice, Jacques-Désiré Laval: « Père Laval n’appartient pas à une communauté ni à une seule religion : il a été unanimement accepté par tous les Mauriciens comme étant un grand amoureux de l’humanité. Nous profitons aujourd’hui de tout ce qu’il a fait, par son travail et sa foi, pour l’unité du peuple mauricien ». La Pape Jean-Paul II visita Maurice en 1989, à l’invitation du Premier ministre de l’époque Sir Anerood Jugnauth, et se rendit au tombeau du Père Laval, ce modeste curé qui avait consacré sa vie aux plus pauvres, à Sainte-Croix « où, affirma-t-il, je viens moi-même vénérer le tombeau du bienheureux Laval que vous aimez tant à l’île Maurice » (Wikipedia).

 

 

Maurice restait pendant un premier temps un Realm of the Commonwealth (Sir Seewoosagur Ramgoolam, après avoir été Premier ministre, fut jusqu’à la fin de sa vie en 1985 Gouverneur-général de Maurice, c’est-à-dire représentant de la Reine et jouant le rôle d’un Chef d’Etat) avant de devenir en 1992 une République, toujours membre du Commonwealth.

En 2003, Paul Raymond Béranger est devenu Premier ministre, succédant à Sir Anerood Jugnauth (qui devenait Président de la République). On a alors noté que c’était le premier homme politique blanc et non hindou à devenir le chef de gouvernement depuis l’indépendance, mettant ainsi fin (provisoirement) à la tradition qui faisait que tous les Premiers ministres étaient des hindous de la caste Vaish. En 2005 il fut remplacé par un premier ministre indien, Navin Ramgoolam

Le Président de Maurice jusqu’en 2012 était Sir Anerood Jugnauth, auquel a succédé Rajkeswur Purryag.

Le Premier ministre est actuellement Navin Ramgoolam (le fils de Sir Seewoosagur Ramgoolam et leader du Parti travailliste), le vice-Premier ministre est Xavier Luc Deval.
Le leader actuel de l’opposition est l'ancien Premier ministre Paul Raymond Bérenger. Selon Wikipedia, « Mauritian politics is …characterised by coalition and alliance building. All parties are centrist and reflect a national consensus that supports democratic politics and a relatively open economy with a strong private sector » (la politique mauricienne est caractérisée par la pratique des coalitions et des alliances entre les partis. Tous les partis sont centristes et reflètent le consensus national pour la démocratie et une économie relativement ouverte avec un fort secteur privé).

 Selon l'Indice de démocratie compilé par l'Economist Intelligence Unit qui mesure l'état de la démocratie dans 167 pays, en 2011 Maurice été classé 24e dans le monde (juste après la Belgique) et est le seul pays africain classé « démocratie parfaite » (Wikipedia). Dans ce classement, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada sont dans les 8 premiers, Malte 15 ème, la Grande-Bretagne 18 ème et la France (classée démocratie imparfaite) 29 ème juste après l’Afrique du sud. Mais la liste comprend 167 pays. On note que les territoires anciennement britanniques s'en tirent plutôt bien, au moins pour certains.


N'embellissons pas pour autant le tableau. 8,5% des Mauriciens vivraient en 2012 sous le seuil de pauvreté. Il est vrai qu'en France, la population sous le seuil de pauvreté est évaluée entre 7% et plus de 13% selon l'indicateur choisi.

 

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"Moment historique : Sir Seewoosagur Ramgoolam prêtant serment comme Premier ministre de l'île Maurice nouvellement indépendante au Château du Réduit. La cérémonie s'était déroulée devant le gouverneur général, Sir John Shaw Rennie. On reconnaît, à l'arrière-plan, Sir Guy et Lady Forget aussi bien que Lady Ramgoolam" (commentaire en français du site du journal « Le Mauricien »)
lemauricien.org



 

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Pièce de 10 Roupies émise en 1971 en l’honneur de l’indépendance de Maurice : la pièce montre au recto le portrait de la Reine et au verso, le dodo, oiseau disparu emblématique de Maurice.
coinquest.com

 

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Pièce en or de 200 Roupies, émise en 1971 en l’honneur de l’indépendance de Maurice : au recto la Reine, au verso, les personnages du roman de Bernardin de Saint-Pierre, Paul et Virginie, dont l’action se déroule à Maurice (à l’époque Ile de France. Les Britanniques lui ont restitué le nom donné par les Hollandais en l’honneur du Prince Maurice de Nassau).
picserve.cgi


 

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Sir Seewoosagur Ramgoolam, Premier ministre de Maurice, reçoit le Président des Seychelles, James R Mancham
James R Mancham (plus tard Sir James) était déjà Premier ministre des Seychelles lors de l’indépendance (à laquelle il avait d’abord été opposé) et devint Président de la République à l’indépendance. Exilé à Londres après le coup d’Etat d’Albert René, Sir James Mencham revint aux Seychelles lors du retour de la démocratie en 1993 mais sans parvenir à se faire réélire Président. Il se console en participant à de nombreux colloques internationaux et en faisant la promotion touristique des Seychelles.
jamesmancham.com

 



C’est dans un contexte plus calme qu’eut lieu l’indépendance des Seychelles, qui devenaient immédiatement une République membre du Commonwealth, mais qui devaient ensuite connaître quelques tribulations.
Le premier Président des Seychelles, James R Mancham, un avocat, avait précédemment été Premier ministre de la colonie et avait commencé par être un adversaire de l’indépendance, préconisant plutôt une intégration complète à la Grande-Bretagne ; il avait fini par se rallier à l’indépendance sous la réserve de conserver des relations aussi proches que possible avec la Grande-Bretagne.


En 1977, le Premier ministre, Albert René, profitait du déplacement à Londres pour le sommet du Commonwealth du Président Mancham, pour s’emparer du pouvoir et instaurer un Etat à parti unique, fondé sur le socialisme tiers-mondiste, avant que la démocratie soit rétablie en 1993, ce qui n’empêcha pas Albert René d’être réélu  Président démocratiquement jusqu’en 2004, date à laquelle il se retira de la vie politique.
Mais son parti, le Seychelles People’s Progressive Party, est toujours le parti majoritaire au Parlement et détient le pouvoir depuis plus de trente ans.
 

 


 
Arabie et Océanie

 

 



Les protectorats de ce qu’on appelait pittoresquement la Côte des Pirates (ou encore les Etats de la Trêve - Trucial States), futurs Emirats arabes unis (Dubaï, Abu Dhabi etc) devenaient indépendants en 1971, de même que les autres états protégés du Golfe persique : Qatar, Bahrein, Koweït et le Sultanat d’Oman. Tous ces pays avaient certainement été les régions du monde où le protectorat britannique avait été le moins visible et le plus transparent pour les habitants.

Aden et les protectorats d’Arabie du Sud (Seiyun, Mahra et un grand nombre de sultanats, certains unis dans une Fédération d’Arabie du Sud formée en 1963, d’autres restés en dehors de la Fédération) devenaient indépendants en 1967 dans un contexte marqué par  la guerre froide et l’extension de régimes pro-communistes. Ces territoires s’unissaient pour devenir la République Populaire du Sud Yemen, vouée à une grande instabilité et à se battre longtemps avec le Nord-Yemen jusqu’à ce que les deux pays finissent par fusionner.
Aucun des pays du Golfe ou des côtes d’Arabie n’a adhéré au Commonwealth.
Par contre, dans la zone de l’Océan indien, les Maldives, sultanat protégé devenu République, en font partie.

 NB : En 2016, les Maldives ont quitté le Commonwealth. En 2018, elles ont demandé à être réadmises. Des changements politiques expliquent ces positions contradictoires.



Après Fidji en 1970 (dont on va parler) les autres îles britanniques du Pacifique accédaient à l’indépendance au cours des années 70 : îles Gilbert et Ellice devenues respectivement Kiribati et Tuvalu, îles Salomon. Ces pays restaient dans le Commonwealth et pour Tuvalu et Salomon, ont la Reine Elizabeth comme souverain
 
La Papouasie Nouvelle-Guinée, territoire placé sous la tutelle de l’Australie, devenait indépendante en 1975 en conservant la Reine comme chef de l’Etat.
Dès 1962, Samoa, qui avait été placé sous tutelle de la Nouvelle-Zélande avait accédé à l’indépendance et formé un état indépendant, monarchie élective membre du Commonwealth.
Le Condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides devient indépendant en 1980 sous le nom de Vanuatu, République membre du Commonwealth et semble plus marqué par l’influence britannique que française (juges en perruque, événements de la famille royale célébrés sur le timbres…)*.

                                                                                              *   Certains anciens colons français ont d’ailleurs tenté sans succès de lancer un mouvement séparatiste au début des années 80, considérant que les anglophones dominaient le nouvel état..

L’histoire ultérieure de ces états peut être ensuite plutôt tranquille (Samoa, Tuvalu, Kiribati, ce dernier doit affronter les problèmes actuels de montée du niveau de la mer) ou plus troublée par des luttes internes qui prennent appui sur des oppositions ethniques et qui débouchent sur des mouvements séparatistes (Papouasie, Salomon) tandis que Fidji a une vie politique marquée par des coups d’état relativement pacifiques.


 




Caraïbes : Bahamas, Anguilla, Saint-Christopher et les autres

 

 




Le vent de l’indépendance soufflait aussi sur les îles des Caraïbes, qu’elles soient au vent (Windward Islands) ou sous le vent (Leeward Islands).

A ce propos, pour les britanniques les Iles au Vent ((Leewards Islands) sont la partie nord des Petites Antilles, les Iles  au Vent (Windward Islands) la partie sud-ouest. Les îles des grandes Antilles ne font pas partie de ces groupes (Jamaïque, Bahamas etc ). Cette définition ne recoupe pas la définition française, espagnole ou néerlandaise des Iles au Vent (ou du Vent) et Sous le Vent. Pour ajouter à la complication, des îles dénommées Leeward Antilles existent aussi, il s’agit de la partie la plus au sud-ouest des petites Antilles, donc faisant partie des Windward (mais ces îles ne concernent pas le domaine britannique mais néerlandais ou vénézuélien).


En l’espace d’une décennie environ, Sainte-Lucie, Saint-Vincent, la Barbade, les Bahamas, la Dominique, Grenada, Saint-Christopher et Nevis, Antigua, obtenaient leur indépendance, parfois après être passé par le stade d’état associé à la Grande-Bretagne*.

 

                                                                                                                    * Un certain nombre de territoires sont restés des territoires d’outre-mer britanniques : les Cayman, les îles Vierges britanniques (pour les distinguer des îles Vierges américaines), Montserrat, Turk et Caïcos, Anguilla dont on va parler, et plus au nord, les Bermudes, qui ne font pas partie des Caraïbes.

 

 

 

 

 

 

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La bonne humeur du gouverneur général (représentant de la reine dans un royaume du Commonwealth) John Stow et du Premier ministre Errol Barrow lors de la cérémonie du lever des couleurs célébrant l'accession de la  Barbade à l'indépendance, le 30 novembre 1966 à minuit. Le duc et la duchesse de Kent représentaient la reine aux célébrations de l'indépendance.

http://caribbeanelections.com/education/independence/bb_independence.asp

 


Ces indépendances se déroulaient sans heurts, la plupart des pays restant jusqu’à ce jour des Realms of the Commonwealth, sauf la Dominique, République (son appellation exacte est Commonwealth of Dominica*), bien entendu membre du Commonwealth des Nations.
On a vu précédemment que la Jamaïque et Trinidad et Tobago les avaient précédés sur le chemin de l’indépendance et que le premier de ces pays envisageait, 50 ans après l’indépendance, de se transformer en République**.



                                                                                                                                             * Les Bahamas ont aussi l’appellation « Commonwealth of the Bahamas » mais sont bien une monarchie avec la reine Elizabeth II à sa tête.

                                                                                                                                 **  Non sans que le Premier ministre de la Jamaïque, l’Honorable Portia Simpson-Miller, en annonçant cette intention, n’ait exprimé son enthousiasme pour la Reine : I love the Queen, she is a wonderful lady !

 

Dans un cas, l’accès à l’indépendance d’un territoire (ou plutôt l’accès à la situation intermédiaire d’Etat associé) a provoqué la sécession d’une partie de ce territoire qui finalement, est resté possession britannique.
En 1967, la colonie de Saint- Christopher, Nevis et Anguilla (le nom de Saint-Christopher devait par la suite devenir officiellement Saint-Kitts pour suivre l’usage courant local) devenait Etat associé.


Cette décision provoquait le mécontentement des habitants de l’ïle d’Anguilla, qui reprochaient aux autorités de Saint-Kitts de les avoir toujours négligés.
Le 30 mai 1967 les habitants désarmaient les policiers Saint-Kittsiens et les renvoyaient chez eux, puis demandaient à être administrés par les Etats-Unis, sans résultat. Ils votaient la sécession d’avec St-Kitts. Un professeur d’économie canadien leur donnait des conseils pour une économie alternative, comme on ne disait pas encore.


Le gouvernement britannique essayait de parvenir à un accord pour le retour d’Anguilla dans une Fédération avec St-Kitts, mais en février 1969, les Anguillais par un nouveau référendum confirmaient la sécession et proclamaient une République indépendante, expulsant ensuite l’émissaire britannique qui venait d’arriver.
Le gouvernement britannique finissait par envoyer en mars 1969 un bataillon de parachutistes (315 « Diables Rouges ») et 40 agents de police londoniens, qui débarquaient pacifiquement.
Un membre du Parlement anglais félicita ironiquement le Premier ministre Harold Wilson d’avoir trouvé un adversaire à sa taille, tandis que la presse parla de « bataille dans une tasse de thé ».

Même si Anguilla compte aujourd’hui 15000 habitants, les deux référendum de sécession  donnèrent environ 1800 voix pour la sécession et l’indépendance contre 5 voix contre. On voit que si Anguilla avait pu se rendre définitivement indépendant, il aurait été un des plus petits pays du monde et sans doute incapable de subsister seul…


Les paras furent rapidement remplacés par le génie, qui répara les conséquences de 150 ans de négligence de la part de Saint Kitts. Anguilla était gouvernée directement via des « accords provisoires » avec le Royaume-Uni. Ce n'est que le 19 septembre 1980 qu'Anguilla devint officiellement un territoire d’outre-mer du Royaume-Uni, peu avant l'indépendance complète de St Kitts le 19 septembre 1983 (Wikipedia).
St Kitts en fut réduit à modifier son drapeau : la première version comportait un palmier à trois palmes pour symboliser les trois éléments de la Fédération envisagée, St-Kitts, Nevis et justement Anguilla. La deuxième version très différente comporte deux étoiles, symbolisant St-Kitts et Nevis. .
Fiers de leur insurrection, les Anguillais ont adopté le 30 mai (jour de l’expulsion des policiers saint-kittsiens) comme « Anguilla day ».
Le drapeau aux trois dauphins (adopté pendant la sécession) est arboré en parallèle avec le drapeau britannique du territoire (drapeau bleu avec l’Union Jack et les trois dauphins) tandis que les protagonistes de la sécession font figure de héros nationaux. Les timbres locaux évoquent la sécession à l’occasion des anniversaires, reproduisent les portraits des protagonistes, ou reproduisent les timbres surchargés émis à l’époque de la sécession.
Anguilla, petite île tranquille, s’est inventé un passé de rebelle.

Son économie, qui avait été dopée par le statut de paradis fiscal, subit aujourd’hui les contrecoups de la crise mondiale.


Quant aux possessions continentales britanniques, elles accédaient aussi à l’indépendance, le Guyana en 1966 comme Realm of the Commonwealth et devenant une République en 1970 au sein du Commonwealth , et le British Honduras devenant un Realm of the Commonwealth sous le nom de Belize en 1981.
 
 


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Le Prince Charles danse avec la femme du Premier ministre, Mrs Pindling lors de l'indépendance des Bahamas, Nassau, le 10 juillet 1973..

bahamian.dynamohosting.net

 

 

Une vie à la mode britannique qui continue

 





Dans la plupart de ces territoires indépendants, les rites liés à la présence britanniques perdurent.
Ainsi l’ouverture annuelle du Parlement des Bahamas est l’occasion de voir les magistrats en perruque, les troupes rendre les honneurs en uniforme blanc et casque colonial  et les dames rivaliser de tenues élégantes et de chapeaux. Seule différence marquée avec l’époque coloniale, les protagonistes sont désormais majoritairement « de couleur », une évolution largement entamée avant même les indépendances, d'ailleurs.
 

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Nassau, Bahamas – le Chief Justice, Sir Michael Barnett, avec une représentation de la Cour suprême et de la magistrature, à la cérémonie d’ouverture du Parlement, Parliament Square, 23 mai 2012. La cérémonie se tient en plein air, sous des tentes.

(BIS Photo/Derek Smith) thebahamasweekly.com 

 

 

 

 

Il en va de même dans les territoires restés britannique, par exemple aux Bermudes, où le gouverneur nommé par Londres, en uniforme blanc et casque colonial surmonté de plumes d’autruche, lit le « discours du trône » (rédigé par le Premier ministre du territoire) lors de l’ouverture du Parlement local, devant un parterre d’élus et de notables majoritairement noirs.

L'arrivée du gouverneur en calèche est toujours un événement marquant, que ce soit pour l'ouverture du Parlement, l'anniversaire de la Reine ou la Peppercorn ceremony (tous les ans, les membres de la loge maçonnique des Bermudes paient en grand apparat un loyer symbolique d'un grain de poivre pour la location de leur immeuble, un des plus vieux des Iles)..

Et les croisiéristes, américains pour la plupart, doivent apprécier le spectacle donné par ce territoire qui a conservé le style de l'époque coloniale, lorsque, à la nuit tombée, la musique du régiment des Bermudes arpente la promenade du bord de mer, sous les palmiers, avec les joueurs de cornemuses en kilt, interprétant des airs connus aussi bien en Amérique que dans les Iles britanniques, comme When irish eyes smile (quand des yeux irlandais sourient), vieille chanson sentimentale irlandaise du début du 20ème siècle.

 

 

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Le gouverneur des Bermudes à la Peppercorn ceremony
royalgazette.com

 

 

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Les membres du Parlement des Bermudes lors du l’ouverture du Parlement, novembre 2012.
royalgazette.com

 



Les monnaies qui circulent dans la plupart des pays devenus indépendants des Caraïbes comportent encore l’effigie de la Reine, ainsi le dollar des Caraïbes de l’Est.

Le dollar des Caraïbes de l’Est (Eastern caribbean dollar ; symbole : $ ou EC$ ; code international : XCD) est une monnaie émise depuis 1965 par l’Eastern caribbean central Bank.
Elle est la monnaie commune de 6 états indépendants (Antigua et Barbuda, Dominica, Grenada, Saint Kitts et Nevis, Sainte Lucie, et Saint Vincent et les Grenadines) et de deux territoires d’outre-mer britanniques (Anguilla et Montserrat).
 

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Billet de 50 dollars émis par l’Eastern caribbean central Bank.
ebanknoteshop.com

 

 

 


Sur les  pays indépendants qui utilisent le dollar des Caraïbes de l’Est, 5 sont des Realms du Commonwealth, un autre (Dominica) est une République. Tous les pays sont membres de l’Organisation des pays des Caraïbes de l’Est (Organisation of Eastern Caribbean States) dont le siège est à Sainte-Lucie. Un territoire faisant partie également de l’organisation n’utilise pas la monnaie commune : les Iles Vierges britanniques utilisent le dollar américain.
La Jamaïque, Trinidad et Tobago, La Barbade et les Bahamas (tous quatre pays indépendants) ont leur propre monnaie, libellée en dollars (dollar jamaïcain, etc). Le portait de la Reine n’apparaît toutefois que sur les billets des Bahamas, les billets de la Jamaïque et de la Barbade (qui sont des Realms du Commonwealth) préférant représenter des personnalités locales*.

                                                * Ainsi à la Barbade, le billet de 100$ représente Sir Gantley Herbert Adams, Premier ministre de la Barbade sous le statut d’autonomie interne avant l’indépendance, le billet de 20$ représente Samuel Jackman Prescod qui fut la première personne de descendance africaine élue au Parlement de la Barbade en 1843. Lorsque la Reine est représentée au recto des dollars des Caraïbes de l’Est, le verso représente des paysages ou des personnalités locales (au verso du billet de 100$, Sir Arthur Lewis, Prix Nobel d’économie).


Les Iles Cayman, territoire d’outre-mer britannique, utilisent le dollar des Iles Cayman, tandis que les Iles Turk et Caïcos, autre territoire britannique, utilisent le dollar américain ; les îles Bermudes qui géographiquement ne font pas partie des Antilles (ou Caraïbes), ont le dollar des Bermudes.
Guyana et le Belize, sur le continent américain (respectivement République et Realm du Commonwealth), ont leur propre dollar.

 

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Le Royal Gibraltar regiment au cours d'une parade.

Militaryphotos.net

 

 

 

 

 

Le dernier territoire d'outre-mer britannique d'Europe est Gibraltar. Le territoire a son administration propre avec un Premier ministre, une Assemblée législative, un drapeau hissé conjointement à l'Union Jack et un hymne (ou "national song") choisi par concours en 1994 (mais le God Save the Queen reste l'hymne officiel). Le refrain de l'hymne dit :

Gibraltar, Gibraltar,
The Rock on which I stand,
May you be forever free,
Gibraltar, my own land.

(Gibraltar, Gibraltar/ Le Rocher sur lequel je suis debout/ Puisse-tu être libre à jamais/ Gibraltar, mon pays à moi)

 

 

 

 



FIDJI : UNE REPUBLIQUE QUI HONORE LA REINE

 

 

 




Faudra-t-il mettre au passé ce titre ?


Au cours de l’année 2012, le Premier ministre et homme fort des îles Fidji, le Commodore Frank Bainimarama, déclara que la Fête de la Reine, jour de vacances aux îles Fidji, serait fêtée pour la dernière fois en 2012 et que les billets de banque et pièces de monnaie ne porteraient plus à l’avenir l’effigie de la Reine Elizabeth II.
On pourrait croire que les îles Fidji viennent à peine de procéder à un changement institutionnel dans l’allégeance à la Reine, si ces îles n’étaient pas déjà une république depuis 1987.
Frank Bainimarama expliqua ces mesures en invoquant la nécessaire augmentation de la productivité (pour justifier la suppression d’un jour de vacances) et le fait que depuis 26 ans Fidji était une république et que les liens avec la couronne britannique avaient diminué.
Fidji n’a pas été une république dès son indépendance, en 1970.
Elle fut d’abord,  comme beaucoup de territoires, un Realm of the Commonwealth.


L’indépendance de Fidji se fit sans problème, car ces îles n’avaient jamais développé de sentiment antibritannique, bien au contraire.
Le système relativement féodal des îles Fidji avait quelque chose en commun avec l’organisation sociale britannique, ce qui pouvait amener au moins chez les classes dirigeantes des Fidji un sentiment de sympathie – et probablement dans toutes les classes. La fidélité des Fidjiens envers leurs monarques se reporta sans trop de difficultés sur la monarchie britannique, tandis que le style militaire de l’armée anglaise séduisait les Fidjiens, qui par ailleurs se convertirent en totalité aux églises chrétiennes, adoptant principalement le méthodisme. Fidji était donc, d’un certain point de vue, une société chrétienne avec une organisation reconnaissant une aristocratie de naissance, du moins en ce qui concerne les fidjiens ethniques. Mais ceux-ci ne sont pas les seuls occupants des iles.


Le vrai problème des îles Fidji était (et reste) un problème ethnique, apparu postérieurement à la prise de possession britannique, et conséquence de celle-ci.
En effet, pour leurs besoins, les britanniques facilitèrent la venue à Fidji de milliers d’immigrants venus des Indes  (musulmans ou hindouistes) qui finirent par former à peu près la moitié des habitants, voire être légèrement majoritaires vers 1970, suscitant chez les Fidjiens d’origine un sentiment de dépossession et des réactions de rejet.
Comme dans beaucoup de colonies, l’artisan de l’indépendance était un homme d’état indigène déjà en place avant l’indépendance, et probablement, dans le cas de Fidji, un de ceux qui entretenaient les meilleures relations avec la puissance coloniale.
Né en 1920, Ratu Kamisese Kapaiwai Tuimacilai Uluilakeba Mara (ou plus simplement Ratu Kamisese Mara) était Chief minister depuis la création de ce poste en 1967 (en fait il occupait des fonctions similaires depuis 1964), poste rebaptisé Premier ministre lors de l’indépendance, il allait le rester jusqu’en 1992 (22 ans après l’indépendance) et ce ne serait pas la fin de sa carrière.


Il était le fils d’un chef des îles, plus tard chef lui-même, appartenant à une sorte d’aristocratie, lui donnant droit à faire précéder son nom du titre héréditaire de Ratu. Comme il se vit décerner en 1969 le titre de chevalier par la Reine, puis en 1983 un autre ordre de chevalerie britannique, ses titres complets, compte tenu de sa chevalerie et des postes détenus durant sa carrière d’homme d’Etat fidjien, étaient The Right Honourable Ratu Sir Kamisese Mara CF, GCMG, KBE*.
Après avoir négocié avec le chef de la communauté Indo-fidjienne, ils parviennent à un accord sur la future constitution. Le Parlement sera constitué sur une base largement ethnique.

                                                                                                        * CF = Companion of the Order of Fiji,  GCMG = Knight Grand Cross of the Order of Saint Michael and Saint George,  KBE = Knight Commander of the British Empire.

 

Les Fidjiens d’origine et les Indo-fidjiens auraient chacun 22 députés, la moitié d’entre eux étant élus par leur propre communauté et l’autre moitié au suffrage universel. 8 autres sièges seront réservés aux autres communautés dont les européens.
A la suite de cet accord, Fidji devient indépendant le 10 octobre 1970.
Le prince Charles vient remettre les documents d’indépendance à Sir Kamisese Mara. Le nouvel Etat est un Realm of the Commonwealth. Sa sympathie pour son ancien colonisateur se marque dans le drapeau national, adopté à l’indépendance, qui conserve (jusqu’à aujourd’hui) l’Union Jack dans la partie supérieure gauche.

 

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Ratu Sir Kamisese Mara and Prince Charles on October 10, 1970

fijicoup2006.com

 



Sir Kamisese Mara reste Premier ministre tant que son parti, l’Alliance Party, qui est le parti des Fidjiens d’origine, détient la majorité ; il contribue au développement des îles notamment grâce à l’industrie de la canne à sucre, dont la production double, et à celle du bois de pin, inexistante en 1970 et devenue un secteur clé aujourd’hui.*

                                                                                                        * Wikipedia en anglais indique que sous le gouvernement de Mara, Fidji devint un géant de la production de canne à sucre qui reste la base de l'industrie fidjienne. Mara fonda aussi l'industrie du pin : Under Mara's leadership, Fiji became a giant in sugarcane production. Between 1970 and 1987, the sugarcane crop more than doubled, from under 250,000 metric tons to 502,000… The sugar industry continues to be the mainstay of Fiji's economy…
Mara also founded Fiji's pine industry. Today, pine plantations, virtually nonexistent 40 years ago, cover close to 480 square kilometres throughout the Fiji Islands, and there is an ongoing programme to further expand area in all parts of the country. Fiji now derives more than $40 to 50 million a year in foreign exchange earnings from its forestry sector. Of this total, more than half is from pinewood chips exports. (Wikipedia)


En 1977, le parti des Indo-fidjiens (National Federation Party) remporte les élections, mais est incapable de former un gouvernement, si bien que Mara est chargé par le représentant de la Reine, le gouverneur-général Ratu Sir George Cakobau, de former le nouveau gouvernement et reste donc Premier ministre, ce qui est vu par la communauté Indo-fidjienne comme la preuve que les Fidjiens de souche veulent se maintenir au pouvoir à tout prix. De nouvelles élections redonnent peu après la majorité au parti de Mara.


En 1987, Mara quitte son poste de Premier ministre à la suite d’élections qui voient la victoire d’une coalition des partis adverses (Labour party et  National Federation Party), coalition largement soutenue par les Indo-fidjiens.


Cette victoire va donner lieu au premier coup d’état aux Fidji, une tradition qui deviendra une constante de la vie politique mouvementée de l’archipel.
Refusant la victoire d’une majorité qui représente largement les Indo-fidjiens, le colonel Steve Rabuka* prend le pouvoir, en s’appuyant sur l’armée.

                                                                       * Actuellement, Major-General Sitiveni (Steve) Ligamamada Rabuka, OBE, MSD, OstJ. (OBE = Officer of the British Empire, MSD = Meritorious service decoration, OstJ = Knight of the Most Venerable Order of the Hospital of Saint John of Jerusalem ; la version protestante de l’ordre de Malte). En 2012, Steve Rabuka fait partie de la commission chargée par le Premier ministre Bainimarama, en poste depuis le coup d'état de 2006, de rédiger une nouvelle constitution.


En effet, l’armée se recrute largement dans les Fidjiens d’origine, probablement en raison des traditions guerrières des tribus, et elle est tenue en bon état opérationnel par sa fréquente participation à des missions de l’ONU qui est pour le pays une source de revenus, cette participatio étant rémunérée.
Le représentant de la Reine à Fidji (à l’époque le gouverneur-général Ratu Sir Penaia Ganilau) trouva un compromis entre les partis en présence, ce qui amena Rabuka à intervenir de nouveau par un autre coup d’état peu de mois après, condamné notamment par les puissances régionales (Nlle-Zélande et Australie).


Dirigé par Rabuka, Fidji rompt alors son lien avec la Couronne britannique et devient une République en octobre 1987, tandis que le pays est suspendu du Commonwealth
Rabuka est commandant des forces armées mais il remet ses pouvoirs à un gouvernement intérimaire avec Mara comme Premier ministre et l’ancien gouverneur-général Ganilau devient Président de la République.
En parallèle, la Constitution est modifiée en 1990 pour favoriser les Fidjiens d’origine, des mesures discriminatoires sont prises contre les Indo-fidjiens, provoquant une vague d’émigration chez ceux-ci*.

                                                                                                                *  Cette émigration semble avoir permis aux fidjiens etrhniques de redevenir nettement majoritaires. Ils sont 56% pour 37 % d’indo-fidjiens, le % des indo-fidjiens n’ayant cessé de décroître depuis 1966 où ils étaient 50,5 %. Le reste de la population étant composé d’européens, chinois etc et métis de ces catégories. Il existe aussi une ethnie polynésienne proche des Samoans, généralement comptée comme fidjiens ethniques.

 

Rabuka devient légalement Premier ministre en 1992 dans le cadre de cette Constitution sur mesure pour les Fidjiens ethniques. Il admet toutefois que des concessions sont nécessaires vis-à-vis des Indo-Fidjiens et une nouvelle Constitution plus équilibrée est édictée en 1997.
Entre-temps, Mara est devenu Président de la République en 1992 (le président est élu par le Grand Conseil des chefs, qui sont héréditaires. Ce grand conseil nomme aussi la moitié des sénateurs)*. On lui reprochera plus tard d’avoir été premier ministre et Président dans le cadre d’une Constitution « raciste », il s’en expliquera  disant qu’il avait jugé cela préférable à une effusion de sang si les extrémistes fidjiens avaient gouverné seuls.
En 1999, les élections amènent au pouvoir le parti travailliste (soutenu largement par les Indo-fidjiens) et son leader, Mahendra Chaudhry, est le premier Indo-fidjien à devenir Premier ministre et forme un gouvernement multi-racial.

                                                                                           * Ainsi l’organisation féodale ancienne des Fidji co-existe avec les institutions inspirées des constitutions occidentales.

 

En 2000, une nouvelle tentative de coup d’Etat a lieu : des hommes dirigés par un businessman en faillite, George Speight, Fidjien d’origine,  prennent en otage les membres du gouvernement légal (prise d’otages qui durera 57 jours), tandis que Speight forme un gouvernement. Pendant ce temps des violences se déchaînent contre les Indo-fidjiens dont les commerces sont saccagés.


Mara, président de la République, constate que le gouvernement ne peut plus agir et déclare assumer les pleins pouvoirs. Il est alors enlevé par des membres des Forces armées dont le Commodore Frank Bainimarama  et  Rabuka, et  obligé de donner sa démission.
Frank Bainimarama*  proclame la loi martiale et négocie avec les rebelles de Speight (il est difficile de savoir s’ils étaient d’accord au départ, ainsi que d’autres responsables des forces armées), qui accepte de relâcher ses otages si on lui garantit l’absence de poursuites. Bainimarama transmet alors ses pouvoirs à un gouvernement régulier avec un nouveau Premier ministre et un nouveau Président de la République. Mais la Haute Cour de Justice statue que la démission de Mara était illégale et qu’il est donc toujours Président.

                                                                                                       * Commodore Josaia Voreqe Bainimarama, CF, MSD, OStJ (CF = Companion of the Order of Fiji, MSD = Meritorious service decoration, OstJ = Knight of the Most Venerable Order of the Hospital of Saint John of Jerusalem), connu comme Frank Bainimarama.


Pour ne pas rendre la situation inextricable, Mara démissionne avec effet rétroactif depuis sa première démission.
Pendant ce temps, contrairement aux assurances données, Speight et ses complices sont arrêtés et c’est Bainimarama qui est le plus acharné à demander des poursuites contre eux, ce qui lui vaut une tentative d’assassinat.
Le gouvernement quant à lui recherche les voies d’un apaisement et finit par proposer l’amnistie des putschistes de 2000 (Speight et ses complices car les militaires, quant à eux, comme Bainimarama et Rabuka, passent pour avoir combattu le coup d’état, même si le soupçon pèse sur certains d’entre eux)*.

                                                                                 *   Alors que la tentative de putsch était finie, une mutinerie dans l’armée éclatait qui fit 8 morts (mutinerie de Queen Elizabeth's barracks).


Entretemps, en 2004, Mara, le père de l’indépendance, mourait* : on dit que 200 000 personnes (soit un quart de la population) assistèrent à ses funérailles nationales, certains membres de sa famille (curieusement  certains de ses fils étaient absents lors des funérailles) s’indignant de voir que les chefs militaires qui menaient le deuil étaient les mêmes qui l’avaient forcé à la démission en 2000.

                                                      *   Ses obsèques furent célébrées par l’évêque catholique car, chose rare dans ce pays où les Fidjiens d’origine sont majoritairement protestants, Mara s’était converti au catholicisme
 

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Funérailles de Ratu Sir Kamisese Mara 2004
aucklandfiji.org.nz

 



La police et la justice menèrent des enquêtes sur l’implication de militaires de haut rang dans le putsch de 2000, c’est ainsi que Steve Rabuka fut interrogé, et que la justice ne lui permit pas, en 2006, de quitter Fidji pour participer à un tournoi de golf en Papouasie-Nouvelle Guinée, de peur qu’il ne se réfugie à l’étranger


La question de l’amnistie des putschistes de 2000 empoisonnait  la vie politique et causa un nouveau coup d’état fin 2006, où le commodore Frank Bainimarama s’empara du pouvoir, en désaccord avec un gouvernement qui, selon lui, faisait la part trop belle aux fidjiens ethniques et refusait les évolutions nécessaires et l’égalité complète avec les Indo-fidjiens..


Frank Bainimarama démit le Premier ministre et le Président de la République Josefa Iloilo et attendit  que le Grand conseil des chefs nomme un nouveau Président, ce que ce dernier refusa de faire. Bainimarama réinstalla alors l’ancien Président Iloilo, qui en retour le nomma Premier ministre.
A partir de là, Bainimarama se présente comme le partisan d’une société délivrée du poids du communautarisme et fondée sur une égalité absolue de droits entre citoyens. En attendant, il reste au pouvoir et renvoie à plus tard les élections libres qu’il promet depuis le début.


Pendant ce temps, assez curieusement, police et justice poursuivent leurs enquêtes tant sur le putsch raté de 2000 et la démission forcée de Mara à la même époque,  que sur celui, réussi, de 2006, Frank Bainimarama devant donner des explications à la justice sur le coup d’état, alors qu’il est au même moment le chef du gouvernement issu du coup d’état...ainsi fonctionne la vie politique fidjienne, du moins jusqu’en 2009.


En 2009, la haute Cour de justice ayant déclaré le gouvernement illégal, car issu du coup d’état de 2006, Bainimarama démissionna. Mais le Président Iloilo abrogea la Constitution, démit de leurs fonctions tous les juges et renomma Premier ministre Bainimarama. Les pays voisins exprimèrent leur indignation. Le Président mourut peu après et fut remplacé par le vice-Président, toujours sous la direction réelle de Bainimarama .
Fidji, qui avait été suspendu du Commonwealth une première fois, puis réintégré après son retour à la démocratie en 1997, en est de nouveau suspendu depuis 2010 et ses relations sont médiocres avec ses voisins.


Comme on l’a vu, la transformation de Fidji en république en 1987 n’a pas mis fin aux liens symboliques avec la Couronne britannique : le portait de la Reine figure sur les billets de banque et les pièces de monnaie, l’anniversaire de la Reine est un jour férié.


D’ailleurs le Grand conseil des chefs a déclaré en 2002 que la Reine restait le “Paramount Chief of the Fiji” ou Tui Viti.
La devise nationale est : "Rerevaka na Kalou ka Doka na Tui", c’est-à-dire : "Fear God and honour the Queen" (Crains Dieu et honore la Reine)*.

                                              *   C’est toujours la devise indiquée sur le site du gouvernement fidjien à ce jour.

 
Bainimarama, qui passe pour avoir le portrait de la Reine dans son bureau, semble avoir rêvé de rétablir la monarchie. Il a encore dit en 2012 que cette “restauration” serait pour 2014, après les élections.


Celles-ci devraient intervenir lorsque la nouvelle Constitution serait entrée en vigueur: une Commission dont faisait partie Steve Rabuka, était chargée de la préparer.


Bainimarama semble avoir en peu de temps changé complètement de point de vue sur la restauration de la monarchie; il a entrepris en 2012, comme on l’a vu, de couper tous les liens symboliques qui unissaient encore Fidji à la couronne britannique (fin de l’effigie de la Reine sur les billets et pièces de monnaie, suppression de la fête de l’anniversaire de la Reine)*.

  * En décembre 2012, cette décision soulève des polémiques, des chefs traditionnels et des personnalités politiques la désapprouvent.

 

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Billet récent à l’effigie de la Reine Elizabeth II
vacation4dawin.wikispaces.com

 

 


Bainimarama a aussi aboli en 2012 le Grand conseil des chefs, institution féodale investie de pouvoires politiques (qui l’a contré à plusieurs reprises).et il s’en est pris à l’église méthodiste, puissance considérable à Fidji, jugée coupable d’entretenir le sentiment de supériorité et de haine raciale des Fidjiens d’origine envers les Indo-fidjiens.


Fidji modifiera-t-il aussi sa devise, "Fear God and honour the Queen" ?


De la même façon, les forces armées fidjiennes vont-elles abandonner dans leur insigne la couronne britannique surmontée du lion héraldique qui continue d’y figurer ?

Pour l'instant, le drapeau national fidjien continuait à arborer fièrement l’Union Jack*.

                                                                                                                *   L’Australe et la Nouvelle-Zélande ont conservé l’Union Jack dans leur drapeau, ce qui provoque parfois les contestation des milieux les moins enclins à  conserver tout ce qui évoque un lien avec la Grande-Bretagne et la Couronne.  Mais ces pays sont formés d’une population majoritairement originaire de Grande-Bretagne. En revanche, Tuvalu, anciennes îles Gilbert, avait adopté après l’indépendance un drapeau comportant l’Union Jack, puis a changé de drapeau pour enfin revenir au drapeau avec l’Union Jack. Les liens d’affection et culturels avec l’ancien  « colonisateur » sont ainsi revendiqués. Pour d’autres territoires du Pacifique ayant l’Union Jack dans leur drapeau, voir l’appendice.

 

La nouvelle Constitution en préparation devait-elle reconnaître, comme le voulaient certains (notamment sans doute les Méthodistes), que Fidji est un état chrétien ?

Lors de la fête d’anniversaire de l’indépendance, le 10 octobre 2012, le Président de la République a mis les partisans de cette reconnaissance en garde.
 
 

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Le Président Ratu Epeli Nailatikau, portant la jupe traditionnelle, pendant les célébrations de la Fête nationale, le 10 octobre 2012. Les militaires devant lui portent le stick sous le bras selon les usages de l’armée britannique.
Fijitimes.com

 

 


 Le président a déclaré qu’il serait imprudent de créer d’autres causes de division des Fidjiens, déjà assez divisés :
"I humbly advise that we should tread with the uttermost caution on this issue for I am a firm believer in the age-old adage of "the separation of the church and the state" (mon humble avis est que nous devrions user de la plus grande prudence sur cette proposition, car je suis un ferme partisan de la vieille formule de la séparation de l’Eglise et de l’Etat).

 

Le 12 novembre 2012, le Président Ratu Epeli Nailatikau a prêté serment pour un nouveau mandat en présence du Premier ministre, le commodore Bainimarama et du Chief Justice Anthony Gate.

 

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Fidji ne manque pas de célébrer la naissance du prince George, fils de William et Kate, le 22 juillet 2013.

commonwealthstampsopinion.blogspot.fr

 A cette occasion le la poste de Fidji publie un communiqué dans lequel on peut lire :

 " the Royal family will always have a special place in the hearts of Fijians and as a new heir is born and the Royal blood line continues, so will our sincere gratitude and appreciation to Great Britain for Her commitment and support that has contributed to our nations development.

It is our humble wish that as these stamps are posted, it will portray a message across the world that even though Great Britain and Fiji are great distances apart, our love and respect for each other is impeccable and that we share the same values and beliefs....

The people of Fiji proudly release this stamp issue to commemorate your birth and welcome you, HRH Prince George Alexander Louis of Cambridge".

 (la famille royale aura toujours une place spéciale dans le coeur des Fidjiens ...même si la Grande-Bretagne et Fidji sont à de grandes distances l'une de l'autre; notre respect mutuel est inaltéré et nous partageons les mêmes valeurs et pensées...Le peuple de Fidji émet fièrement ce timbre pour commémorer votre naissance et vous souhaiter la bienvenue, HRH Prince George Alexander Louis de Cambridge)

 

 

 

La nouvelle Constitution fut promulguée en 2013 et ne contient pas d'affirmation religieuse; elle reconnaît l'égalité de tous les citoyens quelle que soit leur origine et leur apport commun à la culture des Fidji.

Son parti ayant remporté les élections de 2014, Frank Bainimarama fut de nouveau nommé Premier ministre. Il reçut aussi le titre de contre-amiral.

En 2015, Frank Bainimarama annonçait son intention de créer un nouveau drapeau national, provoquant des protestations dans l'opposition fidjienne et il semble depuis avoir abandonné cette idée.

Il est probable que les relations entre Fidji et la monarchie britannique vont encore connaître des épisodes inédits, en lien avec la vie politique agitée du pays qui reste néanmoins, comparé à d’autres, un pays assez paisible.

 

 



Appendice : l'Union Jack dans les drapeaux des Etats du Pacifique
 

 

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Sur ce bloc de timbres émis en 2012 par les îles Cook à l’occasion du Forum du Pacifique représentant les drapeaux des Etats participants, on peut voir que l’Union Jack est encore bien présent sur les drapeaux des pays du Pacifique.
Le drapeau de Fidji est le 3ème  en partant de la gauche, rangée du haut. A la suite du coup d’état de 2009, Fidji est aussi suspendu, mais non exclu, du Forum.
Les îles Cook et Niue sont des états associés à la Nouvelle-Zélande.

commonwealthstampsopinion.blogspot.fr

 

 

 

 


A HONG KONG, L’EMPIRE SE REND ET NE MEURT PAS

 





Hong Kong a été rattaché à la République populaire de Chine depuis 1997, sous le régime de la formule : « deux systèmes, un seul pays ».
Décolonisation à la rigueur, mais pas indépendance.
En fait la Région administrative spéciale de Hong Kong a conservé beaucoup des particularités de l’époque britannique.
Ainsi, son système judiciaire continue à avoir des liens avec le système légal britannique et au moins autant, avec les traditions britanniques.

 

 

1935

 L'une des cérémonies marquant  la prise de possession (handover) de Hong Kong par la Chine, le 30 juin 1997. Sur la photo, on voit le prince Charles, le gouverneur de Hong Kong, Chris Patten, très ému, et le premier ministre Tony Blair. Mme Thatcher qui avait négocié le retour de la colonie à la Chine était aussi présente.

The Guardian.

https://www.theguardian.com/world/2017/may/04/xi-jinping-must-calm-hearts-and-minds-of-hong-kong-says-patten

 

 

 



 Le 19 mai 2012, le plus haut magistrat de Hong Kong, the Honourable Chief Justice Geoffrey Ma Tao-li, Président de la Cour d’appel supérieure (ou suprême : en anglais, Court of Final Appeal), prenait ainsi la parole pour la cérémonie d’admission des nouveaux Senior Counsel* :

                                                 * En Grande-Bretagne et dans les Realms of the Commonwealth, certains avocats expérimentés accèdent au titre de Queens’Counsel (conseiller de la Reine), par décision de la Souveraine. Ils ont alors le droit de revêtir une robe de soie, d’où l’expression « To take the silk » (prendre la soie) et leur surnom de « Silks » (les "soies"). Le titre est honorifique mais confère un grand prestige dans la profession. Dans les pays de tradition juridique britannique mais qui n’ont plus de statut monarchique, le titre est devenu Senior Counsel et, comme à Hong Kong, on continue de leur donner le surnom de « Silks ».

« My Lords, ladies and gentlemen, it is again that happy time of year when I can extend a warm welcome to all of you to celebrate the appointment of our Senior Counsel for Hong Kong. Today may not be the happiest day of their lives nor the most significant even, but I hope it will come close. All of us present in this courtroom congratulate you and your families… » (la suite du discours peut être lue sur le site Hong Kong judiciary).
(Vos Seigneuries, Mesdames et Messieurs,  revoici l’heureux moment dans l’année où je peux adresser à chacun d’entre vous une chaleureuse bienvenue pour célébrer la nomination  des Senior Counsel de Hong Kong. Ce jour n’est peut-être pas le jour le plus heureux de leur vie ni même le plus significatif, mais j’espère qu’il viendra tout juste après. Tous ceux qui sont présents dans cette salle vous félicitent, vous et vos familles… ».

Il semble curieux que le magistrat le plus élevé d’une région qui malgré son statut spécial, appartient à la République populaire de Chine, commence son discours par « My  Lords ».

Nous en aurons l’explication en lisant la liste actuelle des membres de la Court of Final Appeal, la plus haute juridiction de Hong Kong, telle que figurant sur le site Hong Kong Judiciary :

Chief Justice of the Court of Final Appeal :
The Hon Chief Justice Geoffrey MA, GBM


Permanent Judges of the Court of Final Appeal :
The Hon Mr Justice CHAN
The Hon Mr Justice RIBEIRO
The Hon Mr Justice TANG, SBS


Non-Permanent Judges of the Court of Final Appeal :
The Hon Mr Justice John Barry MORTIMER, GBS
The Hon Mr Justice Henry Denis LITTON, GBM
The Hon Mr Justice STOCK
The Hon Mr Justice HARTMANN, GBS
The Hon Mr Justice BOKHARY, GBM
The Hon Sir Anthony MASON
The Rt Hon the Lord HOFFMANN
The Rt Hon the Lord MILLETT
The Rt Hon Sir Thomas Munro GAULT
The Hon Mr Justice Murray GLEESON
The Rt Hon the Lord NEUBERGER of Abbotsbury
The Rt Hon the Lord WALKER of Gestingthorpe
The Rt Hon the Lord COLLINS of Mapesbury
The Rt Hon the Lord CLARKE of Stone-cum-Ebony
The Rt Hon the Lord PHILLIPS of Worth Matravers


Ainsi pas moins de 7 Lords* figurent parmi les juges, il est vrai non permanents, de la Cour, (sans compter les personnes ayant droit au prédicat de Sir).
Certains devaient être dans la salle le jour de la Cérémonie de nomination des nouveaux Senior Counsel.

                                                                                  *  Il s’agit évidemment de « Law Lords » c'est-à-dire de hauts magistrats britanniques ayant reçu le titre de Lord. Les personnes qui ont droit sur la liste au prédicat The Rt Hon (The Right Honourable) sont généralement membres du Privy Council. On notera aussi l’appellation curieuse pour certains juges de « Justice », qui semble faire partie de leur nom (The Hon Mr. Justice Chan) et qui continue un usage britannique : « High Court judges use the title in office of  Mr Justice for men or Mrs Justice for women » (Wikipedia).


Lors de la remise de Hong Kong à la République populaire de Chine, la loi fondamentale de Hong Kong a spécifié que le système légal de Hong Kong continuerait à se référer à la « Common law » en usage dans les pays de droit britannique, c'est-à-dire un droit largement jurisprudentiel. Les décisions du Privy Council et de la Chambre des Lords antérieures à 1997 continuent à avoir force de précédent à Hong Kong. quand elles s’appliquaient à un procès concernant Hong Kong (éventuellement jusqu’à ce que la Cour compétente à Hong Kong ne renverse cette jurisprudence), et force seulement « persuasive » quand elles ne s’appliquaient pas à un procès concernant Hong Kong.


Par ailleurs les Cours de Hong Kong peuvent suivre les évolutions de la common law qui se produisent dans les autres juridictions  des pays de common law sans qu’elles aient force de précédent*.
Dans le même ordre d’idées, les magistrats de Hong Kong, permanents ou pas, peuvent être nommés parmi les juges étrangers exerçant dans les pays de Common law.

                                                                                                                             * It is of the greatest importance that the courts of Hong Kong should derive assistance from overseas jurisprudence, particularly from the final appellate courts of other common law jurisdictions. This is recognised by Article 84 of the Basic Law. (Wikipedia).


Toutefois, des experts ayant préconisé que la magistrature de Hong Kong devrait être composée exclusivement de magistrats chinois, des voix se sont fait entendre pour dénoncer une menace sur l’objectivité et la neutralité des juridictions de Hong Kong, mieux assurées par la présence de juges venus des pays de Common law.
Il est probable que si les autorités chinoises l’avaient accepté, Hong Kong aurait fait partie de ces états indépendants qui continuent de recourir au Conseil Privé de la Reine (Judicial Committee of the Privy Council)  comme juridiction suprême (voir annexe)


On ne s’étonnera pas de voir que les magistrats de Hong Kong conservent le cérémonial des cours britanniques, avec port de la robe et de la perruque et pour les grandes occasions, des culottes courtes, des bas et des chaussures à boucle (pour les Messieurs…).
Tous les ans au début de janvier, l’ouverture de l’année légale donne lieu à une petite cérémonie.
Tous les magistrats en tenue de cérémonie se rassemblent, ainsi que les membres des professions juridiques sur Edimburgh Place. Le Chief Justice passe en revue une garde d’honneur de la Police de Hong Kong, guidé par un officier le sabre à la main, au son des cornemuses de la musique de la Police.

HK

The Chief Justice of the Court of Final Appeal, Mr Geoffrey Ma Tao-li, inspects the guard of honour mounted by the Hong Kong Police Force at Edinburgh Place during the Ceremonial Opening of the Legal Year 2013 (January 14).
info.gov.hk
Le président de la Cour suprême d'appel, M. Geoffrey Ma Tao-Li, inspecte la garde d'honneur de la police de Hong-Kong à Edimburgh Place lors de la cérémonie d'ouverture de l'année judiciaire 2013 (14 janvier) [site d'information du gouvernement de Hong Kong]



HK 2

The Secretary for Justice, Mr Rimsky Yuen, SC (SC = Senior Counsel.) speaks at the Ceremonial Opening of the Legal Year 2013.
doj.gov.hk

Le secrétaire à la justice (du gouvernement autonome) M. Rimsky Yuen, SC, parle à la cérémonie d'ouverture de l'année judiciaire 2013  [site d'information du gouvernement de Hong Kong]

 

 

 


Puis tous les magistrats et les membres des professions judiciaires, chacun avec sa robe particulière et sa perruque s’il y a lieu (il semble que les magistrats de la juridiction la plus élevée ne portent pas perruque), parmi lesquels on remarque un certain nombre d’occidentaux, prennent place dans une salle de conférence, au son harmonieux d'une marche de Haendel; ensuite  ils écoutent d’abord, debout, l’hymne de la République populaire de Chine, puis des discours sont prononcés, en anglais, sur l’état de la Justice, par le Chief Justice, par le Secrétaire d’Etat à la Justice de la Région  administrative spéciale, par le président du barreau.


 
On ne sait pas qui se retourne dans sa tombe, de Mao ou de la Reine Victoria. Personne sans doute.
Un cabinet d’audit a récemment classé le système judiciaire de Hong Kong comme le meilleur d’Asie, suivi par celui de Singapour, les pires étant ceux du Viet-Nam et d’Indonésie.


Il est évident que le maintien des formes judiciaires et de la common law constituent pour  les habitants de Hong Kong une garantie que le principe « deux systèmes, un seul pays » continuera d’être appliqué et de protéger les droits tels qu’ils sont reconnus dans une démocratie libérale.
Lors de la cérémonie d’ouverture de l’année judiciaire 2013, le Chief Justice, l’Honorable Geoffrey Ma, a déclaré : « Hong Kong is after all a common law jurisdiction and recognised worldwide as one.  Our courts enjoy an enviable and respected reputation internationally.   … The common law system has served Hong Kong well in the past and will continue to do so in the future » (Hong Kong est après tout placé sous la juridiction de la common law et est reconnu dans le monde comme tel. Nos cours jouissent internationalement d’une réputation enviée et respectée… Le système de la common law a bien servi Hong Kong par le passé et continuera de le faire dans le futur).


Il a rappelé qu’à part les postes de Chief Justice et de Président de la Haute Cour (High Court), il n’y avait pas de condition de nationalité exigée des autres juges, au contraire la loi fondamentale de Hong Kong prévoit que les juges peuvent être recrutés dans d’autres juridictions de common law y compris pour la juridiction la plus élevée (Court of Final Appeal).


C’est ainsi que 10 juges (non-permanents) de la Court of Final Appeal sont des juges « étrangers » : deux anciens Chief Justice de la Haute Cour d’Australie, un ancien Chief Justice de la Cour suprême de Nouvelle-Zélande,  trois anciens membres de la Cour Suprême du Royaume-Uni, deux membres actuels de cette Cour, l’ancien Président de cette Cour et son actuel Président.
M. Ma s’en félicite : « The presence of these judges has without doubt added a significant dimension to the Court of Final Appeal… They enjoy the confidence of the community and will continue to do so for very many years to come » (la présence de ces juges a sans aucun doute ajouté une dimension significative à la Court of Final Appeal…Ils jouissent de la confiance de la communauté et il en sera de même pour bien des années encore).


Ici encore, c’est la volonté de continuité qui est marquée, cette continuité qui fait qu’en 2013, le président de la plus haute juridiction britannique est membre de la plus haute juridiction de Hong Kong.


Au-delà du monde judiciaire, le maintien des rituels britanniques, des costumes, des appellations honorifiques comme The Honourable, de ce point de vue, est un élément symbolique important qui prouve aux Hong-Kongais qu’ils n’ont pas été noyés dans la masse des Chinois et conservent une culture particulière.
D’ailleurs, le deuxième (depuis la fin de la présence britannique) Président du gouvernement (Chief executive) de la région administrative spéciale, n’était-il pas jusqu’en 2012 Sir Donald Tsang (même s’il ne porte pas actuellement le prédicat de Sir auquel il a droit  en raison de son titre britannique de chevalier) *?

                                                                                                                                            * Selon la notice de Wikipedia en anglais : The Honourable Sir Donald Tsang Yam-kuen GBM, KBE (GBM = Grand Bauhinia Medal, l’ordre propre à Hong-Kong depuis 1997; KBE = Knight Commander of the Most Excellent Order of the British Empire). Célèbre pour ses nœuds papillon, Donald Tsang est un catholique, fils d’un policier, qui a été élevé dans une école de jésuites à Hong Kong et qui a travaillé dans l’administration coloniale britannique, jusqu’en 1997. Il a aussi le goût traditionnellement  chinois de l’élevage de carpes ornementales (koi). Depuis, il a été lis en cause dans des affaires de corruption.


Un autre aspect de ce respect des traditions britanniques est fourni par le nombre de groupements comportant une musique avec des cornemuses dont la plus connue est la musique de la Police, avec ses joueurs en béret écossais, cape et pantalon de tartan rouge.

Des formations de « Cadets » défilent à Hong Kong au son des cornemuses, les joueurs portant même souvent le kilt. Les douaniers ou même le personnel pénitentiaire défilent aussi au son des cornemuses. Les parades semblent jouer un grand rôle à Hong Kong et la Police est la première à parader en de nombreuses circonstances dans un style très militaire.
 
 
Une circonstance comme le départ à la retraite d’un Commissioner of Police (il s'agit du chef de la police qui a sous ses ordres plusieurs commissioners adjoints) donne lieu à un cérémonial d’inspiration britannique.
En grand uniforme, le sabre au côté et les éperons aux pieds, le Commissioner  of Police est salué par les forces de police (hommes et femmes, dont certaines sont très mignonnes) rangées militairement, la baïonnette au fusil.

Conformément au cérémonial britannique, le drapeau s’incline à terre devant lui tandis que retentit la sonnerie protocolaire.
Puis il passe en revue les troupes, en marchant entre les rangs, au son des cornemuses, conduit par des officiers le sabre à la main. D'autres officiers ont le stick sous le bras. Après un nouveau salut du drapeau, le Commissioner monte en voiture (une Volkswagen Phaeton, une grosse berline avec un drapeau fixé sur le bouchon du radiateur) escortée de motards avec leurs gyrophares clignotant, tandis que la musique joue « Auld lang syne » (Ce n’est qu’un au revoir).


Un vrai départ dans les grandes traditions de l’Empire, sauf que ce n’est pas un général victorieux qui quitte ses troupes après avoir repoussé l’assaut des Zoulous, mais un Commissioner of Police qui s'en va dans une berline allemande, sans doute pour exercer de nouvelles fonctions dans le secteur privé.

On peut s’interroger sur cette survivance des rituels et coutumes britanniques.


Certains anticolonialistes doivent la considérer d’un mauvais œil, comme si les pays intéressés n’étaient pas libres de conserver ce qui leur semble bon du style et des institutions de l’ancienne puissance dominante.
Ces anticolonialistes feront sans doute observer que ceux qui conservent et reprennent à leur compte ces traditions sont des membres de la bourgeoisie locale qui a  constitué son pouvoir à l’époque coloniale. Il n’est donc pas étonnant qu’habituée à imiter et à admirer ses maîtres, elle en reprenne les usages une fois elle-même au pouvoir.


On pourra remarquer qu’en ce qui concerne Hong Kong, on peut difficilement parler de population colonisée. Les habitants de Hong Kong ont justement constitué sa population au fil du temps en émigrant à Hong Kong. Le style britannique (bien entendu mâtiné de chinois et maintenant mêlé de culture mondialisée) qui existe à Hong Kong est donc le style de la propre population de Hong Kong et non un style imposé à une population pré-existante colonisée. Il est de plus, on l’a dit, un élément qui permet de se démarquer de la multitude chinoise. Pour ces raisons on peut penser que ce qui survit du style britannique correspond à l'identité de la population de Hong Kong dans son ensemble.


Sur le site You Tube où on peut voir de nombreuses vidéos montrant les parades ou des manifestations de tradition de style britannique dans le Hong Kong d’aujourd’hui, un internaute écrit excellemment. : les Britanniques nous ont transmis leurs valeurs démocratiques, leur fierté royale (royal pride) et leurs cornemuses que nous garderons toujours, j’espère. Ils ont fait de nous une place financière et d’affaires de premier plan. Pour tout ça, merci.


Hong Kong, la Région spéciale de la Chine populaire où les juges portent perruque et les commissaires de police des éperons…
 

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Hourrah pour le Commissioner. Départ en retraite du Commissioner of  Police Tang King-shing, janvier 2011.,

www.sampanel.com

 

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 The Hong Kong Police Band and the Hong Kong Auxiliary Police Force Band perform for the Chief Executive's Night. 

Cornemuses et danses écossaises: la musique de la police de Hong Kong (pantalon de tartan rouge) et la musique de la police auxiliaire (kilt de tartan bleu) participent à la Soirée de charité du Chef de l'exécutif, le 23 novembre 2012

police.gov.hk

 

 

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Collégiennes de Hong Kong à la station de métro Prince Edward.
youthvoices.net (photo : http://farm6.static.flickr.com)

 

 

 

 AJOUT 2020

Depuis qu'une partie de la population de Hong Kong (et notament les jeunes) a commencé de manifester contre le pouvoir chinois, accusé de vouloir réduire l'autonomie reconnue à Hong Kong (révolte dite des "parapluies" en 2014, révolte contre une loi d'extradition vers la Chine en 2019-2020), on voit parfois des manifestants brandir le drapeau de Hong Kong à l'époque britannique, en signe d'opposition à la Chine populaire.

  

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 Manifestation dans un centre commercial à Hong Kong, le 29 mai 2020. Un manifestant brandit le drapeau colonial de Hong Kong.

Le Monde

https://www.lemonde.fr/international/article/2020/05/29/les-manifestants-de-hongkong-prets-a-mourir-pour-renaitre_6041159_3210.html

 

 



Annexe 1 :

 


Liste des Realms of the Commonwealth (pays indépendants dont la Reine est souveraine) en 2012 :

 



Australie
Nouvelle Zélande
Canada
Jamaïque
Antigua et Barbuda
Bahamas
Barbade
Grenade
Belize
St Christopher et Nevis
St Lucia
Iles Salomon
Tuvalu
St Vincent et les Grenadines
Papouasie  Nouvelle-Guinée

Les appellations protocolaires de la souveraine varient selon les Etats :
Au Canada, elle est :
Elizabeth the Second, by the Grace of God of the United Kingdom, Canada and of Her other Realms and Territories Queen, Head of the Commonwealth, Defender of the Faith,
et en français : Elizabeth Deux, par la grâce de Dieu Reine du Royaume-Uni, du Canada et de ses autres royaumes et territoires, Chef du Commonwealth, Défenseur de la Foi (loi sur les titres royaux de 1985) ;
Alors qu’à Grenade, le titre est :
Elizabeth the Second, by the Grace of God, Queen of the United Kingdom of Great Britain and Northern Ireland and of Grenada and Her other Realms and Territories, Head of the Commonwealth
Et aux Bahamas :
Elizabeth the Second, by the Grace of God, Queen of the Commonwealth of the Bahamas and of Her other Realms and Territories, Head of the Commonwealth.

La dernière formule, qui ne cite qu’un seul pays et ne mentionne pas la Grande-Bretagne, est la plus généralement adoptée (par l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la plupart des autres Realms).

En Grande-Bretagne la formule est :
Elizabeth the Second, by the Grace of God, of the United Kingdom of Great Britain and Northern Ireland and of Her other Realms and Territories Queen, Head of the Commonwealth, Defender of the Faith ;

en latin: Elizabeth Secunda Dei Gratia Britanniarum Regnorumque Suorum Ceterorum Regina Consortionis Populorum Princeps Fidei Defensor



Des referendums pour savoir si les habitants souhaitaient un régime républicain ont été tenus en Australie en 1999, à Tuvalu en 2008 et à Saint-Vincent en 2009, sans donner de majorité en faveur du changement de régime.

 

NB : en 2021, La Barbade est devenue une république. Les cérémonies d'accession à la république se sont déroulées en présence du prince Charles..

 



Annexe 2 :

 


La compétence du Judicial Committee of the Privy Council (Comité judiciaire du Conseil Privé de la Reine)  en 2012

 



Le Judicial Committee of the Privy Council (JCPC) *est une haute juridiction d’appel de Grande-Bretagne, compétente toutefois pour certaines matières seulement. A l’égard des justiciables britanniques, son rôle est loin d’être de premier plan

                                                                * Le Judicial Committee of the Privy Council (JCPC) est une formation spéciale de juristes au sein du plus considérable Privy Council (formellement : Her Majesty's Most Honourable Privy Council) qui regroupe un grand nombre de personnalités habilitées à conseiller le souverain.


Mais ce Comité composé de hauts magistrats membres des Cours supérieures de Grande-Bretagne et du Commonwealth, sert aussi et surtout de cour suprême (highest court of appeal) pour les territoires d’outre-mer, les Dépendances de la Couronne (Iles Anglo-normandes et Man)  et pour un certain nombre d’Etats indépendants du Commonwealth, qu’il s’agisse de Realms ou de Républiques, soit 27juridictions.
Formellement, l’appel est fait à "Her Majesty in Council" de la part de 8 Realms of the Commonwealth et de 18 autres juridictions des Territoires d’outre-mer, des Dépendances de la Couronne.et des deux Etats associés à la Nouvelle-Zélande :
Les territoires d’outre-mer sont (nom du territoire en anglais)*



Sovereign Base Areas of Akrotiri and Dhekelia
Pitcairn Islands
Falkland Islands
Saint Helena, Ascension and Tristan da Cunha
Anguilla
British Virgin Islands
Cayman Islands
Montserrat
Gibraltar
Bermuda
Turks and Caicos Islands
                                                                                                                      *En omettant dans la liste les Territoires antarctiques et de l’Océan Indien.

Etats indépendants ou Etats associés :

Antigua and Barbuda,
Bahamas,
Grenada,
Jamaica,
Saint Kitts and Nevis,
Saint Lucia,
Saint Vincent and the Grenadines
Tuvalu.

Cook Islands (Etat associé à la Nouvelle-Zélande)
Niue (Etat associé à la Nouvelle-Zélande)

Les dépendances de la Couronne de :
Jersey,
Guernsey
Isle of Man

L’appel est fait directement au Judicial Committee de la part de quatre Républiques membres du Commonwealth :
Dominica,
Mauritius,
Trinidad and Tobago,
Kiribati (pour certains appels seulement).


L’appel est fait au Chef de l’Etat et transmis au Judicial Committee, pour :
Brunei : par accord avec le Royaume Uni, le Judicial Committee entend les appels formulés devant le Sultan.


Lorsque l’appel est déposé devant la Reine, le jugement des Lords du Privy Council* se présente comme une proposition à la Reine d’admettre ou refuser l’appel (proposition toujours suivie), alors que lorsque l’appel émane d’un Etat qui n’est pas un Realm, les juges du Privy Council acceptent ou refusent l’appel de leur propre autorité.

                                                                                                                         *  Les membres du comité Judiciaire ont le titre de Lord, car ils font partie de chambre des Lords du fait des autres fonctions judiciaires qu’ils exercent et qui y donnent entrée (mais une réforme de la Justice a transformé certains d’entre eux en Juges de la nouvelle Cour Suprême du Royaume Uni, entrée en fonctions en 2009 – dont les membres ne sont plus appelés à siéger à la Chambre des Lords ;  ceux qui avaient le titre le conservent).

 
Actuellement, la Jamaïque et Trinidad et Tobago ont manifesté leur intention de ne plus relever pour la juridiction de dernier ressort, du JCPC, mais de la nouvelle Cour de Justice des Caraïbes, dont le siège est d’ailleurs à Port of Spain (Trinidad) mais cette modification n’est pas actée. Il est parfois donné comme raison que le système pénal de ces deux pays comprenant la peine de mort, ils subissent avec impatience les sentences du JCPC qui considèrent que la peine de mort ne peut s’appliquer que dans le délai de 5 ans après la première sentence, faute de quoi elle constitue un traitement inhumain*.

                                                                                                                                                                                                        *Jurisprudence fondée par le Jugement du Privy Council de 1993, Pratt and Morgan vs. the Attorney General of Jamaica. Le JCPC ne peut évidemment modifier la loi des pays concernés relative à la peine de mort. Il use seulement ici de la capacité de créer le droit qui est caractéristique de la Common law en proscrivant  l’exécution des criminels lorsque la sentence initiale date de plus de 5 ans ; or, compte tenu des délais pour que les voies de recours locales avant le recours au JCPC soient épuisées, il est presque assuré que les recours en dernier ressort qui parviennent à ce dernier portent sur des sentences de mort qui datent de plus de 5 ans.

Par exemple, la formule conclusive du jugement commun « Dwight Lamott Henfield v. The Attorney General of the Commonwealth of The Bahamas (Appeal No. 26 of 1996) and  Ricardo Farrington v. The Attorney General of the Commonwealth of The Bahamas (Appeal No. 37 of 1996) » est la suivante :
« Their Lordships will accordingly humbly advise Her Majesty that both appeals ought to be allowed and that there ought to be substituted for the sentence of death a sentence of life imprisonment in each case ».
(Leurs Seigneuries aviseront humblement Sa Majesté que l’appel devrait être admis dans les deux cas et qu’une sentence d’emprisonnement à vie devrait être substituée à la sentence de mort dans chaque cas).

La plupart des pays de la zone des Caraïbes ont une législation comportant la peine de mort. St Kitts a procédé à une exécution en 2008. Antigua a manifesté son intention d’étendre le champ des crimes passibles de la peine de mort, plusieurs pays ont réaffirmé par des votes le maintien de la peine de mort. Tous ces pays, notamment Trinidad et Tobago, prononcent des condamnations à mort, non exécutées pour la plupart mais toujours susceptibles de l’être.
C’est pourquoi la nouvelle Cour de Justice des Caraïbes, à qui pour l’instant trois pays seulement (Barbade et Guyana, rejoints en 2011 par Belize. Ces pays relevaient précédemment du JCPC pour leurs appels) ont confié leurs appels de dernier ressort, est parfois qualifiée de « hanging court » (cour pendeuse).

Installée en 2005, la Cour de Justice des Caraïbes a pour objet principal d’être la Cour de Justice de CARICOM, la communauté économique des Caraïbes, mais peut jouer sur adhésion des pays concernés, le rôle de cour d’appel de dernier ressort en matière civile et criminelle. Son Président est un citoyen de Saint-Kitts Nevis, the Rt Hon. Sir Dennis Byron.


A Trinidad comme en Jamaïque, le dessaisissement du Privy Council (JCPC) et le transfert des appels à la cour de Justice des Caraïbes est sujet à désaccord entre les grands partis. En 2004 le parti au pouvoir en Jamaïque avait voté le transfert mais le Jamaica Labour Party (le parti dont le créateur et leader historique avait été Sir Alexander Bustamante), alors dans l’opposition, ainsi que la Ligue des droits de l’homme de Jamaïque, avaient contesté le vote justement devant le Privy Council qui l’avait jugé inconstitutionnel.

Toutefois un consensus parait se dessiner pour le transfert des appels.
Par contre, le JCPC serait en passe de se voir confier une partie des appels relatifs au Honduras, pays pourtant non membre du Commonwealth    mais qui semble avoir conclu des accords de législation avec Maurice, pays lui-même relevant de la juridiction du CJPC.
Les pièces de procédure seront en espagnol, ce qui pourrait être une nouveauté pour le CJPC.

Les juges du JCPC, depuis quelques années ont entrepris d’aller sur place exercer leurs fonctions au profit des pays du Commonwealth et ont déjà tenu des sessions aux Bahamas et à Maurice. On a remarqué à cette occasion qu’ils étaient venus avec leurs épouses et étaient descendus dans des résidences touristiques de standing.